‹ La terre sainteChapitre 61 sur 128 · A L E S T I N E 0 G G I D E N T A L E E T M É IM D I 0 N A LE · texte numérisé non relu

A L E S T I N E 0 G G I D E N T A L E E T M É IM D I 0 N A LE

touffes, jointes à l’accumulation du sable, dérobent à la vue les arasements des anciens remparts.

Si maintenant nous nous avançons à l’est de l’enceinte des Croisades, il nous faut parcourir au moins neuf cents mètres pour retrouver, vers l’orient, les traces de l’enceinte hérodienne. Nous avons à traverser, pour les atteindre, plusieurs champs, les uns actuellement cultivés, les autres hérissés de ronces et de chardons, au milieu desquels on a beaucoup de peine à se frayer un passage. En outre, on a partout excavé et bouleversé le sol pour en extraire des matériaux antiques. Toutefois, on rencontre encore çà et là des fûts de colonnes, des puits, des citernes, des fragments de mosaïques et les vestiges de nombreuses maisons. Mais ce qui frappe particulièrement l’attention, c’est, au milieu d’un champ, un bel obélisque en granit rose gisant à terre. Arraché de sa base, qui est encore en place et elle-même de granit rose, il a été brisé et scié en plusieurs endroits, afin de pouvoir être plus facilement emporté; néanmoins, sauf le pyramidion qui a disparu, il paraît avoir déjoué, par sa masse, les efforts de ceux qui voulaient l’enlever, et il est toujours là couché sur le sol, mesurant quatorze mètres de long; il devait avoir dans le principe un mètre de plus, quand il était encore muni de sa pointe. Les trois faces visibles de cet obélisque sont parfaitement unies, et aucune inscription n’y a été gravée. J’ignore si la face qui regarde la terre porte quelques caractères, soit hiéroglyphiques, soit autres. Dans le même champ, on remarque trois bornes gigantesques, également en syénite rose, et qu’on a commencé à scier. Ces bornes n’indiqueraient-elles pas que nous sommes sur l’emplacement d’un ancien cirque, dont elles terminaient la spina, l’obélisque en occupant le centre?

Enfin, au delà de l’enceinte du moyen âge, vers le nord, on observe, en suivant les sinuosités de la côte, les vestiges de quais dallés, les débris de plusieurs anciens magasins, les restes de quelques tours et des courtines qui les reliaient entre elles, et ceux de deux aqueducs, dont l’un amenait à Césarée les eaux du Nahr Zerka, et 1 autre celles de Sebbarin. Puis on atteint, à huit cents mètres au nord de l’enceinte des Croisades, la ligne septentrionale du mur antique.

Tel est l’état actuel de la ville, dont nous allons, en peu de mots, esquisser l’histoire.

Avant le règne d’IIérode, Césarée nous est complètement inconnue; nous savons seulement qu’elle s appelait Tour de Straton, sans doute du nom de son fondateur, et qu’elle était habitée par des Grecs originaires de la Syrie. Ilérode l’Ascalonite la rebâtit, vingt-cinq ans avant Jésus-Christ, sur un plan beaucoup plus vaste, et comme nous 1 avons vu d’après le témoiguage de Josèphe, ce roi, par les immenses travaux qu’il accomplit et les sommes énormes qu’il y consacra, fit de ce simple établissement maritime la plus remarquable cité et le meilleur port de la Palestine. Après avoir employé douze ans à reconstruire cette place et à l’orner avec magnificence, il la dédia par des fêtes solennelles , et 1 appela Césaiée, en 1 honneur de César Auguste. Pour témoigner encore davantage sa reconnaissance à l’empereur, il adjoignit cette ville à la province de Syrie, et il donna au port le nom de Sébaste, SeôaGTrJç, traduction grecque du mot latin Augushis. De là vient que la ville, dans plusieurs de ses anciennes monnaies, est surnommée Césarée prés du port Sébaste.

