LES PRISONS, LES CACHOTS ET LE RÉGIME DES PRISONNIERS
Les reproches généraux , Monsieur , que vous adressez au régime pénitentiaire du royaume de Naples ont des traits frappants de ressemblance avec ceux que vous avez fait peser sur la police et la magistrature du pays ; c’est logique.
Après avoir dénoncé la police qui déjoue leurs complots et les magistrats qui, protecteurs de l’ordre et des lois, refusent d’admettre leur innocence, les révolutionnaires napolitains, comme leurs frères de France , récriminent avec amertume contre les prisons dans lesquelles on les enferme et qu’ils trouvent d'une habitation moins commode, moins agréable que les résidences où ils jouissaient, avant leur condamnation , de tous les charmes de la vie.
A entendre certains écrivains humanitaires, les prisons devraient être de confortables hôtels où les invalides du crime rencontreraient toutes les attentions offertes, par la patrie reconnaissante, aux citoyens généreux qui ont consacré leur vie à sa défense, et qui lui ont donné jusqu’à leur sang. Cette prétention est vraiment dérisoire, même quand il est question de prisonniers politiques. -
Je dis même , ne devrais-je pas dire surtout ? Au milieu du désordre moral qui pèse sur les esprits ou qui les bouleverse , il semble que les délits ou crimes politiques ne soient ni des crimes , ni des délits, La société punit de mort ou envoie finir ses jours dans un bagne celui de ses membres qui , par un sentiment de haine ou de convoitise , ôte la vie à son semblable ; et l’homme qui excite les unes contre les autres les classes de la société, qui attise les passions les plus violentes , qui pousse à
la révolte, qui donne le signal d’une insurrection, pourrait commettre ces forfaits sans rien perdre de la beauté et de la pureté de son caractère !
Je vous avoue , Monsieur, que cette manière de juger le eonspirateur et l’insurgé dénote un progrès contre lequel se révolte mon intelligence. Tout attentat contre la société — que les révolutions mettent en péril — me paraît avoir, au point de vue de l.a criminalité , des proportions gigantesques que ne saurait jamais atteindre un crime dirigé contre les personnes. Un assassinat prive la société d’un membre , tandis que l’insurrection , dernier argument des conspirateurs, les lui enlève par centaines et par milliers. Les proportions du crime grandissent avec le nombre des victimes, avec la ruine , avec le désespoir des familles , et toutes les ressources de la justice humaine me paraissent impuissantes à proportionner le châtiment à la culpabilité !
Nos insurgés de juin. Monsieur, seraient-ils purs à vos yeux des milliers de victimes qui ont succombé dans ces sanglantes journées? Comment les révolutionnaires napolitains ne seraient-ils pas responsables du sang versé le 1 5 mai ? En vertu de quelle loi morale les conspirateurs de VUnità italiana n’auraieiit-ils pas à rendre compte à la société alarmée du projet qu’ils entretenaient de
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mettre le pays à feu et à sang pour arriver à la réalisation de leurs rêves politiques?
Je m'étonne qu’un homme d’État, élevé dans les principes conservateurs , se laisse entraîner par le torrent d’idées stupides qui^ont cours sous l’étiquette d’idées progressives. Quel progrès que celui qui confond le crime avec la vertu, qui, satisfait de flétrir l’assassin vulgaire , emlte l’assassinat politique, qui, enfin, demande sa justification au poignard , comme les chevaliers d’autrefois la demandaient à leur épée !
Je devais , avant d’entrer dans l’examen de vos griefs, vous rappeler ces principes élémentaires que les codes n’ont peut-être pas assez respectés , et qui s’effacent tous les jours davantage sous le niveau humanitaire qu’une certaine philosophie passe sur les sociétés modernes.
Dans votre esprit , les condamnés napolitains n’ont pas cessé d’être des gentlemen ; dans le mien, ils se trouvent bien au-dessous de la condition morale de leurs compagnons d’infortune qui soulèvent le plus d’horreur et de dégoût.
