‹ La terre sainteChapitre 48 sur 128 · S OU R (T Y R · texte numérisé non relu

S OU R (T Y R

mètres cle profondeur, on découvrit les assises inférieures d’une partie de la basilique, assises consistant en pierres de taille très-régulières et remontant peut-être à la fondation même de l’édifice; les assises supérieures, au contraire, d’un appareil moindre, attestent une restauration de l’époque des Croisades. De tous côtés gisaient, sous un énorme amas de décombres, de superbes fûts de colonnes monolithes de granit rose et d’autres de granit gris, ceux-ci d’un diamètre moins considérable.

Ces colonnes, provenant probablement des anciens temples ou portiques de Tyr, avaient été, à l’époque byzantine, couronnées de chapiteaux corinthiens en marbre blanc, d’un travail très-soigné. Au milieu de ces fûts encore couchés à terre, on distingue surtout deux énormes pilastres qui sont

Metoualis, il commença par acheter et raser ces maisons, puis il fit ouvrir différentes tranchées à travers les nefs, les absides et le transept. Ces tranchées mirent, il est vrai, à nu plusieurs tombeaux, mais ces tombeaux étaient tous brisés et avaient été, selon toute apparence, violés depuis longtemps. Aucun d entre eux, que je sache, n’offrait ni signes ni fragments d’inscriptions propres à faire reconnaître celui de 1 empereur Frédéric et celui d’Origène. En poussant les excavations, sur certains points, à plusieurs

Réservoirs de Ras el-Aïn, près de Tyr.

incomparables de grandeur et de perfection. Ce sont des piliers gigantesques, auxquels sont adossées deux demi-colonnes, le tout monolithe, de granit rose et merveilleusement taillé et poli. Ces deux piliers qui devaient se faire vis-à-vis, et dont l’un, malheureusement, est déjà a moitié brisé, ornaient peut-être jadis, soit le fameux temple de Melkarth, la divinité en quelque sorte nationale de Tyr, soit celui de Jupiter Olympien, qui nous est signalé également par les anciens. Dans tous les cas, ils ont dû être taillés l’un et l’autre dans la haute Égypte, et rien que le transport de masses pareilles, par les dépenses et les efforts qu’il a dû coûter, indique l’importance de la ville à laquelle elles étaient destinées, et la splendeur du monument qu’elles devaient décorer. La basilique avait trois nefs et trois absides contiguës que flanquaient des tours, dans lesquelles on montait au moyen cl escaliers en spirale. Les transepts faisaient saillie d’au moins cinq mètres sur les bas côtés, et formaient ainsi la croix. La longueur totale du monument peut être estimée à soixante-quinze mètres, et sa plus grande largeur à trente-cinq, aux bras de la croix.

En dehors de la basilique on a trouvé encore, en fouillant le sol, d’autres fûts de colonnes monolithes, qui devaient appartenir à l’atrium dont elle était précédée à l’époque byzantine. Ces colonnes provenaient pareillement, sans aucun doute, d’édifices plus anciens. De ces monuments, temples, palais, portiques, il ne subsiste plus que des lambeaux dispersés de tous côtés ou encore enfouis, mais que l’on exhume sans cesse pour les transporter ailleurs, ou s’en servir à Tyr même comme de simples matériaux de construction. Aussi il -est presque impossible maintenant, après toutes les révolutions et tous les bouleversements que la ville a subis depuis tant de siècles, d’indiquer avec quelque précision le site même des plus importants de ces édifices.

La Tyr phénicienne ou même gréco-romaine n’a donc laissé d’autres traces apparentes que les digues de ses ports, en partie submergées, les assises inférieures de quelques tronçons, engloutis également, de son premier mur d’enceinte occidental, d’innombrables colonnes de granit, de marbre et de porphyre, disséminées de toutes parts, des citernes creusées dans le roc ou maçonnées avec un fond de mosaïque, des sarcophages mutilés et des débris de toute nature épars çà et là.

De la Tyr byzantine, il subsiste les assises inférieures de quelques portions de sa cathédrale, et de beaux chapiteaux de marbre corinthiens.

A la Tyr musulmane, avant l’arrivée des Croisés, ou à la Tyr chrétienne à l’époque des Croisades, il faut attribuer les restes de la digue restreinte du port septentrional, ceux du second mur occidental, aujourd’hui aux trois quarts démoli avec ses tours; ceux aussi du mur méridional qui bordait le quai du port du sud, et dont on achève actuellement la destruction; ceux enfin de la triple enceinte orientale, dont on retrouverait sans cloute de nombreux débris, si l’on enlevait l’épaisse couche de sable sous laquelle elle s’ensevelit de plus en plus. Au-dessus de ces dunes envahissantes émergent encore maintenant les ruines de trois tours, dont la plus considérable, appelée Borclj el-Merharbeh (tour des Occidentaux), était aux trois quarts debout, lorsque je la vis pour la première fois, en 1852. Aujourd’hui, on en arrache le revêtement pour en vendre les pierres. A l’époque des Croisades également nous devons rapporter tout ce qui reste des assises supérieures de la cathédrale.

En sortant de Tyr vers l’est, on franchit l’isthme artificiel qui relie au continent la presqu’île où elle est renfermée. Cet isthme n’est autre chose que l’ancienne digue jetée par Alexandre, pour combler le détroit qui le séparait de la place qu’il assiégeait. La longueur de cette digue est d’environ six cent cinquante mètres. Quant à sa largeur, elle s’est considérablement accrue par l’accumulation progressive des sables apportés et amoncelés par le vent.

