‹ La terre sainteChapitre 74 sur 128 · AK ER (EK R ON · texte numérisé non relu

AK ER (EK R ON

émigrés ou étrangers. Ce fut dans la plaine située au sud-ouest de Chanaan que les Philistins s’établirent; mais d’abord ils occupèrent probablement les oasis de la côte, les plus voisines de

h Égypte. Leur émigration précéda l’époque d’ Abraham; car lorsque ce patriarche vint dans le pays de Chanaan, l’an 189(1 avant l’ ère vulgaire, ils étaient déjà installés à Gérar et dans son territoire, où ils avaient un roi appelé Abimélech (père-roi), titre des rois de celte région. Plus tard, ils durent s’emparer de toute la plaine, à laquelle ils donnèrent leur nom, et ils devinrent même si puissants que lorsque les Israélites sortirent d’Égypte, Moïse, d’après l’ordre de Dieu, ne les conduisit point par le pays des Philistins, quoique ce fut là le chemin le plus court, de peur que se

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PALESTINE OCCIDENTALE ET MÉRIDIONALE

voyant attaqués par ce peuple belliqueux, ils ne se repentissent de s’être mis en marche et qu’ils ne retournassent sur leurs pas. La contrée dont les Philistins se rendirent maîtres était occupée avant eux par un peuple à qui l’Écriture donne le nom de Avvim en hébreu, en latin Hevœi.

Les détails de cette invasion des Philistins et leurs agrandissements successifs nous sont inconnus; tout ce que nous savons, c’est qu’au moment où les Hébreux entrèrent dans la Terre promise, les Philistins possédaient toute la vaste plaine qui est comprise entre le torrent d’Égypte, l’Oued el-Arich de nos jours, au sud, et Ekron, au nord. Leur nom s’étendit même bien au delà du pays qu’ils envahirent; car, peu à peu, toute la terre de Chanaan le prit, nom tellement vivace qu’ encore aujourd’hui la plaine où ils se fixèrent est appelée par les Arabes Falestin; c’était la Chéphélah de la Bible. Comme ils en expulsèrent les Avvim, ils durent y trouver des villes déjà fondées qu’ils ne firent qu’agrandir, ainsi qu’un nombre plus ou moins considérable de villages. Cette plaine fut partagée par eux en cinq satrapies différentes, celles d’Ekron, d’Azot, de Gath, d’Ascalon et de Gaza, d’où la désignation de Pentapole, sous laquelle elle est le plus souvent nommée, parce que chacune de ces satrapies était représentée par une ville principale.

Le village d’Aker, situé à neuf kilomètres au sud-ouest de Ramleh, est l’ancienne Ekron, en latin Accaron. Il compte huit cents habitants. Les maisons sont petites, ordinairement composées d’une seule pièce, de deux au plus, et hautes de trois mètres. Pressées confusément les unes contre les autres, elles sont construites, comme celles de la plupart des villages de la plaine, avec des briques non cuites et séchées seulement au soleil; le toit en est horizontal, mais légèrement bombé vers le centre. Si le village qui, sous le même nom, sauf la désinence, a remplacé la ville antique, est bâti en terre et ne renferme aucune ruine apparente de quelque importance, on peut en inférer, ou que l’ancienne Ekron était elle-même construite en briques non cuites au feu, et, par conséquent, on ne doit pas s’étonner si elle a disparu complètement, ou quelle avait été, à la vérité, bâtie en pierre, mais qu’ayant été renversée depuis longtemps, les matériaux de construction, si rares dans la plaine, en auront été transportés ailleurs pour servir à d’autres bâtisses.

Ekron, dans tous les cas, paraît avoir été la plus septentrionale des cinq satrapies philistines, ainsi que cela résulte du verset suivant du Livre de Josué (ch. xm, $ 3) :

« A fliivio iurbido , qui irrigat Ægyplum, usque ad terminos Accaron contra aquilonem : terra Chanaan , quœ in quinque régulas Philisthiim dividilur, Gazœos et AzotioSj Ascalonitas, Gethœos, et Accaronitas. »

Assignée d’abord par Josué à la tribu de Juda, elle fut ensuite concédée à celle de Dan; mais, en réalité, elle ne fut possédée longtemps ni par l’une ni par l’autre, car, après avoir été conquise par les Hébreux, elle fut bientôt reprise par les Philistins.

