‹ La Terre sanglante (volume 2)Chapitre 4 sur 29 · HORS · texte numérisé non relu

HORS

Le mouvement s'exécuta immédiatement. Toutes les troupes reculèrent, à l'exception de la division de Lavaucoupet, qui fut maintenue à la frontière, sur les hauteurs de Spicheren. Mais dans la soirée du 5 août, considérant qu'il importait de défendre Forbach, où étaient réunis des approvisionnements importants, Frossard renvoya sur la frontière, pour couvrir Forbach, la brigade Jolivet; cette brigade occupa le vallon de Stiring, que traversent la voie ferrée et la route cie Sarrebrùck.

Dans la soirée, on apprit que le 3e corps, arrivant de Boulay, s'établissait en seconde ligne à Saint- Avold et que Bazaine installait son quartier général dans cette localité.

Le lendemain dès l'aube, les Prussiens attaquèrent vigoureusement Stiring et Spicheren. La défense fut héroïque et digne de notre armée. Pendant toute la journée, nos soldats se battirent comme des lions; mais sans cesse ils trouvaient devant eux des troupes fraîches, et leur héroïsme fut inutile ; ils durent se replier sur Sarreguemines.

Bazaine, qui avait sous la main tout un corps d'armée et qui entendait le canon de Forbach, n'envoya pas de renforts, malgré les demandes pressantes et réitérées de Frossard; il ne parut même pas sur le champ de bataille, alors qu'il eût pu s'y rendre en vingt minutes par le chemin de fer. Le conseil de guerre de Trianon reprocha durement cette conduite au

maréchal, et celui-ci se défendit fort mal.

Pendant que Frossard succombait à Forbach, Mac-Mahon perdait, en Alsace, la sanglante bataille de Frœschwiller1. Ces défaites ouvraient notre territoire à l'ennemi et remettaient en cause toute notre mobilisation.

Alors que Mac-Mahon se retirait sur le camp de Châlons avec les débris du Ier corps, entraînant dans sa retraite les 5e et 7e corps, les autres grandes unités de l'armée du Rhin recevaient Tordre de se concentrer à Metz.

Elles y arrivèrent successivement, et, le 12 août, Bazaine réunit sous son commandement une magnifique armée de 175000 hommes, composée des 2e, 3e, 4e, 6e corps, de la brigade Lapasset du 5e corps, de la Garde impériale, d'une réserve de cavalerie, d'une réserve d'artillerie et d'une réserve de génie.

L'armée de Metz était définitivement constituée.

Le jour même de sa formation, un conseil de guerre décida qu'elle gagnerait immédiatement, par l'Argonne, les plaines de la Champagne.

1 Voir les Etapes héroïques.

Page 1