‹ La terre sainteChapitre 83 sur 128 · D E T I B N E H A T E K OUA · texte numérisé non relu

D E T I B N E H A T E K OUA

A une faible distance au sud-ouest de Beit-Nettif, des ruines étendues, appelées Kharbel ech- C/ioueikehj couvrent le plateau oblong d’une colline. On y aperçoit partout des caveaux creusés dans le roc qui formaient autrefois le sous-sol d’autant de maisons presque entièrement détruites. Beaucoup de citernes pratiquées également dans le roc sont bien conservées.

Des plantations de tabac croissent au milieu des ruines. Aux deux extrémités du plateau, on

Aïs-Ghems, jadis Beth-Ciiemecii.

remarque deux oualys musulmans. L’un est à moitié démoli; l’autre, encore debout, est ombragé par un magnifique terébinthe et par un chêne vert plusieurs fois séculaire; il est consacré à Abou- Hélal.

Le Kharbet ech-Clioueikeli, à cause de son nom et de sa position, répond à l’ancienne ville de Socoh, en grec 2coyc6, en latin Soc/io et Socc/io, mentionnée dans le Livre de Josué parmi celles de la

Vallée de l’Oced Sebaii.

Chéphélali (ch. xv, v. 35). Dans le livre 1er des Bois (ch. xvn), nous lisons que les Philistins, lors du combat singulier de David avec Goliath, avaient établi leur camp entre Socoh et Azéca. Les enfants d’Israël, de leur côté, sous la conduite de Saül, s’étaient rassemblés sur une colline voisine et étaient séparés de leurs ennemis par une vallée qui dans le texte hébreu est appelée Émek-Elah, mot que la Vulgate traduit par ceux de vallis Terebinthi.

La Socoh dont il est question ici est la ville qui nous occupe en ce moment. Quant à Azéca, elle n’a point été retrouvée d’une manière certaine. Dans tous les cas, ce passage de la Bible réfute péremp-

PALESTINE OCCIDENTALE ET MÉRIDIONALE

toirement la tradition actuelle qui place non loin d’Aïn-Karim le théâtre de la célèbre victoire remportée par David sur le géant Goliath.

La vallée où cet événement s’est accompli doit être beaucoup moins voisine de Jérusalem et plus proche de la Chéphélah, attendu que les Philistins étaient campés non loin de Socoh, ville de la Chéphélah, et qu’ après leur défaite qui suivit le trépas du géant Goliath, ils furent poursuivis par les Israélites vainqueurs jusqu’aux portes d’Ekron. Or une pareille poursuite depuis les environs d’Ai'n- Karim jusqu’aux portes d’Ekron, aujourd’hui Akir, est tout à fait invraisemblable, tandis qu’elle se comprend bien mieux, si l’on éloigne de Jérusalem, pour la rapprocher davantage du Kharbet eeh- Choueikeh, la scène de ce combat mémorable. La vallée du Térébinthe doit être celle qui s’étend au nord et à l’est de l’emplacement qu’occupait cette ville, et le torrent qui la sillonne est probablement celui dans le lit duquel David choisit les cinq pierres qu’il mit dans sa gibecière pour en armer sa fronde.

Socoh fut plus tard une des villes de Juda que Roboam fortifia, après la révolte des dix tribus. Sous le règne du roi Achaz, elle retomba au pouvoir des Philistins. A l’époqne cl'Eusèbe et de saint Jérôme, comme cela résulte de 1’ Onomasticon3 elle s’appelait Socchoth et était formée de la réunion de deux villages, l’un supérieur et l’autre inférieur. J’ai signalé les débris du premier sur le plateau de la colline de Choueikeh ; le second, qui s’étendait probablement sur les flancs ou au pied de cette même colline, a été complètement rasé, sauf quelques cavernes pratiquées dans le roc qui existent encore.

Un sentier très-accidenté à travers les monts de Juda et dans la direction de l’est nous conduit de Choueikeh à Beit-Sakaria, que sépare un intervalle d’au moins douze kilomètres. Ce dernier village est presque entièrement abandonné, et consiste en un amas de petites maisons fort mal bâties et la plupart tombant en ruine. Quelques-unes seulement sont, encore habitées par une dizaine de fellahs : une mosquée renferme un tombeau qui n’est plus visible, enseveli qu’il est sous des décombres, et qui passe pour contenir les restes cl’Abou-Zakaria. A l’entrée de ce sanctuaire, on remarque deux colonnes qui semblent provenir d’une église byzantine ; les chapiteaux, en effet, représentent des espèces de corbeilles de joncs entrelacés comme les mailles d’un filet. Quant au nom que portait cette localité, il était le même autrefois que celui quelle a conservé fidèlement jusqu’à nos jours. Nous lisons dans le livre Ier des Macchabées (ch. vi) que l’an 163 avant Jésus- Christ, Antiochus Eupator ayant envahi la Judée avec une armée formidable et mis le siège devant la forteresse de Bethsura, en hébreu Beth-Tsour, Judas se hâta de quitter Jérusalem et alla placer son camp à Bethzachara. La bataille s’engagea dans la vallée connue aujourd’hui sous le nom cl’Oued Beit-Zakaria et sur la montagne qui la borde; car il est impossible de ne pas reconnaître dans le Beit-Zakaria dont je viens de parler la ville de Bethzachara signalée dans ce passage. L’identité complète des noms et la position de ce village entre Jérusalem et Beth-Tsour ne laissent aucun doute à ce sujet. Si Judas Macchabée choisit ce point pour y établir son camp, c’est que n’ayant qu’une poignée d’hommes à opposer à la formidable armée d’ Antiochus qui assiégeait Beth-Tsour, il devait chercher à attirer l’ennemi sur un champ de bataille qui ne lui permît pas de déployer librement sa cavalerie et ses éléphants, et d où d pût ensuite lui-même, en cas d’échec, se réfugier facilement à Jérusalem. Effectivement, malgré des prodiges de valeur et l’heureux choix qu’il avait fait du lieu du combat, il fut contraint de céder au nombre et de battre en retraite vers la Ville sainte. Parmi les plus braves de ses compagnons d’armes qui demeurèrent sur le champ de bataille, il faut citer Éléazar, qui s’était voué courageusement à la mort pour tuer un éléphant revêtu de la cuirasse royale, et qu’il croyait pour cela monté par le roi de Syrie.

