‹ La Terre sanglante (volume 2)Chapitre 12 sur 29 · LE BOIS DE SAINT-MARCEL · texte numérisé non relu

LE BOIS DE SAINT-MARCEL

Les troupes du 2e corps reculent toujours, faisant à chaque pas face en arrière pour maintenir l'ennemi à distance. Pendant cette retraite, notre corps d'armée écrase la 6e division de cavalerie allemande, envoyée contre lui par le général Alvensleben, qui, pendant cette journée, fera preuve de beaucoup d'initiative et d'audace. Il importait de placer au plus vite des troupes fraîches en face des Prussiens.

Bazaine, alors, lance la Garde en avant.

Dans la verdure du plateau, que le soleil crible de ses rayons, les régiments de la division Picard s'avancent, superbes, pour, remplacer le. 2e corps. »

Voici les zouaves, qui sous une averse, sous un déluge de balles, défilent à une allure très vive, alignés comme pour une revue. Leur crânerie réchauffe les cœurs.

« En avant! » crie le lieutenant-colonel Hubert de la Hayrie.

Tous les officiers répètent : « En avant! »

Nos fantassins applaudissent ce régiment d'élite, des cris retentissent ■

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<r Vivent les zouaves ! »

Presque aussitôt on crie :

« Vivent les grenadiers ! »

Le Ier régiment de grenadiers suit, en effet, les zouaves de très près; il s'avance sous les balles, magnifique et tranquille.

Dans le cadre grandiose de la bataille, l'uniforme des grenadiers produit beaucoup d'effet. La tunique est en drap bleu foncé, boutonnant droit sur la poitrine et garnie, sur les devants, de brandebourgs plats en fil blanc; le collet, les parements, les passepoils et les épaulettes sont écarlates. Le pantalon, couleur garance, est orné de bandes en drap bleu foncé.

Les 2e et 3e grenadiers suivent le mouvement, et toute cette infanterie se déploie depuis le ravin qui grimpe en avant de Rezonville jusqu'à la lisière du bois des Ognons.

La division de ligne de la Garde reçoit de Bourbaki, à ce moment, la mission de défendre le bois des Ognons et de surveiller la vallée d'Ars.

Le 6e corps, qui constituait pour ainsi dire une réserve, vient de prendre l'offensive entre Rezonville et Vionville.

Les 93e et 94e de ligne barrent le paysage depuis la grande route jusqu'au bois de Saint- Marcel, situé au-dessus de Vionville. Les 25e et 26e de ligne s'allongent sur la route, entre les peupliers. Parallèlement à la route , une voie romaine longe le bois de Saint - Marcel ;

sur cette voie se tient la division Tixier. Enfin les 28e et 70e de ligne relient le 6e corps aux zouaves et aux grenadiers de la Garde.

Ganrobert passe devant ses troupes, son bâton de commandement à la main.

« Souvenez-vous, dit-il, que vous êtes toujours les soldats de Magenta et de Solférino! »

Un immense cri lui répond :

« Vive la France! »

De toutes parts, les obus pleuvent sur les troupes de Ganrobert; mais l'ennemi ne se montre pas. Dans les fossés, dans les sillons, les hommes tombent sans gloire et sans profit.

« On ne les verra donc pas, ces gueux? » disent les soldats.

Les officiers haussaient les épaules.

« C'est idiot! murmurait de temps en temps l'un d'eux, de se faire tuer comme cela. Pourquoi ne pas marcher? »

Pourquoi? Parce que Ganrobert est cloué sur place par les ordres de Bazaine.

« Ne vous engagez pas, lui a dit celui-ci,, avant l'entrée en ligne des 3e et 4e corps. »

Canrobert obéit; mais, la mort dans l'âme, il voit fondre ses régiments, il voit ses soldats se démoraliser peu à peu.

Soudain une vive fusillade part du bois de Saint-Marcel, bois très touffu, qu'occupent fortement les Prussiens.

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Un soupir alors s'échappe de toutes les poitrines. Va-t-on enfin se battre, taper dans le tas? C'est terrible de recevoir ainsi la mort sans pouvoir la donner, de tendre le dos sous les obus qui hurlent sans cesse, d'entendre les cris affreux, les imprécations, les râles des camarades qui sont frappés.

Tout est préférable à cette situation. Si l'on doit mourir, que ce soit au moins les armes à la main.