Sur la fin de la judicature d’IJéli, l’arche d’alliance, étant tombée au pouvoir des Philistins, fut transportée par eux à Azot, à Gatli et à Ekron; et comme elle causait partout d’effroyables maladies, on la renvoya à Beth-Chemech, la ville de Juda la plus voisine d’Ekron.

La divinité la plus célèbre de cette cité était Baal-Zeboub, en latin Beelzebub (le dieu des mouches). Comme le fait supposer l’étymologie de ce mot, c’était probablement un dieu tutélaire auquel on avait recours contre les mouches, qui, dans ces contrées, deviennent souvent, pendant les chaleurs brûlantes de l'été, un véritable fléau.

Les destinées d’Ekron se confondirent nécessairement avec celles des autres cités philistaiques, et elle dut être plusieurs fois prise et reprise dans les nombreuses guerres qui eurent lieu entre les Philistins et les Juifs. Il n’entre pas dans mon sujet de raconter ici ces luttes incessantes; qu’il

YEBNEH ( Y A B N E TI , IAMNIA).

me suffise de dire que, jusqu’au règne de David qui vainquit souvent les Philistins et finit même parles dompter, ils furent le plus ordinairement victorieux des Israélites. Sous Salomon, ils restèrent soumis à ce prince, dont l’empire renfermait tout leur pays jusqu’à Gaza. Les Philistins se relevèrent plus lard de leur abaissement. Sous Joram, ils firent, en commun avec les Arabes, une incursion dans le royaume de Juda. Ozias réprima leurs succès et éleva même des forteresses sur leur territoire. Mais sous Achaz, ils débordèrent de nouveau dans le midi de la Judée, et s’emparèrent de plusieurs places. Ézéçhias envahit à son tour leur fertile plaine et les poursuivit jusqu’à Gaza. Ils eurent également beaucoup à souffrir des Assyriens, des Scythes, des Égyptiens et des Chaldéens.

Du temps d’Eusèbe, Ekron était encore un grand village habité par des Juifs. A la fin de l’époque des Croisades, comme nous le savons par le religieux dominicain Burchard, ce n était plus qu une petite localité sans importance. Depuis le quatorzième siècle, cet ancien chef-lieu des Philistins était tombé dans une telle obscurité que, jusqu’au savant voyageur anglais Robinson qui 1 a retrouvé, en 1838, dans le village actuel d’Aker, les voyageurs modernes ne savaient plus où le chercher.

YEBNEH (YABNEH, IAMNIA)

A sept kilomètres à l’ouest d’Aker s’élève, sur une colline au delà du Nahr Bonbrn, le village de Yebneh. Les maisons confusément groupées en amphithéâtre sont la plupart très-basses et ressemblent à de véritables buttes. Les plus grandes sont précédées d’une petite cour qu’environne un mur d’enceinte. Cet amas informe d’habitations en terre et en briques crues est dominé par un minaret à base carrée et de forme polygonale, dont le sommet est en partie détruit. Il occupe l’un des angles d’une mosquée qui a remplacé une église chrétienne, probablement l’ancienne chapelle du château d’Ybelim, ou Hibelin, à l’époque des Croisades. S’il faut en croire Guillaume de Tyr (liv. XV, ch. xxiv), le village que je viens de décrire aurait succédé à la ville de Geth ou de Gatb. Jacques de Vitry reproduit, en l’abrégeant, le passage de cet historien relatif à cette localité. Adrichomius adopte le sentiment de ces deux écrivains. L’abbé Mignot le partage également dans son sixième Mémoire sur les Phéniciens. Mais c’est là une erreur évidente, comme il est facile de le prouver. D’abord le nom actuel de Yebneh est identique avec le nom ancien Yabneh, en grec ’ldpeia, en latin Iebneel, labnia, [amnia. Ensuite, dans plusieurs passages des livres des Macchabées, la ville ainsi appelée est rapprochée d’Azot comme d’une place voisine; elle est indiquée pareillement dans la proximité de Joppé, et effectivement elle était située entre Joppé au nord et Azot au sud. Or le villagede Yebneh se rencontre précisément sur la route qui de Jaffa conduit à Esdoud, 1 antique Azot. Les témoignages de Josèphe, de Strabon, de Pline, de l’Itinéraire d’Antonin et de la Table de Peutinger concourent de même à démontrer l’identité de Jamnia avec le village dont il s agit en ce moment. Cette identité une fois admise comme incontestable, donnons maintenant quelques détails sur 1 histoire de cette ville, qui, sans avoir la célébrité des cinq satrapies pliilistines, mérite cependant d'avoir sa place dans la description de ce pays.

