DE MOULINS, PRÉSIDENT TRÉSORIER DE FRANCE
Singulière époque que celle que nous étudions dans cette suite de biographies ! Tout s*y trouve, la férocité la plus froide et l'héroïsme le plus sublime. Les plus vils scélérats n*y parlent que de sensibilité , d'humanité, de vertu. C'est au nom de la liberté qu'on vous met sous clef; au nom de la patrie en danger qu'on envoie les généraux à la guillotine ; au nom de la fraternité universelle qu'on vous mitraille. Les honnêtes gens se laissent couper le cou par la canaille sans essayer de se défendre, « moutons bêlants, 3> disait André Ghénier.
Les plus braves passent la frontière et vont protéger sur le Rhin leur père et leur mère qu'on assassine dans leurs maisons en vrais otages. La lie monte à la surface. Les va nu-pieds, les gens tarés s'étalent dans les équipages ou dans des hôtels volés. Les prisons et les cachots sont pour les riches, les gens honorables et honorés. C'est au tour des gendarmes et des magistrats de gravir les marches de réchafaud. Suspect le talent, suspect le nom, suspecte la physionomie. La délation règne ; ils sont deux, l'un espionne l'autre et peut-être réciproquement. Le bourreau même doute de lui. On a fait 93 au profit du peuple, et
c'est le peuple qui est le plus pressuré, emprisonné, maS'^ sacré. Pour un gentilhomme et un prêtre il y a vingt roturiers ; cuisiniers, valets, avocats, cordonniers, paysans, sont hissés ensemble sur la fatale charrette où se trouve quelque duc ou marquis. On fut obligé un beau jour d'ouvrir les prisons aux hommes' des champs ; il n*y avait plus personne pour faire la moisson ; on craignait la famine et ceux qui tuaient les autres voulaient cependant
vivre.
Avec cela il fallait être gai. Allégresse ou prison. Votre
mère agonise dans un cachot ; votre père roule vers la
guillotine ; réjouissez-vous : c'est une tète d'aristocrate qui
tombe, et la patrie est délivrée de ses ennemis. Moulins
organise des réjouissances publiques, surtout la danse ; la
joie était prescrite.
Celui qui ne rit pas mérite qu'on Tempale.
« Vu , disait Fouché à Moulins dans son arrêté du 26 septembre, vu la nécessité de donner au peuple des délassements conformes aux vertus morales, civiques et naturelles qu'il doit pratiquer, il y aura tous les dimanches une fête civique dans laquelle on honorera successivement toutes les vertus <^). Le 19 nivôse (28 janvier 1794), le comité
(1) « Dans les séances précédentes le représentant du peuple a arrêté qu'il y aurait des fêtes civiques tous les dimanches : il a renouvelé les motifs de cet arrêté ; et, considérant que l'éducation est le stimulant le plus actif pour la jeunesse ; que conséquemment il faut employer tous les moyens propres à rendre son âme guerrière et à flatter son cœur, il invite toutes les citoyennes à n'aimer leurs amants qu'autant qu'ils se voueront à la patrie, et qu'ils n'auront pas la lâcheté de se cacher pour éviter la réquisition, c Défiez- « vous, leur dit-il, des serments de fidélité de ceux qui sont parjures € envers la république. » Il arrête, en conséquence, que pour rendre
de Moulins organise les danses pour la décade — manière c d'honorer la vertu. » ^ Elles auront lieu au couvent des AugustinSy de 5 à 9 heures du soir. Plus tard, le 4 pluviôse (23 janvier), elles furent transférées par arrêt aux Minimes, devenus hospice de la vieillesse ; elles restarent cependant aux Augustins, parce que dans la ville, dit le comité, il n'y avait plus de chandelles. Dansait-on sur le cours Voltaire au clair de la lune, au mois de janvier ? <^> Trois jours après, 21 nivôse, il règle les détails : c Les musiciens , qui seront requis à chaque décade pour faire danser nos citoyens et citoyennes, seront ceux dont les noms suivent, savoir : Duclerc, Hollinde et Nielh pour la basse ; Montluçon, fabricant de bas, et Montluçon, cordonnier, Dumassi et son fils, Chenillac et son fils, Perret père et fils, Asselinot, Tantôt fils, Larose, Blin, Artaud, Beldent et Benjamin, pour le violon, ainsi que le nommé
intéressantes ces fêtes civiques, il y aura, tous les dimanches, exercice général des soldats, sous les yeux des citoyens et des citoyennes, où ces dernières encourageront, par leurs applaudissements, ceux qui se montreront les plus adroits. » Et page 43 : « Le représentant du peuple, après quelque^ réflexions philosophiques sur les fêtes de la liberté et après avoir fait sentir d'une manière touchante la nécessité de consacrer à son culte certains jours de chaque mois, arrête, au milieu des plus vifs applaudissements, que les derniers jours de chaque décade seront désormais les seuls jours de repos et de fêtes pour tous les citoyens, et que, dans ces jours on s'attachera principalement à honorer les vertus, les mœurs, le mariage, le travail, les arts, les sciences, la valeur, le courage, le malheur, la vieillesse, » etc. Procès-verbaux des séances.