C’est ainsi qu’elle se distinguait d’autres Césarées, et en particulier de la Césarée de Philippe, que le tetrarque Philippe, fils d’Herode, fonda quelque temps après, au pied du mont Panias. On la désignait également sous le nom de Césarée maritime ou de Césarée de Palestine. Dans la suite, lorsque Vespasien y eut envoyé une colonie, elle fut surnommée Cotonia prima Flavia. C’est dans la Césarée qui nous occupe en ce moment que, à la fin de l’année 43 de l’ère chrétienne, Ilérode Agrippa succomba à un mal soudain dont il fut atteint. Après sa mort, les habitants de la ville, oubliant ses bienfaits et ceux de son aïeul, qui avait décoré leur cité avec tant de magnificence, firent éclater leur joie de la manière la plus outrageante, et livrèrent aux insultes les plus grossières les statues de ses filles qui vivaient encore.

CÉSARÉE

L’an 57 de notre ère, des troubles très-graves eurent lieu à Césarée, à la suite des rivalités qui divisèrent en deux camps les Juifs et les Syriens qui y étaient établis. Les Juifs prétendaient que la primauté leur était due dans une cité fondée par Hérode, qui était Juif lui-même; les Syriens, au contraire, alléguaient en leur faveur qu’ils avaient été les habitants primitifs de cette ville, lorsqu’elle s’appelait encore Tour de Straton, et qu’elle ne comptait alors aucun Juif dans sa population. La sédition s’accrut insensiblement, et les Juifs eurent recours aux armes. Mais le gouverneur romain Félix envoya contre eux ses soldats, qui en tuèrent un grand nombre et pillèrent les maisons des riches. Félix ayant été rappelé en Italie, Porcius Festus lui succéda. Aussitôt les principaux Juifs de Césarée s’empressèrent de se rendre à Rome pour accuser Félix devant l’empereur; mais il fut absous, à la sollicitation de Pallas, son frère, qui jouissait d’un grand crédit auprès de Néron. En même temps, les envoyés syriens, ayant corrompu Burrbus au moyen d’une forte somme d’argent, obtinrent un ordre de l’empereur qui enlevait aux Juifs de Césarée le droit de cité. Ce décret funeste devint le signal d’une agitation profonde, qui finit par dégénérer en un soulèvement général contre les Romains.

Bientôt après, l’an 65 de Jésus-Christ, les Grecs de Césarée, à l’instigation de Florus, alors gouverneur de la Palestine, y massacrèrent vingt mille Juifs. Ceux qui, parmi ces derniers, échappèrent à cette affreuse boucherie, tombèrent aux mains des soldats romains et furent envoyés aux galères. A celte nouvelle, toute la Palestine courut aux armes, et ce fut là le commencement de cette guerre terrible qui ne se termina que par la ruine totale de la nation juive.

L’an 68 de Jésus-Christ, Vespasien se trouvait à Césarée, lorsqu’il apprit à la fois et la mort de Néron et l’avénement de Galba à l’empire.

L’année suivante, il fut informé, dans cette même ville, que Vitellius était parvenu au pouvoir et était entré dans Rome avec les légions de la Germanie. Cette nouvelle excita le mécontentement de l’armée de Syrie, qui proclama Vespasien empereur.

Titus, devenu maître de Jérusalem, l’an 70 de Jésus-Christ, célébra à Césarée des jeux magnifiques, pendant lesquels plus de deux mille cinq cents Juifs périrent dans l’amphithéâtre, les uns livrés aux bêtes féroces, les autres brûlés vifs, et beaucoup aussi contraints de s’entr’égorger pour rassasier, par le spectacle de leur mort, les yeux barbares des Romains.

J’ai déjà dit que Vespasien envoya dans cette ville une colonie qui fut appelée Colonia prima Flavia; j’ajouterai ici que ce prince remit aux citoyens de Césarée le droit de capitation, et qu’ ensuite le sol de la cité elle-même fut affranchi par Titus de tout impôt.

Pour passer actuellement à un autre ordre d’idées et de faits, je rappellerai que ce fut à Césarée que le premier gentil embrassa la foi chrétienne, l’an 39 de l’ère vulgaire. Ce gentil était le centurion romain Cornélius, qui fut baptisé par saint Pierre avec toute sa famille. Il devint plus tard évêque et succéda, dit-on, à Zachée, premier évêque de cette ville. Sa maison fut convertie en église, comme l’atteste un passage de saint Jérôme qui nous apprend que sainte Paule la visita dans son pèlerinage.

