‹ La terreur en Bourbonnais: les victimesChapitre 6 sur 17 · IM · texte numérisé non relu

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Condé. Il fut très-grièvement atteint de deux coups de feu, le 13 août 1796, à l'affaire d'Oberkamelach et fut créé chevalier de Saint-Louis, le 26 septembre 1815. Son frère Marcellin, né en 1777, qui habitait La Goutelle, commune de Saint-Georges de Nigremont, canton de Crocq (Creuse), servit dans Tarmée du prince de Ligne et fut blessé à la jambe au combat de Maskirk (^K

M"« d'Arfeuille fut incarcérée comme épouse et mère d'émigrés. Elle essaya de sauver la fortune de ses enfants, et montra constamment un courage viril ; parfois ses lettres et ses reparties désarmèrent ses persécuteurs. Elle possédait dans le district de Cusset plusieurs propriétés, entre autres le domaine de Grandmaison. Le 3 prairial an III — 22 mai 1795 — on fit à Cusset, devant le représentant du peuple Guilleraut, rapport sur sa pétition « tendante à obtenir : 1° la main levée du séquestre apposé à raison de l'émigration de son mari et de deux de ses enfants, dont le plus âgé avait à peine 14 ans, et l'envoi en possession de toutes ses propriétés ; *3° que le fermier des dits biens soit autorisé à verser entre ses mains, comme secours provisoire, les sommes dont il peut être encore débiteur sur le prix de la ferme, attendu qu'elle est en proie aux besoins les plus urgents, à la charge par

(1 ) La famille Morin ou Mourin d'ArfeuiUe, une des plus anciennes familles de la Marche, encore représentée à Moulins, possède, depuis un temps immémorial, le château d*Arfeuille, dans la Creuse, et remonte par filiation suivie au xni« siècle. Elle porte : D'azur à trois étoiles d'or et à une fleur de lys d'or posée en cosur ; couronne de marquis ; supports deux lions. La Chenaye-Desbois a donné sa généalogie, I, 377-383. Voir aussi le Nobiliaire du diocèse et de la généralité de Limoges, qui, t. I", pages 37 et 496, indique quelques noms.

elle de faire promptement liquider ses droits, ainsi que Tordonne la loi du 9 floréal dernier, et de faire compte à la nation de ce qui doit lui revenir par la suite, toute liquidation opérée. Le représentant du peuple, après avoir pris l'avis de l'administration, et sur la demande du citoyen Rossignol, procureur général syndic provisoire du département de l'Allier, présent à la séance, a accordé la mainlevée provisoire du séquestre établi sur les propriétés de la pétitionnaire, et a étendu cette mesure de bienfaisance sur tous les autres biens des émigrés condamnés ou déportés ; en conséquence, leurs parents compris dans la loi du 9 floréal dernier, sont envoyés en possession des immeubles séquestrés, à la charge néanmoins de fournir caution, de rapporter tout ou partie du produit des dits immeubles, s'il en est ainsi ordonné par la convention nationale, et par eux, se conformant aux dispositions de la loi du dit jour 9 floréal dernier , sinon que le séquestre serait réapposé à leurs frais. »

Mais voici nouvel encombre. L'administration centrale du département de l'Allier, dans la « séance publique du 11 nivôse, an sixième de la république française, une et indivisible » (31 décembre 1797) <*>, arrêtait : « Le séquestre

(1) Vu les articles m et rv de la loi du 6 avril 1792 ; les articles u, ni et IV de la loi du 3 octobre même année ; les articles iv, ix et xix de la loi du 24 avril 1793 ; la loi du 17 frimaire an U ; la loi du 23 nivôse an III ; les articles i*', iv, y, xiii et xiv de la loi du 13 ventôse, même année ; la loi du 26 germinal, même année ; la loi du 9 floréal, même année ; et la loi du 20 floréal an IV ;

Vu aussi la lettre du ministre des finances à Tadministration centrale, sous la date du 8 frimaire an VI ;

Le commissaire du directoire exécutif entendu,

L'administration centrale du département de TAllier,

sera apposé, et il sera rétabli, s'il a été levé, par les commissaires ci-après nommés, sur tous les biens, meubles

et immeubles, situés dans l'étendue du département de

Considérant que la loi du 17 frimaire an H, a ordonné l'établissement du séquestre sur les biens appartenant aux pères et mères qui ont des enfants mineurs émigrés, et encore sur les biens des pères et mères dont les enfants majeurs sont émigrés, jusqu'à ce que les dits pères et mères d^enfants majeurs aient prouvé qu'ils ont agi activement et de tout leur pouvoir pour empêcher l'émigration;

