AIN-DJEDI — MER MORTE
“ J ' Factum est autem in illo ternpore, ut Amraphel, rex Sennaar, et Arioch, rex Ponti, et Chodorlahomor, rex Elamitarum, et Thadal, rex Gentium,
k 2. luirent bellum contra Bara, regem Sodomorum , et contra Bersa, regem Gomorrhœ, et contra Sennaab, regem Adamœ, et contra Semeber, regem Seboïm, contraque regem Balæ, ipsa est Segor.
« 3. Omîtes hi convenerunt in vallem Silvestrem, quæ mine est mare salis, a Quelques versets plus loin, la Bible ajoute :
u 8. Et egressi sunt rex Sodomorum, et rex Gomorrhœ, rexque Adamœ, et rex Seboïm, nec non et rex Balæ, quæ est Segor , et direxerunt aciem contra eos in valle Silvestri.
0 10. Vallts autan Silvestris habebat puteos multos bituminis. Ilaque rex Sodomorum et Gomoirhœ terga vertenmt, cecideruntque ibi, et qui remansenmt fugerunt ad montent, a
De ces différents textes il résulte que la vallée de Siddim, appelée dans la Vulgate Vallis Silvestris, sans doute a cause des forêts ou des vergers qui la couvraient, avoisinait les cinq villes de la Penlapole, puisque les quatre rois ligués pour venir les attaquer se réunirent en cet endroit, et que les cinq rois de la Pentapole y rassemblèrent aussi leurs forces pour défendre leurs villes et le territoire qui eu dépendait. Cette vallée, comme nous l’apprend en outre la Bible, était remplie de puits de bitume. Enfin, d après le texte sacré, elle devint ensuite la mer salée : ci Omîtes lu convenerunt lit vallem Silvestrem, quæ nunc est mare salis, u
Que dit maintenant l’historien Josèphe en racontant les mêmes faits? ( Antiquités judaïques, liv. I, ch. ix.)
Cl Etant arrivés près de Sodorne, les quatre rois dressent leur camp dans la vallée appelée Puits d asphalte ; car alors il y en avait en cet endroit. Mais, après la destruction de la ville de Sodorne, cette vallee devint le lac dit Asphaltite. » .losèpbe se joint à la Bible pour attester que la vallée de Siddim qu d désigné sous le nom de Puits d'asphalte a été engloutie sous les eaux et est devenue le lac Asphaltite; nous apprenons également par lui que cette vallée était voisine de Sodorne. Quelle conclusion faut-il tirer de ce passage de la Bible et de Josèphe? Devons-nous, avec la plupart des commentateurs, admettre que la vallée de Siddim comprenait toute l’étendue actuelle de la mer Morte, et que celle-ci, par conséquent, n’existait pas avant la catastrophe qui bouleversa entièrement le territoire de la Pentapole? Mais alors, que devenaient les eaux du Jourdain et celles des divers affluents qui se jettent actuellement dans la mer Morte? Le Jourdain, à lui seul, d’après des évaluations approximatives, porte journellement à cette mer, à certaines époques de l’année, six millions six cent cinquante mille tonnes d’eau. Il est permis d’évaluer à une somme à peu près égale le volume d eau que lui fournissent en outre tous les oueds réunis qui y aboutissent de l’ouest, de l’est et du sud. Cela fait treize millions de tonnes d’eau qui chaque jour sont déversées dans ce grand bassin, du moins à certains moments. Il est alors très-plein et déborde hors des limites plus restreintes dans lesquelles il se renferme habituellement. Néanmoins, la chaleur est si grande au fond d une semblable dépression, et l’évaporation qui s’exerce à la surface du lac est si puissante, qu’elle lui enlève même alors presque autant qu’il eu reçoit, et l’équilibre finit bientôt par se rétablir entre ses pertes et ses gains.
Il n est donc pas nécessaire d’admettre l’existence d’un canal quelconque qui conduirait l’excédant des eaux de la mer Morte dans une des deux mers voisines, hypothèse que réfute d’ailleurs 1 énorme dépression de la première par rapport soit à la mer Bouge, soit à la Méditerranée. Mais, sans ce grand bassin de la mer Morte, capable de présenter à l’intensité des rayons du soleil une
PALESTINE OCCIDENTALE ET MÉRIDIONALE
surface liquide considérable soumise à l’évaporation, où allaient se perdre, je le répète, les du Jourdain et celles des autres affluents dont j’ai parlé? A mon avis, il n y a que deux manièies possibles de résoudre ce problème, en tenant compte à la fois de la configuration actuelle du pays, des données de la géologie et de celles de la Bible. Ou bien la Pentapole comprenait l’emplacement de tout le bassin actuel de la mer Morte, ou bien elle n’en occupait que la partie méridionale, celle qui, à partir de la presqu’île de la Lisan, n’est plus qu’une simple lagune. En effet, tandis qu’au nord de cette presqu’île, la sonde accuse une profondeur qui atteint en certains endroits trois cent cinquante mètres, la plus grande profondeur, au sud de cette même presqu’île, n’est plus que de six mètres.
