‹ La terreur blanche: épisodes et souvenirs de la réaction dans le Midi en 1815, d'après desChapitre 9 sur 86 · LES CENT JOURS · texte numérisé non relu

LES CENT JOURS

ET

LA RÉACTION DANS LE GARD (mais-rovembie 1815)

La nouvelle du débarquement de Bonaparte sur le rivage du golfe Juan eut en Europe l'éclat d'un coup de foudre. En apprenant que l'empereur se dirigeait sur Paris à marches forcées, appelant l'armée à lui et précédé d'une proclamation dans laquelle on lisait ces mots prophétiques et menaçans : a L'aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher, jusqu'aux tours de Notre-Dame, » les grandes villes du midi de la France se sentirent agitées d'une secousse convulsive. Ce retour fatal qui venait porter à l'œuvre d'apaisement, entreprise par la Restauration, un coup irrémédiable autant qu'inattendu , provoqua dans Nimes le déchaînement de passion^ endonnî'^s Hepnî?

si longtemps qu'on pouvait les croire éteintes; il les réveilla terribles et meurtrières.

Le 6 mars, dès le matin, on vit des groupes bruyans stationner aux abords des Arènes, devant la préfecture et le théâtre, sur toutes les places, aux Carmes et sur l'Esplanade ; on y discutait la grande nouvelle. Les uns se plaisaient à la mettre en doute ; les autres, la tenant pour vraie, proposaient de courir sus à l'usurpateur et de sauver, par sa mort, la France et le roi.

Personne n'osait encore se réjouir ouvertement. Mais l'allure anxieuse et provocante des officiers à demi-solde, nombreux dans Nîmes, les regards mystérieux qu'ils échangeaient avec divers citoyens de la ville, connus par la haine que leur inspiraient les Bourbons et qui appartenaient pour la plupart à la société protestante, trahissaient clairement que la révolution soudaine dont la France était menacée comp-. tait des partisans ardents, avant même de s'être accomplie. Leurs propos hâbleurs trahissaient les espérances que la plupart de ceux qui avaient servi Bonaparte fondaient sur son retour. Il y avait bien là de quoi alarmer les hommes attachés aux Bourbons, qui les avaient pleures et attendus pendant vingt-cinq ans, qui se voyaient menacés de les perdre, au moment où ils commençaient à goûter les bienfaits de leurgou-

vernement réparateur, menacés surtout d'avoir à subir de nouveau le joug pesant du despote qui payait naguère du sang le plus pur de la France et de ses trésors les plus précieux, les conquêtes éphémères à l'aide desquelles il avait tenté de satisfaire son insatiable ambition. N'allait-on pas assister de nouveau à une invasion et au déchaînement d'un fléau non moins redoutable que l'invasion : la guerre civile?

Comme Avignon et Marseille, Nîmes renferme une population aux passions chaudes, brutales, tumultueuses. Au temps dont nous parlons, ces passions s'y compliquaient de tous les ress«ntimens qu'avaient laissés dans les cœurs les guerres religieuses et l'antagonisme, heureusement disparu aujourd'hui, qui^ pendant si longtemps, a tenu les habitans de Nîmes divisés en deux camps, l'un formé des catholiques, l'autre des protestans.

Depuis la Restauration, ceux-ci, bien qu'ils eussent souffert aussi de la domination ûnpériale, s'en étaient faits les champions par haine de la royauté. C'est parmi eux que le retour de Bonaparte devait causer la joie la plus vive, et l'on pouvait craindre que si cette joie se traduisait avec violence, comme une insulte à la douleur des royalistes, elle eût pour résul-

tat certain de provoquer des dissensions sanglantes, et de préparer des vengeances futures.

«A ces angoisses des esprits s'en joignaient d'autres d'un ordre plus intime et plus personnel. Napoléon à Paris, c'était de nouveau les armées de l'Europe à nos pointes; nulle illusion n'était possible sur ce point. Justement,' les diplomates réunis à Vienne en congi'ès, dans le but de rechercher les conditions territoriales les plus propres à assurer la paix du monde, ne s'étaient pas encore séparés. Sans doute, en apprenant les projets audacieux de l'ennemi de cette paix, ils prendraient, au nom de leurs gouvernemens res* pectifs, la résolution de le combattre sans merci. Celui-ci voudrait résister. On assisterait alors à une guerre plus redoutable que les guerres passées et les jeunes hommes seraient contrains de partir pour aller défendre la cause de l'empereur, qui avait cessé d'être la cause de la France. Bien des pères, cependant, avaient payé jusqu'à neuf mille francs le droit de soustraire leurs fils au service militaire devenu en ces tristes temps le chemin de la mort. De si lourds sacrifices ne seraient-ils pas perdus si la main de Bonaparte s'abattait, en quête d'armées nouvelles, sur la France épuisée d'hommes et d'argent ?

