‹ La Terre sanglanteChapitre 44 sur 51 · L. CoiFINIKRES · texte numérisé non relu

L. CoiFINIKRES

Les nouvelles les plus ridicules ont circulé depuis deux jours sur des événements qui se seraient passés à Paris; rien n'est venu les confirmer, puisque les communications n'ont pas cessé d'être interrompues et qu'aucun message n'a pu arriver de la capitale.

Indépendant de la Moselle (numéro du dimanche 18 septembre 1870) :

Le Volontaire ne donne pas de détails positifs sur les événements de Sedan. Il semblerait que Mac-Mahon serait blessé seulement et une partie de son armée aurait pu se replier.

Le bruit court que les Prussiens se proposent de faire une attaque sur Metz demain.

Indépendant de la Moselle (numéro du samedi 24 septembre 1870) :

Jeudi, pendant la canonnade du fort de Queuleu, quelques compagnies d'infanterie se sont avancées jusqu'à Mercy-le-Ghâteau.

Au lieu des batteries formidables qu'on annonçait avoir été placées par les Prussiens dans cette position, on n'a trouvé que des tirailleurs hambourgeois , qui se sont enfuis après une courte fusillade. Ils étaient placés dans des tranchées - abri grossièrement façonnées. Quatre soldats ont pénétré dans le château, où les offi-

ciers prussiens avaient établi leur observatoire; ils y ont trouvé quelques cigares oubliés par ces messieurs.

Les Allemands ayant aussi la faiblesse d^nscrire leur nom sur les murs, on a pu lire ces mots : Compagnie du régiment de Hambourg.

En somme, les Prussiens semblaient peu nombreux sur ce point et ne se sont nullement défendus. Seraient-ce même bien des Prussiens qui se trouveraient encore devant nos murs? On croirait presque à la seule présence des troupes de la Confédération du Nord, de même que c'est le prince de Hesse et les Hessois qui occupent Ars.

Nous avons eu jeudi quelques blessés, mais pas un seul homme tué. On a rapporté près de deux cents charrettes de fourrages et un grand nombre de sacs d'orge.

Jeudi, aux avant -postes de Moulins, les Prussiens ont tué une pauvre vieille, la veuve Hulo, de Lessy, qui était allée ramasser quelques grappes de raisin du côté de la Maison-Neuve.

La malheureuse a été horriblement blessée au ventre et est morte presque sur le coup, après avoir poussé quelques cris inarticulés.

Deux braves soldats du 1^*^ de ligne sont allés, bravant les balles, ramasser le cadavre encore chaud et l'ont ramené dans une brouette, sur un peu de paille, à l'ambulance de Moulins.

Une nouvelle ruse des Prussiens. Aux avant-postes, on en a vu un grand nombre coiffés du képi rouge et chaussés de guêtres

blanches. Nos soldats d'avant-garde y ont été trompés un instant mais n'ont pas tardé à reconnaître à qui ils avaient affaire.

Il n'est pas de jour et même de nuit qui ne soit signalé par quelque affaire d'avant-postes.

Avant-hier, un poste prussien a été surpris, près de Plesnois, par une de nos patrouilles. Douze prisonniers ont été ramenés à Metz. Ils paraissaient de très bonne humeur et se trouvaient en pays de connaissance, car l'un deux a interpellé par leur nom et en très bon français quelques- concitoyens qui les regardaient passer sur le devant de leur porte. Il est probable qu'avant la guerre ces Prussiens étaient occupés à Metz.

Nous recevons les renseignements suivants sur ce qui s'est passé du côté de Lauvallières , le 22 septembre :

Le 22 septembre, au matin, le maréchal Bazaine était informé par un brave habitant de Lauvallières, qui était parvenu à sortir des lignes ennemies et à arriver jusqu'à Metz, que le village de Lauvallières était abondamment pourvu de paille et de fourrages.

Le maréchal résolut immédiatement de faire une perquisition chez MM. les Prussiens. En effet, vers midi, les forts de Queuleu et de Saint-Julien commençaient, avec leurs pièces à longue portée, à troubler le calme dont jouissaient nos ennemis depuis une huitaine de jours. Ces frais d'artillerie avaient pour but, surtout de la part du fort de Queuleu, de masquer le mouvement qu'on se proposait de faire sur Lauvallières. Vers une heure et demie, quelques compagnies des chasseurs à pied s'avancèrent en tirailleurs, depuis la

ferme de Belle-Groix jusqu'aux hauteurs de Vanloux, sur la gauche. Trois régiments d'infanterie les suivaient à courte distance, également échelonnés en tirailleurs.

Devant cette démonstration, l'ennemi resta muet; alors vinrent prendre position, à deux cents mètres en avant de la ferme Belle- Croix, deux batteries, l'une de pièces de 4, l'autre de mitrailleuses; deux régiments de dragons, rangés en éventail, devaient protéger les batteries. Cent chariots et quelques compagnies de muletiers se dirigèrent alors sur le village de Lauvallières, précédés de quelques compagnies de ligne.

On ehtra dans le village presque sans coup férir, et, pendant que nos chariots allaient charger les fourrages, j'ai pu voir les Prussiens, tant infanterie que cavalerie, décamper au plus vite du village, se repliant sur Sainte-Barbe, où sont établies leurs batteries. Nos chariots chargèrent sans être trop inquiétés. Par- ci, parlà, quelques coups de fusils venaient seuls se mêler aux voix mâles de Queuleu et de Saint- Julien.

Le chargement du fourrage a duré ainsi jusque vers quatre heures et demie. A ce moment seulement quelques escadrons de cavalerie prussienne se décidaient à sortir du village de Sainte- Barbe, et à venir, escortant deux batteries d'artillerie, prendre position sur la droite de la route de Boulay. Leur tir, assez habilement dirigé, faisait pleuvoir une grêle d'obus sur la ferme de Belle- Croix. Ces projectiles n'ont heureusement blessé personne.

Au même moment, quelques colonnes d'infanterie prussienne, sortant aussi du village de Sainte- Barbe, s'avançaient vers Lauvallières; elles furent reçues par nos tirailleurs, couchés à plat ventre dans les vignes. Une vive fusillade s'engagea, qui dura à peu près une heure.

Au moment où la cavalerie et l'artillerie prussiennes, quittant Sainte-Barbe, s'avançaient sur la route de Boulay, deux coups de canon partis du fort Saint-Julien sont venus donner en plein dans les groupes ennemis.

J'ai pu, grâce à ma longue-vue, vérifier le ravage que ces deux projectiles, habilement lancés, ont fait dans les rangs des Prussiens. Vers cinq heures, fusillade et canonnade s'éteignaient sensiblement; seule, l'artillerie prussienne se faisait encore entendre.

J'ai pu, pendant toute Faction, constater la présence de notre brave général Changarnier, qui s'est tenu dans le village de Lauvallières, sur lequel les Prussiens dirigeaient leurs feux, non seulement tout le temps qu'a duré la razzia, mais même longtemps après le départ du dernier mulet et du dernier chariot. Je l'apercevais très distinctement, lorgnant les batteries ennemies. A cinq heures et demie, tout était fini et nos soldats rentraient tous dans leurs campements respectifs, tenant leur fusil d'une main et soutenant de l'autre une botte de fourrage placée sur leur épaule.

Au moins la journée ne se sera-t-elle pas écoulée sans rapporter un trophée.

Monsieur le Rédacteur en chef,

Auriez-vous la bonté de faire savoir aux familles que la date de la reprise des cours du lycée de Metz sera fixée ultérieurement?

Veuillez agréer, etc.

Le Proviseur j

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