‹ La terreur dans le royaume de NaplesChapitre 18 sur 21 · LE CATÉCHISME DD PARJURE · texte numérisé non relu

LE CATÉCHISME DD PARJURE

Depuis la publication de vosLettres, il n’est pas de jour où je ne trouve dans les journaux de l’An-

gleterre, de la France, de l’ÂHemagne ou de l’Italie, quelque article sur un petit livre fort répandu à Naples, et que vous signalez comme l’écrit le plus détestable que vous ayez jamais vu. Vous dites que ce livre forme « un tout compacte avec la consi- « stance et le complet qui peuvent appartenir à « la fraude, à la fausseté, à l’injustice et à l’irn- « piété. » Ces doctrines « fausses, basses, démo- « ralisantes , quelquefois burlesques , mais plus « souvent horribles , sont enveloppées de phrases « religieuses dans cet abominable livre... 11 y a « là une philosophie systématisée de parjure à « l’usage des monarques. »

Sur votre témoignage et les extraits que vous en donnez, cet écrit a été appelé un Code de parjure, et même le Catéchisme de l’Enfer ! 11 semble que l’exagération n’ait plus de bornes, parce qu’il s’agit ici non plus seulement d’incriminer le Gouvernement, mais de mettre en cause l’Église catholique dans l’enseignement qu’elle donne à la jeunesse. Quel triomphe, en effet, pour l’humanité... et le protestantisme, que de prendre en flagrant délit le clergé napolitain enseignant des doctrines démoralisantes et horribles! Si un membre du clergé de Naples est l’auteur de ce livre, la fraude, la fausseté, Vinjustice et Yimpiété doivent nécessairement y abonder ! Cela ne peut faire l’objet d’un doute; mais examinons ensemble si ce livre e§t

bien réellement une production de l’enfer. Je cite votre préambule :

O J’ai encore une autre source de preuves que je suis obligé d’ouvrir, d’où découlera, de la manière la plus pénible et la plus révoltante, le tableau de l’état, de la continuité et de la parfaite organisation du système que j’ai dû, par devoir, m’efforcer d’exposer et de dénoncer.

U Je n’ai pas besoin de faire observer que , dans le royaume de Naples , la presse et l’éducation publique sont sous le contrôle du Gouvernement, et que, sans entrer dans le détail des exceptions que les conflits intéressés du clergé apportent à cette règle , rien ne s’enseigne et ne s’y imprime qu’avec la sanction et dans l’esprit de ce dernier.

O Je vais citer, en y renvoyant, l’ouvrage le plus singulier et le plus détestable que j’aie jamais vu; il est appelé : Catechismo fllosofico per usa delle scuole inferinri ; il a pour épigraphe : Videle ne quis vos decipiat per philosop/iiam. J’en ai deux éditions ; l'une porte ce quit suit : Napoli, pressa Ra/faele Miranda, largo delle Pigne, n° 60. tS'JO. L’autre fait partie d’une collection appelée : Collezinne di huoni libri a favore délia verità e délia virtù. Napoli , stabilimento tipografieo di à Ferla. Siradi Carbotmri , n" lOi. 1850. Je suis si explicite, parce qu’autrement je pourrais encore exciter un sourire fort raisonnable d’incrédulité. » (Page 50.)

La possession du Catéchisme philosophique vous donne sur moi un précieux avantage. Je vous avoue que je ne connais ni les éditions que vous possédez, ni aucune autre. Je ne puis apprécier le livre que sur vos critiques et vos citations. 11 est bien certain que vous avez eu soin de choisir les pages les plus propres à justifier votre thèse, c’està-dire les passages les plus criminels. En outre, il

est fort difficile d’apprécier un écrit sur des citations données dans une autre langue. Le traducteur, comme le peintre, a de la peine à reproduire les couleurs originales, et quand il est dominé par une idée préconçue, il est bien à craindre qu’il ne donne à la copie des teintes en harmonie avec ses goûts. Ainsi, ma position offre un double désavantage. Je suis réduit à juger sur des citations isolées, et à m’en rapporter à une traduction. Privé d’autres armes, j’accepte celles que vous m’offrez pour le combat. Nous ne devons pas perdre de vue qu’il s’agit d’un abrégé de philosophie à l’usage des écoles primaires. Les principes énoncés devront donc être mis à la portée des jeunes intelligences auxquelles l’auteur s’adresse. L’épigraphe du livre : Videle ne quis vos decipiat per philosophiam, me parait parfaitement adaptée à son but, et je l’accepte comme une recommandation fort sage. Arrivons à son enseignement :

