LE PLATEAU DE BRUVILLE
Après la charge de la brigade Bredow, la fusillade a cessé partout; un calme étrange a brusquement succédé à l'immense et formidable clameur de la bataille.
Des volutes de fumée , que la brise pousse lentement vers les lointains noyés de brume, flottent au-dessus des ravins et des bois. Les champs, pleins de soleil, prolongent à perte de vue leurs ondulations molles, pareilles aux vagues d'une mer tranquille. Çà et là, dans
la verdure, des murs blancs et des toits inondés de lumière apparaissent derrière des rideaux de peupliers grêles.
Nos soldats restent immobiles, comme hébétés, s'étonnant seulement d'être encore en vie, alors que tant d'autres dorment sur cette terre lorraine que féconde le chaud et radieux soleil d'août.
Leurs cerveaux sont encore pleins des bruits de la bataille; leurs yeux regardent sans voir. De temps à autre, le rugissement d'un canon les fait tressaillir.
Alors ils se tournent vers les officiers, et dans leurs yeux mornes se lit cette question ;
« Ce n'est donc pas fini? »
Soudain ils entendent des grincements de roues, des claquements de fouets ; puis, devant eux, défilent des charrettes et des cacolets chargés de blessés qu'on a relevés sur le champ de bataille, auprès de la voie romaine et devant le bois de Villiers. Derrière les attelages, d'autres blessés, les moins atteints, se traînent péniblement.
Certaines charrettes laissent derrière elles des traînées rouges. Le sang coule à flots. Oh! ce sang, il y en a partout!
Beaucoup de charrettes ne sont pas couvertes ou le sont mal, de sorte qu'on aperçoit les blessés. C'est une affreuse vision, une vision d'épouvante et de cauchemar que les cerveaux n'oublieront jamais.
Que ce défilé est lugubre, dans les jolies prairies, sous la caresse du soleil limpide!
Des blessés râlent, d'autres gémissent faiblement; sur les joues de quelques-uns on voit couler de grosses larmes. Ceux-là, sans doute, pensent aux êtres chers qui les attendent à l'ombre du clocher natal.
Pauvres soldats! pauvres victimes de la guerre !
A cette heure, l'armée allemande est épuisée ; elle n'a plus de troupes fraîches à mettre en ligne.
De notre côté , les corps d'armée qui ont combattu sont solides encore. De plus, les divisions Aymard et Nayral, du 3e corps, viennent d'arriver et ont pris aussitôt position à la droite du 6e corps, devant le village de Saint-Marcel. Le 4e corps est signalé.
Nos soldats, à qui la vue des malheureux blessés a donné une ardeur nouvelle, frémissent d'impatience.
Qu'attend-on pour continuer la lutte? L'armée prussienne est à nous; nous pouvons la culbuter, venger les morts et les blessés!
Ganrobert va reprendre le mouvement offensif que la charge de Bredow arrêta tout à l'heure ; déjà il donne des ordres en conséquence.
Mais il faut consulter le grand chef, Bazaine.
C'est une simple formalité, pensent les offi-
ciers et les soldats, et ils se lamentent cependant, parce que cette formalité fait perdre un temps précieux ; toute minute qui s'écoule rendra la tâche plus rude. Le temps, dans la situation où l'on se trouve placé, c'est de la victoire.
Les Prussiens, en effet, se reforment, se ressaisissent; enfin ils attendent des renforts. Va-t-on laisser à ces renforts le temps d'arriver?
Soudain une étrange nouvelle circule.
Bazaine a prescrit à Canrobert d'arrêter son mouvement. La victoire est à droite ; Bazaine se tourne vers la gauche, immobilise cinquante mille hommes sous les murs de Metz, afin de ne pas perdre ses communications avec la cité lorraine.
Mais alors, la marche sur Verdun..., les ordres de l'Empereur?
Une immense stupeur accueille la nouvelle; puis des cris de rage éclatent.