Au moment où les fusils allemands commencent à rugir dans le bois de Saint-Marcel, plusieurs batteries établies au sud de la route de Verdun dirigent leurs feux sur la voie romaine, de sorte que là-bas nos soldats se trouvent placés entre les balles et la mitraille.

Le colonel Vincendon, qui commande le 4e de ligne, déploie aussitôt un fort rideau de tirailleurs, les dirige sur le bois et entraîne le régiment tout entier à leur suite.

En employant des ruses d'Apaches. en utilisant tous les accidents du sol tourmenté, les tirailleurs parviennent bientôt à la lisière du bois, et, derrière eux, sur une seule ligne, le régiment s'offre aux balles prussiennes, qui fant dans ses rangs d'énormes ravages.

« Nous ne pouvons pas nous laisser massacrer ainsi! » dit le colonel Vincendon.

Et, levant son sabre, il crie :

« Tambours , la charge ! »

Un frisson court sur la ligne des baïonnettes.

« En avant! » rugissent les soldats.

Devant eux, soudain, sur le mamelon où naît le bois touffu, les Prussiens ont vu surgir des hommes demi-nus, dont la figure et les mains étaient rouges de sang, qui brandissaient leurs armes en poussant des cris féroces.

C'étaient nos tirailleurs; ils avaient laissé des lambeaux de leurs effets et de leur peau dans les ronces du talus,

Ensuite, dans la plaine ensoleillée, les Prussiens ont aperçu le 4e de ligne qui s'avançait; ils ont entendu la voix claire du colonel ordonnant la charge.

Un feu terrible, alors, a couché dans l'ombre des grands arbres bon nombre de nos audacieux tirailleurs; puis les balles sont allées fouiller la colonne formée par le régiment français, que trouaient déjà les obus des batteries établies sur la route de Verdun, entre Rezonville et Mars-la-Tour.

« Chargez ! chargez ! » crie toujours Vincendon.

Les Prussiens tirent à volonté, chacun brûlant ses cartouches avec une extraordinaire rapidité.

Les nôtres disparaissent dans la fumée; des

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vides se produisent; des hommes s'écroulent avec fracas, morts ou blessés.

La fusillade est si intense, si soutenue, qu'on entend comme un roulement de tambour.

Bientôt nos soldats percent le taillis, abordent enfin l'ennemi et lui font payer cher les pertes éprouvées. Devant la pointe des baïonnettes, les Prussiens reculent pied à pied, résistant avec une rare énergie.

Ce bois de Saint-Marcel est une position des plus importantes, qui doit être défendue jusqu'à la mort.

Sans cesse les officiers allemands, qui se montrent superbes de courage et d'audace, essayent de ramener leurs hommes en avant.

On les voit se démener devant nos baïonnettes en hurlant :

Forwaertz ! Forwaertz !

L'ennemi est obligé de reculer toujours; le bois va être balayé complètement, quand des renforts arrivent aux Prussiens. Le 4e est alors obligé de reculer à son tour devant une attaque furieuse.

On n'entend, sous les arbres touffus, que des cris de rage et des hurlements de douleur. Les soldats, Français et Prussiens marchent sur les cadavres de leurs frères, piétinent les blessés. C'est une mêlée vraiment infernale.

Il n'y a plus de direction, plus de commandement ; on se réunit au hasard, par fractions, et l'on fond sur l'ennemi.

Le commandant Batier, du 2e bataillon, frappé mortellement en ramenant ses hommes, qui viennent de reculer, tombe sur plusieurs cadavres. A deux pas de lui, un de ses soldats, dont une balle a fracassé la jambe, essaye de s'abriter derrière un arbre. Voyant son commandant à terre, le blessé se traîne jusqu'à lui et lui tend sa gourde.

Le commandant, que la fièvre brûle, que la soif dévore, la repousse cependant.

« Gardez, mon ami, dit-il d'une voix faible, cela pourra vous sauver peut-être...; moi je n'ai plus besoin de rien, » puis il meurt en serrant la main du soldat.

Une charge à la baïonnette venge la mort du malheureux officier supérieur.

Que de morts nous avons à venger!

A la 4e compagnie du Ier bataillon, c'est le capitaine Gausserand qui tombe en criant : « Vive la France!... En avant!... » C'est le lieutenant Caisso, qui, atteint grièvement, se fait adosser à un arbre et commande ainsi la compagnie, après la mort du capitaine. C'est le sous-lieutenant Schuby, qui, ayant remplacé le brave* Caisso, est grièvement blessé en chargeant dans un épais fourré. C'est le sergent-major Corbu, qui, ayant pris le commandement de l'unité privée de tous ses officiers, est tué net.

