LE BLOCUS
Les habitants de Metz, qui avaient illuminé le Ier septembre, eurent la douleur, le 2 , de voir les troupes se réinstaller dans leurs cantonnements.
Nous étions donc vaincus?
Alors c'était fini !
On comprenait de moins en moins la conduite du maréchal.
Pourquoi donc avait- il, le Ier septembre, arrêté en plein succès ses soldats qui ne demandaient qu'à marcher? Pourquoi, si les choses allaient mal le 2, n'avait-il pas engagé toutes ses troupes?
Ces questions, tous se les adressaient, et Ton ne se gênait nullement pour dire bien haut que Bazaine n'avait jamais eu l'intention de quitter Metz.
Un officier1, dont les lettres ont été conservées, écrivait ce qui suit à sa famille :
« Nous sommes rentrés hier à la Ronde,
* M. Léon Borne, officier d'administration de l'Intendance militaire, qui fut retraité comme officier principal et officier de la Légion d'honneur.
notre ancien campement sous le fort de Plappeville. Pour des raisons inconnues, le maréchal nra pas voulu quitter Metz. Le fait est acquis; et ne se confirmerait-il pas par les on -dit, qu'on en serait convaincu par ce qui s'est passé. Au moment où la retraite s'est effectuée avec ce calme, avec cet ordre, avec cette méthode que le camp de Châlons aurait pu envier; à ce moment, dis-je, quarante mille hommes au moins restaient à engager, le 2e corps et la Garde. Vers midi, m'étant rendu sur le terrain, je l'ai vu tout garni de troupes n'ayant pas donné. Et les Prussiens n'ont pas tenté le moindre effort pour nous rendre la retraite, sinon difficile, au moins désagréable. Et il faut bien admettre que ce n'est pas par simple courtoisie qu'ils ont agi de la sorte; non. C'est parce qu'ils n'ont pas pu, parce que nous les aurions battus, acculés, parce que nous étions maîtres de la situation. On n'avait qu'à marcher, on s'est retiré. »
L'officier ajoutait :
« La situation devient impossible, intolérable. Pas de nouvelles de là-bas (allusion à l'armée de Mac- Mahon , qu'on attendait toujours), et ici des opérations qui sont autant d'énigmes, puisqu'on continue, au grand quartier général, à s'abstenir systématiquement de faire des ordres du jour. On a beau se raisonner, il est des moments où cette incertitude accable. Les trois quarts de l'armée préfère-
raient se faire écharper plutôt que de vivre ainsi. »
Après la bataille de Servigny, n'espérant plus s'échapper, nos soldats songèrent à se procurer un peu de confortable.
Un peu partout, parmi les tentes, des maisonnettes, parfois très coquettes, confectionnées avec des matériaux chapardés dans les propriétés particulières, surgirent comme par enchantement, mettant une note gaie dans le pittoresque désordre des camps.
La maraude sévissait de plus en plus, et l'autorité ne se lassait pas de procéder à d'inutiles enquêtes, alors qu'il eût fallu faire des exemples.
Malgré les difficultés du moment , le moral des troupes était excellent.
On jouait la comédie dans les camps, on voisinait de maisonnette à maisonnette.
La ville de Metz est entourée d'une véritable ceinture de ruines. De toutes parts, au milieu de jardins et de vergers dévastés, de prairies dénudées, on aperçoit des maisons, des fermes, aux toitures éventrées, aux murailles noircies par l'incendie et crevassées; les champs sont coupés par des fondrières, le sol est jonché de cadavres de chevaux, de voitures brisées.
A l'intérieur de la cité, le spectacle n'est pas moins lugubre.
Toutes les places sont remplies de chevaux, de canons, de voitures, de caissons; l'Esplanade est occupée par des centaines de tentes d'ambulance , — on dirait un campement arabe.
Sur toutes les promenades, des blessés se traînent, hâves, déguenillés, quelques-uns s'aidant de béquilles. A toute heure, des convois funèbres sillonnent les rues.
Le 2 septembre, on enterre le commandant Carré, du 5e bataillon de chasseurs à pied, qui avait été blessé à l'attaque de Servigny.
Le 3 septembre, par une pluie battante, c'est le tour du général Decaen, mort des blessures reçues à Borny.