« La doctrine du premier chapitre, dites-vous, est qu’une vraie philosophie doit être enseignée actuellement à la jeunesse pour contrebalancer la fausse philosophie des libéraux , qui est professée par certains hommes vicieux et méchants, désireux de rendre les autres aussi vicieux et aussi méchants qu’eux. On énumère ensuite les caractères auxquels on peut reconnaître ces philosophes libéraux, dont l’un est « la désapprobation des actes vigoureux des autorités légitimes. » Ils produisent, enseigne-t-on, toutes sortes de maux , et principalement l’éternelle damnation des âmes. Alors l’élève demande avec une grande simpli-

cilc 0 s'ils sont tous méchants de la même manière ; b et la réponse est : u Pas du tout , mon enfant , parce que les uns sont d’obstinés trompeurs et les autres de pauvres dupes; mais néanmoins ils suivent la mémo roule, et s’ils ne changent pas de direction , ils arriveront tous au même but » (Pages 50 et 51.)

Vous me permettrez, sans doute, Monsieur, de passer sur le commentaire dont vous accompagnez ces lignes. J’accepte l’analyse que vous en donnez ; mais vos conclusions ne sauraient incriminer l’auteur du Catéchisme. Pourquoi ne précisez'vous pas ce que vous trouvez de démoralisant et d’horrible dans ce chapitre ? Je vous avoue que

' J'apprends que l'on vient de mettre en vente, à Paris, la traduction française des Deux Lettres de M. Gladstone. Je n'ai pas eu le -temps d'examiner ce travail; mais si je juge de son ensemble par une seule page que je viens de lire , il ne saurait donner qu'une idée très-imparfaite de l'écrit du publiciste anglais. Ainsi , par exemple , dans les quelques lignes que je cite ici, le trailucteur commet les erreurs suivantes :

Au lieu d'opposer, comme Tauteur, la tTui'e philosophie à la fausse pliUosophie, il parle sünplement de la philosophie ;

2^ Au lieu de dire : « Qui est professée par cciiains hommes vicieux, n il traduit : Par des hommes certainement vicieux ;

3” Au lieu de dire : « On énumère les marques ou caractères, etc. , » U traduit ; On énumère des passages de ces philosophes ;

4” Au lieu de dire : « Ils arriveront tous au même but , » U traduit : Ils arriveront tous à la même prison ; ce qui voudrait dire que le gouvernement de Naples fait enseigner que tous les libéraux seront tôt ou tard mis en prison! Le traducteur a pris le mot anglais gaol, qui signifie geôle, prison, pour le mot 5^/ dont se sert M. Gladstone , et qui veut dire but, terme, tin. Je n’avais nulle intention de m'occuper de cette traduction, mais il m’a été impossible, en comparant ces quelques lignes au texte , de ne pas signaler ces erreurs grossières aux personnes de bonne fui qui croiraient lire M. Gladstone daiisla traduction qu’on vient de publier de ses Lettres. Toute la brochure parait être traduite avec la même légèreté.

quand je devrais être enveloppé dans l’anathème que vous prononcez contre le clergé qui propage ces principes, je n’hésiterais pas à les accepter.

Le clergé français, Monsieur, n'est pas moins coupable que celui de Naples, car il met, lui aussi, tous ses efforts à combattre les ravages de la fausse philosophie. C’est en vue de se soustraire à son joug qu’il a réclamé si longtemps la liberté d’enseignement ; car, en France , comme dans le royaume de Naples , les propagateurs de la fausse philosophie cherchent à rendre les autres aussi vicieux et aussi méchants çu’eux.Leurs doctrines ont valu à la France les maux qui l’oppressent et dont elle se relève si difficilement. Les calamités temiK)relles ne sont pas les seules qu’une fausse philo-’ Sophie engendre; mais l’Église, qui la combat, s’alarme surtout des maux qu’elle produit dans l’ordre spirituel, et qui entraînent la damnation des âmes. Or, comme la mission de l’Église est de sauver les âmes, un de ses devoirs les plus impérieux est de combattre la fausse philosophie sous tous ses déguisements. Honneur donc au clergé napolitain, qui remplit courageusement son mandat! Honneur aussi au gouvernement chrétien qui seconde ses efforts pour arrêter la propagation de doctrines qui produisent la ruine des États comme la perte des âmes ! La gloire la plus pure et la plus durable que puissent ambitionner l’Église et l’État

serait de réussir à extirper le mal dans sa racine, à purger les États napolitains des mauvaises doctrines qui, sous le nom de philosophie, ont poussé la France sur le bord du précipice, et qui conduiront l’Angleterre où vous ne voudriez pas la voir.