Passons à ce que vous avez à nous révéler sur les prisons de Naples ct le régime auquel elles sont soumises :
« Je dois dire pourquoi j'ai cherché à pénétrer dans ces lieux. Je ne fus paâ poussé par une vainc curiosité , mais par l'idée du devoir qui m’était imposé d’etre, autant que
possible , témoin oculaire dos faits, avant de tenter aucune démarche. C’est encore un devoir pour moi d’affirmer que ces malheureux ne sont, en aucune façon, responsables de la visite que je leur ai faite dans leur'triste demeure, qu’ils n’y ont contribué en rien, pas plus qu'à tout ce que j’ai pu dire ou faire avant ou après cette visite. Et si ce que j’ai fait dans le but d’arriver à connaître la vérité pouvait contribuer h aggraver la sitnation d’hommes innocents, ce serait une nouvelle preuve de l’odieuse tendance qu’a la tyrannie, comme tous les autres fléaux , à se multiplier et à se reproduire elle-même. » (Page 43.)
Ces lignes, Monsieur, me prouvent que le gouvernement napolitain, qui connaissait les sentiments dont vous étiez animé à son égard, est loin d’être si arbitraire et si intraitable que vous le prétendez. Vous vous trouviez, à Naples, dans un cercle composé des étrangers et des nationaux les , plus hostiles au Gouvernement ; vous exprimiez tout haut vos opinions ; et cependant le joui* où, désireux de pouvoir dire que vous aviez vu quelque chose des horreurs dont vous vous proposiez de parler, vous vous adressez à l’autorité, elle vous accorde ce que vous lui demandez. Désirez-vous voir les prisons ? On vous les ouvre. Avez-vous envie de vous entretenir avec le condamné Poerio î On vous donne accès jusqu’à lui.
Cette condescendance de l’autorité napolitaine me fait supposer assez naturellement deux choses : la première, c’est que les prisons que vous avez été autorisé à visiter ressemblent aux prisons du reste
de l’Europe ; la seconde, c’est que le gouvernement napolitain n’a rien à redouter des révélations de Carlo Poerio, attendu que tout ce qui le concerne s’est passé au grand jour de la publicité. Telle est l’impression qu’a produite sur moi ce préambule , et je suis charmé de pouvoir vous apprendre qu’elle a été partagée par un grand nombre de personnes qui ont lu avec impartialité votre travail.
Quels sont les faits que vous précisez comme les ayant vus?
« Examinons , dites-vous , comment sont traités les délentts durant la terrible période qui s’écoule entre leur arrestation mygale et leur procès illégal ?
« Les prisons de Naples , tout le monde le sait , sont le comble de l'horreur et de la malpropreté. J’en ai vu quelque chose, mais pas le pire. Voici, Milord, ce que j’ai vu. Les médecins officiels ne vont pas visiter les prisonniers malades, mais ces derniers, des hommes ayant jiresgue la mort sur la figure, se traînent jusqu’aux médecins sur les escaliers de ce charnier delà Vicaria, parce que les parties basses de ce palais de ténèbres sont si immondes et si repoussantes, qu’aucun médecin ne voudrait gagner son pain en y entrant.
« Quant à la nourriture , je dois dire un mot du pain que j’ai vu. Quoique noir et commun au dernier degré, il éln.it sain On m’a asscré {as 1 was assured) que la soupe est si nauséabonde , que l’excès de la faim peut seul faire surmonter la répugnance de la nature. » (Fage 15.)
Je m’arrête pour vous faire observer que le pain
> La Presse a supprime ce passage.
que vous ava vu était sain et de bonne qualité; mais, dès que vous parlez sur un on dit, la soupe devient nauséabonde. Je suis convaincu qu’elle l’eût été moins si vous aviez pu la goûter. Toujours est-il que, sur ce point encore, comme sur tant d’autres , vous n’avez pas vu ce que vous signalez de révoltant, de hideuv, de nauséabonde.
Quant à la visite des médecins, il est évident que vous vous êtes fait illusion sur l’état de santé des prisonniers que vous avez vus monter et descendre les escaliers do la Yicaria , et je suis d’ailleurs convaincu que les détenus eux-mêmes n’étaient pas précisément fâchés de se rendre à la visite des médecins au lieu de la recevoir. Vous continuez;
« La innljjroprati est bestiale. A part la nuit , les cma ployés n’enirciil jamais dans les salles. Ou s’est moqué a de moi parce que je lisais queUpics règlements ariichés a sur les murs. L'un de cçs règlements concernait la vi.sile a des médecins aux malades. J'ai vu cependant des hommes a ayanl im pied dans la tombe qui visitaient les médecins a au lieu d’élre visités par eux '. » (Page l.>.)
