‹ La terreur dans le royaume de NaplesChapitre 10 sur 21 · PROCLAMATION · texte numérisé non relu

PROCLAMATION

a La liberté est un fruit exquis; mais il ne se cueille point parmi les épines qui l’entourent , sans accepter de grands et cruels sacrifices. Apprêtez-vous, armez-vous et unissezvous immédiatement aux légions sacrées de la vengeance , dès qu'elles paraîtront dans votre pays L’heure de la justice, celle qui nous mettra en possession de nos droits imprescriptibles sonnera bientôt. Que les bons se produisent immédiatement et à visage découvert, avec leurs équipages de guerre , et qu'ils se placent à la suite des membres loyaux de la sainte légion. Les militaires de toutes les armes , les employés de toutes les administrations , seront immédiatement fusillés s'ils osent montrer la moindre hésitation; mais si, au contraire, ils emploient les moyens en leur pouvoir pour faire ressortir notre grand dessein , on les récompensera justement et généreusement de leurs services.

« Nos intelligences s’étendent dans tout le royaume. Nous avons échangé nos correspondances avec les patriotes d’Italie, de France, d’Espagne et d’Angleterre; nous accomplirons nos desseins par un accord universel, et notre fer vengeur terrassera pour toujours le despotisme. Le grand architecte de l’univers n’a point été sourd aux plaintes de tant d’opprimés; la lumière se montre déjà; nous touchons au moment de la manifestation de nos desseins. Que le cri: Aux armes l s’élève en même temps que

SS

cejui de la revendication de nos droUs. — Demandons la Constitution de 1820. — Aux armes ! aux armes 1 Le Ciel est fotigué de voir des Souverains et des ministres parjures ! ! ! — Aux armes ! aux armes ! !! Et pour que tous les gouvernements provisoires établis dans chaque localité puissent agir avec ensemble, jusqu’à la réunion d’un parlemeqt national constituant , voici les règles que nous avons sanc- ‘

tionnées et qui sont acceptées universellement.

a Art. 2. Sera déclaré ennemi public, et comme tel fusillé, tout ecclésiastique qui, abusant de son ministère sacré, invitera le peuple à supporter l’esclavage, ou qui, de quelque manière , le dissuadera de prendre les armes pour réclamer la Constitution de 1820, jurée solennellement par le roi, les évéques, l’armée, par toute la nation, et qui n’en a pas moins été abolie par les armes allemandes, par suite de la trahison d’un roi parjure, de quelques députés et de généraux infâmes.

O Art. 3. Sera pareillement déclaré ennemi public , et comme .tel fusillé, tout capitaine, officier subalterne, sousofficier et toute personne ayant un commandement, qui ne se décidera pas immédiatement à soutenir la légio|t sacrée et ne s’efforcera pas d’arrêter l’effusion du sang des citoyens »

Tout le reste est dicté par un esprit non moins conservateur. Monsieur ; me direz-vous que cette proclamation est imaginaire? Est-elle sortie du cerveau de la police , comme les bulletins criminels d’un comité révolutionnaire qui, naguère, à Paris, lui attribuait l’honneur de ses productions?

J’avoue, en lisant cette pièce , que je me rends

difficilement compte de vos sympathies pour les membres de VUnità italiana. 11 est vrai que s’ils étaient jamais parvenus à renverser le Gouvernement et à ASSASSINER leur roi , l’Angleterre serait arrivée assez facilement à s’établir en Sicile , d’où la vigilance de Ferdinand ne paraît pas devoir lui laisser mettre de sitôt le pied.

. Votre méprise sur la secte de l’ Unità me rappelle celle de votre ami lord Palmerston, qui, invité à s’expliquer sur le nombre considérable de fusils et de canons qui, après être sortis de la tour de Londres, s’étaient retrouvés en Sicile, répondait : Ce ne peut être que par suite d’une méprise ! Oh ! qu’il est déplorable que les hommes d’État de l’Angleterre se méprennent si souvent!

. Eh bien! Monsieur Gladstone, vous vous êtes mépris sur la setta l’Unità italiana de la même, façon que les canons qui se sont dirigés sur la Sicile au lieu d’aller partout ailleurs. Je ne puis m’empêcher d’admirer la candeur qui vous fait écrire que les sectaires de Y Unità sont aussi cotiser^ vateurs que vous. Leur seul tort serait d’être constitutionnels ! Vous les dites opposés à toute mesure violente. Mais conciliez donc. Monsieur, les exploits des héros du poignard , qui désolent en ce moment l’Italie, avec cette prétendue modération?