(1) Si l'éclairage faisait défaut à Moulins, la poudre manquait aussi et à Bourbon-Lancy. I^ 48 pluviôse an II, la société populaire de Bellevue-les-Bains adresse au comité de surveillance de l'Allier une pétition afin d'obtenir de la poudre pour les fêtes civiques. Impossible d'en donner : on n'en a pas pour soi.
Chassein, aveugle ; Thévenin pour le tambourin ; Dugravier, Bouet, Torterat et Savy pour la clarinette ; et deux Allemands prisonniers pour la flûte et le fifre. » Uorchestre est complet. Mais, pour donner plus de pompe et de gravité aux ébats populaires, on les met sous la baute présidence d'un membre du département, un du district, un de la municipalité, un du comité, quatre de la société populaire, revêtus de leur décoration. La garde est augmentée de six hommes. Puis, pour ne pas nuire à ces fêtes chorégraphiques de la nation en liesse, toute danse particulière est formellement interdite, les décades. Si Ton veut danser on viendra à la salle commune, sous Tœil vigilant du comité qui surveillera vos entrechats.
Tout alla bien ; les musiciens jouaient, buvaient, étaient payés. Le 11 germinal (21 mars 1794), « les musiciens de différents genres », qui ont joué plusieurs jours de fête civique, réclament 129 livres. Le comité examine la pétition, la trouve juste, « puisqu'elle tend à satisfaire la félicité publique », et alloue la somme demandée. Le 11 floréal (30 avril), même délibération, même arrêté, même soin de la félicité publique : « Les citoyens musiciens de tous genres entrent pour demander le salaire qui leur est dû pour avoir joué des instruments, le jour de la décade d'hier, ainsi qu'il est d'usage^ pour l'amusement du public. Le comité, ^considérant qu'il est toujours avantageux de faire le bonheur du peuple par un délassement honnête, les jours de repos et de fêtes civiques, arrête qu'il sera délivré aux dits musiciens la somme de 66 livres. »
Tous les dix jours, la scène se renouvelle. En outre le 24 germinal (13 avril), on accorde 50 francs au citoyen qui a balayé la salle de danse et fourni du vin aux musiciens depuis que les bals sont institués. Le comité était généreux. Pourtant on se relâcha.
Le 21 fructidor (7 septembre 1794), a sur l'observation fiadte par un membre que les musiciens ne se rendent sur le cour Voltaire et Le Pelletier qu'à 5 et 6 heures du soir, le public n'avait qu'environ 1 heure pour s'amuser, et que les musiciens ne jouant qu'une heure ou 1 heure 1/2 gagnaient lestement leur argent, et que par là le public était privé du plaisir de se délasser des fatigues de la décade , le comité, considérant que ce ne serait pas remplir les sages mesures prises par le représentant du peuple Fouché, qui a établi les amusements de la danse ; considérant que la pénurie absolue de chandelle dans laquelle cette commune se trouve empêche que les danses ne soient transférées dans la salle de l'hospice des vieillards, arrête qu'à commencer de décadi prochain les musiciens seront invités de se trouver sur le cours aussitôt après la clôture du temple de l'Etre suprême ; que les commissaires de police feront l'appel nominal des musiciens à l'heure cidessus indiquée, et que la municipalité sera prévenue dans le jour des motifs qui ont obligé le comité à prendre cette mesure pour qu'elle puisse l'approuver ou l'improuver. ï) Malheureux citoyens, malheureuses citoyennes, qui ne peuvent danser que jusqu'à la nuit parce que le suif manque pour éclairer leurs pirouettes. On se demande quel amour des entrechats ou des chasses-croisés possédait ainsi les administrateurs, qui pouvaient bien avoir d'autres chats à faire sauter. Manie de toucher à tout. Passion d'amour du public, de faire le bonheur des gens malgré eux ; par dessus tout, instinct de despote, désir de faire sentir son pouvoir : « Sois mon frère ou je te tue. » <*)
(1) La soif d'égalité était si vive qu*il fallait pour Vapaiser l'uniformité même rétrospective. « Le 30 mars, à la société populaire, « un
A Mont-sur-Sioule 9 ci-devant Saint-Pourçain, étaient internés des prisonniers de guerre, qui avaient pour interprète Meyer. Meyer fut dénoncé au comité révolutionnaire de Moulins par Mignot, Chaveron et Charpentier : il avait méconnu Tégalité en faisant des distinctions dans les bals, en marquant de la préférence pour certaines personnes, en les faisant danser de préférence aux sans-culottes. En effet, pourquoi un laideron, mal embouché, serait-il condamné à faire tapisserie ? et pourquoi quelque pauvre fille ayant déjà coiffé Sainte-Catherine, ou quelque petit souillon, n'aurait-il pas le droit au quadrille d'un élégant cavalier ? Meyer avait même osé répondre un jour à la société populaire : « J'entends et prétends faire danser mes prisonniers quand bon et comme il me semblera. » Il fut décrété d'arrestation.
