‹ La terreur blanche: épisodes et souvenirs de la réaction dans le Midi en 1815, d'après desChapitre 10 sur 86 · Archives du dépôt do la guerre · texte numérisé non relu

Archives du dépôt do la guerre

darmes, quelques gardes nationaux, des délachemens du 30° de ligne et du 4* hussards et deux pièces de canon, mais que néanmoins il s'avançait en reconnaissance contre l'armée royale. Il passait la nuit à trois lieues de là. Le colonel donna des ordres pour la défense. On resta sur le qui-vive. Mais, le matin, à sept heures, on n'avait encore vu aucun uniforme. Impatienté de son inutile attente, le colonel des Gars envoya M. de Montcalm en éclaireur sur la route de \alence. Ce dernier revint bientôt. Il avait rencontré l'ennemi, quelques centaines d'hommes, en marche vers Montélimai't. Le colonel parcourut les rangs, encourageant le zèle de ses soldats, échauffant leur bravoure, mais, malgré son apparente confiance dans leur fidélité, très-inquiet des dispositions qu'ils manifestaient à l'aspect de leurs frères d' aimes déjà ralliés à Bonaparte. Il fit dire aux volontaires, par leurs officiers, qu'il comptait sur eux pour entraîner, dès le début de l'action, le reste des troupes. A neuf heures, ce fut bon pas le général Debelle qui se présenta, mais un officier d'état-major qui venait en parlementaire. Il apportait une lettre de son chef au colonel des Gars, lettre par laquelle ce dernier était sommé de faire sa soumission à l'empereur afin d'éviter la guerre civile et de s'épargner une responsabilité redoutable. A cette

lettre, le parlementaire ajouta que Tempereur était à Paris et le roi en fuite.

Le colonel l'interrompit.

— Je connais ces événemens, monsieur, dit-il. Ils ne changent rien à nos devoirs envers le roi, notre seul souverain légitime. Il m*a donné Tordre de résister à l'usurpation et je résisterai. Mes fidèles soldats partagent ces sentimens, et derrière nous, prêt à nous soutenir, M^*^ le duc d' Angoulême s'avance avec une armée dévouée. Hâtez-vous donc de vous éloigner, monsieur, et dites à celui qui vous envoie que la responsabilité de la guerre civile retombera sur ceux qui Font provoquée.

Le parlementaire, sans en entendre davantage, piqua des deux et disparut. Une demi-heure après, une colonne s'avançaj dirigeant contre la troupe de M. des Gars un feu de tirailleurs qui ne lui fit aucun mal et auquel les volontaires royaux et les soldats du royal-étranger ripostèrent assez vigoureusement pour arrêter Tennemi à environ deux cents mètres de leurs positions. Profitant de ce premier résultat, le colonel lança ses fantassins, baïonnette en avant, sur les troupes impériales, d'ailleurs inférieures en nombre, en les appuyant de quelques boulets qui mirent en fuite les gardes nationaux de la Drôme et de l'Isère,

dont le général Debelle s'était fait accompagner. Vainement, ce dernier voulut les contenir, les rallier, les ramener. Il fut lui-même entraîné dans leur déroute.

Le vicomte des Gars ordonna alors aux volontaires à cheval de poursuivre l'ennemi, en leur promettant de les faire soutenir par l'escadron du 14* chasseurs, resté en arrière. Les volontaires partirent sous les ordres de M. de Montcalm, sans attendre. Mais, quand ils eur^it fait une demi-lieue, ramassant en route de nombreux prisonniers, ils s'aperçurent qu'ils n'étaient pas suivis, et qu'ils s'exposaient aux plus grands périls, si l'ennemi qui fuyait devant eux s'apercevait de leur petit nombre et reprenait l'offensive.

M. de Montcalm fit sonner la retraite, en manifestant sa colère contre la cavalerie, dont l'absence ne lui permettait pas de profiter complètement de son succès. En rentrant au camp, il connut la cause de cette absence. Pendant le gros de l'action, les chasseurs ,^ abandonnant le poste qui leur était confié, avaient pris la fuite, traversant au galop Montélimart, et en disant à qui voulait les entendre qu'ils allaient rejoindre l'empereur.

Cette défection n'était malheureusement pour la cause du roi qu'un nouvel exemple Hp ce tp" «e

passait depuis vingt jours sur toute la surface de la France. Toutefois, comme on était vainqueur, sans avoir payé trop cher la victoire, ce fâcheux événement fut vite oublié. Il obligea cependant le vicomte des Gars à suspendre sa marche en avant et à attendre le duc d'Angoulême. Ce dernier arriva le lendemain, suivi de la masse de sa petite armée, et, trait remarquable, escorté de ving1>-cinq cavaliers appai'tenant à cet escadron du 14* chasseurs qui avait trahi. Loin d'imiter leurs camarades, ces vingt-cinq cavaliers restèrent fidèles jusqu'à la fin de l'expédition.

