‹ La terre sainteChapitre 86 sur 128 · TI É B R 0 N · texte numérisé non relu

TI É B R 0 N

parlons en ce moment. La guerre de Crimée, qui a ouvert aux chrétiens, moyennant une certaine rétribution en argent, l’entrée du Ilaram ecli-Chérif de Jérusalem, dont l’accès leur était auparavant interdit sous peine de mort, n’a pu, à aucun prix, leur ouvrir celle du Haram el-Khalil d’Hébron, regardé parles musulmans comme l’un des sanctuaires les plus saints de l’islamisme. Quelques voyageurs privilégiés ont seuls obtenu la faveur d’en visiter quelques parties.

Ce monument célèbre comprend une grande cour, une mosquée et une crypte qu’une tradition trèsancienne prétend être la fameuse grotte de Makpélab, lieu de sépulture d’ Abraham et de Sara, d’Isaac

délabré. Les chambres qu’il renfermait sont pour la plupart à moitié démolies ; plusieurs d’entre elles contiennent d’anciennes cheminées qui ne sont évidemment pas musulmanes, et qui doivent dater ^de l’époque des Croisades.

Près du Kalah s’élève l’ admirable enceinte du Haram, qui donne son nom au quartier dont nous

PALESTINE OCCIDENTALE ET MÉRIDIONALE

et de Rebecca, de Jacob et de Lia. Il constitue au dehors un parallélogramme rectangle long d’environ soixante-cinq mètres sur trente-huit de large, et dont la hauteur est de dix-neuf mètres. Ces mesures, bien entendu, ne sont pas rigoureusement exactes, et je ne les donne que comme approximatives, en me basant uniquement sur une vague estimation du regard à distance, dans l’ impossibilité où j’ai été d’approcher de ces murailles. Celles-ci sont ornées de pilastres engagés, présentant un appareil analogue à celui du Haram de Jérusalem, et les assises qui les composent affectent de très-grandes dimensions. La tradition les attribue au roi David. Elles ont été flanquées aux quatre angles par les musulmans d’autant de minarets, dont deux seulement sont aujourd’hui debout; les deux autres sont rasés. En outre, elles ont été exhaussées d’un certain nombre d’assises arabes d’un appareil grossier et mesquin, en comparaison des blocs gigantesques qu’elles surmontent, et qui sont couronnées elles-mêmes de créneaux. La partie sud de la cour du Ilaram est occupée par une mosquée qui passe pour avoir été une ancienne église chrétienne. Au dedans de la mosquée on montre, dit-on, plusieurs cénotaphes qui sont ceux cl’ Abraham, de Sara, d’Isaac et de Rebecca; à l’autre extrémité de la cour, deux petites coupoles recouvrent ceux de Jacob et de Lia. Quant aux véritables tombeaux de ces trois patriarches et de leurs femmes, ils se trouvent dans la crypte si tuée au-dessous de la mosquée, et qui, cl’après une tradition non interrompue, est l’antique grotte de Makpélah ou la caverne double achetée par Abraham aux enfants de Heth pour la sépulture de Sara sa femme, pour la sienne et pour celle de sa postérité.

Les talmudistes diffèrent de sentiments sur la disposition intérieure de cette caverne, qui comprenait vraisemblablement deux compartiments ou caveaux, ainsi que cela semble résulter du nom hébreu Makpélah, en latin Spelunca duplex. Les uns prétendent qu’elle se composait de deux chambres souterraines contiguës, situées sur le même plan, dont la première était comme le vestibule de la seconde. Suivant les autres, au contraire, ces deux chambres auraient été placées l’une au-dessus de l’autre, tout en communiquant pareillement ensemble. Pour résoudre cette question, il faudrait descendre dans la crypte; malheureusement, l’entrée en est interdite, je 11e dis pas seulement aux chrétiens, mais, à ce qu’il paraît, aux musulmans eux-mêmes. Ce que la Bible nous apprend sur cette grotte, c’est qu’elle était située vis-à-vis de Mambré, dans un champ appartenant à Éphron, fils de Heth, et que celui-ci vendit à Abraham, moyennant quatre cents sicles d’argent. Mambré, en hébreu Mamré, était une vallée plantée de chênes, voisine d’IIébron. Quelquefois, elle était identifiée avec cette ville, comme cela résulte du verset suivant ( Genèse , ch. xxm, jr 19) : « Atgue ila sepelivit Abraham Saram iixorem suam in spelunca agri duplici, quœ respiciebat Mambré ; hœc est Hébron in terra Chanaan. »

Pour en revenir a la caverne double, il n en est plus question dans la Bible, eu dehors du livre de la Genèse; et la magnifique enceinte dont j’ai parlé n’est nulle part mentionnée dans les Saintes Écritures. On ne peut s autoriser cl aucun passage de la Bible pour attribuer celle-ci soit à David, comme le veulent les uns, soit à Salomon, comme l’affirment les autres. Toutefois, il est à présumer qu’une grotte aussi sacrée que celle qui contenait les cendres des premiers patriarches du peuple hébreu, dut être de bonne heure l’objet d’une vénération spéciale.

Un passage très-précieux de Josèplie relatif à ce tombeau est conçu dans les termes que voici (' Guerre des Juifs, liv. IV, ch. ix, § 7) :

« On raconte que c’est aussi dans cette ville (Hébron) qu’habita Abraham, le père de la nation juive, après qu’il eut émigré de la Mésopotamie, et que c’est de là que ses fils descendirent eu Égypte. Leurs tombeaux se voient jusqu’à ce jour, construits en très-beau marbre et d’un travail magnifique. »

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