« Bazaine va nous faire bloquer, disent les officiers; alors à quoi bon se battre? Mieux valait s'enfermer à Metz tout de suite. »
On apprend, du reste, qu'à la faveur de la bataille de Borny, qui nous a fait perdre une grande journée, l'armée du prince Frédéric- Charles a traversé la Moselle à Novéant et à Pont-à-Mousson, et s'avance pour nous barrer la route.
C'est complet.
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Nos renforts arrivent sans cesse.
La division Grenier, du 4e corps, s'est établie devant la gauche prussienne, au nord de Mars-la-Tour, sur le plateau de Bruville.
A droite de la position, et un peu au sud, on aperçoit des murailles jaunâtres sur lesquelles sont plaqués des volets verts; le soleil se joue sur des toits d'ardoises.
« 11 faut occuper immédiatement ces maisons, » dit le général Grenier.
C'est la ferme de Grizières, derrière laquelle passent la route de Mars-la-Tour à Conflans et la ligne du chemin de fer. Au sud de la ferme, on aperçoit les maisons de ce bourg, et, entre Grizières et Mars-la-Tour, le sol est creusé par un ravin profond nommé « ravin de Grizières » ou « Fond de la Cuve ». A l'ouest, le terrain fuit vers Saint-Marcel et Gravelotte, présentant une succession de petits ravins et de mamelons peu élevés.
Le Ier bataillon du 98e est chargé de garder la ferme et s'y établit solidement en avantgarde.
Le plateau de Bruville constitue, en face de l'ennemi, une excellente position dominante. Au sud, c'est-à-dire du côté où pourrait se prononcer une attaque, les pentes tombent brusquement dans un ravin très encaissé et par conséquent facile à défendre.
Les troupes de la division Grenier exécutent
différents mouvements pour refouler des troupes prussiennes qui occupent des bois situés en avant de la ferme de Grizières; mais le combat ne s'engage pas à fond.
Derrière la ligne blanche de la route de Verdun, du côté de Tronville, on voit des batteries prussiennes qui s'installent sur les crêtes ; on voit évoluer des masses assez compactes de fantassins à l'uniforme bleu sombre.
On entend, du côté de Vionville et de Rezonville, le crépitement d'une violente fusillade.
Le général Grenier, après avoir observé les mouvements de l'ennemi, fait occuper le ravin de Bruville par le 2e bataillon du i3° de ligne; puis il donne l'ordre à ses batteries d'ouvrir le feu.
Aussitôt le canon tonne, et les artilleurs ennemis répondent coup pour coup. En même temps, l'infanterie bleue s'avance en lignes profondes, baïonnettes en avant.
Cette fois, c'est la lutte.
Le 5e bataillon de chasseurs, qui s'est porté en ligne, est obligé de reculer sous une véritable averse de balles et d'obus ; mais presque aussitôt il s'élance de nouveau, en même temps que les i3e et 43e de ligne.
Les obus, les boulets, la mitraille et les balles, balayent le plateau de Bruville, s'engouffrent dans le ravin ; des colonnes énormes d'infanterie prussienne marchent vers le pla-
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teau sous la protection de leur artillerie. La division Grenier a devant elle presque tout le 10e corps d'armée.
Nos soldats exécutent un feu nourri, et comme la gaieté ne perd jamais ses droits chez nous, on les entend rire dans le ravin lorsque les projectiles ennemis s'enfoncent dans la terre sans éclater; on les entend plaisanter entre eux,
« Salue donc ! dit un chasseur du 5e à un lignard du i3e, qui fait le coup de feu auprès de lui ; les artilleurs prussiens ne t'enverront plus rien, si tu ne leur dis pas merci. »
Nos batteries, qui sont établies en avant du ravin, exécutent un feu d'enfer; mais bientôt il devient évident qu'elles ne pourront tenir longtemps, car les obus s'abattent sur elles de plus en plus dru, massacrant les artilleurs et les chevaux, éventrant les caissons.
