M »■■■■■■ ■ ■ ■ ■- ■■■■ -■■— ...— ..■■■■M ..■■■■■ MM.M.M II
h son doipiciie, on ne trouva que quelques couvert^ d'argent^ des petites cuillers à dessert et à café et d'autres objets de moindre valeur. Toutefois sa cachette ne devait pas tarder à être découverte. Roch étant venu un jour la signaler au comité, Antoine Saulnier et Mioche se transportèrent à Besson avec deux gendarmes. S'adressant au domestique, le nommé Bougé, ils lui firent part de leur mission. Cet homme aussitôt prit une bêche et se dirigea vers le jardin ; là il fit un creux à deux pieds d'un espalier et en sortit un grand bocal — était-ce un bocal? — contenant de mauvais sacs et une boîte fort lourde. Le tout vérifié et compté, fut mis sur un cheval et porté. au siège du comité. Le lendemain, on décloua la boîte et on trouva 16,000 livres en numéraire et un gros piiin de cire dans lequel étaient incrustés des bijoux consistant en un très gros diamant, entouré de plusieurs autres de moindre dimension, une bague garnie de pierres précieuses, une montre et une chaîne en or de belle qualité. » Que de choses dans ce bocal !
(1) Lurcy-le*Sauvage, devenu Liut^y-Levis, depuis qu'avec les terres de Poligny, Champroux et dépendances il avait été, par lettres patentes de Louis XV, en février 1723, transcrites par le P. Anselme, Histoire des grands officiers de la couronne, t. V, p. 470, érigé en duché de Levis pour Charles-Eugène, marquis de Levis, comte de Charlus, avait passé à la famille de Sinety, qui l'avait fait, en août 1770, par lettres patentes, reproduites dans Gourcelles, Histoire des pairs, t. XI, Sinety, p. 25, ériger en marquisat ppur André de Sinety , maréchal de camp , sous-gouverneur du dauphin et des comtes de Provence et d'Artois. André-Marie de Sinety, fils du précédent et de Marie-Anne de Bavenel, possédait alors le marquisat de Lurcy-Levis. Mestre de camp, il fut lieutenant de louveterie du département de l'Allier sous l'empire. A la restauration, il fut nonuné membre du conseil général du département de l'Allier, dont il était le propriétaire le plus imposé. Des trois enfants qu'il eut d'Antoi-
camp, « premier maître d'hôtel du frère du tyran [comte de Provence] et directeur de ses économats, i» L'homme était de bonne prise.
Sinety est prévenu d'avoir pris à Paris, et « conduit à Neureux, municipalité de Neure, et à Levis, municipalité de Lurcy, toute l'argenterie de Monsieur, ci-devant, et d'être suspect et dangereux à raison de sa fortune immense et de ses relations présumées avec les ennemis de la république. » Le comité délègue aussitôt Tortel pour aller, le 3 brumaire prochain (24 octobre), avec 20 hommes, rechercher Sinety et son argenterie. Le 7, Tortel de retour fedt son rapport. Il a trouvé fort peu d'argenterie et seulement 5,500 livres en assignats, qu'il a prises. On les versera à la caisse des impositions. Du reste, aucune correspondance suspecte. Sinety échappa. Mais non Saintcy.
Pierre de Saintcy fut conduit à Lyon, où il périt avec ses compagnons de prison, le 31 décembre 4793. Sa mort n'arrêta pas la chasse. On continua à poursuivre l'argent. Six jours après son assassinat, le 17 nivôse an II (6 janvier 1794), Saint- Aubin, commandant de la garde nationale, vient raconter au comité qu'il sait que son beau-frère sait que « Bonnet, domestique de Saintcy, et Réveillon, marchand de poisson, savent où est l'argent, d On interroge Bonnet ; il avoue. Réveillon a une maison derrière les tanneries ; Laporte et Vidalin s'y rendent, et au bas de l'escalier, on trouve différents objets d'argenterie pesant 280 marcs 13
nette-Louise-Gonstance-Candide de Brancas, deux au moins, André- Louis-Woldemar et Ârmande-Gabrielle, naquirent à Neureux, Tun le 11 juillet 1791, Tautre en 1792. Le premier, colonel de cavalerie, chevalier de Saint-Louis, a continué la filiation. Son fils, Alexandre- André-Marie-Elzéar, a de Marie-Louise-Antoinette de Foucher, quatre enfants.
onces. Immédiatement un mandat d'arrêt est lancé contre Réveillon.
