‹ La terre sainteChapitre 76 sur 128 · AS CAL ON · texte numérisé non relu

AS CAL ON

édifices renversés, et qui se trouve ainsi transformée en un vaste jardin que divisent en une foule de compartiments des baies de cactus et d’autres arbustes épineux ou de petits murs de séparation. Des

citronniers, des cognassiers, des grenadiers, des orangers, des figuiers, des amandiers, çà et là aussi quelques hauts palmiers, ont envahi confusément un sol autrefois couvert d’habitations privées et

PALESTINE OCCIDENTALE ET MÉRIDIONALE

parsemé de palais, de portiques et de temples, plus tard de mosquées et d’églises depuis longtemps démolies, et dont les plus remarquables débris ont été dispersés sur divers points de la Palestine et (le la Syrie.

Après ce que je viens de dire, on voit qu’il est Lien difficile actuellement de refaire, par la pensée, en se basant sur 1 aspect si fort effacé et modifié des lieux, je ne dis pas l’Ascalon primitif des Chananéens et des Philistins, ou 1 Ascalon agrandi et embelli par Ilérode, à l’époque romaine, mais même 1 Ascalon du moyen âge, tel qu’il était du temps des Croisés. Toutefois, l’enceinte et la configuration générale qu’il avait alors, du moins dans sa forme extérieure, se retrouvent encore facilement de nos jours.

Si l’on suit les gigantesques restes encore debout de l’enceinte des Croisades, il est aisé, en effet, d en reconnaître tout le périmètre, qui décrivait à peu près un demi-cercle dont la corde, comme le dit très-bien Guillaume de Tyr (liv. XVIF, ch. xxi), s’étend à l’ouest, le long du rivage, ot dont 1 arc s arrondit à 1 est du côté de la terre. Les murs qui font face à la mer sont aux trois quarts démolis, excepté dans quelques endroits où d’énormes pans gisent renversés sur la plage. Ils s’élevaient sur des falaises escarpées, partie rocheuses et partie sablonneuses, dont la hauteur, au point culminant, peut atteindre trente mètres, et qui, ailleurs, s’abaisse jusqu’à n’avoir plus que quinze mètres. Le port n avait pas en étendue toute la longueur, mais seulement les trois quarts de la corde d’arc. Les deux môles qui le formaient avaient été bâtis avec une quantité incroyable de colonnes de granit gris qui sont couchées encore sur la plage ou dans la mer j ils étaient défendus, principalement le môle méridional, par de puissants bastions, dont il subsiste plusieurs pans de murs très-considérables écroulés et entassés confusément. Ces pans, construits avec des pierres de toutes sortes qu’unit entre elles un ciment très-tenace, renferment dans l’épaisseur de leur masse, comme pièces de soutènement, soit des colonnes de granit, soit des colonnes de marbre blanc et gris, provenant les unes et les autres d’édifices antérieurs.

Le long de la section méridionale de l’enceinte, les murs avaient été bâtis sur des collines moitié naturelles, moitié factices. Incessamment assiégés par des dunes énormes de sable qui, amoncelées peu à peu par le vent du sud, s’élèvent maintenant jusqu’à son sommet, ils sont presque entièrement ensevelis sous les vagues envahissantes qui finiront par les submerger complètement. Une fois arrivé sur le faîte du talus que forment ces dunes, faîte qui est en même temps celui des murs dans leur élévation actuelle, on rencontre de distance en distance, en le suivant, les restes de plusieurs tours écroulées; une échancrure assez grande marque l’emplacement de la porte du Sud ou porte de Gaza, mentionnée par Guillaume de Tyr.

La section orientale des remparts semble avoir été la plus formidable de toutes. Elle est de même battue continuellement par des flots de sable au-dessus desquels elle surnage encore de beaucoup; car les tertres qui supportent les murs, vers l’est, dominant davantage la plaine environnante, et, en outre, le courant de la mer de sable au milieu de laquelle Ascalon est placé, semblant se diriger surtout du sud au nord plutôt que de l’est à l’ouest, il en résulte que cette partie des remparts est la plus faeüe a étudier. Hauts d’environ dix mètres, ils ont une épaisseur qui dépasse deux mètres. Ils sont revêtus extérieurement d’un appareil très-régulier de pierres d’une dimension moyenne; l’intérieur est rempli par un blocage composé de moellons de toutes grandeurs noyés dans un bain de mortier. Sur beaucoup de points, la maçonnerie est traversée par des fûts de colonnes, soit de marbre, soit de granit gris, couchés horizontalement et faisant en dehors une saillie de douze à quinze centimètres. C était du côté de 1 est qu était la Grande Porte , dite de Jérusalem , parce qu’elle était tournée

A S GAEO N.

vers celte ville. Défendue à droite et à gauche par deux puissantes tours dont les débris sont très-considérables, elle était précédée par d’autres portes pratiquées dans des avant-corps de fortifications qui ont été renversées de fond en comble.

Quant à la section septentrionale de l’enceinte, il est assez difficile de la suivre, d’abord parce qu’elle a subi un bouleversement plus profond, et ensuite parce quelle est envahie par des jardins que divisent des haies de cactus ou d’épines. Des vignes grimpantes, de vieux figuiers et d’autres arbres à fruits croissent au milieu de larges pans de murailles ou de tours écroulées. Ce mélange de ruines et de verdure, dont le désordre déconcerte l’archéologue qui veut étudier curieusement les vestiges du passé, charme, au contraire, l’artiste qui recherche avant tout le pittoresque. Les vergers, de ce côté, s’étendent jusqu’au village de Djoura.