Et ce qu'il y a d'étonnant, c'est que les détenus euxmêmes se livraient à la gaieté et semblaient obéir à la consigne joyeuse du comité qui les tenait en prison. Le couvent des carmélites avait été désigné pour être la prison des laïques, pendant que celui de Sainte-Claire recevait les ecclésiastiques. Il y avait là quatre cents personnes entassées, pêle-mêle ; chapelle, corridors, réfectoire, tout était plein. Les prisonniers au commencement prenaient assez bien leur captivité. L'insouciance, la légèreté n'estelle pas un trait du caractère français I Et puis l'illusion était si grande ! On s'imaginait tant que ce n'était qu'une
membre observe que le buste de Brutus est dans un encadrement, tandis que ceux de Marat et Lepelletier, qui ne sont pas moins chers à la patrie qui les regrette tous les jours, sont accolés au mur, et qu'il y a une sorte d'indécence à les laisser plus longtemps comme des accolites du premier. Après une légère discussion , la société arrête que l'encadrement sera effacé. »
ne pas connaître son nom — a. demande la parole, et, l'ayant obtenue, » prononce un vrai réquisitoire contre... la médecine et les médecins : « Frères et amis, s'écrie-t-il, ouvrez les annales de tous les peuples de l'univers, et vous y verrez que la médecine fut ignorée des Grecs pendant cinq cents ans; vous y verrez qu'elle ne fut connue des Romains, pendant plus de six siècles, que par les plaisanteries qu'ils se permirent sur les hommes qui l'exercèrent ; vous y verrez enfin qu'en général les peuples qui vivent le plus longtemps, sont ceux où cet art, conjectural et si ridiculisé dans tous les temps, n'a point encore établi son funeste empire. Personne n'ignore aujourd'hui, républicains, que la plupart de nos maladies dérivent de l'altération du suc nerveux ; mais hélas ! le médecin le plus habile ne peut malheureusement établir encore que de frivoles conjectures sur la nature de ce fluide , sur le méchanisme qu'emploie le cerveau pour le filtrer et sur la rapidité avec laquelle il est transmis par les nerfe, dans toutes les parties du corps, pour opérer nos sensations. » <*>
(1) L'exorde, précaution oratoire, est à lire : a Je me bornerai à soumettre à votre sagesse et à vos lumières quelques réflexions que j'ai faites depuis longtemps, sur les moyens qui m'ont paru les meilleurs et les plus efficaces pour maintenir la santé dans toute sa vigueur, ou pour la rétablir lorsque malheureusement on Fa perdue, par quelque cause que ce puisse être. Vos moments, républicains, étant trop précieux pour me permettre d*en abuser; vous pressentez sans peine que je ne suivrai point Thistoire de toutes nos maladies, depuis le berceau jusqu'à l'ouverture de la tombe. Etablir et déclamer un petit nombre de vérités élémentaires et de principes incontestables, qui vous mettront à môme d'apprécier l'art de la médecine à sa juste valeur , voilà, républicains, le seul objet que je me propose. Médecins, chirurgiens, apothicaires, et vous tous, officiers dç santé, que j'aime, que j'estime, que j'honore
C'est un cours élémentaire maïs complet : « Je commencerai, républicains, par rappeler à votre souvenir quelques vérités, auxquelles les philosophes les plus célèbres et les médecins vraiment dignes de l'être, se sont également empressés de rendre hommage. La première est que la nature ne fait que des êtres sains et bien portants. La seconde est que cette souveraine de l'univers n'a besoin que de son énergie, pour combattre le mal qui lui est étranger. La troisième, qu'il n'y a point de maladie incurable pour elle, mais qu'elles le sont toutes, ou du moins presque toutes pour nos docteurs, même les plus expérimentés. La quatrième et dernière, que l'art dont il s'agit est mille fois plus pernicieux aux hommes que les maux qu'il prétend guérir. Le corollaire, frères et amis, qui dérive de ces vérités éternelles et fondamentales , c'est que non seulement la médecine est futile en elle-même, mais encore qu'elle est la plus dangereuse de nos connaissances ; puisqu'on ne peut l'acquérir qu'en faisant une foule d'expériences, et que dès lors il est vrai de dire, sans turlupinade et sans sarcasme, que c'est en assassinant les pères qu'un médecin apprend à guérir leurs enfants >
Et plus loin : « vous, qui croiriez la machine animale dégradée si la main d'un des disciples d'Hypocrate n'en remontait à chaque instant les ressorts, apprenez que les médecins les plus célèbres, qui ont fait tant de livres pour
infiniment, peut-être ma franchise austère et naïve va-t-elle vous déplaire ; mais l'amour de mes semblables me l'ordonne ; et c'est au nom de l'humanité, que je me hâte de remplir la tâche qu'elle m'impose. Heureux, mille fois heureux, si je parviens à renverser les autels d'Ësculape, à détromper ses adorateurs et surtout à diminuer le nombre de ses victimes. »
dans ses veines le poison contraire à sa reproduction. Souffrirons-nous plus longtemps dans le sein de notre commune ces femmes qui vendent le plaisir et la mort à la jeunesse inconséquente, aux libertins par habitude ; qui, sans délicatesse, préfèrent d'obtenir à prix d'argent ce qui ne s'obtient que par les soupirs et l'inspiration de l'amour ? Si les suites de cette débauche n'avoient d'autres mouvements que de précipiter dans le tombeau ces hommes vils, comme ces insectes qui expirent après l'instant de la volupté, nous nous dispenserions de nous intéresser à leur ^ existence ; mais ces êtres ne vivent encore que trop longtemps pour disséminer le germe destructeur de l'espèce humaine et empoisonner souvent le sein d'une mère chaste ou d'une fille surprise par toutes les ruses de la séduction. Mais surtout ce qui doit intéresser vos âmes sensibles et républicaines, c'est le tableau affreux que pourroient vous faire les administrateurs des hôpitaux de cette quantité de jeunes défenseurs de la patrie qui expirent sous les myrthes pestiférés de ces infâmes Vénus sans devoir à Mars le sacrifice de leur vie pour le soutien de leur patrie. « Républicains mes collègues, hâtons-nous de veiller à la conservation de l'espèce humaine en mettant les mœurs à l'ordre du jour ; nous avons proscrit l'yvrognerie ; proscrivons également cette volupté honteuse ou plutôt cette lubricité qui assimile l'homme à la brute. En conséquence, je demande qu'il soit enjoint à l'agent militaire de faire faire perquisition dans tous les lieux de débauche, d'arrêter les femmes et filles publiques, de faire également arrêter celles qui courent les promenades pendant la nuit et débauchent les passants ; de les faire traduire à la maison de justice jusqu'à ce qui leur soit assigné un local par les autorités qu'il appartiendra, et d'enjoindre également à
tous propriétaires de maison ou locataires de loger toutes filles prostituées^ à compter de ce jour, sous peine d'être mis en arrestation.