Il y a donc deux zones bien distinctes dans ce vaste bassin, séparées l’une de 1 autre par un canal qui, dans sa partie la plus resserrée, compte à peine deux mille trois cents mètres de large. Dans la première hypothèse, il faut admettre que la mer Morte, dont M. Lartet a constate les anciens dépôts bien au delà de ses limites actuelles, et qui, par conséquent, à une époque antéliistorique, était bien plus étendue qu’elle ne l’est maintenant, était, du temps d’ Abraham, desséchée ou réduite à l’état de lac souterrain. Le bassin quelle remplit actuellement était alors recouvert d’une puissante couche végétale, que fécondaient de nombreux canaux dérivés du Jourdain et des autres affluents qui se jettent aujourd'hui dans ce lac. L’un de ces fleuves et de ces affluents pouvait se perdre à la fois par l’irrigation, par l’évaporation et par des infiltrations souterraines, sans qu’on soit contraint d’imaginer un prétendu écoulement vers la mer Rouge, auquel s’opposent l’extrême dépression de la vallée du Jourdain en cet endroit et les deux versants anticlinaux que j’ai signalés dans l’Oued-Arabah, au point où il devient l’Oued-Akabah. Lorsque ensuite la vengeance divine, provoquée par les crimes abominables des villes maudites, détruisit la Pentapole, les feux du ciel, eu embrasant les nombreux puits de bitume qui parsemaient la vallée de Siddim, au témoignage de la Sainte Écriture, communiquèrent au sous-sol de cette vallée une conflagration générale; de là un affaissement des couches supérieures et la réapparition du lac souterrain, qu’avait primitivement formé le dépôt susdit, et où s’engouffre le Jourdain avec les autres affluents qui y aboutissent.
D’après la seconde hypothèse, à l’époque d’ Abraham comme de nos jours, le Jourdain se serait jeté dans la mer Morte au sud de la plaine de Jéricho, mais cette mer aurait alors composé seulement le grand et profond bassin septentrional qui s’étend an nord delà presqu’île de la Lisan, et la Pentapole aurait embrassé dans ses limites celte presqu’île, la lagune méridionale, le canal qui la rejoint à la zone antérieure, c’est-à-dire au lac proprement dit, et peut-être aussi la Sebkhah, qui s’arrondit en plaine marécageuse au sud de cette lagune.
Conformément aux données de la Bible, le territoire de la Pentapole ou la vallée de Siddim ainsi délimitée aurait été également arrosé par le Jourdain, qui, de même qu’il sort du lac IJouleh et du lac de Tibériade, après les avoir traversés l’un et l’autre, aurait pareillement traversé de part en part ce troisième lac, et en serait ressorti à l’ouest de la Lisan, pour arroser la vallée de Siddim, dont je viens de déterminer l’étendue. Il est permis de supposer que la mer Morte était alors beaucoup moins salée et huileuse qu’elle ne l’a été depuis, car c’est principalement au sud du grand bassin auquel je réduis son périmètre à cette époque, qu’abondent les gisements salés et bitumineux, soit autour de la lagune méridionale, soit sous cette lagune même. Le Jourdain, en sortant de la mer Morte, mais avec un volume d’eau beaucoup moins considérable qu’il n’y était entré, pouvait, suivant cette seconde hypothèse, arroser, sans l’inonder toutefois, la grande plaine qui devint plus tard la lagune et la Sebkhah. Ses eaux, en effet, en traversant la mer Morte d’alors, c’est-à-dire le grand bassin
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septentrional qui précède la Lisan et qui, je le répète, devait être à cette époque bien moins salé (pie maintenant, n’avaient point contracté dans leur parcours assez d’amertume et de salure pour êlre impropres à féconder par des irrigations la plaine où elles seraient amenées. Réparties de tous côtés au milieu de cette plaine qui n’était autre que la vallée de Siddim ou la Pentapole, elles pouvaient fort
Montacnes de Moab, vces d’Ekcaddi.
bien s’épuiser et se perdre à la longue, en se divisant dans d’innombrables petits canaux subdivisés eux-mêmes en rigoles, et soumises, par conséquent, à des infiltrations continues et à une évaporation incessante sous cette zone réellement torride.