A la séance suivante, un membre expose que Pages, cabaretier, Lhéraud, marchand de bois, et Réveillon fils, tous trois de Lusigny, connaissent où est l'argent de Saintcy. Mandat d'amener. On les questionne. Ils ne savent rien. Mais Réveillon a une autre maison, rue de la Liberté. On y va, on cherche et l'on ne trouve pas l'argent. Les femmes seront peut-être plus faibles : car ce n'est pas assez de 280 marcs d'argenterie, plus de 68 kilogrammes. On envoie quérir la veuve Saintcy et ses filles. Elles répondent qu'elles n'ont point d'argent. « Verd, qui cherchait le moyen de payer ses dettes sans bourse déher, ambitionne l'honneur de faire perquisition dans la maison. i> Il ne trouva rien, c Furieux de sa déconvenue, il retourna au comité l'oreille basse et résolut de se venger. D'abord, il fit consigner chez elles madame de Saintcy et sa fille, madame Poigneux, puis huit jours après, convertir leur habitation en maison de détention. »
Burelle, Saulnier, Verd et Tortel, officier municipal, vont perquisitionner chez la demoiselle Saintcy, ex-religieuse, qui était aveugle. On fouille les tiroirs, on décarelle plusieurs pièces. Résultat, quelques bijoux, une bourse garnie de pièces d'or et 150 livres environ de fil. « Les bijoux et les louis furent remis au comité ; le fil prit une autre destination. Verd en avait sans doute besoin pour son ménage, x^
Enfin ces pauvres femmes, à bout de vexations, fatiguées de tant de tortures, finissent par avouer que l'argent est déposé chez un notaire, nommé Belle, à Paris, rue de la Vieille-Estrapade <*>. L'hôtel Saintcy est à Paris, à l'hôtel du
(1) n doit y avoir une erreur de transcription, ou bien fausse indication ; on ne trouve point de Belle, notaire à Paris, à cette époque ; le seul notaire, dont le nom se rapproche de celui-ci, est Ballet, notaire, rue du Four, au faubourg Saint-Germain.
ci-devapt prince Edouard, rue des Petits^Augustins. Sommées de remettre l'acte du dépôt, eUes refusent. On leur déclare que si d'ici ^u soir elles n'ont pas livré cette pièce, elles seront enfermées dans la maison de justice. Et nous lisons dans toutes les histoires que la question avait été abolie par Louis XVI I
Le 13 janvier (S^ nivôse), sur la dénonciation de Thibaut, on découvre 3,600 livres dans la cheminée de la chambre qu'a occupée Saintcy en prison, plus une malle contenant cinq nappes, trois douzaines de serviettes, deux paires de chaussons et une paire de bas de coton. Les sans-culottes eurent de quoi se nipper.
M>>« de Saintcy, une Chardon, et sa fille restèrent enfermées aux Sainte-Qaire W. Le 25 floréal an II (14 mai 1794), elles demandèrent et obtinrent quelques meubles à leur usage. Deux jours après, se sentant alléchées par cette autorisation, « la veuve Saintcy ]> demande au redoutable comité la permission d'aller fixer sa demeure dans la commune de Riom, chez sa fille, m Le comité, considérant que la pétitionnaire a, toute sa vie, habité la commune de Moulins, qu'elle y a été incarcérée, et qu'il convient qu'elle y reste détenue sous la surveillance des autorités constituées, est d'avis qu'il n'y a lieu de délibérer. »
Pourtant peu après, le 3 prairial (12 mai), il décida que « la Chardon, veuve Pierre Saintcy, et sa fille seraient mises en liberté sous la surveillance des autorités. :» Puis
(1) Sur la liste des parents d'émigrés, le 31 décembre 1797, on lit: « 68, Gabrielle Maulnoury, veuve Saint-Gy, domiciliée à Moulins. » Jean-Jacques de Saintcy avait, en effet, épousé à Saint-Ëtienne de Nevers, le 19 février 1753, Pierrette-Gatherine-Gabrielle de Maulnouiy. Une des filles du guillotiné était madame de Poiseux ; une autre, madame du Prat.