« Aujourd'hui, écrit l'officier que nous avons déjà cité, grande et triste cérémonie. On a enterré le brave général Decaen. Il y avait foule, et foule sympathique, car ce général n'était pas de ceux appelés <r braves » par simple formule de politesse : c'était un soldat. un soldat capable et aimé. »
On ne connaît pas encore le désastre de Sedan, et l'on veut espérer malgré tout.
Le 8 septembre, notre officier écrit :
« On nous laisse croire qu'il y a de bonnes nouvelles en France. Combien nous le désirons! combien nous l'espérons! Mac-Mahon aurait eu des succès à Sedan, d'après les uns; d'après les autres, il aurait subi une défaite.
Que cette incertitude est donc pénible, et qu'il est pénible aussi de n'en pouvoir supposer la fin prochaine! On dit que le prince Frédéric- Charles aurait été tué à la bataille livrée par Mac-Mahon. »
Le 12 septembre, les mauvaises nouvelles paraissent se confirmer.
« Les bruits les plus étranges circulent, écrit ce jour-là l'officier. Hier, c'est Mac-Mahon vainqueur; aujourd'hui il est défait, l'Empereur prisonnier ou réfugié en Belgique avec les derniers dix mille hommes restés debout. Un gouvernement provisoire existe, et Bazaine aurait envoyé un aide de camp prendre les ordres du gouvernement. Les états-majors affirment la nouvelle, se fiant à des extraits de journaux allemands publiés par des feuilles messines. On y croit généralement.
« J'arrive de Metz. Quel effrayant tableau que la vue d'une population et d'une armée dépourvues de la virilité nécessaire pour lutter contre des bruits que, malgré tout, je continue à considérer comme n'étant pas fondés ! d
Le i3 septembre, le désastre de Sedan et la proclamation de la république à Paris sont enfin annoncés aux habitants de Metz par une affiche et à l'armée par les chefs de corps.
On s'imagine aisément l'effet que produisit la nouvelle de nos désastres. La ville et l'armée se sentirent définitivement perdues.
« Il n'y a plus rien, rien, écrit ce jour-là un
officier de cavalerie. Nous attendions Mac- Mahon, et voilà que son armée est anéantie, que l'Empereur est prisonnier... Une nuit horrible se fait en moi, il me semble que mon cœur ne bat plus. Hélas ! je regrette qu'il n'en soit pas ainsi ;... j'envie nos morts,... au moins ils sont partis tranquilles... »
Un autre écrit :
« Après avoir lu ce terrible « rapport », il fallait faire sonner la générale, la charge. Nous devions courir sus à l'ennemi, passer quand même, voler au secours de la France ou mourir. On n'a rien fait, rien ordonné. On a lu le rapport, et l'on nous a dit : « Rompez ! »
L'armée est maintenue dans la plus complète inaction, les malades sont nombreux.
« Quand donc sortirons-nous? » demandaient chaque jour les soldats.
Nul ne répondait.
Le 8 septembre, l'officier dont nous avons plusieurs fois cité les lettres disait à ses parents :
« Les vivres se font de plus en plus rares; nous n'avons plus de graisse de porc, on fait comme on peut. J'ai acheté hier le dernier gigot du marché... à 18 francs! »
A cette date, pourtant, la situation est relativement satisfaisante; mais elle va devenir mauvaise, elle va devenir terrible.
Vers la fin de septembre, la misère est ef-
frayante, on commence à manquer de pommes de terre et de pain et Ton manque de sel.
Dès lors la situation s'aggrave de jour en jour, et la mortalité augmente d'une façon inquiétante ; la dysenterie, due surtout au manque de sel. cause de grands ravages dans l'armée et dans la population civile ; on constate en outre, dans les hôpitaux, de nombreux cas de petite vérole et de typhus.
En fait de viande, on n'a guère que du cheval ; on abat les chevaux de l'armée, que, du reste, l'on ne pourrait plus nourrir faute de fourrage.
Chaque soir, des centaines de soldats risquent leur vie pour quelques pommes de terre, qu'ils vont arracher sous le feu de l'ennemi.
Les vivres atteignent des prix fabuleux.
Le sel vaut 18 francs le kilogramme, le sucre 20 francs, le beurre fondu 20 francs, le lard 17 francs, l'huile 8 francs. Un poulet se paye 20 francs, un lièvre 45 francs, un lapin i5 francs; le stère de bois vaut 35 francs. Le cheval se paye de 2 à 5 francs le kilogramme.