€ La présente proposition mise aux voix est adoptée, et le comité arrête que le contenu en icelle aura son plein et entier effet à compter de ce jour ; qu'il sera publié, imprimé et affiché dans toute l'étendue des communes de ce district avec invitation à leurs agents nationaux d'en poursuivre l'exécution. Signé : Ant. Saulnier, secrétaire. Joach. Burelle, président. :»
Trois jours après, 2 avril, la société populaire reçoit ce grotesque discours, et félicite le comité de Moulins qui, « veillant à la conservation de l'espèce humaine et voulant mettre les mœurs à l'ordre du jour, pour y parvenir, a fait arrêter les femmes et les filles publiques, et celles qui courent les promenades la nuit. Cet arrêté qui a pour but le bien public a été très applaudi. ])
Les communes font de même. A Jaligny, le conseil général, assemblé le 12 ventôse (2 mars 1794), apprend qu'une femme de Bourbon-Lancy ce habite depuis quelque temps notre commune, qu'elle mène une vie irrégulière. Considérant que, dans le moment où la patrie a besoin de défenseurs, il est nécessaire qu'une femme habite avec son mari, à moins qu'il n'y ait incompatibilité entre eux, » arrête qu'on lui demandera compte de son inconduite et des motifs de sa séparation, et qu'elle sera invitée à regagner le domicile conjugal. Le même jour, jugeant que, a: sous un gouvernement républicain, il fallait que les mœurs fussent régénérées ; que la corruption devait faire place à la vertu qui est le soutien d'un gouvernement populaire, et qu'il fallait éloigner tout ce qui pouvait s'en écarter ]», il envoie au chef-lieu une fille, Jeanne M..., qui
n'a cessé depuis un temps infini de mener une vie contraire aux bonnes mœurs », et qui « continuait de se rendre l'exécration des aunnètes gens. "» L'orthographe est, on le voit, égale au style.
Cette austérité de mœurs se traduisait d'une autre manière, la table. La frugalité Spartiate reparaissait. On a vu que les prisonniers étaient réduits au pain, à l'eau, et à la soupe. Les citoyens libres devaient aussi restreindre leurs dépenses et se condamner à la sobriété. Fouché avait réglementé la boulangerie. Il ne devait être fait qu'une sorte de pain, dit pain de l'égalité. Le comité de surveillance avait mission de faire chaque jour l'épreuve de ce pain, de s'assurer si les boulangers en fabriquent <^>. Ce qui n'empêchait pas un de ses membres, Mioche, de dérober au magasin public des sacs de farine pour se fabriquer un pain aristocratique : « Le représentant du peuple,
(1) « Lecture est faite d'une pétition des boulangers de Moulins, tendante : !<> à obtenir des indemnités pour leurs approvisionnements à Etampes pour la ville de Moulins, et pour la fixation du pain à 3 sous la livre ; à demander qu'il leur soit facilité les moyens de s'approvisionner. Le représentant du peuple, après une discussion fort éclairée sur cette matière importante, arrête : 1» que les administrations sont autorisées à donner les indemnités si elles sont dues, et à les refuser si elles sont illégitimes ; 2° que la municipalité de Moulins proportionnera l'indemnité accordée aux boulangers par l'arrêté d'hier, au prix du pain et à celui de l'achat des grains ; dp que le comité de surveillance emploiera les moyens les plus efficaces pour faciliter aux dits boulangers les approvisionnements ; 40 que le comité de surveillance demeure chargé de faire faire les épreuves du pain de l'égalité ; de s'assurer journellement si les boulangers en fabriquent, et s'ils ont fait tous leurs efforts pour se
procurer des grains nécessaires. » Procès-verhaux des séances
publiques tenues par Fouché de Nantes Moulins, imp. Pavy,
in-4«, p. 33.