vient thermidor. Il y a explosion de joie, cris de délivrance, et cris de haine, surtout déclamations emphatiques ; en réalité^ beaucoup de paroles et peu d'actes ; phrases sonores en rhonneur de la liberté, indignation verbeuse contre la tyrannie et le crime. La société populaire, d'où étaient parties tant de dénonciations qui étaient des arrêts de mort, est la première à gémir des forfaits qu'elle a provoqués et à pleurer les victimes qu'elle a faites. Elle répond à V Adresse au peuple de la convention : a Représentants... Nous professons tous vos principes. Nous repoussons avec vous la terreur ; elle ne convient qu'à des esclaves. Nous ne voulons que la justice ; elle est l'effroi des méchants. Ils tremblent à leur tour, ces hommes pervers, ces désorganisateurs, ces corrupteurs de la morale publique, qui parlaient sans cesse de vertu et de patrie. Aujourd'hui, nous les voyons à nu, et ils sont hideux comme leurs crimes... » Au bas sont les noms de 455 personnes, parmi lesquelles nous citerons : Libault, Argillet, Blot-Latour, Radot, Taizy, Aujouannet, Reignier, Place, marchand ; Turlin, Piron, Delaire, Fournier-Décora, Lomet, Desfosses, Coste, Duval, Bernard, Bichon jeune, Fallier jeune, Reigneaux, Maine, Guinemant, Mestreaud père et fils, Michel, Parchot, Saulnier, courrier ; Saulnier, orfèvre ; Tortel, Kaindeler, Choquet, Deshommes, Alloncle, Place, orfèvre ; Beraud, Desbouis-Salbrune , Lougnon, Boirot, Michaud, Delaume, Artigaut, Dufour, Bardoux, Turlin, Faullain, Cartier père, Pavy, Modérât, Collas, Béquas, Gervoy, Pierre Berger, Argillet jeune, Gayot, Dutreuil, Thévenet, capitaine.
La brochure qui nous livre ces noms (Moulins, imp. des associés Maine et Guinemant, cours Beaurepaire, ia-4o de 7 pages) contient en outre le discours du a citoyen ArgiUet », prononcé le 21 octobre 4795, « au temple
de la Raison, le décadi trente vendémiaire, et à la société populaire, tridi 3 brumaire, et dont l'impression a été arrêtée à l'unanimité : Rappelez -vous le pillage de vos propriétés par ces hommes qui se disaient révolutionnaires parce que rien n'arrêtait leur audace impie, et qu'une longue impunité semblait leur avoir assuré le droit de la rapine; rappelez- vous enfin la froide insolence de tous ces brigands qui, plus absolus que le monarque le plus despote, ne connaissaient d'autres lois que leur volonté, s'emparaient de tous les pouvoirs pour commettre impunément tous les crimes, et qui, plus barbares que les tyrans les plus féroces dont l'histoire nous ait conservé le souvenir, faisaient murer les cachots pour mieux étouffer les gémissements de leurs victimes, et les dérober au reste de la terre. Je ne finirais pas si j'entrais dans tous les détails des scènes atroces de cet horrible tragédie ; si je vous racontais surtout les persécutions inutiles et les tourments injustes, puisque la loi ne les autorisait pas, dont vos concitoyens ont été accablés dans leurs fers, et sous lesquels plusieurs ont succombé. » Et cela se termine ainsi : « Vive la république ! vive la convention nationale, et périssent tous les intriguants, les fripons, les buveurs de sang, etc. »
Guillerault vient à Moulins pour rassurer un peu les esprits ; et à une séance publique, tenue le 23 floréal an III (12 mai 1795), « dans la ci-devant église des Minimes, à Moulins », il fait entendre des paroles véhémentes, dont le procureur syndic du département demanda et obtint à l'unanimité l'impression. Il s'y élève avec force contre les terroristes <*>, et il flétrit ceux qui à Moulins « arrêtèrent
(1) « Nous ne sommes plus dans ces temps désastreux, où de lâches oppresseurs avaient besoin, pour exécuter leurs volontés tyranniques, d'une armée qui portait partout la mort, le pillage,