Le bois est tour à tour pris par les Français et repns par les Prussiens; puis les nôtres

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le prennent encore, pour le reperdre bientôt.

Gela dure depuis des heures et menace de se prolonger.

Le 6e corps est engagé partout ; le canon tonne sur toutes les hauteurs.

Du bois de Saint-Marcel, par les trouées du feuillage, on aperçoit dans la plaine un véritable fourmillement de casques et de baïonnettes ; on voit des masses qui se ruent les unes sur les autres, se mêlent, se séparent, puis se mêlent de nouveau.

Dans le bois de Saint-Marcel, le colone von Kamecke, commandant le 91e régimen prussien, a le crâne fracassé.

Notre 4e de ligne est soutenu par le 9e, qui, entre midi et une heure, a vingt-six officiers mis hors de combat, dont sept tués.

En tête du régiment, à l'endroit le plus dangereux, se tient le général Bisson, entouré de son état-major.

Ce groupe attire les obus; l'état-major du général est décimé, fauché presque tout entier.

Les pertes du 9e sont terribles. Son chef, le lieutenant-colonel Pavet de Courteille, est tué. Sont également tués ou mortellement blessés : les capitaines Naudenot, Cavalier, Moreau, Rougeot ; les lieutenants Casteuil, Gau, Guignard, Roma, de Julienne d'Arc; les souslieutenants Humbert, Hévrard, Virgitti.

Seize officiers sont blessés ; soixante-dix-neuf hommes sont tués, et cent trente-huit blessés.

Nos pertes étaient effroyables; mais les Prussiens reculaient, et les deuils, chez eux, étaient plus nombreux encore que chez nous.

La défense du bois de Saint-Marcel fait le plus grand honneur aux troupes qui y participèrent.

Pendant que se déroulait à Saint-Marcel cette lutte de géants, le 91e régiment d'infanterie accomplissait d'héroïques efforts pour chasser l'ennemi de Vionville, et il y serait parvenu si les cartouches n'avaient manqué au moment où l'on allait aborder le village.

Écrasé par la mitraille, fauché par les balles, le régiment dut reculer.

En même temps que le 91e, le 940 de ligne s'est ébranlé. Canrobert a prescrit au général de Geslin de s'emparer du hameau de Flavigny et de s'y maintenir solidement.

La mission est des plus périlleuses; car, dans le vallon étroit qui conduit à la ferme, les obus, les boulets, les balles, les paquets de mitraille, labourent le sol.

Abandonnant la route de Verdun, le 940 s'engage résolument dans le vallon, aligné derrière ses tirailleurs, comme pour un défilé de parade.

Ce régiment est magnifique. On l'acclame avec enthousiasme; des képis sont agités; on trie : « Vive le 94e ! »

Mais la mort fait rage entre les talus ver-

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doyants. Le sous-lieutenant Mathias est tué. Pour ne pas exposer ses hommes trop longtemps, le colonel fait prendre le pas accéléré, puis le pas gymnastique.

Flavigny est enlevé avec un merveilleux entrain, aux cris de : « Vive la France! »

Alors tous les artilleurs prussiens pointent leurs canons sur la ferme, la criblent d'obus. La toiture s'effondre; les murailles s'effritent, se lézardent; les fenêtres et les portes volent en éclats.

Les braves du 94e tiennent quand même.

Les capitaines Bourson et Loyer, le lieutenant Laroche, sont tués.

Soudain un cri retentit :

« Au feu ! »

Une gerbe de flammes sort en effet de la toiture trouée ; les obus ont mis le feu à la ferme.

Cette fois, il n'y a plus possibilité de tenir. Le général Colin, qui avait accompagné le régiment, ordonne la retraite.

LA CHEVAUCHÉE DE LA MORT (todtenritt)

Au-dessus de la voie romaine , presque en face de Rezonville, quatre batteries du 8e d'artillerie font feu de toutes leurs pièces, ouvrant des brèches énormes dans les masses prussiennes qui essayent de déboucher par le ravin de Gorze, les arrêtant net à chaque tentative.

Des hauteurs de Saint-Marcel, le spectacle est émouvant.