Bazaine devenait, à Metz, de plus en plus impopulaire; on s'étonnait, on s'inquiétait de l'inaction dans laquelle était laissée l'armée, et l'on ne se gênait plus pour parler de trahison.
Le maréchal savait cela et ne bougeait pas.
Le 17 septembre, les notables de la ville se réunirent et rédigèrent une déclaration, qui fut remise au maire pour être transmise au commandant en chef.
On y lisait notamment :
« Nous croyons qu'il est temps d'agir, parce que l'insuccès lui-même vaut mieux que l'inaction, parce que tous les moments sont comptés, parce que, sans pouvoir discuter ni même indiquer des opérations militaires, le simple bon sens nous montre clairement que des entreprises énergiquement et rapidement conduites avec les forces dont on dispose peuvent amener des résultats considérables, peut-être décisifs...
« Laisserons- nous venir le jour où, pour avoir fermé les yeux, il faudra reconnaître que ces retards nous ont été funestes ?
« Est-ce la question politique qui se mêle à tort à la question militaire et qui commande ces lenteurs? Dira-t-on que c'est à Paris que notre sort doit se décider?...
« Il nous a semblé que nous avions le devoir d'élever notre voix parce qu'elle vous apporte, dans sa sincérité, le reflet des passions qui agitent notre population, celle de notre responsabilité et d'un patriotisme résolu à tous les sacrifices.
« Si dures que soient les exigences de la situation, vous savez bien, monsieur le maire, que notre ville les supportera et que vous
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avez le droit de le dire, puisqu'elle ne veut pas être la rançon de la paix. ©
A ces nobles paroles, Bazaine, tout à ses manœuvres louches, tout à ses intrigues, répond qu'il ne veut pas risquer le sort de son armée et qu'il est bien décidé à ne plus tenter que de petites opérations.
Cela n'était pas fait pour calmer les habitants, qui à présent haussaient les épaules lorsqu'ils entendaient tonner le canon des forts.
« A quoi bon, disaient-ils, brûler tant de poudre aux moineaux? »
Le 24 septembre, un inconnu se présenta au quartier général et fut aussitôt introduit auprès de Bazaine, avec qui il eut un long entretien.
Ce personnage était un homme au service de la police prussienne, dont le nom devait devenir tristement célèbre; il s'appelait Ré-
A la suite des conférences qui eurent lieu entre Bazaine et Régnier, les confidents du maréchal essayèrent de préparer le public à l'idée d'une reddition.
Il y eut alors une telle explosion de colère, il se produisit une agitation si vive, que le maréchal eut peur. Pour calmer les esprits, il décida qu'une sortie aurait lieu le 27 et fixa comme objectif le village de Peltre, situé sur
la ligne de Sarrebrûck, à trois kilomètres de Metz et au sud de Borny.
Cette fois, il n'était plus question de franchir les lignes ennemies, mais simplement de se procurer des vivres.
La brigade Lapasset, augmentée du 99e de ligne, fut chargée de l'opération.
Les troupes se montrèrent pleines d'entrain, chargèrent brillamment l'ennemi et enlevèrent Peltre à la baïonnette.
Malheureusement le service d'espionnage des Allemands avait fonctionné.
Nos soldats croyaient trouver à Peltre un troupeau important; quand ils entrèrent dans le village, le troupeau n'y était plus.
Ils revinrent à Metz, encadrant triomphalement une centaine de bœufs, veaux, moutons et porcs, deux cents prisonniers et l'espion qui avait signalé l'opération à l'ennemi. Cet espion, du nom de Jacob, fut passé par les armes.
La brigade Lapasset avait eu. au cours de l'action, cent soixante-dix hommes mis hors de combat et sept officiers blessés.
Les Allemands se vengèrent, en incendiant Peltre, Colombey et plusieurs fermes, de l'échec qu'ils avaient subi.
Si l'affaire de Peltre donna peu de résultats au point de vue matériel, elle eut pour effet de relever le moral de nos troupes.
Quelques jours plus tard, nos soldats s'em-
parèrent du petit village de Lessy, situé sur le plateau de Plappeville, et du château de Ladonchamps.
Hélas! ces petites opérations ne changeaient en rien la situation.
