‹ La terreur blanche: épisodes et souvenirs de la réaction dans le Midi en 1815, d'après desChapitre 40 sur 86 · Archives du dépôt de la guerre · texte numérisé non relu

Archives du dépôt de la guerre

éclatait dans toute la Provence. Aux environs d'Arles, des bandes de moissonneurs, réunies à des déserteurs réfugiés dans les marais de la Camargue, parlaient de marcher sur cette ville. Le Yar était en feu, Toulon seul tenait encore pour l'empereur, grâce à la fermeté de Brune, qui persistait, en l'absence de nouvelles sûres, à douter du désastre de Waterloo. Il cherchait ncioins d'ailleurs à résister au roi qu'à défendre notre grand port maritime contre les Anglais, qui espéraient qu'on le leur ouvrirait comme on venait de leur ouvrir Marseille. La garnison de Toulon, même après l'arrivée des troupes du général Yerdier, ne s'élevait qu'à trois mille hommes dont les rangs ne pouvaient être grossis, puisque les levées que le maréchal avait tentées restaient sans résultat, et qu'on ne pouvait compter sur aucun secours. Mais, si cette petite armée était pea nombreuse, en revanche elle se montrait ferme dans son devoir, énergiquement secondée par la population. La place était assez bien approvisionnée, sauf en viande fraîche, et chacun s'attendait à un siège. C'est en prévision de quelque attaque imprévue que le maréchal Brune refusa de s'éloigner de Toulon et de marcher sur Marseille^ encore qu'il y fût poussé chaque jour par les dispositions de ses soldats et des réfugiés qui vivaient au

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milieu d'eux. Il ne voulait prendre aucune décision sans avoir reçu des nouvelles de Paris, et, le 11 juillet, il se décida à envoyer dans la capitale un de ses aides-de-camp.

Pour bien comprendre les anxiétés et les incertitudes des chefs militaires à qui incombaient alors, sur tous les points du territoire, de si lourdes responsabilités, il ne faut pas perdre de vue qu'on n'avait ni chemins de fer, ni télégraphes électriques, et que chacun en était réduit à recueillir tous les bruits sans pouvoir distinguer ceux qui étaient faux de ceux qui étaient vrais. Ainsi, le 2 juillet, on racontait à Marseille que le généçal Gilly bombardait Montpellier; on assurait que le maréchal Brune allait suivre cet exemple contre Marseille, et, avec la jactance méridionale, on se jurait de faire au besoin de la ville <( une autre Saragosse. » Brune, de son côté, était si mal informé que, tandis qu'autour de lui la plupart des villes arboraient le drapeau blanc, tandis que le département des Basses-Alpes, soulevé par un général royaliste, le comte de Loverdo, se prononçait pour Louis XVIII, il proclamait dans Toulon Tavénement de Napoléon II, répondant ainsi aux avis qui lui parvenaient de Marseille, au lieu d'ordres officiels, et voyant partout la main des Anglais qui

venaient de recevoir un formidable secours avec les Autrichiens amvés de Naples.

Enfin, vers le 20 juillet, le marquis de Rivière, réinstallé à Marseille comme conmiissaire extraordinaire du roi, écrivit au maréchal Brune pour lui faire connaître la restauration de Louis XVIII sur le trône de France. Il lui annonçait que tous les départemens avaientfait leur soumission. Ces nouvelles dissipèrent les hésitations du maréchal. Il accueillit en ami l'amiral Gantheaume, nommé préfet maritime de Toulon, et, le 24, fit arborer le drapeau blanc que l'escadre anglaise, rangée en rade, salua de plusieurs salves d'artillerie. Le même jour, il réunit sur le Champ de Mars les troupes de la garnison, et, après avoir adhéré publiquement au gouvernement royal, il engagea l'armée placée sous ses ordres à renoncer aux couleurs tricolores. « Dans les circonstances où se trouve la France, s'écria-t-il, nous serions criminels de les conserver plus longtemps. Qu'il ne soit jamais permis de dire que l'étendard de la gloire est devenu celui de la révolte; que nos souvenirs soient toujours purs! Acceptons franchement les couleurs et les drapeaux de nos pères ; ils sont dignes de nous, comme nous sommes dignes d'eux. Confondons dans un même sentiment nos regrets pour les couleurs qii<=t noue

quittons et notre affection pour celles que nous allons prendre, et que le drapeau blanc soit désormais le gage de l'union de l'armée et des citoyens. »

Peu de jours après, il écrivait au ministre de la guerre : « Votre Altesse connaît mon cœur. Je ne promets rien que je ne veuille tenir. Les passions que je calme avec succès peuvent s'exalter par ceux mêmes qui devraient les éteindre. Toulon est un dépôt assez précieux pour que je hasarde tout pour le conserver au roi; mais il faut ici beaucoup de prudence unie à beaucoup de fermeté, et les opinions ou actions exagérées ne peuvent pas produire ce bien. Soumission au roi, discipline de l'armée, et par conséquent conservation de Toulon, voilà mon but, en attendant que, même au péril de ma vie, les ordres du roi me parviennent*. » Dans une lettre au marquis de Rivière, il exprimait les mêmes 'sentiments. Il engageait en outre le commissaire royal à se rendre à Toulon, afin de contribuer par sa présence, à la pacification de la ville, qte le voisinage des Anglais et des Autrichiens et la présence d'un grand nombre d'officiers à la demi-solde et de Marseillais livraient à d'inquiétantes agitations.

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