* Les plaintes que les amis des prUontiiers fout entendre sont absolmneut les mêmes en France qu*à Naples. læ journal la BépuàUque repr<Hluisnit à peu près vos paroles en parlant, U y a peu de jours, de la pristm de HeUe-IsIe. Voici ce t|uc je trouve dans son nunicro du 15 r
« On n’a pas oublié avec quel siipcTbc' dédain les réclamations dès
* « détenus de BcUc-Islc furent repoussées par l’ordre du jour du 31
* « mai. On a\ait pourtant promis qu’on s’occuperait d’améliorer leur « position, qui s'a}r{?ra\c de jour en jour; car de noinbrcusts lettres « nous sip-nalelit des faits leUeinent odieux que nous refuserions « d'y croire, si les cris de douleur sortis des prisons ne nous don
Vous ne faites que répéter le reproche adressé aux médecins quelques lignes plus haut. Si vous aviez jamais visité d’autres pr isons, vous auriez des points de comparaison qui vous manquent pour apprécier la malpropreté des maisons de détention napolitaines. Si les prisons de Naples ne sont pas plus propres, êtes-vous bien sur que la faute en est au Gouvernement et non pas aux condamnés euxmêmes ? Des prisons sont moins bien tenues que les riantes villas de l’Angleterre ; mais le Gouvernement peut-il être responsable des négligences de détail de quelques employés qui, d’après vous, violeraient les règlements donnés par l’autorité î Vos exagérations méritent d’autant moins de confiance que Ferdinand, depuis le commencement de son règne, s’est attaché d’une manière spéciale à améliorer le régime des prisons du
« liaient pas la triste conviction que les détails qui nous parviennent « sont probablement au-ilessous de la vérité.
« Le 20 juillet dernier, M. Bonlaqc, préfet du Morbihan, venu « pour visiter la -citadelle, n'a pas osé franchir le seuil des cachots, « tant les émanations lui en ont paru fétides et nauséabondes. »
C’est précisément ce que vous dites des médecins de Naples ! Quant à la malpropreté, voici ce qu’ajoute ta République ;
« Une saleté abjecte règne en souveraine. Permancuce du baquet « aux immondices, écnelles à moilié pleines encore de la noiirrifure « dégoûtante il apprèl et maculée par le fait des malheureux qui ru|>- « porleiil, cl, pour comble, faute d’ustensiles, les détenus miuigent <( à pleines mains. »
Il est question, Monsieur, des mêmes détenus qui s'insurgeaient naguère contre le directeur de la prison, parce (ju’on leur avait servi du bœufù la nwde trois fois dans une semaine.
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royaume, et je sais que les désirs du Roi ont été efficacement secondés par l’administration.
Je suis loin de prétendre que les prisons de Naples ne sont plus susceptibles d’aucune amélioration ; mais, dites-moi, Monsieur, quel est le pays de l’Europe où le régime des prisons ne préoccupe pas le gouvernement et les hommes spéciaux?
Quelle question présente des difficultés plus complexes à résoudre? Vous ne tenez compte, Monsieur, ni de ce que le Gouvernement a déjà fait, ni de ce qu’il est disposé à faire, ni des obstacles que rencontre la réalisation de ses desseins. Voilà pourtant comment vous avez vu, quand vous avez réellement vu ce dont vous nous parlez !
Les détenus, leurs familles et leurs amis ont, en ce qui regarde l’observation des règlements , une garantie que vous passez sous silence et qui infirme vos reproches. C’est qu’à Naples, comme à Rome, des associations charitables, composées d’hommes distingués, pris dans les classes élevées de la société, veillent au bien-être des prisonniers. Les délégués de ces associations visitent les détenus, inspectent les salles, s’assurent de la bonne qualité des aliments, s’informent des soins donnés aux malades et les interrogent. La vigilance de la charité ne permettrait pas que les règlements fussent violés au détriment des condamnés. D'ailleurs, vous admettez que les détenus ont le règlement
sous les yeux. Si les directeurs des prisons n’en tenaient aucun compte, ils commenceraient par le laisser ignorer à leurs hôtes. De ce que les règlements sont affichés, je conelus qu’ils sont nécessairement observés.