Une affaire plus importante devait avoir lieu, la dernière. On lui a donné le nom de « combat de Ladonchamps ».
Le 7 octobre, Canrobert reçut l'ordre d'enlever deux fermes nichées dans la verdure, au nord de Ladonchamps, les Grandes et les Petites Tapes, dans le but de se procurer du fourrage.
Le 6e corps tout entier, soutenu par la division des voltigeurs de la Garde, devait appuyer et protéger l'opération.
Nos troupes rencontrèrent des forces allemandes imposantes; le combat fut long et acharné, et nos soldats y déployèrent leur valeur habituelle.
Mais si cette affaire put être considérée comme importante, c'est surtout en raison des effectifs engagés et aussi, hélas! des pertes subies; car elle n'eut pas plus de résultat que n'en avaient eu les opérations précédentes. Ce fut un massacre inutile.
De notre côté, près de treize cents hommes furent mis hors de combat.
La Garde comptait neuf officiers tués, la ligne en avait deux; cinquante-trois officiers, dont trois généraux, étaient blessés.
Nous avions fait plus de cinq cents prisonniers, et l'ennemi accusait une perte de soixantecinq officiers et près de dix-sept cents hommes.
A l'heure même où nos soldats, affaiblis par les privations, se battaient en héros, non pour vaincre, puisque la victoire devait de toute façon demeurer stérile, mais pour soutenir l'honneur de nos armes, Bazaine. qui, dans son quartier général du Ban- Saint-Martin, n'avait jamais manqué de rien, préparait la perte de la ville et de l'armée.
Ce jour-là, en effet, il adressa aux commandants des corps d'armée une lettre confidentielle dans laquelle, après avoir parlé des événements politiques et militaires, il exposait la situation pénible de Metz au point de vue des approvisionnements.
Ayant complaisamment tracé un tableau de toutes ces misères, il priait les généraux de l'éclairer de leurs avis et de leurs conseils.
Bazaine, par exemple, ne disait pas qu'il connaissait déjà les conditions désastreuses qui nous seraient faites par les Allemands. Ses intrigues avec Régnier, ses négociations secrètes avec l'ennemi l'avaient, en effet, fixé à cet égard.
Les généraux consultés émirent l'avis que l'on pouvait engager des pourparlers avec les Allemands; mais ils ajoutèrent que, « dans le
cas où les conditions imposées seraient de nature à porter atteinte à l'honneur de l'armée, le devoir commandait de les repousser et de chercher à se faire jour en combattant. »
A Metz et dans les camps, la misère atteignait son maximum ; on ne trouvait plus rien à manger, et les maladies causaient d'affreux ravages. Pour comble de malheur, le temps s'était mis au froid et à la pluie.
Cependant ni les troupes ni les habitants ne voulaient entendre parler de reddition.
Lorsqu'ils surent ce qu'on allait faire, les officiers se réunirent, et, après avoir élaboré plusieurs projets de sortie, convinrent de se donner un autre chef que Bazaine et de s'en remettre à sa décision.
Le maréchal, informé de ce fait, déclara qu'il était très disposé à ne pas capituler et en donna l'assurance formelle.
« Le général Boyer, dit-il, va partir pour Versailles, afin d'arrêter une convention mili taire qui permette à l'armée de quitter honorablement la place. S'il échoue, je pense, comme vous, qu'il faut sortir à tout prix. »
Il ajouta qu'il était prêt à abandonner la direction de l'armée.
On avait si peu de confiance en Bazaine, que, séance tenante, on procédait à l'élection d'un nouveau chef pour le cas où il y aurait lieu d'agir.
Les suffrages se portèrent sur le général
Deligny; mais la résistance de l'élu fit abandonner la partie.
Parmi la population, une effervescence énorme se produisit : il y eut des scènes de désordre, le buste de l'Empereur fut mis en pièces ; les troupes de la Garde durent intervenir pour disperser les manifestants :
« Pas de négociation, criaient ceux-ci, pas de reddition, nous voulons tenir jusqu'à la mort ! »
Ils criaient aussi :
« A l'eau, Bazaine! »
Gomme l'avait promis le maréchal, le général Boyer quitta Metz, muni d'un sauf-conduit qui lui permettait de se rendre à Versailles, auprès du roi Guillaume et de Bismarck.