Brissoty première victime du 31 mai, ceux-là qui le conduisirent sous le couteau de Tantropophage Dumas. :» Et « cet attentat qui assassinait la représentation nationale..., ce crime, fut l'ouvrage des jacobins, parmi lesquels Brissot n'eut pas l'audace de demeurer après le massacre du 2 septembre dont ils étaient les auteurs immédiats, d II n'a pas de termes assez éloquents pour flétrir m ces monstres qui ont froidement combiné le crime et assassiné vos frères, vos parents et vos amis... ces scélérats qui ont attenté à votre liberté individuelle, qui ont pillé vos maisons, dévasté vos campagnes et ravagé vos propriétés. » Et solennellement il déclare qu'ils seront punis : « vous qui pleurez encore un époux, un père, un ifrère, un ami ! vous dont la convention nationale m'a recommandé d'essuyer les larmes, recevez le serment que je fais, en présence de tous vos concitoyens, de poursuivre les bourreaux de vos familles et les féroces dévastateurs de vos fortunes, jusque dans les entrailles de la terre ; oui je jure,
répouvante et le désespoir ; nous ne sommes plus dans ces temps, où des hommes revêtus de pouvoirs ef&ayants, étaient les oracles de la mort, du brigandage et de la terreur, où par leurs soins les autorites constituées devinrent l'asile de l'ignorance et de la perversité^ où la débauche et le mépris public étaient des titres de recommandation auprès d'eux, où le fils criminel était récompensé, s'il dénonçait son malheureux père, où la fille prostituée insultait avec avantage à la mère vertueuse, où l'instrument de mort, destiné à punir le crime, était permanent sur vos places publiques, où enfin la vertu, les talents et la richesse étaient des titres de proscription qui conduisaient à l'échafaud ; non, citoyens, ces temps d'horreur * ne sont plus. » Discours prononcé à Moulins par le représentant du peuple Guilleraut, le 23 florécil an III. (Moulins, Maine et Guinemant, in -4°, 9 pages), avec cet en-tête : « Liberté. Egalité. Humanité. Justice. »
par les mânes de leurs malheureuses victimes^ de m'attacher à leurs pas, de les poursuivre avec les armes de la loi, quelque part qu'ils cachent leurs crimes et leurs remords^et de ne les abandonner que quand la justice, toujours impassible, toujours lente, mais toujours sévère, aura prononcé sur le sort affreux qui les attend ; déjà une instruction solennelle semble indiquer les traces et les auteurs d'un écrit atroce qui tiendra le premier rang dans les annales du crime ; déjà la convention nationale, qui a frémi d'horreur en entendant le récit de vos malheurs, a fait tout ce qui était en son pouvoir ; elle vous a restitué la fortune de vos parents inanimés. Attendez donc, ô familles aussi respectables qu'à plaindre, tout du soin de la justice; remettez-lui celui de vos vengeances, et comptez sur le zèle infatigable des ministres de la loi, pour la poursuite de vos persécuteurs. » endormeur I
C'est au tour de Boisset. Lui aussi paraît « à la société populaire de Moulins, en présence des citoyens de la même
commune »; il leur crie <*) : er Citoyens de Moulins ,
ouvrez vos cœurs à l'espérance, livrez-vous à la joie; je
(1) « Citoyens, une des plus belles fonctions que puisse remplir le ▼rai républicain, c'est de porter dans l'âme du méchant le flambeau qii doit éclairer ses forfaits, et dans celle de Thomme vertueux, la consolation et Tespoir. Si la sombre terreur a porté ici le deuil et les larmes, je viens avec l'humanité, ma compagne Adèle, y faire renaître la confiance et la félicité. Je viens rendre à la liberté tout son pouvoir et tous ses charmes. Quel fut donc cet horrible système, de cimenter par le sang et le crime l'édifice majestueux de la plus belle révolution du monde ! N'aurions-nous donc chassé, puni les rois, que pour nous voir encore assujettis par des ambitieux ou des bourreaux? N'aurions -nous donc recouvré nos droits que pour les perdre de nouveau?... » (Â Moulins, de l'imprimerie des associés Maine et Guinemant, in-é», 3 pa^es).
viens verser dans vos âmes le baume consolant et restaurateur qui doit vous rappeler à l'existence et l'embellir. C'est au milieu de vous, au milieu du peuple entier que je viens me rendre pour savoir la vérité ; c'est du peuple entier que je veux l'apprendre. Que la crainte cessed'enchaîner vos pensées et vos voix I expliquez- vous, parlez; je suis prêt à vous entendre. Et vous,' victimes innocentes, que l'intrigue et l'ambition entassèrent dans les cachots qui ne sont réservés qu'au crime, venez ; je saurai vous rendre à vos parents, à vos amis, à la patrie. .. y>
Quel dommage que ces bons sentiments soient si mal exprimés ! et' que ces belles phrases aient eu si peu d'effet !