Des avant-murs, qui sont depuis longtemps rasés ou ensevelis sous le sable, excepté dans quelques endroits où l’on en reconnaît la trace, constituaient la première défense de cette ville.

Franchissons maintenant l’enceinte dont nous venons de décrire les restes, et pénétrons dans l’intérieur d’Ascalon. Ce qui frappe aussitôt, c’est qu’au lieu d’avoir devant les yeux l’image ou même l’ombre d’une ancienne cité, on se trouve en présence de nombreux jardins appartenant aux habitants de Djoura, et qui ne sont que la continuation de ceux qui entourent ce village. Le sol est presque partout occupé par une végétation luxuriante que la culture ou la nature toute seule a fait naître, et pour retrouver quelque chose des édifices d’Ascalon, il faut escalader une foule de haies ou de petits murs de séparation qui délimitent des vergers différents. En parcourant tour à tour ces jardins, j’y ai reconnu les traces d’un théâtre, de plusieurs portiques, et celles de trois églises principales. L’une d’elles, entre autres, avant d’être consacrée au culte chrétien, avait succédé à un temple païen et avait elle-même été remplacée par une mosquée. Sur le lieu qu’elle occupait et qui est actuellement planté de figuiers et de pins, gisent encore huit fûts de colonnes de granit gris. Les tranchées qu’en 1815 lady Stanhope avait fait ouvrir en cet endroit sont aujourd’hui presque entièrement comblées; elles l’étaient beaucoup moins en 1854, lorsque je visitai pour la première fois Ascalon. Cette célèbre Anglaise fouilla pendant quinze jours l’emplacement présumé de l’antique temple de Vénus Astarté, où l’on supposait qu’était enfoui un trésor important. Elle avait sous ses ordres cent cinquante Arabes, dont elle dirigeait elle- même les travaux. Les musiciens du pacha d’Acre ranimaient de temps en temps parleurs symphonies l’ardeur des ouvriers; mais ce qui excitait surtout leur zèle et leurs efforts, c’était l’espoir de découvrir enfin ce trésor caché qui devait les enrichir tous, ou du moins dont ils s’attendaient à avoir leur part. Outre des murs très-épais, un grand nombre de colonnes de granit, de fragments de marbre et de chapiteaux furent mis à jour, et, en creusant des tranchées de plus en plus profondes, on trouva comme trois couches différentes de débris et trois pavés superposés qui marquaient les trois âges du monument. Ces trois pavés, par leurs caractères distincts, indiquaient que cet édifice avait d’abord été un temple, et qu’ensuite il était devenu une église, puis une mosquée dont le milirab existait encore quand on commença les fouilles. Le quatrième jour, on vit paraître une magnifique statue de marbre blanc couchée sur le sol, dont la draperie était fort riche et qui semblait représenter un empereur romain; le tronc seul mesurait deux mètres de long, la tête et les pieds manquaient. D’autres débris de différentes sortes furent déterrés en poussant les fouilles à une plus grande profondeur; mais, quoiqu’on eût atteint les fondations mêmes du monument primitif, pas la moindre petite pièce d’or ne brilla aux yeux des ouvriers découragés. Ils s’imaginèrent alors que la statue recélait dans ses flancs le trésor tant cherché, et, afin de les désabuser, lady Stanhope se vit contrainte de la faire mettre en pièces.

contre les Israélites, Ascalon, comme toutes les autres villes de la Pentapole, succomba aux armes de David, et sous Salomon celte place payait un tribut à ce prince. Redevenue indépendante, elle fut assujettie ensuite aux Assyriens par Sargon, puis par Sennachérib, ainsi que 1* attestent les inscriptions cunéiformes de Khorsabad. Plus tard, elle fut soumise successivement aux Perses et aux Grecs. Avant de tomber sous la domination romaine, elle put, grâce aux divisions de la famille des Séleucides, se constituer, sous le protectorat de Rome, en une république qui maintint quelque temps son indépendance. Hérode le Grand, qui reçut le jour à Ascalon, l’embellit en y faisant construire des bains, de magnifiques fontaines, de superbes et vastes portiques. Pendant la guerre judaïque, cette ville fut dévastée par un violent incendie que les Juifs révoltés y avaient allumé. Les Ascalonites, à leur tour, exercèrent de terribles représailles sur les Juifs qui habitaient au milieu d’eux, et ils en égorgèrent deux mille cinq cents.

Ascalon se montra très-attaché aux superstitions païennes, et le christianisme ne put s’y établir qu’avec beaucoup de peine. Quand l’empereur Julien l’Apostat chercha à relever le culte des faux

Ascalon, en hébreu Achkelon, en grec ’Aov.àXcov, en latin Ascalon, eu arabe Askoulan, était l’une des cinq principales villes des Philistins. Bien qu’elle fût comprise dans le territoire de la tribu de Juda, cependant il n’est pas dit dans la Bible, lors du partage opéré par Josué, qu’elle ait été assignée à cette tribu. Après la mort de Josué, elle tomba toutefois sous la domination des enfants de Juda. A en croire Diodore de Sicile, Sémiramis aurait reçu le jour dans cette ville. L’an 1137 avant Jésus-Christ, Ascalon est mentionné dans la Bible, à l’occasion des faits étonnants qui ont marqué la vie de Samson. C’est là qu’il tua trente Philistins, pour en donner les vêtements à ceux qui avaient deviné son énigme : « De celui qui mangeait est sortie la nourriture, et la douceur est venue du fort. » Après avoir eu ses princes particuliers et avoir participé aux nombreuses luttes que les Philistins soutinrent

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