Mais, avant de poursuivre, un mot sur la prison elle-même, un mot sur ce chantier qui porte le nom de Vicaria.
Si vous aviez été moins étranger à l’histoire des monuments de, Naples, vous n’auriez pas ignoré que cette maison est une ancienne habitation royale. A l’époque où l’Espagne avait à Naples un Vice-roi, ce palais fut bâti en vue de cette destination, et c’est pourquoi il porte le nom de Vice-Re. Les vice-rois espagnols ont habité ce charmer, fort agréablement situé près de la porte de Capoue, au grahd air et au soleil. Un témoin oculaire en parle en ces termes :
« J’ai visité cette prison un grand nombre de « fois, et jamais je n’ai entendu parler, et jamais « je n’y ai vu de cachots souterrains. Je ne pense « paa qu’il y ait dans une partie quelconque de a l’Europe une prison qui offre extérieurement « des signes plus visibles de salubrité et de cono fort'.» Et Cependant vous prétendez, Mbnsieut, que Pironti a été enfermé à la Vicaria, « dans un I cachot de huit pieds carrés, au-dessous du sol,
< Moc Furlane, page 14.
sans autre lumière que celle qui y pénétrait par un trou pratiqué au haut du mur, et qui ne permettait pas de voir'. » Il est vrai que vous ne dites pas aroir visite Pironti dans cette retraite; vous nous rapportez encore un de ces on dit dont nous commençons à connaître l’exactitude. On vous a dit bien autre chose ; car vous ajoutez que Pironti avait dans ce cachot, de huit pieds carrés, deux compagnons qui ne le quittaient pas ! Si vous me disiez avoir vu cela, je n’hésiterais pas à vous croire ; mais depuis que l’inexactitude, l’exagération, la fausseté, 1e ridicule, les contradictions de vos renseignements en ont rendu la source suspecte, je n’ajoute aucune foi à ce que vous n’avez pas vu. Le cachot de Pironti entre dans cette catégorie.
Les journaux, Monsieur, qui ont fait le plus de bruit des vingt mille prisonniers qu’ils vous faisaient compter, nous ont parlé aussi d’un cachot situé A 24 PIEDS AU-DESSOUS DU NIVEAU DE LA MER. H
s’agit du cachot d’Ischia, dans lequel aurait été
* Page 16. Ix* journal X'Ordre, qui, sur cette question, s’est mis à la remorque du Kational, de la P/'€ss& et do la Répulliquef et qui, sans vous avoir lu , n^pète ce que ces feuilles lui ont appris, vous fait MESURER ce cacliot que vous n’avei pas meme visité. Je cite VOf'dre du 15 août :
« Il a visité dans leurs cachots les Hommes frappés par ces condamnations iniques ; il a pesé leurs clmines ; il a mesuré l'étroit espace dans lo(|uel ils sont confinés. » Que pensez-vous dil zèle de vos commentateurs ?
plongé le baron Porcari. Visitons ensemble cette demeure souterraine, et tâchons de préciser ce qu’elle est en réalité. Je cite votre Lettre :
« J’ai appris un autre cas que je crois pouvoir « rapporter avec certitude, quoique la connais- « sauce que j’en ai ne soit pas tout à fait la même « que celle du dernier dont j’ai parlé (celui de « Pironti). Quand j’ai quitté Naples, au mois de « février, le baron Porcari était enfermé dans la « prison d’Ischia. 11 était accusé d’avoir pris part « à l’insurrection de la Calabre et attendait d’être « jugé. Le cachot d’Ischia est sans lumière, à 24 « pieds ou palmes {je ne suis pas sûr de la me- « sure) au-dessous du niveau de la mer. 11 ne lui « est permis de quitter ce réduit ni le jour ni la « nuit , et personne n’est autorisé à le visiter, « excepté sa femme — une fois par quinzaine ' 1 » Le point d’exclamation est de vous ; mais à quoi se réduit cette description ? Vous dites d’abord que vous douiez de l’exactitude des détails , que vous ne tenez pas d’une source aussi sûre que ceux relatifs au cachot de Pironti, dont vous ne parlez déjà que par ouï dire. Puis, vous n’êles pas sûr si le cachot est à vingt-quatre pieds ou palmes audessous du niveau de la mer '.