« Hardi, les artilleurs! crient les fantassins.
— Vive la France! » hurlent les artilleurs.
On s'excite ainsi. Il semble qu'on ait besoin de parler et d'entendre des voix; cela soutient devant le danger, cela empêche le moral de s'émousser. Et il en faut, du courage, pour ne pas se relever et fuir sous le déluge de fer. La mort frappe sans relâche: des tirailleurs couchés sont écrasés, mutilés, et leurs camarades entendent leurs cris de souffrance, les voient se vider lentement, et chacun se dit : « Ce sera probablement mon tour tout à l'heure. »
Un jeune sergent est entouré de morts et de mourants.
« C'est étonnant, fait-il, s'adressant à l'un de ses camarades, ils sont tous touchés, et jusqu'à présent je n'ai rien reçu ; pourtant quelque chose me dit que je serai tué aujourd'hui. »
Il prononce ces paroles d'une voix tranquille et résignée.
« Baste! tu es fou, répond le camarade; il ne faut pas avoir de ces idées-là! »
La phrase n'était pas finie, que le jeune sergent s'abattait lourdement, le ventre ouvert.
« Là, murmura-t-il, tu vois, ça y est!... Je m'y attendais. »
Quatre heures viennent de sonner au clocher de Bruville. L'azur commence à pâlir légèrement; l'or du soleil est moins éclatant, et des lueurs roses naissent à l'horizon.
Les artilleurs du général Grenier, qui pendant près de deux heures ont tenu en face du plateau de Bruville, devant le grand ravin, sont enfin obligés de se replier en toute hâte. Les canons et les caissons bondissent sur le sol tourmenté; les conducteurs poussent de véritables rugissements pour exciter leurs chevaux.
Derrière l'artillerie, l'infanterie se retire également. Rester plus longtemps serait folie ; les hommes sont épuisés, et toute une brigade prus-
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sienne, celle du général von Kraatz, marche sur notre position : on aperçoit, à travers la fumée, une véritable forêt de baïonnettes.
« Cissey n'arrivera donc pas? » disent les officiers.
Soudain un immense cri de joie retentit.
« Voilà Cissey! voilà Cissey! »
Vers le nord, en effet, on aperçoit des baïonnettes étincelantes, et cette fois ce sont des baïonnettes françaises, c'est la division de Cissey.
Au pas gymnastique, tous leurs tambours battant, tous leurs clairons sonnant, les premières troupes de cette magnifique division atteignent bientôt le plateau de Bruville, où elles sont saluées par une grêle d'obus.
L HECATOMBE DE GRIZIERES
Sur le plateau de Bruville et autour de la ferme de Grizières, les obus tombent sans cesse. Parfois des remous se produisent dans les rangs de nos soldats, des cris éclatent; puis on voit passer des blessés, les uns portés
par leurs camarades, les autres se traînant péniblement.
Soudain, dans le lointain, du côté de Marsla-Tour, une colonne énorme sort de la fumée, des casques et des baïonnettes brillent au soleil.
Il est quatre heures.
Bientôt on distingue les uniformes du 16e régiment hessois, à la tête duquel marchent un général et un colonel; sur la droite, apparaît le 57e régiment prussien.
Ces deux corps font partie de la brigade Wedell.
Derrière eux on aperçoit une véritable mer humaine, la réserve. Nos soldats retroussent leurs moustaches, vérifient leurs armes, s'assurent que la baïonnette est solide au bout du canon.
« Ça va chaufler, » disent-ils.
La colonne ennemie s'avance en effet, à marche rapide, vers nos positions. Pour la protéger et essayer de démoraliser nos troupes, les canons prussiens tonnent avec rage.
Depuis Mars-la-Tour jusqu'au profond ravin de Grizières, le terrain monte doucement, présentant partout des bosses et des creux. La masse prussienne s'est engagée sur cette pente. De loin, on dirait une mer qui reprend possession de son lit à l'heure du flux ; la marée bleue glisse dans la verdure avec des ondulations molles. On la voit se creuser au passage
Le drapeau de Mars-la-Tour.
