R H A Z R H (GAZA
qu ils ne se rendraient que s il prenait pitié de leurs familles et s’il promettait de briser les fers du roi de Jéiusalem. Saladin accepta ces propositions, mais il ne consentit à mettre en liberté Guy de Lusignan qu’après le délai d’une année.
A l’époque de la troisième Croisade, lorsqu’ en 1191 les chrétiens, sous Richard Cœur de lion, s avancèrent de nouveau contre Ascalon, Saladin, n’étant plus assez fort pour garder et défendre celte place, en ordonna la démolition. Lui-même travailla, dit-on, de ses propres mains à renverser les remparts et les mosquées, et il s’assit ensuite en pleurant sur les ruines de la Fiancée de la Sj'ide, Arousset ech-Cham 3 surnom que les musulmans donnaient alors, à cause de sa beauté, à la ville d Ascalon. Les Croisés, en arrivant devant ses murs, en 1192, la trouvèrent déserte et démantelée. Ils s occupèrent aussitôt d’en relever les remparts et les tours, et tous rivalisèrent d’abord d’ardeur pour la remettre en état de défense. Richard les encourageait par son exemple, par ses discours et par des distributions d argent. A la longue néanmoins, plusieurs chefs commencèrent à s’indigner contre ce prince, disant hautement qu’ils n’étaient point venus èn Palestine pour rebâtir Ascalon, mais pour reconquérir Jérusalem. Le mécontentement augmenta peu à peu dans l’armée, et l’attention de Richard ayant été appelée ailleurs, les travaux languirent.
Quelques mois après, les chrétiens et les musulmans conclurent une trêve de trois ans et huit mois, et Ascalon devint alors l’objet de violents débats, chaque parti prétendant à la possession de la cité. Pour trancher la question, il fut décidé qu’elle serait renversée. Il paraît toutefois que son enceinte fut loin d être complètement démolie, car, en 1270, Ribars Rcndokhdar acheva de la détruire, dans la crainte que les chrétiens ne s’y fortifiassent de nouveau. Depuis cette époque, Ascalon n a plus été rebâti, et ses ruines solitaires rappellent à la pensée cette antique prédiction du prophète Sophonie, qui s’écriait, il y a tant de siècles : « Gaza sera renversée et Ascalon changé en désert. »
RHAZEH (GAZA)
Située à vingt kilomètres au sud-sud-ouest d’Ascalon, Gaza, en arabe Rhazeh, est environnée de magnifiques bois d’oliviers séculaires et de vergers très-étendus qui rivalisent en fertilité avec ceux de Jaffa. Défendus par des haies puissantes de cactus et d’arbustes épineux, ses jardins étalent aux regards de riches plantations de figuiers, de grenadiers, d’orangers, de citronniers, d’abricotiers, de mûriers, d’amandiers et même de pommiers, espèce d’arbre assez rare dans cette partie de la Palestine. Au-dessus s’élèvent, par intervalles, des pins, des sycomores, autour desquels s’enroulent des vignes grimpantes, des acacias mimosas et surtout des palmiers, qui sont ici plus nombreux et plus élancés que dans le nord de la contrée. Le palmier est, par excellence, l’arbre de l’Égypte; il abonde aussi à Gaza, dont le climat se rapproche singulièrement de celui du Delta égyptien. Hors de la ville, dans les vergers, et même au sein de celle-ci, dans la cour de beaucoup de maisons, il fait admirer son port gracieux et le verdoyant panache qui couronne sa tête : c’est le principal ornement de cette cité. Gaza n’est plus enfermée dans une enceinte de murailles. On y pénètre, pour ainsi dire, sans s’en douter, en sortant des jardins qui la précèdent. Autrefois, quand ses murs étaient debout, on y entrait par sept portes. Quatre quartiers, séparés les uns des autres comme autant de grands villages différents, constituent l’ensemble de la cité. Le quartier appelé Ilaret ed-Daredj est celui de la ville haute ou de la ville proprement dite; son nom lui vient des escaliers par lesquels on y monte. 11 occupe une colline
PALESTINE OCCIDENTALE ET MÉRIDIONALE
oblongue dont la partie méridionale seule est aujourd’hui couverte de maisons; le reste est parsemé de décombres au milieu desquels on observe les restes du Séraïa. Ce palais date du commencement du treizième siècle. A l’exception d’une salle qui est encore debout et où le moutsellim se rend chaque jour pour vaquer à ses fonctions de juge et d’administrateur de la ville, les autres parties du palais sont à moitié renversées ou môme complètement démolies. A une faible distance de là, on aperçoit les débris d’une tour. Cette tour et l’emplacement du château fort quelle flanquait portent actuellement le nom de Séraïa el-Atika. Quelques voyageurs ont attribué cette construction à l’époque romaine, mais je la considère plutôt comme étant l’œuvre des Croisés, qui élevèrent, en 1149, une forteresse en cet endroit.