Il est. Monsieur, aux yeux de tous les catholiques, très-orthodoxe de combattre la fausse philosophie dont parle le catéchisme napolitain, et la doctrine du premier chapitre de ce livre me paraît aussi saine et aussi irréprochable qu’elle vous parait abominable.

Que trouvez-vous ensuite de si criminel dans la demande de l’enfant qui interroge son maître pour savoir « si tous ceux qui portent la barbe et des moustaches sont des philosophes libéraux ? » Quand, dans un pays, une secte politique ou religieuse affecte une toilette bizarre ou un costume particulier, n’est-il pas assez naturel qu’un enfant fasse cette question î Est-ce que dans les contrées où les Juifs portent un habillement distinctif, on ne les reconnaît pas à leur barbe et à leur vêtement î Est-ce qu’en France, à une certaine époque, le port de la cocarde n’était pas un signe d’adhésion à la forme du gouvernement établi î Est-ce que nous n’avons pas eu des gilets et des chapeaux révolutionnaires ? Si, en Italie, un parti politique et anti-religieux est convenu, comme signe de ralliement, de porter la barbe et de la tailler de cer-

laine façon , la question de l’enfant n’esl-elle pas des plus naturelles ? D’ailleurs , la réponse du maître doit être sensée et telle qu’on peut l’attendre, car vous ne la reproduisez pas. Vous ajoutez :

« Dans les chapitres suivants , l’élève est introduit dans la vraie nature du pouvoir souverain. L’auteur dénie complètement l’obligation de se soumettre aux lois dans une démocratie , parce que , dit-il , il serait essentiellement absurde que le pouvoir gouvernant résidât dans les gouvernés, et c’est pourquoi Dieu ne le leur donnerait pas. Par conséquent , il n’y aurait pas de pouvoir souverain dans les États-Unis. Ainsi, la doctrine la plus révolutionnaire et la plus anarchique est propagée sous prétexte de loyauté et de religion. » (Page 51.)

Jamais, Monsieur, aucun auteur catholique n’a dit ni pu dire que, dans les démocraties, on ne fût pas tenu de se soumettre au\ lois. Si l’auteur de l'Abrégé philosophique a avancé quelque chose de semblable, il ne l’a fait manifestement qu’en se plaçant dans l’hypothèse d’une démocratie anarchique, c’est-à-dire d’une démocratie où, chaque individu étant souverain , le pouvoir souverain n’existe réellement pas. Or, il y a loin d’une pareille démocratie à la république des États-Unis, qui possède un pouvoir auquel sont soumis tous les citoyens, et dont les lois, par conséquent, sont obligatoires. Mais, si je comprends bien votre analyse, à travers sa construction équivoque, ce n’est pas l’auteur de l’Abrégé qui nie l’obligation de se

soumettre aux lois dans les États démocratiques, c’est vous qui lui attribuez celte négation comme une conséquence de ses principes. Or, cette conséquence est évidemment forcée. L’auteur de l'Abrégé philosophique raisonne en se plaçant dans l’hypothèse d’un gouvernement monarchique héréditaire, et pas du tout dans celle d’une république fédérative. Vos citations me donnent raison ; je les continue :

n Le pouvoir souverain , nous enseignc-l-on , n’est pas seulement divin (assertion sur laquelle je ne querellerai pas l’auteur) , mais il est illimité , non-seulement en fait , mais encore dans sa nature et en raison de son origine divine. Et nous arrivons maintenant à l’objet du livre , en vue duquel les sages Napolitains ont apporté du Ciel cette philosophie pour la mettre au niveau des écoles primaires. Ce pouvoir ne peut nécessairement pas être limité par le peuple, dont le devoir est de lui obéir.

« L’écolier. — Le peuple peut-il établir de lui-même des « lois fondamentales dans un État?

O Le maître. — Non , parce qu'une Constitution ou loi « fondamentale limite nécessairement la souveraineté qui « ne peut être restreinte, bornée que par un acte de sa « propre volonté, sans quoi elle ne constituerait plus le haut a pouvoir souverain, qui a été ordonné par Dieu, pour le a bien de la société. »

« Je continue de traduire , le sujet vaudra bien la peine d’être lu, et l’on verra que les traits de la question napolitaine sont tracés à ne pas se méprendre et justifiés par les abominables doctrines qui y sont inculquées :

« L’écolier. — Si le peuple, en élisant un souverain, lui « imposait de certaines conditions et restrictions , ces con-

« ditions et restrictions formeraient-elles la Constitution a ou la loi fondamentale de l’État?

