‹ La terreur blanche: épisodes et souvenirs de la réaction dans le Midi en 1815, d'après desChapitre 47 sur 86 · IL.e préfet s'adressa à la foule, l'adjurant de laisser · texte numérisé non relu

IL.e préfet s'adressa à la foule, l'adjurant de laisser

X^artir le maréchal. Un formidable cri couvrit sa voix:

— A mort, l'assassin de la princesse de Lamballe I

— Cette accusation est fausse, répondit-on ; Brune xi'était pas à Paris quand la princesse fut assassinée.

Les mêmes vociférations reprirent. Ce fut alors

"lan trouble inexprimable. Le préfet, le maire, parlaient

^our à tour, suppliaient leurs concitoyens d'épargner

à. la ville l'éternelle honte d'un si grand crime, de

Me pas verser le sang innocent. Le commissaire de

police d'Avignon, Bressy-Portingon qui revenait, avec le chirurgien Louvel-Beauregard, de vérifier le cadavre d'un fédéré assassiné la veille et jeté dans le Rhône d'où l'on venait de le retirer, se joignit à eux. Mais on ne les écoutait pas. La passion, des préventions funestes, cette soif de meurtre qui s'empare du peuple à certaines heures, parlaient plus haut que leurs accens. Le préfet encore inconnu, puisqu'il était arrivé le matin seulement, se nomma de nouveau, réclama, au nom du roi, le respect de son autorité, l'obéissance de tous. Un individu , nommé Nadaud, lui répondit :

— Je ne connais pas de préfet. C'est moi qui suis le préfet.

Le maire ajouta : — Mais malheureux, allez-vous frapper un illustre soldat, un fidèle serviteur du roi, qui se rend à Paris par ses ordres?

— A mort I à mort ! hurlèrent ces forcenés. Au Rhône, l'assassin!

Immobile dans sa voiture, comprenant qu'il était à la merci de ces misérables, et que s'il mettait pied à terre, il serait écharpé par eux, le maréchal suivait d'un œil attristé, mais calme, ces terribles scènes. Séparé de ses aides-de-camp qu'on retenait prisonniers dans leur chaise de poste, il attendait aveo

une courageuse résignation la fin de cette émeute, assez maître de lui pour adresser à chaque instant des remercîmens à tous ceux qui se dévouaient en ce moment afin de préserver son existence.

Cependant leur courage était à bout. Ils ne pouvaient attendre aucun secours et jugèrent que la prudence ordonnait de ramener le maréchal à l'hôtel pour l'y mettre à l'abri. Ordre fut donné au postillon de revenir sur ses pas. Alors, quand on vit les voitures se retourner pour rentrer en ville, une immense acclamation s'éleva, venant des bords du IRhône, couverts d'un peuple furieux, des rues voisines, descendant des toits chargés d'individus oui s'étaient hissés jusque-là pour mieux voir. Ce cri formidable s'enflait peu à peu, grossissait, écho de passions homicides, enveloppant tous les spectateurs dans une effrayante clameur. Le son des tamlom'S battant la générale, les lugubres accens du tocsin, se mêlaient comme un glas à ces hurlemens de bêtes fauves.

Les défenseurs du maréchal marchaient serrés et compactes autour de la voiture, repoussant les insulteurs, espérant encore qu'ils le ramèneraient sain et sauf jusqu'à l'hôtel du Palais-Royal. Quand ils eurent dépassé la porte de TOuUe, ils furent assaillis par une

grêle de pien-es. Elles brisèrent les glaces de la calèche. Aucun d'eux cependant ne fut grièvement atteint. Aux approches de l'hôtel, une poussée violente les sépara de celui qu'ils cherchaient à défendre. Ils crurent que; cette fois , c'en était fait de lui. Mais il n'avait rien perdu de son sang-froid et, profitant d'un effort désespéré du postillon qui jeta ses chevaux contre les murs de l'hôtel, il ouvrit la portière et sauta légèrement sous le porche.

— Fermez la porte, cria une voix.

C'était l'aubergiste Molin qui venait de parler. Il fut obéi. La porte close, on la barricada, afmde seconder les efforts de ceux des défenseurs du maréchal qui s'étaient groupés au dehors pour résistera la foule *.