Dans le même quartier sont des bazars voûtés ou bézestans et la grande mosquée ou Djama el-Kebir. Cette mosquée, d’après la tradition des musulmans eux-mêmes, serait une ancienne église, ce que confirme l’aspect du monument. Les chrétiens du pays ajoutent que cette église avait été primitivement fondée par Constantin et par sainte Hélène, et dédiée à saint Jean-Baptiste. L’âge qu’ils donnent à l’édifice actuel est évidemment trop ancien, attendu que les voûtes, les arcades et les baies des fenêtres sont de forme ogivale. Le plan du monument est celui d’un rectangle mesurant quarante pas de long sur vingt-six de large. 11 renferme trois nefs, celle du centre étant beaucoup plus haute que les nefs latérales. A ces trois nefs en est accolée, du côté du sud, une quatrième, qui a été adjointe après coup par les musulmans. Ils ont également, pour bâtir leur minaret, remanié et fait disparaître en partie les trois absides. Quant aux belles colonnes de marbre couronnées de chapiteaux corinthiens qui ornent l’intérieur de cette église, que j’attribue aux Croisés, elles peuvent provenir de la basilique érigée par l’impératrice Eudoxie dans les premières années du cinquième siècle sur l’emplacement d’un temple dédié au dieu Marnas.
Gaza possède encore huit autres mosquées, moins remarquables que la précédente, mais qui méritent cependant d’être visitées, soit pour les beaux débris antiques qu’elles renferment, soit à cause des arabesques délicates, malheureusement très-dégradées, dont plusieurs sont décorées. Quand on examine ces détails gracieux, ces dentelures fines et ces broderies capricieuses que le ciseau a su imprimer à la pierre et au marbre, on ne peut s’empêcher de reconnaître l’art original et piquant que les Arabes ont déployé dans leurs constructions, à l’époque où l’islamisme florissant et encore dans le progrès de ses triomphes et dans la vigueur de sa jeunesse, a jeté dans le monde son plus vif éclat. 1/ architecture arabe, en effet, s’est montrée alors hardie, svelte et brillante. On voit qu’une sève féconde la vivifiait, et qu’une imagination créatrice en a secondé le premier essor; mais aussi l’on peut dire qu’elle pèche ordinairement par l'ensemble. Fantastique et irrégulière, elle a presque toujours fait preuve plutôt d’originalité que de goût; l’harmonie et les proportions si parfaites de l’art antique, ainsi que les grandes et sublimes conceptions de l’art chrétien, lui ont le plus souvent manqué.
Avant de quitter le quartier dit Haret ed-Daredj, je dois signaler près d’un oualy l’emplacement d’une porte tournée vers le sud-est, et qui, d’après la tradition musulmane et chrétienne, serait celle-là même que Samson aurait transportée avec ses battants et sa serrure sur la montagne qui regarde Hébron, aujourd’hui le Djebel-Mountar (Juges, ch. xvi, ^ 3) :
« Dormivit autem Samson usr/ue ad medium noclis : et inde consurgens apprehendit ambas porlœ fores cum postibus suis, et sera , imposilasgue liumeris suis porlavit ad verticem monlis, (pii respicit Iiebron. »
Non loin de là aussi l’on montre le lieu où se serait élevé le fameux temple de Dagon que Samson fit écrouler en secouant les deux colonnes qui en soutenaient le toit, et qui dans sa chute, en le faisant