« Le maître. — Oui, pourvu que le souverain les eût lia hrement acceptées et ratifiées ; autrement non , parce « que le peuple , qui doit obéir et non commander, ne peut n imposer une loi au souverain qui tient sa puissance non « de ses sujets, mais de Dieu.

« L’écolier. — Supposons qu’un prince, en prenant la a souveraineté d’un État, a accepté et ratifié la Constitution a ou loi fondamentale de cet État, et qu’il ait promis uc a JURÉ de l’observer, est-il tenu de remplir cette promesse O et de maintenir cette Constitution, cette loi ?

« Le maître. — 11 y est tenu , pourvu que cela ne ren- « verse pas les bases de la souveraineté et ne s’opposepas a aux intérêts généraux de l’État.

« L’écolier. — Pourquoi pensez-vous qu’un prince n’est « pas tenu d’observer la Constitution, quand elle porte ata teinte aux droits de la souveraineté?

O Le maître. — Nous avons déjà vu que la souveraineté « est le pouvoir suprême, ordonné et constitué par Dieu B dans la société, pour le bien de la société, et ce pouvoir, ■ concédé et rendu nécessaire par Dieu, doit être conservé B entier et inviolable. 11 ne peut être restreint ni affaibli par a l’homme, sans se mettre en conflit avec les lois de sa na- « ture et avec la volonté de Dieu. Chaque fois que le peuple B propose une condition capable d'affaiblir la souveraineté B et chaque fois qu’un prince promet de l’observer, la pro- B position est une absurdité et la promesse devient nulle. B Le prince n’est pas tenu de maintenir une constitution qui B est en opposition avec les commandements de Dieu ; B mais il est obligé de maintenir intact le pouvoir suprême B établi par Dieu et que Dieu lui a confié.

B L’écolier. — Pourquoi considérez-vous que le prince B n’est pas tenu de maintenir la Constitution lorsqu’il a la trouve contraire aux intérêt.? de l’État?

(c Le maître. — Dieu a donné mission au pouvoir su- « prémc de faire le bien de la société. Donc, le premier de- « voir de celui qui en est investi est de procurer ce bien-être « à la société ; or, si la loi fondamentale est trouvée lui être « contraire, et si la promesse faite par le souverain de t'ob- « server l’oblige à soutenir ce qui est nuisible à l’État, la loi « devient nulle et la promesse sans effet. Supposez qu’un « médecin ait promis et jcbk à un malade de le saigner, s’il « devenait ensuite convaincu qu’une telle saignée lui serait « fatale , il est tenu de s’en abstenir, parce qu’au-dessus de « toute promesse et de tout serment, il y a l’obligation, pour « le médecin, de travailler à la cure de son malade. De même, « si le souverain trouve que la loi fondamentale est nuisible « à son peuple, il est tenu de l’annuler, parce qu’en dépit de « toutes promesses , de toutes constitutions, le devoir du « souverain est de veiller au bonheur de son peuple ; en un « mot, UN SEBMEKT UC pcut pas être une obligation de faire « le mal, et, par conséquent, un souverain ne peut pas tt être tenu de faire ce qui serait nuisible à ses sujets. En « outre , le chef de l’Église tient de Dieu le droit de déchar- « ger la conscience d’un serment, quand il juge qu’il y a « pour cela des raisons suffisantes. » (Pages 51 et 52 .)

Je me résigne, Monsieur, à citer longuement et intégralement, car je suis toujours à la recherche (les doctrines .aZ>omma6/es et horribles du Catéchisme philosophique. Si j’abrégeais vos citations, on m’accuserait de fraude. Je continue, à mesure que j’avance, à regretter que vous n’ayez pas précisé ce qui vous révolte dans cet enseignement. Le maître n’a encore fait qu’exposer les prin- 'cipes élémentaires du droit souverain dans un ^ gouvernejnent monarchique.