Si vous aviez étudié moins légèrement la ques-

tion que vous prétendez exposer à lord Aberdeen, vous auriez pu avoir connaissance d’une autre pièce que je veux vous communiquer.

Le nommé Marotto a fait à l’autorité, le 12 juin 1849, des révélations qui ont fait découvrir le lieu de réunion, à Naples, de la Société \' Unité. Ces indications ayant amené une visite dans l’imprimerie du nommé Romeo, on saisit un grand nombre de proclamations et autres documents , entre autres la pièce suivante, qui se trouve à la suite d’un catéchisme à l’usage des sectaires :

LE GRAND CONSEU. DE l’ UNITÉ ITALIENNE,

« Aux unitaires de la province de Naples,

- , , Salut et Liberté !

. R L’Italie marche dans sa voie ; encore Uti peu de temps et elle arrivera. Hâtez-vous , ô Frères ! et ne perdez pas l’occasion. Voyez Venise et la Sicile , terres de sainte liberté ! Voyez la Toscane et le Piémont, qui ont juré de constituer l’Unité italienne et de chasser le cruel Allemand qui a porté la mort et la dévastation dans la Lombardie. Vous seuls, ô Frères ! vous seuls restez en arrière. Il est vrai que vous avez ce tigre de bogrbon qui vous déchire les membres et qui boit votre sang, cet hypocrite, ce fourbe, ce grand scélérat de Ferdinand (scelerulissimo). Mais n’étes-vous point des Italiens, vous? N’avez- vous point un boicnard ! Personne de vous ne sacrifiera donc sa vie pour 24 millions de Frères? Un homme seul, un seul coup de pointe (punta) donnerait la liberté à l’Italie, fera changer la face de l’Europe! Et per-

sonne ne voudrait acquérir cette belle gloire ! [bella glorial)

a Travaillez dans les ténèbres, et quand vous montrerez à la lumière les fruits de votre labeur , faites-vous admirer au monde , qui vous gloriGera. Imitez Venise , la Sicile , Rome, Florence, Turin; montrez que vous aussi vous êtes Italiens ! Frères , nous vou^ attendons ; venez , vous aussi , à la grande confraternité de l'Unité italienne! »

Est-ce assez, Monsieur Gladstone, pour démontrer que la secte de YUnità n’est pas une chimère f Commencez-vous à vous apercevoir qu’il serait assez difficile qu’elle eût pris naissance dans le cerveau de la police et qu’elle eût été baptisée par elle? Reconnaîtrez-vous que les sectaires condamnés par la grande Cour de Naples ne sont pas tout à fait aussi conservateurs que lord Aberdeen ?

Les statuts de VUnità italiana nous ont fait connaître son organisation et ses moyens d’action ; les pièces imprimées, saisies chez ses membres, nous ont révélé ses doctrines ; les événements du 15 mai et du 16 septembre ne laissent aucun doute sur son but et la manière dont elle entend appliquer ses principes.

Les proclamations audacieuses et criminelles dont j’ai fait passer sous vos yeux des extraits avaient averti le pays du danger qui le menaçait. Le peuple napolitain tout entier bénissait le génie tutélaire qui veillait à la tranquillité publique et la main qui avait assez de fermeté pour la maintenir. L®s

membres de YVnità, loin de se laisser déconcerter par les investigations et les premières découvertes de l’autorité, n’en poursuivaient pas moins la réalisation de leurs projets infâmes, avec un aveu? glement sans exemple et une rare obstination.

Je puis ajouter qu’avant le complot du 16, les sectaires voulurent profiter de la cérémonie qui , le 8 septembre, devait amener le Roi au milieu de son peuple et de ses troupes , pour faire de nouvelles tentatives criminelles.^ La Société épiait et cherchait à mettre à profit toutes les circonstauces qui pouvaient favoriser ses desseins.