considérant qu'il faut en imposer à la malveillance par des exemples sévères et qu'il faut enfin que la souveraineté du peuple fasse justice de tous ceux qui la violent et l'outragent, arrête qu'à défaut par les boulangers de se conformer ponctuellement aux lois, aux arrêtés par lui pris et à ceux que prendront les autorités constituées et le comité de surveillance, leurs prévarications seront punies, suivant leur nature plus ou moins grave, par la confiscation de leurs grains, pain, farines et par leur exposition, un jour de marché, pendant quatre heures, surTéchafaud. :»
Fidèle exécuteur de cet arrêté, le comité révolutionnaire, 7 frimaire an II (le 27 novembre 4793), met en prison pour 24 heures l'aubergiste Chrétien et sa femme, chez qui Thierriot a trouvé 48 pains blancs d'une livre. Il décide en outre m que l'un et l'autre feraient le tour de la ville avec un écriteau portant ces mots en gros caractères : affameur DU PEUPLE D, eux qui au contraire donnaient à manger à ceux qui voulaient. Enfin, le boulanger devait les accompagner a dans cette promenade de turpitude. :» La c: promenade de turpitude -» eut lieu. Le souvenir s'en est conservé à Moulins. La tradition ajoute que les deux aubergistes étaient hissés sur des ânes à rebours.
Le il germinal an II, le même comité condamne à l'exposition publique sur l'échafaud, avec l'écriteau affameur DU PEUPLE, Aymard, qui avait vendu du seigle au-dessus du maximum, et après l'exposition le fit mettre en prison.
Une marchande de Moulins, Montillon, obtint du geôlier des Carmélites, Hamon, franche canaille, espion digne de ceux qui l'employaient, la permission de vendre une certaine quantité de sucre aux détenus. Mais le comité révolutionnaire saisit la marchandise, et jeta la marchande en
prison, sous prétexte qu'elle avait voulu vendre au-dessus du maximum. Puis elle fut exposée sur réchafaud, toujours avec récriteau : affameur du peuple. Les détenus, aristocrates et suspects, qu'elle a affamait b... de sucre, étaient donc < du peuple 9, pour les besoins de la cause ! On la promena par la ville. La malheureuse, depuis ce moment, n'osa plus sortir et finit par mourir de chagrin <*).
Ailleurs la municipalité de Chavroche avait « accordé à la veuve Espierre la faculté de faire du pain appelé pincarty pour le public, surtout pour les malades, d Mais voilà que ce pincart — pain quart, originairement pain qui pèse le quart d'une livre — étant un peu moins grossier que le pain d'égalité, était acheté comme une friandise. Le conseil, 19 vendémiaire an III (10 octobre 1794), considérant « que cette entreprise, loin d'être favorable, était funeste à la commune, à cause de la grande consommation qui se faisait du dit pain dans le cabaret seulement de la veuve Espierre, qui, depuis cette époque, attire plusieurs individus que la lâcheté et le fanatisme y entretenaient », lui fait défense, avec menace de confiscation, de vendre de ce « pincart » qui développait ainsi le fanatisme.
Voyez-vous ces horribles sybarites qui mangeaient du « pin cart ! » Quel raffinement de sensualité pour ces puritains de Spartiates (2). Lisons l'arrêté du comité central de
(1) « On exposa cette malheureuse avec Técriteau affameur du peuple. On lui fit parcourir dans ce costume les rues les plus populaires de la ville. i> Cornillon, IV, 8.
(2) J'aurais voulu entendre Tauteur de La révolution en Bourbonnais^ qui s'indigne de voir un prêtre manger de la viande en carême dans un pays où il n'y a pas de légumes, pousser un cri de réprobation contre ces raffinés de paysans et d'ouvriers, ces gourmands du cabaret de la veuve Espierre, ces aristocrates du « pincart », qui ne se contentaient pas du brouet noir, se régalaient de ce qui était à la fois pour eux du pain et de la pidance. Ces malheureux, n'ayant point de pain, mangeaient de la brioche*
surveillance de l'Allier, à la date du 29 ventôse an II (19 mars 1794) : « Le comité, considérant que la fréquentation des cabarets est un sûr moyen de ruiner les ouvriers en dépensant le salaire de leurs journées, avec une profusion sans bornes, et laquelle finit toujours pour apporter le trouble ou la disette dans leur ménage ; considérant que c'est dans ces lieux de rassemblement que des étrangers et insinuateurs de desseins perfides s'emparent souvent des têtes faibles pour, à l'aide d'une prodigalité mal intentionnée, ébranler leur patriotisme, leur rendre suspecte la conduite de leurs magistrats, leur inspirer du mépris pour les lois ; considérant enfin que les disputes journalières qui prennent naissance dans ces lieux sont toujours la suite de l'excès de boisson ; arrête : 1® qu'il est enjoint à tous cabaretiers, aubergistes de cette commune de refuser à boire à tous particuliers qui ont leurs foyers et ménage dans icelle ; que cet abus ne sert qu'à multiplier sans nécessité une consommation de comestibles très précieux dans ce moment de rareté ; que les voyageurs seuls ou pensionnaires, auront le droit de s'alimenter dans les dits lieux ; 2« que faute par les dits aubergistes de se conformer au présent arrêté, les contrevenants seront condamnés à la somme de cent livres pour la première fois et de deux cents livres pour la seconde, avec détention de quinze jours ; les dites amendes applicables moitié au profit des pauvres, l'autre aux dénonciateurs ; 3° que le présent arrêté sera envoyé à la municipalité et au commandant de la garde nationale pour en poursuivre l'exécution; qu'à cet effet il sera fait des patrouilles dans tous les lieux désignés ci-dessus ; et qu'en outre tout particulier pris de vin et rencontré dans les rues sera traduit devant le comité pour y être statué ce qu'il appartiendra et conformément à l'arrêté de Fouché, représentant du peuple. » Pourtant, le 24 germinal (13 avril) on a bien soin d'an-