Nous savons par la Bible qu’elle existait déjà à l’époque où les Hébreux envahirent la Terre promise, puisqu’elle est mentionnée dans le Livre de Josué sous la forme Yabneel, en latin Iebneel. Ce mot Yabneel signifie en hébreu Dieu la bâtit. En supprimant la dernière syllabe el, qui veut dire Dieu,

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reste le mot Yabneh, dont le sens est le même, car on sous-entend alors le mot Dieu. Assignée dans le principe à la tribu de Juda, ainsi que la ville d’Ekron, Yabneh fut plus tard donnée à celle de Dan, mais pour retomber bientôt sous la domination des Philistins.

Vers l’an 800 avant Jésus-Christ, elle fut enlevée à ce peuple par le roi Ozias et démantelée. Dans les deux livres des Macchabées, il est «à plusieurs reprises question de cette ville, mentionnée sous la forme grecque de Iamnia. C’est sous ses murs qu’en 104 avant Jésus-Christ, deux capitaines de Judas Macchabée, qui malgré ses ordres avaient combattu, en son absence, les troupes de Gorgias, furent vaincus par celles-ci.

Le port d’ Iamnia fut brûlé ensuite par Judas Macchabée avec les vaisseaux qu’il contenait. En 142, Simon s’empara de cette place. L’an 03, elle fut enlevée par Pompée aux Juifs et rendue à ses

anciens habitants. L’an 30, elle retourna sous la domination des Juifs par la donation qu’ Auguste en fit au roi Hérode. Ce prince, avant de mourir, la concéda à Salomé, sa sœur, avec Azot et Phasaélis, et celle-ci la légua, à son tour , à Livie , épouse d’Auguste.

Le canton d Iamnia était alors extraordinairement peuplé, ainsi que l’atteste un passage de Strabon , d après lequel cette ville, avec les villages de sa dépendance, aurait pu armer quarante mille hommes. Philon un peu plus tard, dans sa relation de l’ambassade envoyée à Caligula, appelle également Iamnia l’une des villes les plus populeuses de la Judée, et il nous dit que, de son temps, la plupart de ses habitants étaient Juifs. A cause de cette grande affluence de population juive, le siège du grand sanhédrin avait été transféré à Iamnia quelque temps avant la destruction de Jérusalem. Cette ville vit aussi fleurir dans son sein une célèbre école rabbinique, dont les docteurs sont souvent cités avec éloge dans le Talmud. A l’époque des Croisades, Iamnia était détruite. L emplacement quelle avait occupé s’appelait alors par corruption Hibelin, Hibelim ou Ybelim. G est avec les ruines de cette ville que Foulques, quatrième roi de Jérusalem, bâtit la forteresse ainsi désignée, et qui, à son tour, est elle-même rasée, sauf les débris de la chapelle dont j’ai parlé.

A sept kilomètres au nord-ouest de Y abneh, un peu au sud de l’embouchure duNahr Roubin, s’arrondit

YEBNEH (YABNEH, 1AMNIA).

une petite baie entourée de rochers, formant une sorte de jetée naturelle. Cette anse constituait autrefois le Maiumas Iamniœ ou l’ancien établissement maritime cYIamnia, signalé par Pline,

et dont les ruines sont aujourd’hui presque entièrement ensevelies sous d’énormes dunes de sable.

