Arcliives du dépôt de la Guerre
gouvernement royal de prêter les mains aux cupidités de l'étranger. Il défendait contre elles la France envahie, avec une énergie qui, quoi qu'on en ait dit, ne fut jamais en défaut; il se montra envers l'Espagne tel qu'il avait été envers les autres puissances. Par ses ordres, le général Ricard, qui commandait à Toulouse, envoya le vicomte de Champagny, aide-decamp du duc d'Angoulême, alors en mission dans l'Aude^ à l'ambassadeur d'Espagne à Paris qui se trouvait sur la frontière. Cette démarche avait été précédée d'une lettre énergique du duc d'Angoulême, enjoignant à Castanos de se retirer s'il ne voulait que les hostilités fussent ouvertes contre lui.
Aux premières réclamations de M. de Champagny, l'ambassadeur répondit que cette lettre avait arrêté la marche de l'armée. Il allégua que son maître avait cru agir d'accord avec Louis XVIII et dans son intérêt; que les troupes espagnoles ne s'étaient avancées sur le territoire français que parce qu'on croyait à Madrid que le maréchal Davoust, à la tête de l'armée de la Loire, venait occuper le Midi. Il ajouta que les Autrichiens ayant manifesté l'intention de venir jusqu'à Perpignan, l'Espagne se serait déshonorée en restant inactive. M. de Chan^pagny opposa à ces raisons un démenti formel, et l'ambassadeur lui répon-
336 LA TEDREUR BLANCHE.
dit en exprimant l'espoir que Tincident allait se dénouer pacifiquement. A la même heure, le préfet de Tarbes écrivait au ministre de l'intérieur : « S'il fallait eflcctivement repousser une invasion, la situation de l'esprit public dans les Hautes-Pyrénées serait un grand obstacle au succès de nos efforts. » Il réclamait en outre une force armée pour contenir les agens secrets qui entravaient ses actes et paralysaient, par leur propagande, les élans du patriotisme. Dans toutes les villes frontières, des agens secrets poussaient, même à prix d'argent, les soldats à la désertion. Les étrangers, profitant de nos dissensions pour nous faire plus de mal encore, avaient trouvé des complices parmi la faction ultra-royaliste. Elle applaudissait au moment ou dix-huit mille Autrichiens entraient dans le Gard et l'Hérault, se rapprochant de plus en plus de l'armée espagnole, comme pour lui tendre la main et l'inviter à opérer sa jonction avec eux.
Heureusement, la présence du duc d'Angoulême vint mettre un terme à cette situation. Il traversa Perpignan le 27 août, se rendant au quartier-général espagnol et, le môme jour, il écrivait à Louis XVIII la lettre suivante dont le texte est publié pour la première fois, comme la plupart des documens con-
tenus dans ce récit : « Mon très-chei' oncle, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté qu'après <le vives instances, j'ai été assez heureux pour déterminer le général Gastanos à repasser la frontière avec ses troupes. Il voulait attendre le retour d'un •courrier envoyé à Madrid ou à Paris. Je n'ai consenti
ni à l'un ni à l'autre La principale raison que le
général Gastanos a mise en avant pour être entré en France était la connaissance qu'il avait que les Autrichiens voulaient se porter jusqu'aux Pyrénées et qu'on craignait des mouvemens en leur faveur en Catalogne et en Navarre, et une lettre du général Blanchi qui l'engageait à se porter sur le canal du Midi pour s'y mettre en communication avec lui *. » Gette lettre marque la conclusion de ce grave incident. Les Espagnols, après avoir tenté d'échapper à l'exécution de la parole donnée par leur général, se décidèrent à se mettre en route pour leur pays, et, dans les premiers jours de septembre, il n'en restait plus un seul sur le territoire français. Les espérances •de la faction ultra-royaliste du Midi étaient définitivement anéanties.