En résumé, quelle que soit celle de ces deux hypothèses que l’on adopte, elles me paraissent concilier tà la fois les données de la Bible et celles de la géologie. La Pentapole, arrosée jadis par le Jourdain, comme l’affirment les Livres saints, s’est bien effectivement ensuite affaissée, à la suite de l’embrasement des villes coupables, pour former, soit le bassin complet de la mer Morte, soit seulement la lagune méridionale. Le texte sacré a donc pu dire en toute vérité : la vallée de Siddim <jui est la mer salée.
En s arrêtant à l’une ou à l’autre de ces deux hypothèses, on ne se heurte pas à des impossibilités
physiques et l’on n’est point forcé de contredire soit la Bible, soit la géologie. J’admets à la fois et les faits révélés par la première, et ceux que la seconde a constatés. Le profond sillon de toute la vallée du Jourdain, la dépression extraordinaire clu bassin de la mer Morte, celle de l'Oued-Arabah, qui se relève ensuite jusqu à ce que, ayant atteint la ligne du partage des eaux, il s’abaisse de nouveau vers l’ancien golfe Ëlanitique, sous le nom d’Oued-Akabah, tout cela est regardé par de savants géologues
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comme bien antérieur à l’époque de la destruction de la Pentapole, et comme l’un des traits tellement caractéristiques de la contrée qu’il doit être contemporain de la formation générale de cette contrée elle-même. Je suis loin de contester une pareille affirmation, et de prétendre que cet affaissement gigantesque et cette dislocation profonde accompagnée de soulèvements non moins considérables soient de date relativement récente et de la même époque que la destruction de la Pentapole.
D’un autre côté, je m’incline avec respect devant les paroles de la Sainte Ecriture énonçant des faits non moins certains que ceux qui résultent de l’étude attentive du sol. Ni les uns ni les autres ne peuvent être niés : il s’agit seulement de savoir les concilier.
Relativement à l’emplacement de chacune des cinq villes de la Pentapole, le docte Reland, et après lui plusieurs critiques, notamment M. de Saulcy, ont prouvé suffisamment que la submersion des cités maudites sous les eaux du lac Asphaltite ne résulte d’aucun des textes de la Bible. Rien ne prouve, en effet, qu’ elles aient été situées au milieu de la vallée qui a été engloutie. Tout semble indiquer, au contraire, qu’elles devaient plutôt en occuper les contours, au pied des montagnes qui la bordaient, afin d’être plus rapprochées des sources qui pouvaient jaillir de ces dernières, et d’avoir, en outre, une position plus forte et plus saine. Parmi ces villes, la plus importante, je veux dire Sodomc, en hébreu Seclom, en latin Sodome, a conservé son nom dans celui de la montagne dite Djebel es-Sdoum ou Djebel el-Melali (montagne du Sel), qui s’élève vers l’extrémité sud-ouest de la mer Morte. Cette dénomination de Es-Sdoum, qui s’est perpétuée fidèlement jusqu’à nos jours et qui reste attachée à cette montagne, est un point de repère très-précieux pour retrouver l’emplacement de la ville ainsi appelée et celui de Zoar, sa voisine. Ce nom prouve, en outre, que la vallée de Siddim ne doit point être cherchée au nord de la mer Morte, comme le veulent quelques critiques, et être identifiée avec la plaine de Jéricho; il faut nécessairement la reconnaître, soit dans la lagune et la presqu’île de la mer Morte, soit dans le bassin complet de la mer. En effet, Zoar et Sodome, comme nous le savons parla Bible et par Josèphe, en occupaient l’extrémité méridionale et étaient rapprochées l’une de l’autre, puisque Loth, parti de Sodome vers l’aube du jour, au moment où le feu du ciel allait tomber sur cette ville, atteignit Zoar quand le soleil commençait à paraître sur la terre. La ville de Sodome devait être située sur les coteaux qui garnissent la pointe nord du Djebel es-Sdoum, et Zoar, comme le pense M. de Saulcy, était peut-être à une heure de là, vers le nord-ouest, à l’endroit qu’on désigne aujourd’hui sous le nom de Zouera et-Tbatah. M. de Luynes, au contraire, incline de préférence à la reconnaître dans les ruines dites Kharbet es-Safieh, que l’on rencontre sur les bords de l’oued du même nom, quand on contourne l’extrémité méridionale de la mer Morte, pour se diriger vers Kérak. Ces ruines sont à treize kilomètres à l’est de l’extrémité méridionale du Djebel es-Sdoum. Effectivement, plusieurs passages de la Bible semblent placer Zoar dans le pays de Moab, et Zouera et-Tbatah (Zouera Inférieure) devait appartenir plutôt au pays de Juda. Eu ce qui concerne Gomorrbe, Adama et Seboïm, la position de ces trois autres villes de la Pentapole est fort incertaine, et l’on ne peut émettre à ce sujet que de pures conjectures, auxquelles d’autres hypothèses pourraient également être opposées.