Dans la verdure du ravin et sur la lisière du bois des Ognons, on voit se former de larges taches bleu sombre qui s'étendent peu à peu vers la blancheur de la route ; puis soudain, dans ces taches, des déchirures semblent se produire.

« Bravo, les artilleurs!... bien touché! » crient les fantassins.

A ce moment, notre armée forme deux lignes immenses qui se rencontrent à Rezonville : Tune s'allonge vers la voie romaine, du côté de Saint-Marcel; l'autre vers Marsla-Tour, parallèlement à la route.

Les Prussiens ont engagé toutes leurs troupes

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sans obtenir le moindre résultat; leurs régiments fondent sous les balles et la mitraille avec une effrayante rapidité, et devant cette route que leurs colonnes ne peuvent franchir, depuis Vionville jusqu'au ravin de Gorze, des milliers de cadavres sont étendus dans l'herbe.

Leur position est critique, car ils ont devant eux des troupes ardentes et solides, et de plus les têtes de colonne des corps de Le Bœuf et de Ladmirault sont signalées vers le nord.

A cette heure, un chef habile ou simplement loyal, ayant en main une armée comme la nôtre, serait maître des événements.

Il suffirait d'un peu d'audace.

Le général prussien von Alvensleben se rend parfaitement compte de la situation, et c'est chez cet ennemi , qui fît preuve des plus sérieuses qualités militaires, que Ton va trouver l'audace.

Il est deux heures.

Canrobert, qui voit juste, lui aussi, esquisse un grand mouvement offensif devant la division von Buddenbrock, qu'écrasent nos batteries.

L'infanterie allemande recule encore une fois. Alors von Alvensleben songe à la cavalerie et fait appeler le général Bredow, qui commande une brigade composée du 7° cuirassiers et du 16e uhlans

« Vous allez, dit-il, charger à fond. »

Et il montre nos batteries de la voie romaine, et l'infanterie qui les soutient.

C'est envoyer les cavaliers à la mort. Le général Bredow ne se fait aucune illusion ; cependant il n'a pas une parole de protestation, pas un geste d'hésitation.

Il se contente de faire le salut militaire, et cinq minutes plus tard ses deux régiments apparaissent à découvert, en plein soleil, sous une averse de fer.

Cette troupe est vraiment magnifique.

En tête, ce sont les cuirassiers de Magdebourg, des colosses. Leurs casques d'acier à pointe ornés de l'aigle de cuivre, leurs cuirasses et leurs grands sabres droits attirent les rayons du soleil. Ils portent la tunique blanche avec passepoils et parements jaune clair, la culotte noire à passepoils rouges et la grande botte brandebourgeoise.

Derrière eux, ce sont les uhlans à la tunique bleu foncé.

Nos soldats ne peuvent s'empêcher d'admirer ces superbes régiments. Le général Bredow se tient en tête de la colonne.

On le voit lever son sabre, et l'on entend sa voix claire et tranquille :

« Forwaertz ! »

La cavalerie prussienne s'élance d'abord vers Vionville, roulant comme une trombe entre les arbres de la route, emplit les ravins,

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couvre les mamelons, disparaît pour reparaître aussitôt, puis disparaît encore. Les cuirasses et les casques forment une nappe étincelante qui glisse sous l'azur avec des ondulations rapides produites par les temps du galop; les flammes noires et blanches des lances des uhlans papillotent derrière la nappe d'acier clair, claquent sous la brise.

Les officiers lèvent leurs sabres de temps à autre et, sans se retourner, crient : « Forwaertz! Forwaertz! »

Soudain on entend des hourras, des hurlements, des coups de feu, des cliquetis d'armes : les cavaliers ont atteint nos batteries et sabrent les artilleurs. Les canons sont rouges de sang; on se tue dans la fumée, sans voir. (Test une mêlée horrible.

N'ayant pu enlever une seule de nos pièces, les Prussiens se reforment rapidement, et leur colonne roule de nouveau à travers vallons et ravins, après avoir, dans son élan furieux, troué la ligne formée par notre 93°.

Tout à coup, au-dessus de Rezonville, sur un plateau étroit, la colonne s'arrête brusquement; les officiers s'agitent avec rage, des commandements éclatent.

De loin, nos fantassins contemplaient cette scène avec étonnement.

Pourquoi donc les cavaliers prussiens se sont-ils arrêtés sur ce plateau, où pourtant ils n'ont pas dû rencontrer d'obstacles?

L'explication ne se fait pas attendre.