• Page 17.
* Cotte description rappelle les plaintes de la Presse qui reprochait naguère au Gouvernement de laisser pouirir M. Proiullion à la Con-
Croyez-moi, Monsieur Gladstone, le cachot dans lequel le baron de Porcari a été enterré doit ressembler beaucoup à ceux de l’ancienne habitation du vice-roi, qui n’ont jamais existé.
Je veux bien convenir avec vous d’une chose.
J’admettrai comme exact, comme vrai, tout ce que vous me direz avoir vu ; mais je rejetterai ce que vous-même me présenterez comme douteux. Avezvous visité le cachot d’Ischiaî Non. Avez-vous vu Porcari dans cette cave sans jour, à vingt-quatre pieds sous le niveau de la mer ? Pas davantage. J’attendrai que vous ayez vu, vérifié par vousmême les détails que vous donnez à lord Aberdeen,
ciergcric où, disait-eüe, U était « enterré dans un cac/u>t. » Mcmami, M. Eugène Veuillot, a réituU cette exagération à scs proportions véritables. Je le cite :
U Au mois trAvril 1849 M. Proudhon a été condamné à trois ans « de prison.
« Personne n’ignore dans le monde politique à quoi se réduisent les « rigueurs de l’emprisonnement auquel cet écrivain est soumis.
« M. Proudhon fait des articles de journaux et des livres ; le Goutt vernement, qui a eu l’attention de le loger de manière à ce qu'il « put écrire tout à son aise , lui permet, en outre, de faire impriiner « ses travaux. Et il a raison, car si M. Proudhon attaque un peu le « pouvoir , il attaque beaucoup les socialistes.
« M. Proudhon n’est pas seulement libre d’écrire, il est libre aussi (( de sortir f et c'est une permission dont il a le bon esprit d’user très U largement.
« La Pre^A’e sait tout cela mieux que personne. En conséquence , « elle disait dernièrement que M. Proudhon pourrissait sur la paille « dos prisons, et elle dit aujourd’hui q\i’il est enterré dans un eau chot. » [Univers du 7 août.)
Quant aux cachots de la Conciergerie, voici ce que nous apprend un inspecteur général des prisons, M. Moreau-Christophe , dans un ouvrage intitulé : de VÊtat actuel des prisons en France :
« Dans le conrs du mois de décembre 1832, deux honorables dépu*
avant d’y ajouter foi. Je soupçonne que ce cachot d’Ischia est aussi profond et aussi sombre que ceux de notre Conciergerie. Si M'"‘> la baronne de Porcari y descendait visiter son mari, il me paraît assez difficile d’admettre que cette habitation fût privée de toute lumière. Peut-on supposer davantage que le Gouvernement eût consenti à ce qu’une femme visitât son mari dans une pareille retraite? Les détails de votre récit sont contradictoires ; comment n’en avez-vous pas saisi l’invraisemblance ?
Je reviens à ce dont vous avez été témoin; qu’avez-vous vu encore î
Des hommes condamnés aux fers et portant la
B tés de 1 opposition, MM. de Voyer d'Argenson cl Cormenin, ayant « lu dans un journal que le jeune G. de Sainl-G., accusé, à cette époo que , d'avoir tiré sur le Roi le coup de pistolet du Pont-Royal, était o plongé dans un horrible cachot , à vingt-cinq pieds sous terre’ avec « des fers aui pieds et aux mains, etc., etc., se rendirent cn’toute B hâte à la Conciergerie, et demandèrent au directeur à visiter la B prison. Après avoir parcouru les guichets, les parloirs, les préaux a et les cellules du rci-de-chaiissée : — Faites-nous voir maintenant B les cachots, dirent les deux députés. — Donnez-vous la peine de B monter. Messieurs, reprit le directeur. — Mais ce sont les cachots B que nous voulons voir. — Alors, Messieurs, donnez-vous la peine a de monter; les cachots sont au premier étage. — Comment! au B premier étage?... Et ils moulèrent, en se regardant tout étonnés, B jusqu'au cachot du sieur G. de Saint-G., qu'ils trouvèrent lisant la B Tribuneet fumant un cigare , auprès d'un bon poêle , fort sainement B logé dans une chambre parquetée, et libre de ses pieds comme de .B ses mains » (P. 139.)
