DES ACCUSÉS DU 15 MAI
Je lis dans la première de vos lettres, page 10 :
« Quand je quittai Naples , on s’attendait à voir « commencer immédiatement un procès (celui du « 15 mai), dans lequel le nombre des accusés est « de quatre à cinq cents. »
Où avez-vous puisé ce renseignement? Votre erreur est la même que dans l’appréciation générale du nombre des prisonniers politiques. Vous dites : quatre à cinq cents , au lieu de dire quarante à cinquante , absolument comme vous nous donniez vingt mille pour deux mille. Un zéro de plus ou de moins !
Un document ofüciel , l’acte de mise en accusation publié par la Gran Corte spéciale di Napoli, prouve que le nombre total des accusés est de 46 seulement.
Vous pouvez vériiier mon assertion, page 28 de VAtto di Accusa nella causa degle i awenimenti politici, del 15 maggio 1848. Le prooureur-géné-
ral y donne les noms, prénoms, professions et domiciles des inculpés.
Cet acte est suivi de pièces justificatives fort instructives, dont la lecture ne peut manquer de rectifîer vos idées sur le caractère des hommes que vous prenez sous votre patronage et dont vous dites :
« Ces quatre à cinq cents prévenus compren- « nent (bien que ce soit une digression) une ou « plusieurs personnes d’un rang élevé , dont les « opinions, dans ce pays, seraient regardées « comme étant plus conservatrices que les vô- « très »
Je suis certain que l’application que vous faites de ces opinions à lord Aberdeen est injurieuse ; mais il faut croire que les principes conservateurs des insurgés de Naples sont conformes aux vôtres, puisque vous le dites. Or, l’acte d’accusation et les pièces qui l'accompagnent démontreront, à qui prendra la peine de les lire, qu’il y a identité parfaite entre les projets des révolutionnaires napolitains et ceux du reste de l’Europe. Si l’insurrection) de Naples avait rencontré une répression moins énergique, vous auriez eu la satisfaction de voir à l’œuvre les hommes que vous glorifiez. Les sanglantes journées de juin auraient pù vous
’ Première leUre, p. 10. ' '
éclairer sur les principes des conservateurs qui soulèvent les pavés cl élèvent des barricades. Aviezvous besoin, pour les connaître, de voir porter les scènes lugubres de la barrière Fontainebleau (à Paris) sur les marches du trône de Ferdinand?
Je reviens au nombre des accusés , Monsieur, et à mon tour je vous demande de nommer les 454 personnes, inconnues du procureur-général de Naples, qui vous ont sans doute autorisé à les faire entrer dans les calculs auxquels vous vous êtes livré pour arriver au chiffre de cinq cents accusés. Convenez, très-honorable Monsieur, que vos deux premières assertions ne sont pas heureuses?
J’aborde votre troisième grief :