noncer que c la défense de boire ne s'applique pas aux décades, jour de repos. » Ce jour-là, on pourra donner < à boire à tous indistinctement, mais jusqu'à 9 heures du soir seulement. > Ce jour-là, il n'y a à craindre sans doute ni < les insinuations perfides, » ni « les disputes, i» ni c l'excès de boisson , i ni même « la consommation de comestibles. »
Et Chavroche, le 19 brumaire (9 novembre 1793), « considérant que, quoiqu'il ne soit pas à son pouvoir d'empêcher à tout individu de consommer son revenu et industrie au cabaret, il prendra sur lui de veiller sur le sort d'une jeunesse qui, trop Mble, ne peut éviter le précipice dans lequel son inconduite la conduirait », fait défense d'admettre au cabaret tout individu âgé de moins de 18 ans, depuis 7 heures du matin jusqu'à 8 heures du soir en hiver et en été de 6 à 9. Mais après 9 heures et avant 6 heures I
Jaligny à son tour, le 12 ventôse (2 mars 1794), considérant que € dans les temps où la pénurie de vin se faisait sentir dans notre commune, il était nécessaire d'arrêter les abus qui se commettent journellement dans la consommation qui se fait tous les jours dans les cabarets, arrête que, par la suite, aucun cabaretier marchand de vin ne pourrait donner à boire à aucun particulier domicilié dans cette commune pendant les neuf jours qui suivront chaque décade, et en cas de contravention, ils seront condamnés de payer pour amende six livres, et en cas de récidive vingt hvres. » Les cabaretiers vendront du vin à emporter c pourvu qu'il n'excède pas demi-bouteille par individu. » Peu lucratif alors le métier de mastroquet, devenu de nos jours presque une fonction.
Ces municipalités, c'est un peu leur excuse, ne faisaient que suivre les remarquables exemples donnés par les
^ grandes villes et les représentants du peuple. Fouché était le dieu du jour dans l'Allier. Nous avons vu, page 129 , Romme fixer la ration de pain pour chaque citoyen. Dans le Gers, l'administration centrale arrêtait, le 25 septembre 1793, qu' € il ne sera pas £sLit de pain blanc ]» dans le département, et que l'individu qui en mangera sera regardé et traité « comme une personne suspecte, i^
Par une circulaire du 25 floréal an U (14 mai 1794), « si un citoyen, dit Dartigoeyte, représentant du peuple en mission, se permet d'avoir un pain particulier, différent de celui des cultivateurs et des ouvriers de la commune, je le ferai poursuivre devant les tribunaux, conjointement avec la municipalité, comme étant le premier coupable pour l'avoir toléré... Réduis, s'il est nécessaire, les trois quarts du pain accordé aux citoyens non travailleurs, parce que les muscadins et muscadines ont des ressources et mènent d'ailleurs une vie inerte. » <*>
(1) Le livre de Tarbouriech, Curiosités révolutionnaires du Gers (1892), à qui j'emprunte ces citations, mentionne encore un arrêté du 21 floréal an II (10 mai 1794)^ du représentant du peuple Dartigoeyte qui met en réquisition les citoyens des départements du Gers et de la Haute-Garonne, « chacun pour le travail qu'il pratique ordinairement. » U n'y aura de repos que les jours de décadi. « Les citoyens et citoyennes qui contreviendront aux deux articles cidessus, ne recevront pas de distribution de pain, grains ou farine^ pour le jour qu'ils auront passé dans l'oisiveté. Os seront inscrits sur un tableau intitulé Liste des citoyens fainéants et suspects, i» Dans les communes où, sous prétexte de culte, se font des rassemblements et où les terres sont négligées, les curés et autres prêtres seront responsables. En exécution de cet arrêté, le district de Leetoure invitait, le 7 messidor an II (25 juin 1794), les municipalités à lui envoyer « dans les 24 heures la liste des fainéants qui, au mépris de l'arrêté du représentant du peuple, se sont permis un
Eh bien I aucane de ces mesures si prévoyantes, si sages, si bonnes d'intention, n'empêchait la famine ou n'améliorait les mœurs. Et comment n'être pas dépravé au spectacle qu'on avait sous les yeux ? C'est par l'exemple qu'on rend les hommes probes et purs. La vertu ne se décrète pas. Considérez Fouché qui à Moulins fit tant d'arrêtés pour prescrire la pratique et le culte de toutes les qualités morales. Il fait beau ordonner le pain d'égalité lorsqu'on est devenu millionnaire avec l'argenterie des églises. On est plus sûr d'être écouté quand on ordonne le vol public que lorsqu'on recommande l'honnêteté privée.