En même temps, la chaise de poste dans laquelle se trouvaient les aides-de-camp avait été conduite par les émeutiers à une autre porte de l'hôtel. Les deux officiers, injuriés et maltraités, avaient été enfermés et gardés à vue dans une cave, d'où l'on ne put les faire évader que le soir, et quand leur chef^ dont ils avaient été impuissans à sauver les jours^ avait cessé de vivre.

1. Tous CCS détails, rigoureusement exacts, sont extraits des dé—^ positions des témoins entendus dans Penquête qui eut lien ultériea* rement.

ASSASSINAT DC wmfcrrmmff BSrsX.

Lorsque le mazédial se rit en sârelé, fl A»maip^fe une diambre, en manifeslam le désir d'écrire à sa femme. Le maître de lliôtd^ Htdia, le asmdami aa premier étage, dans mi appartement dont les croisées donnaient sur nne coor et IV laissa seiil« An dcJKM^, l'attroupement augmentait loojoors. Le majca* Lambot, inquiet des suites de sa coupable légèreté, se décida alors à se montrer et à se joindre aux autorités qui, rangées devant la porte de lliôtel, s'efforçaient d'apaiser les esprits. Il fit même placer des gendarmes au fond de la place, afin de contenir la foule. Il est vrai que celle-ci ayant protesté contre leur présence, il ne voulut pas la mécontenter et leur donna l'ordre d'aller stationner dans nne rue assez éloignée des . lieux où une troupe énei^que eut été nécessaire. Pour les remplacer, il manda des volon-

taires royaux qu'on organisait en régiment sous le nom de chasseurs d'Angoulême. Étrangers à la ville, mais partageant ses passions , ses soldats n'étaient pas disposés à s'aliéner les sympathies de la population, en défendant le maréchal Brune. L'exemple des gendarmes les aurait sans doute entraînés ; mais, livrés à eux-mêmes, après le départ de ceux-ci, ils devinrent inutiles et même nuisibles à sa cause. Ils n'entendirent, au surplus, ni dans la bouche du major Lambot, ni dans celle de leurs officiers, aucun accentr propre à réchauffer leur zèle et à leur montrer te devoir.

De l'intérieur de l'hôtel, on entendait les cris de fureur que poussaient les individus qui voulaient la vie du maréchal. On entendait les efforts désespérés des braves gens qui se dévouaient pour la protéger et qui, placés devant la porte, adressaient en vain aux assaillans des discours perdus dans le tumulte.

— A moi, braves Avignonnais ! s'écriait le maire ; empêchez qu'un crime odieux ensanglante et désho* nore notre cité.

Mais on lui répondait par des cris de colère, on le menaçait lui-même. L'autorité du préfet qui parlait au nom du roi était également méconnue. En vain il alla jusqu'à proposer d'emprisonner le maréchal et

ASSASSISAT DU MAÛCSAL SKCI^E. S31

<le confier an peofie k sirde de sa priâon, on ne l'écoutait pas-

— Nons TOoIoQS sa téie. inxiiaiMxi: c'est on assas^ ^m, il doit pérv, et malbeiir à ceux qui Tondrom le sauver!

Un indiridn <fii mtee an préfei :

— S Ton ne nous efn poâm ea^iêdK^ l'année der* nière de inassacF€T cei inSoùt ifooapane, noifê ne sm<Mis pas oànoQs esi gnomes à f^-ésesTU ^ nocu> qMorgnoi» celm^ qui nou^ & qu'il ne ^'ksKlrapas^ dans six mois, noss lirreT à la fiffeur de^ iedéréis^ dimt plnâeors d'esure ncm^ oirt évé ^)à le^ ^ifcûme^? Le gooremeiDem ne pmm poim k« wopM^, £b Uen^ noos saorcuB ziozàs £ûre jusûce noniHQEMbBaeg ^#

Parfois un dKic Tkijeiii faitaii ir^aidiiier la p<>rte de lliôteL Les 2zâ«»éTai;je*r v^ttkaai de f^^ufoncer; mais elle ésah s^^ôe. f orûfié^ par deb p^uue^ arobornées, et réâsîah a îeur fureur* IJte efebayêifiecit Wur à tour d'y mettre k feiL. puiè de la ééunfAxr à </>U|^ de hacbe. Qs ccoximeauoëresut mêsùe Ta^bbaut <k b maison, à Taide <f édieUeè qui atte^ïtaMstit le pr^ mier étage. Ce* vsium^ d'aJ^ord £ure«a smaen^^^ mais les zMrjrm^ ne coxibieriaiftstfl piu^ &dim¥mi$f

cette foule acharnée à sa proie ne se lasserait pas, et le maréchal, ne pouvant être délivré ni par la force armée qui manquait, ni par une fuite devenue impossible, finirait par tomber dans ses mains.

