‹ La terre sainteChapitre 59 sur 128 · DU GAP · texte numérisé non relu

DU GAP

, A CÉSARÉE

Le nom Tantoura est corrompu pour Dandoura, dérivé lui-même de Doura ou Dora. Le bordj où réside le moutsellim est environné de murs très-épais et percés de meurtrières. De fondation musul¬

mane , il commence à tomber en ruine. Deux mosquées sont également à moitié renversées. L'une d’entre elles renferme intérieurement plusieurs colonnes de granit, qui sont évidemment

PALESTINE OCCIDENTALE ET MÉRIDIONALE

antiques. Devant le village s’arrondit une anse peu profonde. Au nord et à une faible distance de cette anse, on remarque l’antique port de Dora, délimité par deux promontoires, qui jadis s’avançaient plus loin dans la mer au moyen de deux môles artificiels.

Le môle méridional est presque entièrement détruit. Quant au môle septentrional, il en subsiste encore quelques débris en grosses pierres de taille. Le promontoire auquel il s’adaptait était jadis fortifié. Vers son extrémité, et à son point culminant, on aperçoit les restes d’une haute tour, construite en pierres de moyenne grandeur et très-régul ière ment agencées entre elles, qui ne paraît pas remonter au delà de l’époque des Croisades. A l’ouest et au bas de ce promontoire, les rochers ont été excavés, de manière à former deux petits bassins, qui servent en même temps de fossés, de ce côté, à la tour dont j’ai parlé. Le gigantesque pan de mur, reste unique de cette tour, atteste, il est vrai, et par la nature de sa construction, et par l’arc en ogive qu’on y observe, qu’il date probablement de l’époque des Croisades; mais les substructions qui recouvrent les flancs de ce même promontoire sont beaucoup plus anciennes, et prouvent que, dès l’antiquité, il a dû être fortifié. A l’est des débris de cette tour, sur la plate-forme supérieure du cap, plusieurs fûts mutilés de colonnes sont encore enfoncés dans le sol. Puis, plus à l’est, on distingue les vestiges d’un fossé aux trois quarts comblé, et, au delà, une dizaine de gros tambours de colonnes en pierre sont gisants sur le sable. Au pied de cette même tour, vers le nord, une assez puissante construction semble avoir servi de magasin. Des blocs énormes disposés en escalier conduisent, près de là, à un quai pavé de dalles immenses. Plus au nord, un petit cap fait saillie dans la mer. Quelques gros blocs bien taillés y sont encore en place. Plus loin encore vers le nord, on rencontre, autour d’une autre petite baie, des arasements de magasins bâtis eu belles pierres de taille.

En continuant à marcher le long de la plage dans la même direction, on arrive à un long mur aboutissant à la mer et à un quai pavé de larges dalles. Puis, suit une troisième anse. Une quinzaine de colonnes portant avec elles leur base carrée gisent alentour dans le sable. L’étendue que nous venons de parcourir peut être évaluée à douze cents mètres. La ville antique de Dora avait cette même longueur; sa largeur dans l’intérieur des terres était d’environ six cent soixante-dix mètres. Le mur d enceinte qui l’environnait a été presque partout rasé de fond en comble, et l’emplacement qu’elle occupait est actuellement en grande partie couvert de broussailles. Non-seulement sa configuration intérieure est méconnaissable, mais encore tous ses édifices publics et privés ont été complètement détruits.

A un kilomètre tout au plus vers l’est s’étendent de très-vastes carrières dans une longue chaîne de collines, parallèle à la côte. G est de là qu ont été extraits tous les matériaux qui ont servi à bâtir la ville. Là aussi était la nécropole de cette cité. Un très-grand nombre de tombeaux sont encore trèsbien conservés, mais tous ont été violés. Les uns sont simples, les autres contiennent plusieurs chambres sépulcrales. L entrée en est étroite et rectangulaire, précédée ordinairement d’une sorte de petit vestibule en forme d’auvent et s’arrondissant en plein cintre. Intérieurement ils renfermaient soit des fours à cadavres, soit des auges funéraires, surmontées chacune d’un arceau cintré. Les morts y reposaient, la tête appuyée sur une espèce de coussinet, ménagé à dessein dans l’épaisseur du roc en excavant ces auges.

Lorsque les Hébreux envahirent la Terre promise, la ville de Dor ou Dora, avec le district qui en dépendait, était au pouvoir d’un roi chananéen que Josué vainquit. Elle échut en partage à la demi-tribu de Manassé, qui ne put en chasser les anciens habitants et se contenta de les rendre tributaires. Sous Salomon, elle était administrée par un certain Ben-Abinadab, l’un des douze préfets

DU CAP CARMEL A CÉSARÉE

et gagna Apamée, sa patrie, où il fut pris et mis à mort.

