‹ La terreur blanche: épisodes et souvenirs de la réaction dans le Midi en 1815, d'après desChapitre 5 sur 86 · I INTRODUCTION · texte numérisé non relu

I INTRODUCTION

nom d'un autre, peuvent commettre des insurgés en armes, se ressemblent ; c'est toujours l'incendie, le pillage, le meurtre. Mais, à cela se borne la ressemblance entre les deux époques que nous venons de rapprocher. A l'origine de la seconde Restauration, il y eut quelque chose de plus qu'à la fin du siège de Paris, ou, pour mieux dire, il y eut autre chose. Ce fut, d'une part, le fanatisme de ce qu'on avait appelé la liberté et de la gloire impériale ; d'autre part, un dévoûment ardent à la vieille monarchie, à la personne de ses représentans, au roi et surtout ' au duc d'Angoulême, dévoûment fortifié par la religion, exaspéré par une longue persécution. Les passions étaient exaltées; le caractère méridional y ajoutait sa violence naturelle; sa disposition aux choses extrêmes, en bien comme en mal, les rendait menaçantes. Elles eurent assez de puissance non seulement pour déchaîner tous ceux dont elles flattaient les goûts et les vices, mais encore pour paralyser les fonctionnaires et les magistrats chargés de les comprimer et de les punir. L'effroi qu'elles avaient inspiré leur survécut longtemps et assura l'impunité des coupables.

INTRODUCTION. vu

Les actes qui s'accomplirent alors furent le résultat logique des événemens survenus durant les années précédentes. On sortait des guerres de l'empire ; tout le monde avait été soldat, professait un mépris absolu de la mort pour soi et pour les autres. On avait tant vu couler de sang depuis vingt-cinq ans, que la vie humaine était comptée pour rien.

Puis, c'était l'absence de toute discipline, l'habitude de vivre en pays conquis. Après la débâcle finale, les désertions se multiplièrent dans des proportion s formidables ; chacun tirait de son côté, emportant armes et équipement ; les soldats restés sous les drapeaux n'obéissaient plus, menaçaient leurs officiers de qui ils étaient redoutés. Les Centjours et la chute définitive de l'empire donnèrent à tant de détestables passions une impulsion nouvelle. Il y eut des victimes don^ le sang appela des représailles ; des représailles qui dépassèrent en cruauté les crimes qui les avaient provoquées, et n'atteignirent, à l'exception du maréchal Brune, des généraux Ramel et de Lagarde, que des gens d'humble extraction, des artisans et des soldats. Les malheureux qui succombèrent dans le Midi n'étaient pas

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