Pendant ce temps, le maréchal Brune, enfermé dans sa chambre, avait écrit deux lettres, Tunei à sa femme, qu'il déchira ensuite et dont les morceaux furent retrouvés dans la cheminée ; l'autre au comte de Nugent, général en'chef des armées autrichiennes, pour lui demander du secours. Nous avons tenu entre nos mains, aux archives du dépôt de la guerre^ les dernières lignes tracées par l'infortuné soldat. L'écriture en est ferme ; la main qui les a écrites ne tremblait pas. En voici le texte :

« Monsieur le comte,

« Ma convention avec M. de Rivière a été faite d'après vos propositions. Je me trouve sous la protection de votre Excellence et je suis arrêté à Avignon. Je vous prie d'agir dans cette circonstance avec la générosité qui vous caractérise. Je n'ai pas même les moyens de recourir au général d'armée.

(( Agréez, monsieur le comte, les assurances de la plus haute considération.

(( Maréchal Brune. »

Le maréchal sonna et demanda mie bouteille de

^in de Bordeaux au dcmiesliqiie accoom à son qipeL

31 voulut parler ensuite à M"* Molia. EUe se lesdBt

.auprès de lui. Il la pria de tromrer qaekffmï qui

j[)ût porter sa lettre au goiéral de Xogait '• Pok fl

l'invita à faire prendre dans sa Toîmre les annes

<iui s'y trouvaient. Il adressa la même requête an

3)réfet, déclarant qu'U aimait mieux en finir loi-

même avec la vie que de tomber aux mains de cett^

(( vile canaille. » De nouveau fl resta seol^ tandis

qu'au dehors l'émeute continuait arec une Tioienc^

que les autorités ne pouvaient apaiser. Une beore

après, le bruit de sa sonnette se fit encore entendre^

Il voulait de l'eau. Le domestique, qui ravait dé^

servi, la lui apporta et surprit dans le corridor mir

lequel s'ouvrait la chambre du maréchal, fltmeun

individus qui venaient de s'introduire par les lucarnes

du toit. Il les interrogea; Us lui répondirent en me^

naçant de le tuer, s'il parlait. La terreur lui doua la

bouche et il descendit en toute hâte.

Soudain deux coups de feu retentirent. En ce mo^ ment, devant la porte de l'hôtel, le maire, M« Puyt les yeux remplis de larmes, les vètemens en dé-

1. Cette lettré, remise au préfet, ne put être envojrde àtempi.

sordre, la voix brisée, tentait un dernier effort pour -éloigner les furieux. Le bruit des détonations se succédant presque coup sur coup fit lever toutes 1 têtes. On vit alors sur le balcon de l'hôtel paraîtra un individu qui portait en bandoulière un sac d chasse en cuir duquel sortait la crosse d'un pistolet. Il brandissait une autre arme, et s'écria joyeusement :

— Il est mort! 11 s'est tué pour échapper à la ven.— geance du peuple.

Cet individu était un ouvrier en soie, nommé Farges. Derrière lui, un portefaix du port d'Avignon, <juindon dit Roquefort, revêtu de son uniforme de garde national, confirmait par des gestes significatifs les paroles de son compagnon, auxquelles la populace applaudit, en poussant des cris de victoire. Bientôt le major Lambot vint à son tour annoncer que le maréchal Brune s'était suicidé; il engagea les citoyens à se retirer, afin de permettre le rétablissement de la tranquillité publique troublée depuis le matin. Il était alors deux heures de Taprèsmidi.