Pendant la guerre intestine qui éclata entre les deux frères Antioclius Grypus et Antiochus de Cysique, un simple particulier, nommé Zoïle, réussit à s’emparer de la ville de Dor. A sa mort, Alexandre Jannée, roi des Juifs, la réunit à ses États. Elle était encore possédée par les Juifs, lorsque Pompée accorda à Dor l’autonomie (64 avant Jésus-Christ). C’est à partir de cette année que commence l’ère qui est marquée sur ses médailles. Gabinius, proconsul de Syrie, la rebâtit (56 avant Jésus -Christ); elle avait, en effet, beaucoup souffert des Juifs, pendant qu’ils eu étaient les maîtres. A l’époque de Pline, cette ville n’était plus que l’ombre d’elle-même, car cet écrivain s’exprime ainsi dans son Histoire naturelle (liv . V, ch. xvn) : « Memoria urbium Doron, Syeaminon. »

Du temps de saint Jérôme, elle était déserte. Mais ensuite elle fut reconstruite et réhabilée, attendu qu’elle eut un évêché qui dépendait de l’Église métropolitaine de Césarée. Aujourd’hui, comme nous l’avons vu, Dora est complètement détruite et abandonnée, et à quelques minutes de distance au sud de l’emplacement qu’elle occupait, se trouve le village de Tantoura. A vingt minutes de marche au sud de ce village, on rencontre l’Oued Keradjeh. Il serpente en de nombreux replis à travers la plaine qu’il sillonne avant d’aboutir à la mer. Ou l’appelle également Oued Tantoura. C’est très-probablement le XopcrEoç que Ptolémée mentionne au sud de Dora, et qu’il appelle pareillement ailleurs Xpucoppoaç.

que ce monarque préposa au gouvernement des diverses provinces d’Israël. Dor subit ensuite différentes dominations. Du joug des Perses elle passa, à l’époque d’Alexandre, sous celui des Macédoniens, avec le reste de la Palestine, puis sous celui des rois d’Egypte, successeurs du héros de Macédoine. L’an 217 avant Jésus-Christ, dans la guerre d’ Antiochus le Grand contre Ptolémée Philopator, elle fut vainement assiégée par le premier, qui ne put s’en emparer. Quelque temps après, néanmoins, elle retomba au pouvoir des rois de Syrie et leur demeura soumise jusqu’à ce que Déodote, surnommé Tryphpn, eût usurpé le royaume de Syrie (139 avant Jésus-Christ); mais bientôt Antiochus A’ II, dit Sidétès, ayant rassemblé une grande armée, le vainquit dans un combat et le

poursuivit jusqu’en Phénicie. Tryphon se réfugia dans la ville de Dor, où il fut assiégé par mer et par terre. Réduit à la dernière extrémité, il parvint à s’échapper

PALESTINE OCCIDENTALE ET MÉRIDION A L E

Césarée de Palestine. On m’a dit qu’ils étaient petits et d’environ cinq à six pieds de long. » Ce que Pococké m’a appris à Acre m’a été confirmé de la manière la plus positive par les différents guides que j’ai employés les quatre fois que j’ai traversé le Nahr Zerka, en 1854, en 1803 et en 1870; tous m’ont assuré qu’il existe de petits crocodiles dans cet humble fleuve, et qu’il ne faut pas s’y baigner sans précaution. D’après une tradition répandue parmi les indigènes, deux couples de crocodiles auraient été jadis transportés d’Égypte en Palestine et déposés, l’un dans le Nahr Zerka, le second dans, une autre rivière qui coule au sud de Césarée. Cette tradition est trèsprobablement erronée, mais le fait qu’elle prétend ainsi expliquer semble incontestable, et les allégations actuelles des Arabes qui habitent dans cette partie de la Palestine viennent à l’appui des assertions de Jacques de Vitry et de Winisauf.

A six kilomètres plus au sud, il faut franchir ^gaiement à gué le Nahr Zerka, le pont qui permettait de le traverser étant depuis longtemps renversé. Ce fleuve est le Crococlilon flumen dont parle Pline (. Histoire naturelle, liv. V, ch. xvii) :

« Fuit oppidum Crocodilon, est flumen. »

Nous lisons dans Richard Pococke, à propos du Nahr Zerka (Description de l Orient, tome III, page 1G8) : « J’ai appris à Acre qu’il y avait des crocodiles dans la rivière Zerka. J ai trouvé depuis dans un historien, Jacques de Vitry, qu’il y avait des crocodiles dans la rivière de

Page 1