B Le cachot de la reine Marie-Antoinette et celui de la princesse a Elisabeth sont les seuls vestiges qui restent des anciens cachots de a la Conciergerie. Il n'y a plus de cachots è proprement parler dans « cette prison. J'insiste sur ce point, parce que l'esprit de parti ou l’ia gnorance des lieux s’obstine à croire, ou, du moins, à dire le cona traire. » (W., p. 140.)
chaîne que traînent les forçats de Brest et de Toulon. Cette chaîne est fixée au condamne de la même manière dans tous les bagnes. Elle tient à un anneau placé au-dessus de V orteil, tandis que son extrémité supérieure se rattache à une ceinture de cuir au-dessus des hanches; c’està-dire qu’on porte les ceintures dans le bagne au-dessus des hanches! Cette circonstance méritait d’étre constatée.
Vous poussez, Monsieur, une exclamation d’une naïveté bouffonne , quand vous vous écriez que la chaîne des condamnés n'est ôtée ni le jour ni la nuit ! Quel est le bagne où les condamnés ôtent le soir leur chaîne, comme vous ôtez votre caleçon en vous couchant? Cette opération est-elle possible? Si elle était possible, serait-elle prudente? Dans le bagne de Toulon, où se trouvent environ deux mille forçats, je serais curieux de savoir à l’aide de quel système on pourrait enlever le soir toutes les chaînes pour les replacer le matin. La journée et la nuit. Monsieur Gladstone, ne suffiraient pas à la besogne.
Je m’aperçois que vos études ne se sont jamais portées sur le régime pénitentiaire. Visitez les prisons du continent de l’Europe, et vous vous convaincrez que ce qui se passe à Naples se jiratique partout ailleurs.
Avez-vous VH encore quelque chose?
« L’habit des condamnés ordinaires, dont j’ai -vu revêtu l’ancien secrétaire du roi Ferdinand , est composé d’une jaquette en gros drap rouge , de pantalons pareils et d’un bonnet de môme étofl’e. Les pantalons sont presque noirs; ils se boutonnent dans toute leur hauteur, de manière à pouvoir être enlevés le soir sans déranger les chaînes', a
C’est un costume peu élégant et même fort grossier ; il est sans contredit moins confortable que celui des gentlemen de votre nation -, mais on ne met pas les criminels en prison pour les vêtir des plus beaux draps de Manchester. Les habits des condamnés vous inspirent d’autant plus de répulsion qu’ils ressemblent beaucoup, dites-vous, à un drap fabriqué en Angleterre avec ce qu’on appelle la poussière du diable {deviVs dust). Il y a donc, dans votre pays , des malheureux qui ne sont pas mieux vêtus que les forçats de Naples, et qui n’ont cependant aucun crime à se reprocher ?
Vous dites encore :
« Je fus surpris de la douceur avec laquelle ils s’exprimaient sur le compte des misérables par les mains desquels leur sont infligées ces alwminables persécutions ; leur résignation toute chrétienne et la sérénité clémente de leur physionomie étaient admirables. Tous, cependant, souffraient évidemment. J’ai vu la tante de l’un d'eux , jeune homme de 28 ans, pleurer en me parlant des rapides changements qu’elle remarquait sur sa figure. Le ficit est que je lui aurais donné presque le double de son ;\gc. J’avais vu Poerio en novembre , pendant sou procès. A Nisida je ne l’aurais pas reconnu. » (Pages 31 et 32.)