Cependant les personnes présentes dans l'hAtel s'étaient précipitées vers la chambre du maréchal où les suivirent celles qui venaient d'en défendre

l'accès au péril de tenrs jocurs. Dajos le corridor se 2)ressaieDt ploaeors mdmdus fcnrant de toos côtés. C'étaient ceux que, qaeiqaes insiazkâ aiq»^ rayant, le domesiiqae Lapone xwm surpris sIdtroduisant dans la maîsoQ par Ie§ toîu. On dm passer au milieu d'eux pour arrirer juâqu'à la chambre sur le plancher de laquelle le maréchal était étendu^ couché sur le yaitre, le rîâage dans une mare de sang, n ne virait plus; mais le corps conserrait encore sa chaleur. Il arait reçu c deux blessures de forme orbiculaire, du diamètre de quatorze millimètres enyiron. Tune située à la partie antérieure, un peu latérale, droite, dite larvnx, pénétrant d'outre en outre au travers du cou et correspondant à une autre plaie située derrière le dos enore les deux épaules, entre la troisième et la quatrième vertèbre cervicale. » Ces deux blessures provenaient du même coup d'arme à feu. La balle dans son trajet avait fracturé non-seulement le corps des vertèbres, mais avait déchiré les artères et lésé les parties essentielles de manière à déterminer une mort presque immédiate. Les assassms avaient négligé de fouiller les vêtemens dans lesquels ils laissèrent, avec la somme de 27,500 francs en or, un cachet d'argent, un couteau, un mouchoir et une montre. Mais un ne

doit en savoir gré qu'à la précipitation de leur fuite, car, après le crime, ils allèrent s'emparer des bagages du maréchal restés sur sa chaise de poste, les ouvrirent et s'en partagèrent le contenu dont une partie fut vendue*.

Nous devons raconter maintenant comment s'était accompli l'événement. Mais il importe d'abord de faire remarquer que les détails authentiques sont rares à cet égard et que, lorsque la justice, écartant enfin la fable du suicide, essaya de reconstituer la vérité, c'est à travers des dépositions souvent contradictoires qu'elle dut la rechercher. Nous ferons comme elle, en suivant ses traces et en laissant de côté les affirmations invraisemblables émises par certains témoins qui voulaient servir les coupables et non les accuser.

Comme nous l'avons dit, ceux-ci ayant pénétré dans l'hôtel par le toit se précipitèrent vers la chambre du maréchal. Qui la leur avait désignée? Gomment parvinrent-ils à la découvrir? Il n'a jamais été répondu à ces questions, et l'auteur de la trahi-

1. Ces ioformatioDs résultent du procès-verbal qui fut ârené aussitôt après la mort du maréchal par MSI. Piot, Juge d'instmetien, Louvel-Beauregard, chirurgien, Martin, officier de santé, ea présence du préfet, du procureur du roi, du major Lambot, du commissaire de police et de divers officiers.

son est demeuré incoiina. Le maréchal était seul; il écrivait. Au bruit que firent en entrant les envahisseurs, il se leva, déchirant en morceaux la lettre commencée. Il resta debout, tandis que brusquement la chambre se remplissait.

— Que voulez-vous? demanda-t-il.

— Punir l'assassin de la princesse de Lamballe, répondit un jeune homme.

— Je n'ai jamais été l'assassin de personne, s'écria le maréchal. Si j'ai répandu le sang, c'est en défendant la patrie et en répandant le mien. J'ai vieilli sous les drapeaux de l'honneur, et je n'y ai jamais failli. J'étais à soixante lieues de Paris, quand fut commis le meurtre dont on ose m'accuser.

. — Tu mourras !

— J'ai appris à braver la mort et je peux vous épargner im crime. Donnez-moi une arme et accordez-moi cinq minutes pour écrire mes dernières volontés.

Le taffetassier Fai^s, s'avança verslui, en disant :'

— Tu veux la mort, la voilà.

Et il déchargea son pistolet sur sa victime, sans lui faire toutefois aucun mal, car la balle effleura seulement les cheveux et alla trouer le plafond.

— Tu l'as manqué, s'écria le portefaix Guindon;

grêle de pien-es. Elles brisèrent les glaces de la calèche. Aucun d'eux cependant ne fut grièvem^^nt atteint. Aux approches de l'hôtel, une poussée ^^olente les sépara de celui qu'ils cherchaient à «zJéfendre. Ils crurent que; cette fois , c'en était fait de lui. Mais il n'avait rien perdu de son sang-froid et, profitant d'un effort désespéré du postillon qui jete ses chevaux contre les murs de l'hôtel, il ouvrit la portière et sauta légèrement sous le porche.

