VIII INTRODUCTION
d'un rang plus élevé que leurs meurtriers, et si les provocations vinrent de haut, ce qui n*est pas démontré, la guerre civile se maintint dans les couches sociales les plus modestes et les moins fortunées.
Ainsi, les scènes odieuses que nous allons retracer ne peuvent s'expliquer que par la fougueuse violence des imaginations méridionales, par les ressentimens que le règne des Gent-jours et les excès des vainqueurs avaient amassés dans les âmes. Mais, ce qui leur donna surtout une physionomie révoltante, ce fut moins encore le caractère des actes perpétrés, que le nombre des victimes et la durée de l'épouvante qui s'était emparée de la partie saine des populations, paralysa le courage des braves gens et trouva des encouragemens inconsciens dans la faiblesse des autorités locales. Le Midi fut à feu et à sang. Les départemens des Bouches-du-Rhône, de Vaucluse, de la Haute-Garonne, virent plusieurs journées marquées par quelque grand crime, tel que les massacres de Marseille, le meurtre du maréchal Brune, celui du général Ramel, d'autres encore. Dans le Gard ce fut pis, car ces troubles sanglans.
INTRODUCTIOK. ix
qui ne purent être arrêtés que par l'intervention des troupes étrangères, se prolongèrent pendant plus de quatre mois, mettant en scène des personnages dont les forfaits ont rendu le nom légendaire et l'ont marqué d'une flétrissiure étemelle.
Quoique déjà lointains, ces événemens que les historiens de la Restauration n'ont pu considérer qu'au titre d'épisodes secondaires, perdus dans les événemens d'ordre général et auxquels ils n'ont consaa'é que d'incomplètes et souvent inexactes notices, sont dignes cependant d'être mieux connus qu'ils ne l'ont été jusqu'ici. Les pages qu'on va lire les éclaireront d'une lumière nouvelle. Elles ont été écrites après de longues et minutieuses recherches, à l'aide des récits et des polémiques du temps, à l'aide aussi de témoignages recueillis sur les lieux, de communications bienveillantes dont nous remercions les auteurs, et de souvenirs de famille rectifiés, dans ce qu'ils avaient d'inexact ou d'obscur, par les nombreux documens politiques, administratifs, judiciaires, enfouis juqu'à ce jour dans nos annales nationales et départementales. Aussi, avonsnous le droit de dire que pas un fait n'est mentionné