Il emportait une note qui doit être reproduite ici, car elle éclaire d'un certain jour les projets de Bazaine.
« Au moment où la société est menacée par l'attitude qu'a prise un parti violent, et dont les tendances ne sauraient aboutir à une solution que cherchent les bons esprits, le maréchal commandant l'armée du Rhin, s'inspirant du désir qu'il a de sauver son pays et de le sauver de ses propres excès, interroge sa conscience et se demande si l'armée placée sous ses ordres n'est pas destinée à devenir le palladium de la société.
« La question militaire est jugée; les armes allemandes sont victorieuses, et Sa Majesté le
roi de Prusse ne saurait attacher un grand prix au stérile triomphe qu'il obtiendrait en dissolvant la seule force qui puisse aujourd'hui maîtriser l'anarchie dans notre malheureux pays, et assurer à la France et à l'Europe un calme devenu si nécessaire, après les violentes commotions qui viennent de les agiter.
« L'intervention d'une armée- étrangère, même victorieuse, dans les affaires d'un pays aussi impressionnable que la France, dans une capitale aussi nerveuse que Paris, pourrait manquer le but, surexciter outre mesure les esprits et amener des malheurs incalculables.
« L'action d'une armée française encore toute constituée, ayant bon moral, et qui, après avoir loyalement combattu l'armée allemande, a la conscience d'avoir su conquérir l'estime de ses adversaires, pèserait d'un poids immense dans les circonstances actuelles. Elle rétablirait l'ordre et protégerait la société, dont les intérêts sont communs avec ceux de l'Europe.
« Elle donnerait à la Prusse, par l'effet de cette même action, une garantie des gages qu'elle pourrait avoir à réclamer dans le présent, et enfin elle contribuerait à l'avènement d'un pouvoir régulier et légal, avec lequel les relations de toute nature pourraient être reprises sans secousse et légalement. »
Le général Boyer revint à Metz et fit connaître les conditions de M. de Bismarck :
i° L'armée sous Metz déclare qu'elle est toujours l'armée de l'Empire décidée à soutenir le gouvernement de la Régence ;
2° Cette déclaration de l'armée coïncidera avec un manifeste de Sa Majesté l'Impératrice régente, adressé au peuple français, et par lequel, au besoin, elle ferait un nouvel appel à la nation, pour l'inviter à se prononcer sur la forme du gouvernement qu'elle désire adopter ;
3° Ces deux déclarations devront être accompagnées d'un acte signé par un délégué de la Régence et acceptant les bases d'un traité à intervenir entre le gouvernement des puissances allemandes et le gouvernement de la Régence.
Le général Boyer fut mis de nouveau en campagne, dans le but de faciliter une entente sur ces bases.
La dépêche suivante, qui fut remise à Bazaine le 24 octobre au matin, par un parlementaire, indique clairement le résultat de cette nouvelle mission. Il ne pouvait être autre, du reste, et M. de Bismarck le savait mieux que personne.
Grand quartier général devant Metz, 24 octobre 1870.
« J'ai l'honneur d'envoyer copie à Votre Excellence d'un télégramme arrivé à minuit, et dont voici la teneur :
« A Son Altesse le prince Frédéric-Charles, pour le maréchal Bazaine.
« Le général Boyer désire que je vous communique le télégramme suivant :
« L'Impératrice, que fat vue, fera les plus grands efforts en faveur de r armée de Metz, qui est l'objet de sa profonde sollicitude et de ses préoccupations constantes. »
« Je dois cependant vous faire observer, monsieur le maréchal, que, depuis mon entrevue avec le général Boyer, aucune des garanties que je lui avais désignées comme indispensables, avant d'entrer en négociations avec la Régence impériale, n'a été réalisée, et que l'avenir de la cause de l'Empereur n'étant nullement assurée par l'attitude de la nation et de l'armée françaises, il est impossible au Roi de se prêter à des négociations dont Sa Majesté, seule, aurait à faire accepter les résultats à la nation française. Les propositions qui nous arrivent de Londres sont, dans la situation actuelle, absolument inacceptables, et je constate, à mon grand regret, que je n'entrevois plus aucune chance d'arriver à un résultat par des négociations politiques.
« Bismarck. »
C'était la fin du rêve de Bazaine et la fin de l'armée de Metz.