(Tableau de A. Bloch.)
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des fossés, s'enfler, bouillonner, lorsqu'elle couvre des mamelons. En même temps, dans le fracas des canons, on perçoit comme un bruit de houle.
Tout à coup des hourras éclatent : les premières lignes prussiennes viennent d'atteindre la crête du grand ravin.
Aussitôt on entend un crépitement sec ; puis les hourras se changent en une immense clameur que percent des cris de douleur et de rage.
« Les moulins à café! les moulins à café! » crient nos fantassins enthousiasmés.
Le général de Ladmirault vient, en effet, de démasquer ses mitrailleuses, qui envoient des nuées de balles sur la colonne prussienne.
Presque aussitôt l'infanterie est portée en ligne, et les officiers commandent :
« Feu à volonté ! »
Dans la masse ennemie, des rangs entiers s'abattent; les hommes tombent les uns sur les autres, fauchés comme des épis mûrs; d'énormes vides se produisent.
« Forwaertz! Forwaertz! » hurlent les officiers.
Des décharges furieuses leur répondent, les mitrailleuses crépitent sans cesse, la fusillade fait rage, les canons rugissent partout
« Forwaertz! Forwaertz! »
Les Allemands avancent toujours, marchant sur les cadavres, piétinant les blessés; chaque
pas en avant est payé par des deuils cruels.
Avec une audace superbe, les soldats de Wedell se sont jetés dans le ravin, qui formait devant eux un véritable précipice, et bientôt les bataillons hessois apparaissent à découvert, à cent mètres à peine de nos lignes, ayant le ravin à dos.
Nos batteries de Bruville, se voyant sérieusement menacées par cette infanterie que leur mitraille n'a pu arrêter, amènent alors les avant-trains et reculent.
Notre 43e de ligne, qui s'était bravement porté en avant, est obligé lui aussi de se replier. Alors les Hessois et les Westphaliens se ruent à l'assaut du plateau.
L'instant est solennel. C'est le salut de notre armée qui va se jouer là.
Enlevé par ses officiers, le 206 bataillon de chasseurs se porte en première ligne, et la division de Cissey se déploie rapidement sous un feu d'une violence inouïe.
Alors s'engage une lutte atroce.
Le capitaine de Bermond de Vaulx, du 20e chasseurs, est tué net en voulant secourir un de ses hommes. A ses côtés , tombent le lieutenant Messelot et le sous-lieutenant Duverger. Le capitaine Clara, grièvement atteint, s'abat, les bras en croix, derrière une gerbe de blé qu'il arrose de son sang.
Une fumée épaisse, dans laquelle les balles bourdonnent comme des millions d'abeilles,
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couvre cette partie du champ de bataille. La fusillade roule avec un bruit ininterrompu de tonnerre; les combattants poussent des hurlements de rage, les blessés crient. Aucun récit ne saurait rendre Timpression d'une telle scène. Tout à coup, de notre côté, la fusillade paraît se calmer. Les Allemands, qui se croient vainqueurs, poussent déjà des hourras de triomphe et vont s'élancer en avant, quand une sonnerie retentit, répétée aussitôt par tous nos clairons : La charge !
Dans la fumée, sous l'averse de balles et d'obus, des drapeaux tricolores sont déployés et flottent fièrement. Une formidable clameur, qui couvre tous les bruits de la bataille, monte vers l'azur calme.
« En avant ! à la baïonnette ! »
Clairons sonnant, tambours battant, la division de Cissey tout entière s'est élancée sur l'ennemi, sans souci de la mitraille qui troue sa masse.
Rien ne saurait arrêter un tel élan.
« Vaincre ou mourir, » telle est la devise de ces braves, qui offrent sans trembler leurs poitrines aux balles et à la mitraille.