— Fermez la porte, cria une voix.

C'était l'aubergiste Molin qui venait de parler. Il fut obéi. La porte close, on la barricada, afin de seconder les efforts de ceux des défenseurs du maréchal qui s'étaient groupés au dehors pour résistera la foule *.

En même temps, la chaise de poste dans laquelle se trouvaient les aides-de-camp avait été conduite par les émeutiers à une autre porte de l'hôtel. Les deux officiers, injuriés et maltraités, avaient été enfermés et gardés à vue dans une cave, d'où Ton ne put les faire évader que le soir, et quand leur chef, dont ils avaient été impuissans à sauver les jours, avait cessé de vivre.

1. Tous CCS détails, rigoureusement exacts, sont extraits des dé^ positions des témoins entendus dans l'enquête qui eut liea ultériearement.

Lorsque le maréchal se vit en sûreté, il demanda une chambre, en manifestant le désir d'écrire à sa femme. Le maître de Thôtel, Molin, le conduisit au premier étage, dans un appartement dont les croisées donnaient sur une cour et l'y laissa seul. Au dehors, l'attroupement augmentait toujours. Le major Lambot, inquiet des suites de sa coupable légèreté, se décida alors à se montrer et à se joindre aux autorités qui, rangées devant la porte de l'hôtel, s'efforçaient d'apaiser les esprits. Il fit même placer des gendarmes au fond de la place, afin de contenir la foule. Il est vrai que celle-ci ayant protesté contre leur présence, il ne voulut pas la mécontenter et leur donna l'ordre d'aller stationner dans jine rue assez éloignée des . lieux où une troupe énergique eût été nécessaire. Pour les remplacer, il manda des volon-

taires royaux qu'on organisait en régiment sous le nom de chasseurs d'Angoulême. Étrangers à la ville, mais partageant ses passions , ses soldats n'étaient pas disposés à s'aliéner les sympathies de la population, en défendant le maréchal Brune. L'exemple des gendarmes les aurait sans doute entraînés; mais, livrés à eux-mêmes, après le départ de ceux-ci, ils devinrent inutiles et même nuisibles à sa cause. As n'entendirent, au surplus, ni dans la bouche du major Lambot, ni dans celle de leurs officiers, aucun accent propre à réchauffer leur zèle et à leur montrer le devoir.

De l'intérieur de l'hôtel, on entendait les cris de fureur que poussaient les individus qui voulaient la vie du maréchal. On entendait les efforts désespérés des braves gens qui se dévouaient pour la protéger et qui, placés devant la porte, adressaient en vain aux assaillans des discours perdus dans le tumulte.

— A moi, braves Avignonnaisl s'écriait le maire ; empêchez qu'un crime odieux ensanglante et déshonore notre cité.

Mais on lui répondait par des cris de colère, on le menaçait lui-même. L'autorité du préfet qui parlait au nom du roi était également méconnue. En yain il alla jusqu'à proposer d'emprisonner le maréchal et

de confier au peuple la garde de sa prison , on ne Técoutait pas.

— Nous voulons sa tête, hurlait-on; c'est un assassin, il doit périr, et malheur à ceux qui voudront le sauver !

Un individu dit même au préfet :

— Si Ton ne nous eût point empêchés Tannée dernière de massacrer cet infâme Bonaparte, nous ne serions pas où nous en sommes à présent. Si nous épargnons celui-ci, qui nous dit qu'il ne viendra pas, dans six mois, nous livrer à la fureur des fédérés , dont plusieurs d'entre nous ont été déjà les victimes? Le gouvernement ne punit point les coupables. Eh bien, nous saurons nous faire justice nous-mêmes *•

Parfois un choc violent faisait trembler la porte de l'hôtel. Les misérables tentaient de l'enfoncer; mais elle était solide, fortifiée par des poutres aroboutées, et résistait à leur fureur. Ils essayèrent tour à tour d'y mettre le feu, puis de la démolir à coups de hache. Ils commencèrent même l'assaut de la maison, à l'aide d'échelles qui atteignaient le premier étage. Ces tentatives d'abord furent vaines; mais les autorités ne conservaient plus d'illusions,

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