ASDOUD (AZOT)

Mais poursuivons notre marche vers le sud. Après avoir laissé à notre gauche dans la plaine le village de Katrah, jadis Géderah, puis celui de Yazour, l’ancienne Ilazor Hadattah, Y Asor Nova de la Vulgate, nous parvenons à Barka, autrefois Bene-Berak, situé à onze kilomètres au sud de Yehneh. À quatre kilomètres plus au sud-ouest, nous atteignons Asdoud, que précède une belle avenue de gigantesques nopals qui, à droite et à gauche de la route, servent de haie infranchissable à de fertiles jardins où croissent confusément des orangers, des citronniers, des grenadiers, des figuiers et des oliviers, du milieu desquels s’élèvent çà et là d’élégants palmiers.

Asdoud, jadis si forte et si importante, est réduite actuellement à l’état d’une simple et pauvre bourgade de dix-huit cents habitants. La plupart des maisons sont grossièrement bâties en briques crues; quelques-unes seules sont en pierre. Elles couvrent les pentes d’une éminence peu considérable qui est elle-même commandée vers le nord-ouest par une colline plus haute. Celle-ci constituait l’acropole de la ville antique. Livrée maintenant à la culture, elle est plantée de figuiers et d’oliviers, et une ceinture de cactus l’environne. Cette haie naturelle a remplacé un mur épais, construit avec des blocs régulièrement taillés et d’un grand appareil.

Au bas et autour d’ Asdoud, on observe un certain nombre de puits, presque tous antiques. Près de l’un de ces puits, une mosquée renferme sous deux petites coupoles les tombeaux de deux santons. Dans la cour qui la précède, on l’emarque un beau sarcophage antique dont la face principale est ornée de guirlandes sculptées auxquelles pendent des grappes de raisin. A une faible distance de cet édifice s’étendent les ruines d’un vaste khan abandonné.

Asdoud est l’ancienne Achdod, en grec 5,AÇcotoç, en latin Azotus, d’où la dénomination française Azot. Elle existait dès l’entrée des Hébreux en Palestine, et fut assignée par Josué, avec les bourgs et les villages qui en dépendaient, à la tribu de Juda, mais elle ne lui fut soumise que plus tard. Vers la fin de la judicature d’Héli, les Philistins ayant remporté deux grandes victoires sur les Israélites, l’arche sainte elle-même, que ceux-ci avaient fait venir de Silo dans leur camp pour ranimer leur courage et leur servir d’une sorte de palladium sacré, tomba entre les mains de l'ennemi, qui la transporta à Azot et la plaça dans le temple de Dagon. Mais le lendemain matin, les Philistins s’aperçurent que la statue de leur dieu était renversée devant l’arclie.

L’ayant relevée, ils la trouvèrent encore le jour suivant étendue la face contre terre, à côté de l’arche; la tête et les mains du dieu avaient été coupées et gisaient sur le seuil de la porte du temple. En même temps, une maladie épidémique se répandit dans la ville d’Azot, et une multitude incroyable de rats infestèrent les campagnes. Transportée de là à Gatli et ensuite à Ekron, l’arche y causa par sa présence les mêmes calamités, ce que voyant, les Philistins la rendirent aux Israélites, accompagnée d’offrandes expiatoires.

Sous Salomon, Azot fut assujettie par les Hébreux. Les Philistins, en effet, avaient été écrasés par les nombreuses défaites que David leur avait infligées. Plus tard, cette nation belliqueuse la reconquit, à la faveur des guerres civiles qui éclatèrent parmi les Israélites, après la mort de Salomon et le partage de ses Etats en deux royaumes distincts. Ozias l’enleva de nouveau aux Philistins, en fit démolir les remparts, et y éleva une forteresse pour la maintenir sous le joug. Sous Ezéchias,

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