L’an 58 de Jésus-Christ, saint Paul, revenant de l’Asie Mineure, s’arrêta quelques jours à Césarée avant de retourner à Jérusalem. Il demeura dans la maison de saint Philippe l’évangéliste, dont les quatre filles vivaient dans la virginité et étaient douées du don de prophétie. A peine arrivé à Jérusalem, il fut en butte aux mauvais traitements des Juifs et livré au tribun romain, qui, pour l’arracher à la fureur du peuple, le renvoya avec une forte escorte à Césarée. Là, il fut incarcéré dans le palais même d’Hérode Agrippa, où il demeura pendant deux ans. Soumis à plusieurs interrogatoires devant le gouverneur romain Félix, puis devant Festus, son successeur, il comparut ensuite

ma

PALESTINE OCCIDENTALE ET MÉRIDIONALE

ne fût encore que laïque, Théoctiste, qui connaissait sa science profonde dans les saintes Écritures, l’exhorta à instruire le peuple et, peu d’années après, l’éleva au sacerdoce.

Saint Pamphile souffrit le martyre à Césarée, avec uu grand nombre de chrétiens, l’an 308 de notre ère, sous le règne de Dioclétien.

L’an 548, les Juifs et les Samaritains de Césarée se soulevèrent contre les chrétiens; ils eu tuèrent un grand nombre, pillèrent et incendièrent les églises, et mirent à mort le gouverneur de la ville luimême; mais ensuite Amantius, maître de la milice, ayant été envoyé par l’empereur Justinien en Palestine, sévit rigoureusement contre les coupables.

Le siècle suivant, Abou-Obeida, lieutenant du khalife Omar, attaqua Césarée en 638. Constantin,

devant Agrippa en personne, qui, vaincu par la force de ses paroles, finit par lui dire : « Peu s en faut que vous ne me persuadiez de me faire chrétien. » C’est dans le port de cette même ville que saint Paul s’embarqua pour se rendre à Rome.

Dès les premiers temps de l’Église, Césarée eut un siège épiseopal, qui devint plus tard un siège métropolitain, dont ressortissaient tous les évêques de la Palestine première. Origène, forcé de quitter Alexandrie, se réfugia à Césarée, auprès de Théoctiste, qui en était alors archevêque. Bien qu Origène

Restes d’une partie de l’enceinte septentrionale de Césarée.

CÉSARÉE

fils de 1 empereur Héraclius, défendait cette ville avec quarante mille soldats; mais quand il eut appris que son père avait abandonné la Syrie, bien qu’il fût lui-même à la tête d’une armée considérable, il n’osa pas résister aux musulmans, et il s’enfuit par mer. La ville, abandonnée par son chef, ouvrit ses portes au khalife.

Lorsque les Croisés envahirent la Terre sainte, l’émir qui commandait dans cette ville pour El - Mostalli - Billah , khalife d’Égypte, conclut un traité avec Godefroy de Bouillon et lui offrit un tribut qui fut accepté. Mais bientôt la gloire d’emporter cette place échut à Baudoin Ier, l’an 1102. Ce prince l’attaqua par terre et par mer; après quinze jours d’assauts répétés, il triompha de sa résistance, et plusieurs milliers d’habitants, qui avaient cherché un asile dans la principale mosquée, y furent massacrés sans merci. Baudoin vainqueur laissa une forte garnison dans la ville qu’il venait de conquérir et y établit un archevêché. Elle resta au pouvoir des chrétiens jusqu’en 1187, année dans laquelle Saladin, après s’être rendu maître de Ptolémaïs, la subjugua ellemême et détruisit ses remparts et ses fortifications.

Recouvrée par les Croisés en 1191, elle retomba, en 1219, sous la domination des musulmans, pour être reprise de nouveau par les Latins. En 1251, elle fut restaurée par saint Louis, qui releva ses remparts et sa forteresse.

En 1265, Bibars ben-Dokdar, sultan d’Égypte, s’en empara par surprise. Les chrétiens, s’étant retranchés dans le château, y furent pressés très-vivement par les troupes musulmanes. Le sultan, au dire de Makrisi, s’était établi en face de

Colonne s couchées dans les flots, a Uesaree.

la forteresse, au haut d une église d où il

dirigeait les attaques. Cette église est évidemment celle dont il subsiste encore quelques ruines que j’ai décrites, et qui doit être l’ancienne cathédrale. La citadelle une fois emportée, Bibars ordonna

Page 1