Le prince fut accueilli avec enthousiasme. Le succès de la veille avait électrisé tous les cœurs. Il harangua l' avant-garde, en la louant de son intrépidité. Il distribua plusieurs décorations et nonmia le colonel des Gars maréchal de camp.

Le 2 avril, l'armée royale se remit en route pour Valence. Dans les communes qu'elle traversait, elle apprit que le général Debelle se retirait avec l'espoir de l'arrêter sur la Drôme, entre Loriol et Livron, au pont sur lequel on franchissait alors cette rivière. A Loriol, à 1 kilomètre environ de la Drôme, on trouva une population sympathique. Aussitôt après avoir perdu de vue les impériaux, les paysans s'étaient

hâtés de mettre à leurs croisées des drapeaux blancs, faits à l'aide de serviettes et de draps, et à leurs chapeaux des cocardes blanches en papier. Des tonneaux de vin attendaient les soldats sur la route. Pendant une halte, le prince s'avança jusqu'au pont de la Drôme, qu'il trouva gardé par un bataillon du 39* de ligne, quelques centaines de gardes nationaux et deux pièces de canon. Le colonel d'artillerie Noël avait le commandement immédiat de ces troupes , auxquelles le général Debelle, appuyé contre une colline qui domine la rivière en cet endroit, devait assurer une efficace protection.

Le prince résolut d'enlever le pont de vive force. Par ses ordres, 300 hommes, sous les ordres du colonel Montferré, allèrent passer la rivière à un gué qu'on lui avait désigné à 2 kilomètres en-deçà de ce pont, et le 10® de ligne, appuyé par les volontaires et l'artillerie, fut chargé d'attaquer, à l'heure où Ton supposerait que le colonel Montferré avait exécuté ses instructions et franchi la rivière, afin de tomber à revers sur les troupes qui la défendaient. A partir de ce moment, les voltigeurs et les grenadiers du 10* commencèrent à prendre position. Les voltigeurs s'avancèrent même en tirailleurs sur le pont, dont les impériaux gardaient l'extrémité. Ils s'abri-

taient derrière les arbres qui le longeaient sur une double rangée. Un incident engagea le combat plus tôt qu'on aurait voulu. Une escouade du 39« parvint à se saisir du capitaine de Tune des compagnies de voltigeurs, qui s'était jeté en avant pour ralentir l'ardeur imprudente de ses soldats, et, l'ayant fait prisonnier, elle adressa la parole à ceux-ci, en leur disant :

— Camarades, venez à nous, ralliez-vous à l'empereur !

A ces mots, le capitaine, — il se nommait Isnard, — comprit le péril qui menaçait l'armée royale. Quoique prisonnier et menacé par ceux qui l'entouraient, brave comme d'Auvergne, il cria d'une voix formidable :

— Voltigeurs, vengeons-nous de ces traîtres !

Ce cri fut entendu par le général des Gars , qui voyant l'affaire engagée ainsi n'hésita pas à lancer toutes ses troupes sur le pont. Les impériaux avaient compté sur la défection des royalistes, et non sur cette attaque imprévue. Elle les surprit. En une demi-heure, le pont fut balayé, le capitaine Isnard délivré, le colonel Noël blessé, fait prisonnier, et l'armée ennemie en pleine déroute après avoir perdu beaucoup de monde. Les rangs des royaux furent

aussi très cruellement décimés. Au milieu du combat, il fallut arrêter plusieurs artilleurs et les remplacer par des volontaires. On s'était aperçu qu'ils tiraient en l'air afin de ne pas atteindre leurs camarades ralliés à l'empereur. Le duc d'Angoulême se conduisit avec la plus brillante bravoure. Il était à la tète de ses soldats quand ils poursuivirent les fuyards.

Le même jour, dans la soirée, le général Debelle, ayant rallié les débris de ses troupes, se porta sur Romans. Il y prit position et se prépara à couper le pont de risère, afin d'enlever tout passage à l'armée royale. Mais les représentations de la municipalité de cette ville ébranlèrent sa résolution. Il était sans nouvelles de Paris, plein d'appréhensions et d'anxiétés. II se replia sur Saint-Marcellin, dont la population se montra disposée à le seconder. Il demanda des secours à Grenoble et à Lyon, et en peu de jours reçut 2,000 hommes, des armes et des munitions. 11 put alors revenir sur Romans et Valence où il arriva le 7 avril * . Le duc d' Angoulême était entré le 3 dans cette ville, dont les habitans se montraient en majorité hostiles à sa cause. Il y attendait le premier corps de son armée qui s'était organisé dans le

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