Chaque matin, au réveil, on apprenait quelque

épisode nouveau du voyage de l'empereur. II traversait la France au milieu d'une longue ovation. Des foules bruyantes visaient à sa rencontre. Les armes tombaient des mains des soldats envoyés pour arrêter sa marche et qui grossissaient, d'heure en heure, les rangs de son armée victorieuse. Le 10 mars, dans la soirée, il entra dans Lyon, par le faubourg de la Guillotiëre*, aux acclamations de la populace et de l'armée. La veille, le comte d'Artois et le maréchal Macdonald avaient quitté cette ville, après avoir vainement tenté de retenir la garnison à la cause royale. Il devenait clair maintenant que l'usurpateur arriverait sans obstacle jusqu'à Paris. Les royalistes étaient consternés.

Mais bientôt, une nouvelle grave circula dans la ville et leur rendit quelque espérance. Le 10 mars, le duc d'Angoulême avait quitté Bordeaux, en chargeant la princesse sa femme d'encourager par sa présence la résistance de cette grande cité. Il se dirigeait, en toute hâte, vers le Languedoc et la Provence, afin de se mettre à la tête des royalistes de ces contrées. Une ordonnance royale l'appelait au commandement des 7*, 8*, 9*, 10* et 11* divisions militaires. C'est dans la matinée An ih mars qu'on annonça son arrivée à Nîmes pour ce ^ouf-là- r.p fut

comme une traînée de poudre. Vers dix heures, sur les boulevards, dans le faubourg populeux appelé « la Bourgade », tout peuplé d'ouvriers royalistes, quelques drapeaux blancs se montrèrent aux croisées. A deux heures, la plupart des maisons en étaient pavoisées, et une foule immense se portait vers la route de MontpelUer, pai* laquelle le prince devait faire son entrée.

En ce moment, les bonapartistes commencèrent à concevoir des craintes. Vainement, leurs chefs se plaisaient à leur dire que cette manifestation solennelle serait sans échos au dehors; qu'avant qu'elle eût pu porter ses fruits, Bonaparte serait maître de la France entière ; ils étaient loin d'être rassurés. Que Marseille, Toulon, Beaucaire, Avignon imitassent l'exemple de Nîmes ; que Bordeaux, Toulouse, Montauban, Béziers se soulevassent aussi ; et le Midi, des Alpes aux Pyrénées, deviendrait une autre Vendée, la forteresse de la royauté.

Dominés par cette crainte, les partisans de l'empire n'osèrent guère se montrer ce jour-là. Ceux que l'on rencontrait dans les rues étaient soumis et modestes, comme s'ils eussent eu à cœur de faire oublier, en partageant la joie des royalistes, les sentimens qu'ils avaient imprudemment manifestés.

Cependant, une escouade de jeunes gens s'avan*

çait à cheval sur la route de Montpellier. Ils avaient

résolu de se porter jusqu'à la commune de Saint-Cé-

saire, afin de former autour du prince une escorte

d'honneur à son entrée dans Nîmes. Ils arrivèrent à ce

petit village, presque en même temps que le duc

d'Angoulême qu'ils aperçurent bientôt dans sa chaise

de poste. Elle marchait assez lentement au milieu du

13*" régiment de ligne, auquel il avait, en passant à

Montpellier, donné l'ordre de le suivre. Le prince

portait la petite tenue des lieutenans-généraux. On

de ses officiers, le duc de Guiche, était assis à côté

de lui. Les autres membres de sa maison militaire,

le baron de Damas, le comte de Lévis, suivaient dans

une seconde voiture.

Lorsqu'ils ne furent plus qu'à quelques pas du cortège, les cavaUers venus de Nîmes s'arrêtèrent et, afin de signaler au prince leur présence et de lui adresser leur salut, ils poussèrent un chaleureux cri : « Vive le roi ! Vive le duc d'Angoulême ! » Us avaient espéré que les officiers et les soldats du 13* de ligne, qui accompagnaient le neveu du roi, répondraient à leurs acclamations. Mais, à leur grande surprise, ceux-ci demeurèrent silencieux, et on put voir sur leurs visages des traces non équivoques de mécon-

lentement et de mauvaise humeur. On sut bientôt par un aide-de-camp que ce régiment par lequel le prince avait cru pouvoir se faire accompagner était animé de sentimens hostiles à la cause royale et appartenait déjà à Bonaparte.