Cette digue est traversée par les restes d’un vieil aqueduc, dont la prise d’eau est à l’un des réser-

voir s de Ras el-Aïn, et qui, après s’être dirigé vers Tell el-Machouk, au nord-nord-est, l’espace de quatre mille cinq cents mètres, tourne ensuite brusquement à l’ouest et aboutit, après un nouveau parcours de deux mille huit cents mètres, à l’extrémité occidentale de la chaussée d’Alexandre. Cette dernière partie de l’aqueduc offrait un aspect monumental, car le canal qui amenait l’eau à la ville était porté sur de magnifiques arcades cintrées, dont plusieurs étaient encore debout en 1870. D’énormes stalactites, pendant du haut des voûtes, attestaient à la fois, et l’antiquité de l’aqueduc et la nature calcaire des dépôts tenus en dissolution dans l’eau qui coulait au-dessus, et dont les infiltrations avaient formé, à la longue, ces concrétions pierreuses. Aujourd’hui, ces élégantes arcades sont presque entièrement détruites.

La colline rocheuse, dite Tell el-Machouk, située à trente minutes à l’est de la ville, est couronnée par deux oualys, dont l’un est consacré à Sidi Abou el-Abbas, et l’autre à Neby Machouk. Ce nom de Machouk (le Bien-aimé) a fait supposer, avec raison, à plusieurs critiques, que ce sanctuaire musulman a succédé à un temple antique, peut-être à celui d’IIercule Astrocbiton, mentionné par le poète Nonnus ( Dionysiaques , liv. XL, p. 496). C’est là probablement qu’était le temple continental de Melkarth, l’amant d’Astarté, temple que les députés de Tyr, pour détourner Alexandre de vouloir pénétrer dans leur île, prétendaient être plus ancien que le temple insulaire.

Plusieurs colonnes et d’autres fragments antiques que l’on remarque en cet endroit, et qui ont été encastrés dans des constructions modernes, prouvent que jadis cette colline, qui domine au loin la plaine, devait être une sorte de petite acropole religieuse appartenant à la Tyr continentale ou, en d’autres termes, à Palætyr.

Tell el-Macbouk est, en outre, le point où les eaux de l’aqueduc de Ras el-Aïn avaient leur rendezvous, pour se diriger de là vers le nord, par un canal dont il existe encore des débris, et à l’ouest, vers la ville péninsulaire, au moyen de l’aquecluc à arcades dont j’ai parlé. Vers le bas de la colline le canal s’engage sur les dernières pentes méridionales du Tell, où il forme un souterrain creusé dans le roc. Plus loin, vers l’est, quand le sol s’abaisse, le canal reparaît; puis, à deux cents pas environ à l’est de Tell el-Machouk, il se dirige vers le sud ou le sud-sud-ouest, jusqu’à ce qu’il atteigne les réservoirs de Ras el-Aïn. Il est question de cet aqueduc dès l’époque du siège de Tyr par Salmanasar mais il a dû être plusieurs fois coupé, et ensuite réparé, et si dans certaines parties où il est creusé dans le roc, il semble phénicien, dans d’autres, il accuse une époque moins ancienne, et des restaurations romaines.

Un peu avant d’atteindre les réservoirs de Ras el-Aïn, on rencontre une colline longue de quatre cents mètres sur deux cents de large; son élévation au-dessus de la mer ne dépasse pas vingt mètres. On l’appelait, il y a une trentaine d’années, Tell-Habieh; mais depuis lors, elle a pris le nom de Tell- Rechidieh, ayant été acquise, à cette époque, par Rechid-Pacha, qui y a fait construire une ferme assez vaste. Pour la bâtir, il s’est servi des matériaux qui jonchaient le sol et qui couvrent encore maintenant une grande partie de la colline. Celle-ci, en effet, était jadis l’acropole de Palætyr, que Strabon place à trente stades au sud de Tyr, distance et position qui répondent à celles du Tell en question, par rapport à Sour.

A huit cents mètres au sud de cette colline se trouve un petit village, appelé Ras el-Aïn, habité par quelques familles de meuniers et de cultivateurs; il est entouré de fertiles jardins. On y remarque quatre magnifiques réservoirs, mentionnés par tous les voyageurs, et qui affectent la forme, soit de tours carrées, soit d’octogones. Le plus important, qui renferme la source principale, d’où son nom de Birket Ras el-Aïn (bassin de la Tête de la source), est octogone. Chaque côté mesure huit mètres

PHÉNICI K.

cinquante centimètres. Les parois, dont l’épaisseur dépasse trois mètres, sont formées de galets de mer liés par un ciment extrêmement dur. Concaves à l’intérieur, elles offrent, à leur partie supérieure, une

sorte de promenoir circulaire, large de plusieurs mètres, et qui avance au-dessus de l’eau. L’aqueduc de Tyr avait jadis son point de départ à ce bassin, au sommet duquel mène un escalier en pente douce, et l’on voit encore, à quelques pas vers l’est, les débris de plusieurs arcades, actuellement détruites aux trois quarts, mais dont il subsiste d’énormes masses de stalactites ayant l’apparence du roc le plus compacte. L’eau se précipite maintenant avec impétuosité par trois ouvertures pratiquées à trois angles vers l’ouest. L’une de ces chutes met en mouvement un moulin; les autres forment un ruisseau abondant qui longe, vers le sud, la plage l’espace de sept cents mètres, et aboutit ensuite à la mer, après avoir réussi à percer les couches épaisses de sable qui lui barraient le passage.

A une centaine de mètres à 1 est-sud-est de ce premier bassin, on en observe deux autres qui com-

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