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Votre surprise me dit qu’avant d’avoir visité les prisons deNaples, vous vous imaginiez qu’un homme pouvait passer, du sein de sa famille et de la société, dans un bagne, dont il doit subir le régime sévère, sans éprouver aucune altération de santé et de physionomie ! Mais ce serait supposer que l’on retrouve au bagne tous les agréments du dehors, et que l’on peut y vivre sans modifier ses habitudes ; est-ce possible ? Informez-vous si le phénomène que vous avez observé ne se produit pas chez tous les prisonniers qui passent de l’état libre à la captivité. Vous avez réellement bien envie de critiquer l’autorité napolitaine pour vous armer contre elle de faits si naturels. Non, croyèz-moi. Monsieur Gladstone, le gouvernement de Naples est loin d’être barbare. La lecture de vos Lettres m’a confirmé dans la conviction qu’il pèche beaucoup plus par clémence que par cruauté. J’invoque sur ce point votre propre témoignage. Vous dites, en parlant de Poerio et de l’altération qu’a subie sa santé :
« On lui suggéra de haut lieu que si sa mère , « dont il était l’unique appui , était envoyée au O Roi pour demander sa grâce, ou même s’il l’ini- « plorait lui-même, il pourrait s’en trouver bien. « Il refusa obstinément (page 32) »
* La Presse, flilèle au système dont nous avons déjà donné des échantillons , traduit les mots anglais qui signifient : il refusa obstiné-
Pouvait-on cependant exiger moins de lui ? Le Roi se montra disposé à lui accorder la remise de sa peine, si sa mère ou lui la demandait , et c’est après avoir rapporté cette disposition de clémence que vous ajoutez :
« Je ne puis honnêtement me défendre d’expri- « mer la conviction que l'objet du gouvernement « napolitain , en ce qui concerne Poerio , regardé «c comme dangereux à cause de ses talents , est • d’arriver au même résultat que l’échafaud au- « rait donné, par des moyens plus cruels que « l’échafaud lui-méme, et sans le scandale qu’au- « rait produit l’emploi de l’échafaud (page 32). »
C’était donc pour arriver à ce résultat qu’on suggéra de haut lieu à Poerio de demander sa grâce î Ce qui vous arrive, Monsieur, prouve qu’il est difficile de calomnier sans que la vérité ne parvienne à se faire jour à travers les contradictions.
Vos reproches au gouvernement de Naples au sujet des prisons, des cachots et du régime auquel les prisonniers sont soumis, sont identiques à ceux que le Times et la Presse, encouragés par votre philanthropie, ont adressés au gouvernement de Rome ; ce sont ceux que le National et la République font entendre depuis deux ans sur ce qui se passe à Bclle-lsle, au Monl-Saint-Michel et à
ment, par « un refus constant fut opposé par lui à ces propositions iniuUantes. » C’est ce qu’on appeUe sans doute une traduction libre.
Doullens. Quand ces récriminations ont été por> tées à notre tribune législative, pas un membre de la majorité de l’Assemblée nationale n’a voulu y croire. Tel est aussi le sort réservé à vos plaintes ; malgré le zèle de la propagande révolutionnaire et l’effronterie de ses écrivains , personne ne vous croira ! L’examen et vos contradictions ont renversé tous les faits que vous avez précisés. Quant aux accusations vagues et générales que vous reproduisez sur des on dit ou des témoins anonymes, elles sont stéréotypées depuis longtemps dans tous les journaux révolutionnaires de l’Europe. Le mépris de l’opinion en fait justice.
N’est-il pas fort curieux que l’appel que vous adressez à la civilisation au bénéfîce des prison^ niers napolitains, le journal la République, dont vous connaissez les principes, le fait entendre, dans les mêmes termes , au profit des condamnés de juin. La République s’écrie avec ce sentiment d’indignation qui vous anime :
« Nous ne sommes qu’un faible écho des cris de « détresse qui nous arrivent chaque jour de Belle- « Isie ou d’Afrique. Nous livrons à la publicité les a plaintes des détenus, dans l’espoir que le Gou- « vernement se fera un point d’honneur de soula- « ger d’aussi atroces soulfrances, ou que du moins « il provoquera une enquête sérieuse sur les faits « que nous lui signalons d'après nos correspon-
« dances. La prison politique ne doit pas être « changée en tombeau »
Vous n'avez dit ni moins ni mieux, et vous êtes aussi près de la vérité que le journal la République.
Je termine en ce qui concerne les prisons, en suppléant à une nouvelle lacune des feuilles qui ont traduit vos Lettres. En y regardant de près, le gouvernement de Naples s’humanise , car enfin vous convenez qu’il accorde aux « prisonniers po- « litiques le privilège d’une salle particulière, où « ils sont en commun entre eux (p. 16 ). » Décidément les prisons de Naples ne sont pas encore l’antichambre de l’enfer !
Les griefs relatifs aux cachots , aux prisons , au régime des détenus étaient de la même famille que ceux' examinés précédemment, ils méritaient la naérac Justice.
Jetons un coup d’œil sur