Dans la matinée du jour où le Roi allait se montrer au peuple ' , la proclamation suivante était répandue par les soins des agents de l’f/nitq ;

« Citoyens honnêtes,

a On joint le mépris à l’insulte, à la trahison, au parjure. Quelques centaines de vagabonds, habillés en bourgeois, payés par le véritable parti du désordre, feront une démonstration en faveur du Bourbon , pour lequel ont péri tant d’innocentes victimes. Aujourd’hui on foulera avec joie cette terre fumante encore du sang de citoyens innocents. Une faction bénira ce jour où tant de victimes souffrent dans les cachots. Peuple ! supporteras-tu cette insulte ?

< On célèbre à Naples, le 8 septembre, la PartUa di Piedigntta^ fête militaire votive, instituée par le roi Charles III. Cette fête a toujours été observée religieusement par ses descendants. Ferdinand II met le plus grand soin à la rcqdre chaque année plus pieuse et pins éclatante. Eu 1819, les troupes qui défilèrent devant le Roi, à l’occasion de cette solennité , s'élevaient à vingt-cinq mille hommes d'infitnterie et de cavalerie. ’

Dieu nous est témoin que tu peux encore te venger, malgré ces milliers de baïonnettes. Le jour de la vengeance appro* che ! Les troupes ne sont point contre toi , à l’exception de ces Suisses mercenaires qui seront détruits par ta fureur. Peuple, aujourd’hui, ce ne sont ni la patrie , ni la justice, ni l’honneur qui t’appellent à concourir à une démonstration ridicule et à une fête injuste ; tu te porteras dans les mes éloignées J tu te montreras fier de tes droits, etc., etc.

O Mort aux parjures! mort aux Jésuites!

Ces proclamations , vous ne pouvez l’ignorer, Monsieur, émanaient du comité central de la Société qui, sous ta présidence d’Agresti, dirigeait le mouvement révolutionnaire. Le comité avait pour secrétaire Settembrini; Carlo Poerio et Pironti, dont je vais m’occuper, étaient au nombre de ses membres.

Les pièces de ce mémorable procès, dont il est à regretter, Monsieur Gladstone, que vous n’ayez pris qu’une connaissance si superficielle, instruiront quiconque prendra la. peine de les étudier, que les conservateurs napolitains dont vous avez entrepris l’apologie avaient organisé , au mois de juillet

1849, UX COMITÉ DES CHEVALIERS DU POIGNARD (pu-

gnalatori). Les premières victimes de ses vengeances, désignées au fer homicide, étaient le chevalier Longobardi, ministre ; le préfet, le directeur de la police, le commandeur Peccheneda, le président de la Cour criminelle, etc., etc. Ce projet ' d’assassinat, soumis à l’approbation d’Àgresti , de

tH

Settembrini et de Pironti, emprisonnés à Sainte- Marie , avait été approuvé par ces hommes que vous avez la témérité d’absoudre de tout crime. Leur adhésion est constatée par des lettres trouvées chez Lorrenzo, Villua , Francesco , Ântonetti et Giordano. Est-ce assez?

Les preuves abondent, Monsieur ; leur nombre et leur coïncidence ne permettent pas de les mettre sur le dos de la police , et l’on sait même que ce fut un nommé Margherita qui avait reçu la mission toute confidentielle de trouver des personnes capables de commettre des assassinats, moyennant une forte rémunération 1

Je m’arrête , Monsieur, sur le chapitre des desseins criminels de la secte, mais je vous engage à vous procurer la Decisione délia Gran Carte speciali di Napoli, et vous y trouverez les ' preuves matérielles de tous les faits que j’avance, .corroborées des circonstances et des pièces justificatives dans le détail desquelles les limites d’une lettre ne me permettent pas d’entrer.

La seita nous est connue. Voyons maintenant si ses affiliés sont dignes d’elle. Je passe irtr. •■‘U ... i'r'v

.* 'a Jü. CONDAMNÉS. — '

'jf-

Je vais, suivant la méthode que j’ai adoptée, vous laisser exprimer votre opinion sur chacun

des héros dont vous entretenez lord Aberdeen, dont vous citez les noms avec éloge. Ma tâche se bornera à compléter les informations que vous donnez sur eux. Ce complément biographique suffira, si je ne me trompe, pour faire ressortir les principes et le caractère d’hommes dont le sort me touche non moins vivement que vous, biais qui ne sauraient imputer qu’à eux-mêmes le rude châtiment par lequel ils expient leurs fautes.

Vous vous étendez surtout avec complaisance sur

Page 1