Je ne vois rien d’applicable à la république américaine ni à la conclusion que vous avez tirée que, d’après ce catéchisme, il ny aurait pas de pouvoir souverain dans les Etats-Unis. L’auteur, ^ qui s’adresse à des enfants, n’a pas à s’occuper des diverses théories gouvernementales ; il leur parle de la monarchie napolitaine et des principes sur lesquels elle repose. Or, l’exposition de ces principes est inattaquable dans la sphère et sur le terrain où se place l’auteur. Pensez-vous, par hasard, que le serment d’accomplir une mauvaise action puisse engager la conscience ? En vertu de quelle loi morale un souverain serait-il tenu de respecter les clauses d’un contrat qu’il n’aurait pas acceptées ? Je suis condamné à vous suivre dans ces détails. Quant au pouvoir du Souverain-Pontife de relever de certains engagements, c’est une question sur laquelle les catholiques n’ont jamais prétendu imposer leur foi aux protestants , pas même aux membres de l’église anglicane qui se croient le plus orthodoxes. Je continue les citations :

« L’écolier. — A qui appartient-il de juger si la Consti- « tution porte atteinte à la souveraineté , et est contraire a au bien-être du peuple t

a Le maître. — C’est le souverain, parce que le haut poua voir prédominant , établi par Dieu dans l’État , réside U en lui en vue du bon ordre et de sa félicité.

a L’écolier. — Mais n’y a-t-il pas danger que le souverain

« puisse violer la Constitution sans juste cause, sous l’illu- « sion de l’erreur ou l’impulsion de la passion?

« Le maitre. — Les erreurs et les passions sont les mao ladies de la race liumaiue; mais les bienfaits de la santé ‘

R ne doivent pas être refusés par crainte de la maladie. »

« Ainsi du reste. Je ne signalerai pas toutes les doctrines fausses, basses, démoralisantes, quelquefois burlesques, mais plus souvent horribles, que j'ai trouvées enveloppées de phrases religieuses dans cet abominable livre ; je n’ai pas voulu simplement soulever une clameur générale et exciter de l’indignation, mais offrir, sans passion, à côté de cette indignation, un tableau clair, distinct, autant que possible, de cet objet si émouvant.

O Je dis que nous avons ici une philosophie systématisée de parjure à l’usage des monarques , parfaitement adaptée aux faits actuels de l’iiistolre napolitaine (durant les trois dernières années et demie) , publiée avec la sanction du gouverncnieut et inculquée par son autorité. Ce gouvernement a le plus beau titre pour proclamer le précepte, puisqu’il s’est montré inaltredans sou application'.»

Je devais, comme vous-même l’avez fait d’ailleurs, traiter la question de la Gonstilution avant de m’occuper du Code du parjure. Or, je crois avoir démontré, par l’évidence des faits, que le Roi Ferdinand n’a pas violé la loi fondamentale, qu’il a cherché au contraire , par tous les moyens, et même après la cruelle expérience du t5 mai, à mettre ses dispositions en vigueur. L’exercice n’en a été suspendu que par le fait des révolutionnaires,

* Le traducteur de M. Gladstone lui fait dire : Us bén^icUons du Cfel f au lieu des bienfaits ou du bonheur de la santé.

* Pages 54 et 54.

lorsque leurs actes criminels ne laissaient plus aucun doute sur l’usage auquel ils espéraient faire servir cette Constitution, que le Roi Ferdinand et ses loyaux sujets espèrent voir un jour en pleine vigueur.

Si donc , comme je l’ai établi, le Souverain n’a pas manqué à son serment, quel besoin avait-il du Catéchisme du parjure? Vous oubliez de nous dire si ce livre abominable n’était pas répandu dans les Ëtats napolitains à une époque où le Roi n’avait pas à y chercher sa justification? Et d’ailleurs, ce livre, que je regrette de ne connaître que par vos citations, destinées à en extraire le venin, ne vous a pas encore fourni un mot qui puisse servir même de prétexte à vos calomnies ! Vous citez ce que vous avez trouvé de plus immoral dans ses pages ; eh bien ! ces citations même sont pures de toute fraude et de toute impiété. Quant à moi, j’applaudis hautement à ses doctrines, et je déplore qu’un écrivain, qui d’ailleurs vous a réfuté d’une manière solide, vous ait donné sur ce point une ombre de raison , en vous disant qu’il s’agissait ici d’uue affaire de prêtres {un affare di preti), à laquelle le Gouvernement est resté étranger'.

J’ignore, Monsieur, si l’autorité napolitaine a réellement sanctionné la propagation de ce livre;

' Mac Farlanc , page 35.

mais je ne suis pas plus disposé à vous livrer les prêtres de Naples que le gouvernement du pays , quand vous les calomniez d’une manière tout aussi indigne et injuste que vos récriminations contre l’autorité temporelle sont dénuées de fon-^ dement.