Je ne chercherai point quel fut le Zacharie qui donna son nom à Beth-Zacharia que Josèphe appelle

plus exactement peut-être Beth-Zacliarias. Nous trouvons dans les Livres saints plus de vingt personnages désignés ainsi. S’agit-il du fils du grand prêtre Joïada, qui fut lapidé par ordre de l’ingrat Joas dans l’un des parvis du temple pour avoir reproché au peuple son infidélité à l’égard du Seigneur? Serait-ce au contraire le prophète Zacharie, fils de Barachie, qui prophétisa, lors du rétablissement du temple, après le retour de la captivité? Je 1 ignore complètement, et toute hypothèse à ce sujet serait purement oiseuse, faute de renseignements certains. Il ne peut être question, en effet, du père de saint Jean-Baptiste, appelé pareillement Zacharie, puisque, bien avant la naissance de ce prêtre, la localité qui nous occupe portait déjà le nom de Beth-Zacliarias.

A trois kilomètres plus à l’est, sur une colline aujourd’hui abandonnée par la culture et par l’homme,

Tibneu, jadis Timnah, patrie de la femme de Samsos.

sont les ruines de Beit-Faghour. Cette ancienne localité a été encore habitée à l’époque moderne, comme le prouvent une vingtaine de maisons à moitié debout, d’apparence arabe.

En parcourant ce village, maintenant solitaire et aux trois quarts détruit, j’ai observé çà et là plusieurs pierres de taille et un tronçon de colonne qui semblent antiques. Au milieu de la vallée qui s’étend au sud-ouest delà colline de Beit-Faghour coule dans un ancien canal actuellement très-dégradé une source appelée Aïn-Faghour, et au delà de cette vallée, sur les flancs de la colline qui la limite au sud, plusieurs tombeaux creusés dans le roc sont les restes d’une petite nécropole très-dévastée.

Le Kharbet Beit-Faghour est évidemment la ville de Phagor signalée dans la version des Septante

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du Livre de Josué (cl), xv, f CO). En hébreu, le nom de cette ville devait être Péor, comme celui de la montagne de Moab sur le sommet de laquelle Balak conduisit le devin Balaam, pour que de là il maudît le peuple d’Israël. En grec, elle s’appelait $ayd>p.

La Bible nous apprend ( Nombres , ch. xxv) que Baal-Péor, en grec BesXoeycop, en latin Beelphegor, était l’une des principales divinités des Moabites. Le culte que 1 on rendait à ce dieu devait être infâme, comme le fait supposer le châtiment terrible que le Seigneur ordonna à Moïse d infliger à tous ceux qui s’y étaient initiés.

Peut-être avant l'arrivée des Hébreux dans la Terre sainte, Baal-Péor avait-il un sanctuaire dans la ville dont le Kharbet Beit- Faghour occupe l’emplacement, de même qu’il en avait un sans doute dans la Moabitide, sur la montagne qui portait son nom.

Les ruines de Tekoua, situées à sept kilomètres et demi des précédentes, couvrent une haute colline du sommet de laquelle, vers l’est principalement, l’horizon est très-étendu et imposant par son austère grandeur. Des montagnes nues, coupées par des gorges profondes, et qui semblent se précipiter par des pentes abruptes vers la mer Morte; le bassin de ce vaste lac que l’on aperçoit à travers plusieurs échancrures; au delà, les monts de la Moabitide, sur l’un desquels, vers le sud-est, on distingue la ville et le château de Kérak : tel est le spectacle qui se présente aux regards.

Quant au Kharbet-Tekoua, il consiste en un assez grand nombre de petites habitations renversées dont les arasements sont encore reconnaissables. Au milieu de ces maisons démolies, on remarque les restes d’une église chrétienne presque complètement détruite. Sur l’emplacement où elle s’élevait gisent encore quelques tronçons de colonnes et un baptistère octogone creusé dans un bloc monolithe de calcaire rougeâtre, mesurant intérieurement un mètre dix centimètres de profondeur et un mètre trente centimètres de diamètre. Sur les diverses faces de l’octogone, des croix ont été sculptées.

Au nord-est et sur le point culminant de la colline, quelques pans de murs en pierres de taille paraissent être les débris d’une petite citadelle bouleversée de fond en comble. La ville était alimentée

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