Archives du dépôt de la guerre
préfet de 1814, remis en possession de sçs fonctions, envoyait d'Aix une proclamation qui tentait en vain d'apaiser les esprits. Toutes les personnes détenues au château d*If, durant les Cent-jours, étaient mises en liberté ; un comité, formé en toute hâte, prenait le gouvernement provisoire de Marseille, en attendant TaîTivée du marquis de Rivière, qu'on savait investi des pleins pouvoirs du roi. Dans ce comité, se trouvaient le colonel Borelly, le maire et quelques notables royalistes. Ils songèrent tout d'abord au xétablissement de l'ordre public. Le colonel Borelly eut le commandement de la place ; le maire, quoiqu'il fût nommé des Cent-jours, put conserver utilement ses fonctions jusqu'au retour du marquis de Montgrand son prédécesseur. Malheureusement ils avaient à combattre d'indomptables passions; ils étaient en outre obsédés par la crainte d'un retour oflFensif du général Verdier et de l'armée de Tdulon. En proie à cette double préoccupation, désireux, avant tout, d'empêcher que Marseille retombât sous la domination impériale, ils appelèrent le peuple aux armes et en amvèrent à subir la guerre civile " lorsqu'ils souhaitaient la paix. 11 faut ajouter que les moyens d'action leur manquaient. Pour résister à une foule qui parlait dp- meurtre et de pillage.
des autorités civiles, se dirigeant vers lé quartiergénéral de Brune àTouIon. C'était trop d'imprudence. Cette garnison venait d'être pendant plusieurs semaines l'instrument de la compression, dont les Marseillais avaient souffert; quelques heures avant, elle répondait aux acclamations des royalistes par le chant de la Marseillaise^ retranchée derrière ses fusils en faisceaux et ses cavaliers, le sabre au poing.
Elle était détestée autant qu'elle avait été ardente, et
puisqu'elle renonçait à toute résistance, puisqu'elle se résignait à fuir, c'est que la cause de Éonaparte était irréparablement perdue. Ces réflexions s'imposèrent à l'esprit des émeutiers et jetèrent sur les derrières du général Verdier une foule furieuse qui le poursuivit très-loin au-delà de Marseille, criblant de balles sa voiture, échangeant avec ses troupes de nombreux coups de fusil, et à laquelle se joignirent les habitans des localités qui se trouvaient sur la route de Toulon. Dans un rapport relatif à cette retraite désastreuse, le général Verdier accusa une perte de cent officiers ou soldats ^
Pendant le même temps, le préfet comte Frochot prenait la fuite, tandis que le marquis d'Albertas,