I^e clergé napolitain, Monsieur, n’est, ni dans ses actes , ni dans son enseignement primaire , le complice d’une politique que vous avez appelée la négation de Dieu érigée en système du gouvernement. Je n’aperçois dans votre récit , dépouillé des erreurs qui y abondent et des exagérations qui en obscurcissent la réalité, autre chose qu’un pouvoir honnête et religieux qui seconde l’action du clergé, en lui laissant la liberté du bien. La conduite du clergé napolitain m’inspire le regret que la fausse philosophie n’ait pas été combattue eu France avec la même liberté et par les mêmes moyens , avant d’avoir pu produire les fruits que nous délectons aujourd’hui. L’auteur du Catéchisme philosophique peut revendiquer son œuvre, et le clergé n’a pas à rougir de la complicité dont vous l’accusez :

« Ce catéchisme, dites-vous, ne jxirte pas le nom de son auteur; on m’a dit qu'il était l’œuvre d’un ecclésiastique que je m’abstiens de nommer, paree que cela n’est pas nécessaire au but que je me propose'; il suffit de dire

* ^^us oubliez sans doute qu'à la page 1 0 de votre première Lettre Vous l’attribuez noniinativemeiii au chanoine Appuzzi.

qu’il est ou qu’il a été à la tête du Comité d’instructioii publique. Il a dédié sa production aux « Souverains , aux « Évêques, à la magistrature , aux maîtres de la jeunesse < -et à tous ceux qui sont bien intentionnés. » Dans l’épltre dédicatoire, il annonce que l’autorité souveraine enjoindra d’enseigner les éléments de la philosophie civile et politique dans toutes les écoles; que cet enseignement aura lieu d’après ce seul ouvrage , afin que la pureté de la doctrine se puisse être altérée; que les instituteurs seront secrètement surveillés pour qu’ils ne négligent pas leurs devoirs , et qu’aucun d’eux n’obtiendra le renouvellement annuel de sa nomination que sur un certificat constatant leur accomplissement ; qu’ainsi « ce livre sera multiplié sous mille a formes , pourra circuler dans toutes les mains , que le a Catéchisme du philosophe amènera le perfectionnement a de la jeunesse et prendra rang dans ses mains après celui O du chrétien. » (Page 54.)

€e sont là , ne vous en déplaise , des garanties en faveur de ce petit livre. S’il n’était pas irréprochable, les prélats auxquels il est dédié en repousseraient les doctrines, car vous devriez ne pas ignorer que les Ëvéques napolitains professent sur le serment et ses obligations , comme sur toutes les questions qui intéressent la conscience, les mêmes principes que les Évêques catholiques d’Angleterre. L’Église n’a pas des théories limitées aux exigences de certains temps et de certains pays ; mais elles sont assez élevées et assez larges pour trouver leur application dans tous les temps et tous les lieux. Les doctrines de l’Église sont en harmonie aussi parfaite avec les lois de l’ordre

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naturel, de l’ordre moral et de l’ordre politique (quel qu’il soit), qu’avec celles de l’ordre surnaturel.

Vous convenez que « l’Église de Naples est pré- « sidée par un Cardinal-Archevêque , homme de « haute naissance , simple dans ses manières et « entièrement dévoué aux fonctions de son sacer- « doce. » (Page 57.) Or, comment expliquerezvous que ce vénérable Archevêque remplit fidèlement les fonctions de son sacerdoce s’il laissait enseigner, dans les écoles, que vous dites placées sous le contrôle du clergé , la fraude, la fausseté, l'injustice et l'impiété? Les archevêques de l’église anglicane peuvent remplir ainsi les fonctions de leur sacerdoce, car le laisser faire a une large part dans leurs attributions ; mais il ne saurait en être ainsi ni à Naples , ni dans aucun pays catholique. Quand l’enseignement de la jeunesse est placé sous le contrôle du clergé, cet enseignement est pur de toute immoralité, même dans les principes élémentaires de la philosophie qu’il propage.

Je vous avoue que ce Catéchisme me parait tout aussi criminel dans ses doctrines que le Roi et le Gouvernement sont barbares dans leurs actes.

Nous avons feuilleté ce petit traité comme nous avions fouillé dans la conduite de l’autorité. L’impiété et l’infamie que vous y voyez ne sont

pas moins imaginaires que les cruautés et les faits de barbarie sur lesquels vous avez appelé l’exécration de l’Europe.

Puisque nous noiïS occupons du clergé , après Yhorrible enseignement des écoles primaires , qu’avez-vous encore à lui reprocher?

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