Voici la lettre qu'écrivait ce représentant du peuple au comité révolutionnaire de Moulins {Dénonciation ^ page 115) : € Je suis étonné, citoyens, de votre embarras. Il vous manque des fisirines, prenez>en chez les riches aristocrates ; ils en ont. Il vous manque des blés, organisez votre armée révolutionnaire, et mettez sur l'échafaud les fermiers et propriétaires qui seront rebelles aux réquisitions. Il vous manque des logements, emparez- vous des hôtels de vos
repos fanatique et scandaleux, les jours des ci-devant fêtes et dimanches. » Ce « repos fanatique » est une vraie trouvaille. Et ces gens qui réglaient si minutieusement tous les faits et gestes des citoyens, qu'ils proclamaient libres seulement du jour où ils les tyrannisaient, étaient ces mêmes despotes qui proscrivaient les règles monastiques, volontairement acceptées pourtant, comme attentatoires à la dignité d'homme !
A la société populaire d*Auch, dans la séance du li brumaire an II (14 novembre 1793), un membre, Lantrac, « propose qu'on regarde comme contre-révolutionnaire tout homme riche qui épouserait une femme riche, et comme suspecte la fille riche qui n'épouserait pas un bon sans-culotte. » La société populaire de Condom demande que l'assemblée déclare que « le célibat est un crime capital et qu'elle inflige une peine à tous ceux qui s'en rendront coupables. » Moniteur du 4 germinal an II (24 mars 1794), page 743.
détenus ; vous les rendrez à la paix. Il vous manque dès litS) demandez-en aux riches; ils en ont des milliers qui leur sont inutiles. On vous envoie des prisonniers en plus grand nombre que vous n'avez de subsistances à leur offrir ; faites-en la répartition entre vos districts. Ils n'ont pas de casernes ; mais ils ont de vieux châteaux et de bons lits. En un mot, que rien ne vous arrête dans vos mesures ; marchez d'un pas ferme et hardi à la régénération universelle. »
Ces prescriptions, elles furent ponctuellement exécutées. Un de ceux qu'elles atteignaient directement était Pierre de Saintcy. Les Pierre sont originaires de Dienne, paroisse du Nivernais, au canton de Saint-Benin d'Azy. Jean Pierre, habitant Dienne en 1456, eut trois fils, dont deux, Jean, prêtre, et Pierre, sont mentionnés dans une inscription de la fin du xv« siècle en l'église de Dienne ; ce dernier a son épitaphe aussi dans cette église avec le millésime de 1588. Un autre Jean Pierre mourut notaire à Saint-Pierre le Moutier en 1462. Guillaume Pierre, notaire à Decize en 1491, épousa Louise Gobert. Ses descendants deviennent successivement possesseurs des fiefs de Saisy, Dienne, Champrobert, Saintcy, Frasnay le Ravier, Neuvy le Barrois, etc., et s'allient, dès le xvi« siècle, aux d'Anlezy, Ponard, Viry, Courvol, de Bar, LaChassaigne, Maulnoury. Ils portaient : D'azur à la clef d'argent et au bourdon d'or passée en sautoir, accompagnés en chef d'une cloche du second émail et en pointe d'une coquille du troisième, armes qui se voient dans la chapelle seigneuriale de l'église de Saint-Pourçain de Malchère. Au commencement du xvm« siècle, la famille Pierre était divisée en deux branches, celle des seigneurs de Champrobert encore représentée <i>, et celle
(i) Le dernier descendant de cette branche et de la famille fut P. Pierre de Champrobert, qui a publié divers ouvrages : Le comle
condamné à mort comme contre -révolutionnaire, le 11 nivôse an II (31 décembre 1793), par la commission révolutionnaire de Lyon. » L'arrêt de condamnation porte ces simples mots : c Jacques-Pierre, dit Saincy, rentier, cidevant trésorier de France, natif de Moulins, y demeurant. » Les notes envoyées à Lyon ajoutent : a Saincy, ci - devant noble , mauvais riche quoique millionnaire , puant l'aristocratie, beau-père de deux émigrés, n'ayant jamais rien £sdt pour la république. »
Jacques de Saintcy était gentilhomme, c'est vrai : il fut assigné aux assemblées de la noblesse pour les états généraux en 1789. Riche, il l'était, et c'est probablement ce qui causa sa perte. VAncien BourhonnaiSy t. II, au Voyage pUtoresquey p. 71, raconte que : c Cette famille était trèsriche, mais pensait ne l'être pas assez. Celui qui n'a qu'une tonne d'or, disait un des messieurs de Saintcy, ne peut pas faire de brillantes affaires ; celui qui en a deux est* assez à Taise ; celui qui en a trois doit être satisfait. ^ Mais combien en avez-vous donc, lui dit quelqu'un ? — Moi, répondit-il, je suis assez à l'aise, t^
Quand on possède une telle fortune, on est malheureusement, pour des révolutionnaires besogneux, des patriotes faméliques ou des gredins avides, un mauvais riche. De plus, Saintcy ^ puait l'aristocratie », et avait deux gendres émigrés.