L'impression douloureuse causée par cette révélation fut rapidement effacée, car, passant sa tête à la portière de son carrosse, le duc d'Angoulême remerciait ses partisans d'un sourire et d'un geste. Presque aussitôt il donna un ordre. La voiture s'arrêta; les troupes firent halte pour se reposer avant d'entrer dans Nîmes, et il mit pied à terre. Les cavaliers nhnois l'imitèrent et se réunirent en groupe autour de lui, afin de lui souhaiter la bienvenue.

— J'ai voulu venir dans une cité fidèle, afin de l'exciter à la défense du trône menacé par un usurpateur, dit-il; votre présence ici, messieurs, me prouve que je ne me suis pas trompé et que le concours des braves Nîmois m'est assuré. Le roi vo>us remercie par ma bouche ^

Sa voix fut couverte d'acclamations nouvelles, auxquelles la troupe ne continua à répondre que par le silence. Alors, le prince posa quelques questions sur

i. Ces détails sont empruntes à des souvenirs de contemporains.

les dispositions de la population et parut satisfait des :renseignemens qui lui furent donnés.

L'heure était venue de se mettre en route. II s'a- ^essa au duc de Guiche et demanda son cheval, li'ordre transmis par M. de Lévis resta sans résultat» et au bout de dix minutes un officier vint annoncer ^ue les chevaux dn prince, confiés aux piqueurs de sa maison, soit qu'ils fussent restés en arrière, soit qu'ils eussent pris un autre chemin, n'étaient pas à la suite du régiment. Il se montra très contrarié de ce contre-temps et s'en plaignit vivement. Il tenait à entrer dans Nîmes en soldat. Un jeune homme s'approcha alors, tenant son cheval par le bride, et dit :

— Si son Altesse Royale daigne me faire l'honneur d'accepter mon cheval, mes camarades seront heureux d'offrir les leurs à ses officiers.

— J'accepte, monsieur, répondit gracieusement le prince, et je vous remercie.

Quelques instans après, au son des cloches, aux acclamations d'une foule enthousiaste, le prince entrait dans Nîmes et alla loger à Thôtel de la préfecture.

Le lendemain, un conseil de guerre fut tenu sous ^présidence, auquel prirent part tous les généraux

de la division et les officiers supérieurs qui l'accompagnaient. Puis, ayant donné des ordres pour Texéculion des mesures qui venaient d'être arrêtées, il partit pour Marseille. 11 voulait se rendre compte par luimême de Tétat d'esprit des populations du Midi. Après son départ, les murs de Nîmes furent couverts de proclamations par lesquelles il était fait appel au dévoûment des royalistes. On les invitait à former des corps de volontaires pour défendre la couronne menacée. Dans l'une de ces proclamations, on lisait les passages suivans : <( Des orages locaux, excités par de petites passions, ont peut-être obscurci, pour quelques-uns d'entre vous, la sérénité de l'horizon d'où la Restauration avait d'abord chassé tous les nuages ; l'abus qui a pu être fait du zèle même de la multitude a pu vous inspirer des alarmes ; mais, ces efforts de la malveillance, ces erreurs d'un peuple ^aré n'ont pu décourager le vrai patriotisme et ne sauraient, sans la plus gi'ave injustice, altérer la confiance de personne dans les promesses du roi. S'est-il un seul moment laissé égarer parmi les nombreux écueils dont sa route était semée? Est-il un seul acte de sa puissance qui justifie les écarts d'un faux zèle? Et tout ce qui est émané de sa volonté ne porte-t-il pas l'empreinte de la plus profonde sagesse, d'une bonne foi

Après aviv «bh fâBàt- licm^e^ svmKsxoBBffam de h Ite^SHEMBL la jii'w Imiiiiihi i^iqsù z c BaM--

Umk les dresocBéaK 4e «oeiiE ^m. 4hk contriboèreai ^ fWfiBBHHKnL par leur et par leva* oHnçe.à fiboer le issend Afsin sur le trône: xnm^mweei.wmm.é ASffSMs ^z wm^'fimm^^ÊÊmtsi VOS bns à soB dfape |Kfs-ft^; wim^ iims asfHPerei à b gloire de iHMnwii i à ÏMy niiniicmiiH 4e k oo«roniie sur sa iiéiie aM?na>u »