On entend, en effet, des sonneries de trompettes, des sonneries françaises ; puis, en face des ennemis qui se tiennent immobiles sur leurs grands chevaux, dont les naseaux semblent souffler du feu, on voit apparaître, lancés au galop de charge, les dragons de la brigade Murât.

Le ier régiment est en tête, le 9e le suit.

« Chargez! chargez! hurlent les officiers.

— En avant!... Vive la France! » répondent les hommes.

Le 93e de ligne, le 9e bataillon de chasseurs et un bataillon du 910, exécutent un feu roulant sur la masse ennemie.

Dans un nuage de poussière et de fumée, sous l'averse de balles, les soldats de Bredow, fièrement campés sur leurs chevaux épuisés et couverts d'écume, attendent bravement le choc.

D'un seul coup, emportés par leur élan, nos dragons coupent la colonne en deux ; on se sabre dans la fumée; des hommes, des chevaux s'abattent avec un bruit de murailles qui s'écroulent.

Pour arrêter le massacre, le général Bredow fait sonner le ralliement en arrière de la crête, reforme tant bien que mal, sous les balles, ses escadrons désemparés.

A ce moment, le général Fortou fait donner sa 2e brigade, les 7e et 10e cuirassiers.

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Les cuirassiers de Bredow sont sabrés, hachés, tant sur le plateau que dans un vallon où les poussent nos cavaliers.

Il en est de même, un peu plus loin, des uhlans qui sont aux prises avec le 5e régiment de chasseurs à cheval et se défendent avec acharnement.

Des cuirassiers blancs qui réussissent à s'échapper se mêlent aux uhlans ; d'autres, qui veulent tenter de franchir nos lignes, se jettent impétueusement sur les dragons de la division de Valabrègue.

Pendant une demi-heure, toute cette cavalerie tourbillonne à travers des champs où s'entassent, dans une herbe sanglante, des cadavres d'hommes et de chevaux ; on écrase les morts et aussi, chose horrible, les blessés.

La lutte se déroule, ardente, féroce, sous les yeux de nos fantassins, qui n'osent plus tirer de peur de faire des victimes parmi les cavaliers français.

Ceux qui furent témoins de ce combat sans merci en ont conservé un souvenir angoissant, une impression de cauchemar.

Là, c'est un cheval qui s'échappe, emportant un corps qui n'a plus de tête et qu'enveloppe un long voile de sang. Plus loin, sur un cheval dont le poitrail est ouvert, un homme passe, un cuirassier blanc, qui n'a plus de bras et qui agite désespérément deux moignons d'où le sang coule en longs filets. Puis

ce sont des morts, des morts en tas; ce sont des blessés qui crient leur souffrance ou qui hurlent lamentablement, des mourants qui agonisent, labourant le sol de leurs doigts crispés.

Devant les rangs du 93e, un cheval vient s'abattre avec son cavalier, un officier de uhlans tout jeune. Des soldats se précipitent pour relever le cavalier; mais ils reculent aussitôt, saisis d'horreur : le malheureux officier a reçu un coup de sabre qui a partagé la tête en deux, et lorsqu'on veut le dégager de dessous sa monture, les deux parties de la tête se décollent, pendent sur les épaules.

Bientôt nos cavaliers sont las de frapper.

Une cinquantaine de cuirassiers blancs et autant de uhlans peuvent s'enfuir et gagnent Flavigny.

C'est tout ce qui reste de la superbe brigade Bredow, qui vient de se sacrifier héroïquement.

Le coin de terre où s'est produite la mêlée disparaît littéralement sous les cadavres.

Auprès d'un buisson dont le feuillage est tacheté de gouttelettes de sang, on aperçoit une douzaine de cadavres mutilés. Plus loin, à la naissance d'un petit ravin qui s'élargit vers le bois de Villiers, trois officiers de cuh rassiers blancs sont étendus côte à côte, botte à botte, et paraissent dormir. Devant la voie romaine, on remarque surtout des cadavres de

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uhlans; l'un de ces cadavres, dont la face a été enlevée d'un coup de sabre, les yeux restant grands ouverts dans une bouillie sanglante, est horrible à voir.

De notre côté, les pertes étaient peu sensibles ; le 5e chasseurs seul comptait un officier tué, le sous- lieutenant de Nyvenheim de Neukirchen.

Nous avions fait un certain nombre de prisonniers, parmi lesquels se trouvait le colonel von der Dollen, commandant du 16e uhlans.

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