On commença par l'imposer. Le 18 mars 1791, on le voit, en même temps que Bardonnet de Gondailly et Conny de La Faye, réclamer auprès du district contre une cote qu'ils ne devaient pas. Puis on lui prit son magnifique hôtel, qu'il avait construit depuis peu. Le comité révolutionnaire de Moulins, 18 pluviôse an II, en fit une prison. Fouché avait décrété que le comité révolutionnaire « pren-
dra telle maison d'émigré qu'il jugera à propos à son établissement^ choisira tel nombre de commis qui lui seront nécessaires, pourvoira à toutes les dépenses sur les taxes des riches égoïstes, et fera exécuter dans tous les départements les mêmes mesures par lui prises, lui donnant à cet effet plein pouvoir et l'invitant expressément à ne se laisser arrêter par aucune considération. » Saintcy n'était pas émigré. Pourtant, le 29 floréal an II (18 mai 1794), le district s'installa dans sa maison et y fit transporter l'argenterie du comité s'élevant à 388 marcs 5 onces. On avait même proposé d'y établir un muséum ; à la séance du 10 germinal, Grimaud fit choisir par la société populaire « l'église ci-devant Sainte-Marie avec les appartements qui la joignent, le reste étant réservé à l'hôpital militaire. »
Puis, le 5 octobre 1793, on imposa Saintcy à 200,000 livres. Il refusa de payer. Le 9 novembre (19 brumaire an II), on le dénonce au comité révolutionnaire comme ayant enfoui son or et son argent. Un mandat d'amener est lancé contre lui. C'est la chasse à l'argent qui commence ; on a l'homme, il faut la chose. Que peut-on faire du propriétaire? Le guillotiner. C'est bien; mais après? On a besoin de ses écus. Les immeubles n'échapperont point. Ce sont biens nationaux. On les mettra en vente, et les acheteurs ne manqueront pas <^>. Mais les pièces de cent sous sont plus difficiles à saisir.
(4) La vente de ses meubles eut lieu le 28 prairial, 11,606 livres ; le 1" messidor, 20,866 livres ; le 2, 1,296 livres ; le 5, 941 livres ; le 28 brumaire an III, 4,5i0 livres ; total, 39,349 livres.
Ses propriétés considérables, situées en majeure partie dans les environs de Saint-Pourçain, furent adjugées : le château de Briaiiles et la réserve, 40,000 livres ; le vignoble des Perelles, 9,100 livres ;
recommander dans la maison d'arrêt à Rougé, son dômestique, de cacher l'or et l'aiigent. Mioche et Sauinier sont aussitôt envoyés près de Rougé. Rougé est parti pour Bosty commune de'Besson. Sans doute il va cacher l'argent. Mioche et Sauinier s'y rendent de grand matin. Dans le jardin, à Bost, ils découvrent au pied d'un espalier un petit baril contenant deux sacs assez grands, un petit sac et un pain de cire. Dans le premier il y a 4,500 livres en écus de six livres ; dans l'autre autant ; le troisième contient 600 livres. Dans le pain étaient enfermés 100 louis en or, une médaille d'or frappée en 1781 pour la naissance du dernier fils du tyran, un cachet en or aux armes, chaînes, clef de montre, etc. Pour récompense de cette capture on alloue 300 livres au dénonciateur, Antoine Rogue, et 50 livres aux gendarmes qui ont fait la trouvaille. Un mandat d'amener est décerné contre Tilly et contre son domestique. Sa femme serait bien mandée aussi ; mais elle est au lit malade ; on ira l'interroger. Le 21, l'argent arrive au comité. On pèse ; 141 marcs (^>.
novembre 1790, baptisé le 2, par Mardllat, desservant, Gilbert de Biotière, boulanger, puis employé d'octroi à Moulins, qui, le 25 août 1816, prit pour femme Marie Aucouturier, âgée de 18 ans, née à Moulins^ le 4 pluviôse an IV, fille de Jean-Baptiste Aucouturier, cordonnier. Leur fils, Biaise-Francisque de Biotière, né à Moulins, rue des Gamaux, 16, le 21 février 1836, a épousé à Paris, le 2 avril 1872, Hélène-Elisa-Marie Dillon, demeurant à Paris, née le 3 novembre 1856, à Newcastle (Angleterre), de Guillaume -Fabrice Dillon et de Jeanne Andersen. Voir un article biographique par M. £. Delague dans les Annales Bourbonnaises^ II, 197.
(1) Voici la version de M. Cornillon, III, 49 : « Malheureusement pour les détrousseurs, toutes ces richesses avaient été mises à l'abri d'un coup de main. Biotière Tilly avait enfoui dans sa propriété de Bost tout ce qu'il avait de plus précieux; aussi lorsqu'on se présente
Qe n'e$t pas tout ; le 21 octobre 1793, c'est-à-dire le 30 du l^^ moiSi Chevalier, membr^e du çQn^ité de surveill^ce de Saint-Pierre le Moutier, et Jarouflet, administrateur de ce district, demandent au coi^ité de Moulins l'arrestation d'André Sinety, marquis de Lurcy-Levis <*), maréchal de