Une antre ■■ïMlinfina HfeiÉr : f^ Hblâaa^ da

Spiidre cette dnrie oaMricaiîriMrlf, ^^pe de voue fid^é. \e TOUS bornez pas à de§^ tosiis fatiêrilesL Tenez tous ranger sons: votre an riqti e bannière: de est le signal et le ^ê^ de ITwHn ew et de la lovanié. Tenez, c'est à voos <pi*il a^iartieni d'aflennir pour jamais on trône amqpiel <^t attaché le bonhetir de la

France et le repos de rEort^. a»

Le mënie joor, dnq ceiits dtovens répondirent a cet

appel. Les jours soivaiK, ce nomlxe fut doublé. D

s'accrut encore des hommes qui venaient de Montpellier, de Mende, de Cette, de tous les points par lesquels le prince avait passé. Beaucoup d'officiers retraités, chevaliers de Saint-Louis pour la plupart, vinrent se joindre à eux. Mais, comme les cadres des compagnies arrivaient tout formés, on mit ces officiers à la suite des bataillons. L'enthousiasme était indescriptible. A la mairie, où s'inscrivaient les volontaires, les employés ne pouvaient suffire à la tâche. Les mères y conduisaient leurs fils. Conune il avait été décidé que l'on n'incorporerait point les hommes ayant femme et enfans, il y en eut plusieurs qui déclarèrent qu'ils n'étaient pas mariés. Lorsque, le 23 mars, le prince revint de Marseille où se produisait un résultat analogue, on put lui montrer deux mille noms sur les Us tes dressées en son absence. Malheureusement, la qualité de ces troupes improvisées laissait beaucoup à désirer. A côté de braves gens à qui l'ardeur de leur royalisme communiquait un courage égal à la sincérité dé leurs convictions, se trouvaient des êtres grossiers, uniquement attirés par la solde, par l'espérance du pillage, par les chances de l'imprévu. C'est de leurs rangs que devaient sortir, quelques mois plus tard, les scélérats qui ensanglantèrent la ville et déshonorèrent leur parti. Le général Merle, que le duc d'An-

de SQo aiiri..> aeflg* a imsË^^ émtî^ «vf^ krare «■ «àwe ^ îl nmiiiiffy iSlâ. «■ fÉ^^BH labkaMi dkï<> riimijh^ que lui CTflsa ce rapide ntuMtMifi , < Hes f W c ur e M 'v me demanffaâcBi ffe^phofs d<^ oîrf«œl<;. a-«-â <cni: celles de ebe^ et haniloD «ftèem 3HiHde<^«iits de leur mérite oa de le«r di uwwik im inicYvs^. Tciui injhidu qui aTaîl moyen d'avw' oiie pùr^ de >«iiiiiefs à ^lt^ pieds ne Toobîf serrîr que oMisnie «iflicier*. y Quoi qu'il en soif, le 21 mais, les btiailkiiis eiaieni fiMmès et furent dirigés sur le IVint-Saini-Esprii, où dexiùent se centraliser les forces du 2^ coq*?.

Un grave événement précéda leur dépan. Le séjour dans la ville des volontaires ro\^u\^ h multiplicité des allées et venues, Fattitude évidemment hostile des troupes de la garnisou, tout le mouvemem d'une expédition militaire destinée à défendre K*s Bourbons au moment où le reste de la Finance semblait les abandonner, avaient accru singulièivuient les passions des deux partis en pivsence, dont l'un nu subissait pas mieux les retaitls imposés à une victoire dont il se croyait assuré que l'autre ne supportait les

i. Extrait d*uae brochure que le général Morlo écrivit en I81Q pour expliquer sa conduite pendant les Ccnt-Jours.

menaces qui lui prédisaient une prochaine défaite. Une conflagration semblait imminente. Elle n'eut pas lieu cependant. Mais, au moment où les troupes royales allaient quitter la ville, un jeune volontaire, nommé Lajutte, étudiant de la faculté de médecine de Montpellier, fut assassiné en plein jour, à la porte d'un café. Il reçut un coup de couteau qui le tua. Les royalistes accusèrent les bonapartistes de ce crime. Ceux-ci essayèrent de prouver que la victime avait été frappée avec une baïonnette. On arrêta plusieurs individus; on les mit en jugement; mais leur culpabilité ne put être établie, et ils furent acquittés. Les royalistes n'en conservèrent pas moins le souvenir de ce méfait, qui tint ultérieurement sa place dans les causes à Taide desquelles ils essayèrent de justifier leurs représailles.