La chaleur est accablante.
Sur les visages noircis par la poudre et la fumée, la sueur trace des sillons. Quelques soldats sont couverts de sang; la plupart portent des uniformes en lambeaux. Derrière
le rideau d'acier formé par les baïonnettes frémissantes, on dirait une armée de démons en marche vers quelque infernal sabbat.
Devant le ravin, sur une sorte de plateau, les lignes prussiennes sont abordées avec un entrain merveilleux. Les Allemands tombent par centaines, le sang coule en longs ruisseaux.
Cela dure à peine quelques minutes ; puis Ton entend des sonneries, des commandements rauques, et les Allemands se précipitent dans le ravin.
Le général Schwartzkoppen, la rage au cœur, vient d'ordonner la retraite.
C'est un sauve-qui-peut général, une panique.
Nos soldats, ivres de fureur, excités par le combat, couronnent aussitôt la crête et ouvrent un feu terrible sur la masse ennemie qui emplit le ravin. Chaque balle trouve son homme. C'est un carnage effroyable, une boucherie. Les cadavres des Hessois et des Westphaliens s'entassent le long des talus, tapissent le fond de l'énorme tranchée; les blessés, qu'on foule aux pieds, hurlent lamentablement, demandent grâce. Le général von Wedell reçoit une blessure grave ; le colonel von Brixen tombe, foudroyé, en essayant de sortir de l'enfer de Grizières.
Nos soldats bientôt sont las de tirer; quelques voix crient :
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« En avant ! à la fourchette ! » D'autres ajoutent : « Au ravin! »
D'eux-mêmes, sans commandement, les nôtres descendent à leur tour dans la tranchée, où la fumée est si épaisse, que l'on ne distingue rien à deux pas.
Des scènes atroces se produisent.
Un soldat du 73e de ligne, dont la baïonnette s'est brisée, étrangle un hauptmann qu'il a renversé d'un coup de crosse. Un autre soldat du même régiment, qui a laissé échapper son fusil dans la mêlée, tient à la main un couteau de poche et le plonge dans le ventre des Allemands qui passent à sa portée. Le sous-lieutenant Gilardeau, du 57e, qui se tient derrière un buisson , tue six ennemis et tombe sur leurs cadavres, frappé mortellement, en criant : « Je suis vengé..., je puis mourir ! »
La mort, on ne la craint pas , on n'y pense même pas; chacun songe à tuer et non à se défendre.
Des Allemands, fous de terreur, se précipitent aux pieds de nos soldats en disant : « Pardon, camarades!
— Pas de quartier ! » répondent les nôtres.
Et l'on tue, l'on tue toujours.
Au plus fort de la mêlée, le sous-lieutenant Chabal, officier payeur du 57e de ligne, voit tomber un porte-drapeau prussien.
Aussitôt il se précipite sur le drapeau et l'enlève après une courte lutte1.
Sur un autre point, quatre cents Allemands sont faits prisonniers.
Les Prussiens réussissent enfin à sortir du ravin maudit. Leur déroute est complète, leurs pertes sont effroyables.
La brigade von Wedell laissait dans la tranchée de Grizières soixante pour cent de son effectif. Trente-trois officiers et plus de neuf cents hommes étaient tués; trente -huit officiers et plus de douze cents hommes étaient blessés ; un officier et quatre cent cinquante hommes étaient portés comme « disparus ». Le 16e régiment hessois, dont la conduite avait été héroïque, n'existait pour ainsi dire plus; il avait perdu son colonel, tous ses officiers supérieurs et son drapeau.
On rapporte que les jeunes soldats de la brigade de Goldbéry trouvèrent dans le ravin tant de cadavres, qu'ils crurent que tous ces Allemands simulaient la mort pour leur échapper :
« Méfions- nous, dirent ces jeunes soldats, ils font semblant de dormir. »
1 Ce drapeau est à présent dans la chapelle des Invalides*
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