Le prince avait divisé en trois corps les troupes sur lesquelles il comptait pour se mettre à la poursuite de Bonaparte» soulever les royalistes derrière lui et en former ainsi une armée avec laquelle il lui tiendrait tête jusqu'au mcmient où il pourrait aller le relancer sous Paris,, où, de son côté, le duc de Bourbon amènerait les volontaires vendéens. Le premier corps, sous les ordi'es du général Emouf, s'organisait à Sisteron et avait pour objectif Gap, Grenoble et Valence. C'est dans cette ville qu'il devait rejoindre le prince; le second, dont le commandement était confié au général Merle, composé du 10« de ligne, colonel d'Ambrujeac, du !«' royal étranger, de 250 cavaliers du 14'' chasseurs, de 80 canonniers du 3« d'artillerie et de 3,000 volontaires, devait maix:her sur Lyon, en suivant les bords du Rhône. Quant au troisième, destiné, sous les ordres du général Gompans. k tenir

TAuvergne, la défection des troupes appelées à en faire partie empêcha de le former. 11 n*y a pas lieu d'en parler autrement, car, dès le 5 avril, le général Compans était à Paris et remettait au ministre de la guerre les ordres qui lui avaient été donnés le 25 mars par le duc d'Angoulême^ Il convient d'ajouter qu'au moment de quitter Nîmes le prince n'osa s'adjoindre le 63* de ligne qui y tenait garnison, et dont les sentiments étaient aussi hostiles que ceux du 13% à la cause royale. Il exigea et obtint non sans peine que celui-ci, qui voulait se rendre à Lyon, retournât à Montpellier, et il laissa l'autre à Nîmes, très inquiet de ses dispositions, qui n'attendaient, pour se manifester, que le résultat de l'e xpédition qui venait d'être entreprise.

Le 27 mars, toutes les troupes du 2*^ corps, au nombre de cinq mille hommes envii'on, étaient réunies au Pont-Saint-Esprit, et le général Merle se prépai*ait à se mettre à leur tête, quand un ordre du duc d'AngouIême lui enjoignit de rester dans la citadelle de cette petite ville, afin de la défendre au besoin et de protéger en même temps les derrières des forces royales. Le général Merle, blessé par cette

i. Archives du dépôt do la guerre.

décision, se résigna cependant, et c'est le prince luimême qui prit le commandement de sa petite armée, dans laquelle se manifestaient déjà des symptômes inquiétans de désertion et de découragement qui heureusement ne persistèrent pas, et disparurent quand elle fut en marche. En revanche, les deux bataillons restés au Pont-Saint-Esprit ne tardèrent pas à faire preuve du plus mauvais esprit; c'est même leur insubordination qui, quelques jours plus tard, mit le général Merle hors d'état de résister au général Gilly qui vint l'assiéger, ainsi qu'on le verra bientôt.

Avant que les troupes se missent en mouvement, on leur donna lecture d'une proclamation du prince, qui leur faisait connaître l'entrée de Bonaparte dans Paris et leur traçait avec éloquence ce qu'on attendait de leur courage. Cette proclamation fut saluée de mille cris, expression de l'espérance qui était dans tous les cœurs. Puis, les derniers ordres furent donnés avec le signal du départ.

L'armée royale passa le Rhône, sur le beau pont de la ville, pour gagner Montélimart, en longeant la rive gauche du fleuve. Cinq cents hommes sous les ordres du colonel Magnier étaient chargés de le remonter le long de la rive droite, afin de contenir, s'il y avait lieu, les populations de l'Ardèche, soulevée?

déjà par le général LafQttc, lequel, à la tête d'une poignée d'hommes, obligea bientôt Tofficier qui conimandait pour le roi dans ce département à se réfugier dans la Haute-Loire*.

L'avant-garde était commandée par le colonel vicomte des Gars, appartenant à la maison militaire du duc d'Angoulême. Cette avant-^arde, composée d'environ quinze . cents hommes, entra sans coup férir dans Montélimart le 30 mars et s'étabUt fortement en avant de la ville, dont la population, sans témoigner d'enthousiasme, se montra convenable et respectueuse pour les défenseurs de la cause royale.

La journée et la soirée furent tranquilles. Mais, vers le milieu de la nuit, un paysan se présenta aux avantpostes exprimant le désir de parler au conunandant. M. des Gars n'était pas couché, et, avec l'aide du marquis de Montcalm et du commandant d'Hautpoul, il aiTètait ses dispositions pour se remettre en marche dès le matin. 11 reçut sur-le-champ ce paysan qui arrivait de Valence et apportait des nouvelles de l'ennemi. On sut par lui que le général Debelle qui commandait les forces impériales, n'avait à sa disposition qu'une poignée d'hommes, des vétérans, des gen-

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