Ck)n8idérant que la loi du 9 floréal an III a déclaré ouvert le partage des biens des pères et mères d'émigrés, aïeux, aïeules, et autres ascendants ou ascendantes, dont des émigrés se trouvent héritiers présomptifis et immédiats comme représentant leur père ou leur mère décèdes, et ce, sans aucune exception, pour être attribué à la nation la part qui est déterminée par la même loi ;

Considérant que le partage, qui était ordonné d'une manière impérative par la loi du 9 floréal an III , est devenu purement facultatif en faveur des parents d'émigrés, suivant les dispositions de la loi du 20 floréal an IV ;

Considérant que, d'après l'article xvm de la loi du 9 floréal, an III, le séquestre apposé sur les biens des parents d'émigrés, ne doit être levé qu'après le partage effectué ;

Considérant que le sens de cet article ayant été mal saisi, les pères et mères et autres ascendants d'émigrés, ont presque tous obtenu la main-levée du séquestre, et ont appliqué à leur profit des fruits qui étaient acquis à la nation ;

Considérant que l'abus que la plupart d'entr'eux ont fait de la jouissance de leurs biens n'est que trop notoire ; qu'ils ont mis les bois en coupe, vendu les bestiaux attachés à l'exploitation des terres, fait des baux frauduleux, regu de grosses sommes d'avance, diverti les efiets mobiliers ; qu'ils ont même aliéné les immeubles, et extorqué ainsi l'argent des hommes peu instruits, et qui ignoraient que ces ventes sont nulles aux yeux des lois ; que par ces manœuvres ils sont parvenus à accaparer le numéraire, l'ont transporté à leurs enfants émigrés, ou s'en sont servis pour soudoyer les agents de la contre-révolution ;

TAllier, et appartenant aux pères, mères d'émigrés, aïeux, aïeules et autres ascendants ou ascendantes, dont des émigrés se trouvent héritiers présomptifs et immédiats.

Gonsidénmt que, s'ils ont demandé le partage voulu par les lois de floréal an m et an IV, ils ont fait en môme temps tous leurs efforts pour le rendre impraticable, ou en empocher l'achèvement, soit en donnant des déclarations incomplètes, soit en ne rapportant pas toutes les pièces qu'ils étaient tenus de fournir, soit en retirant ensuite leurs productions des bureaux de l'administration, soit en contrariant sans raisons les opérations des experts nonunés pour vérifier leurs estimations ;

Considérant qu'U est temps enfin qu'une loi, rendue depuis près de trois ans, reçoive son exécution, et que la nation retire la portion qui lui est assignée dans les biens des pères et mères et autres ascendants d'émigrés ;

Considérant que le ministre des finances, par sa lettre du 8 frimaire dernier , charge l'administration centrale de faire réapposer le séquestre sur les biens de tous ceux des ascendants d'émigrés, qui n'ont pas fait terminer leur partage ;

Considérant que, s'il n'a été décrété aucun mode particulier de séquestre, il parait convenable d'employer celui qui a été fixé précédemment pour la main -mise des biens même des émigrés, aux difi^érences près que commandent les changements apportés par la constitution dans l'organisation des municipalités ;

Considérant que si le corps législatif n'a pas non plus déterminé ce qui doit être laissé aux pères, mères et autres ascendants d'émigrés, lors de l'apposition du séquestre, il est sensible qu'il n'a pas prétendu qu'ils fussent dépouillés des choses qui leur sont d'une absolue nécessité ; qu'il a même chargé les corps administratifs par la loi du 23 nivôse an III, de donner des secours sur les revenus des biens séquestrés ; que l'administration centrale, pour se conformer à l'esprit de justice et d'humanité, qui dirige sans cesse les actes du gouvernement, doit mettre à la disposition de ceux sur qui le séquestre frappera, les choses dont ils ont un besoin journalier et indispensable, en prenant pour base, autant que faire se peut, les dispositions des lois d'octobre 1792, de ventôse et de germinal

comme représentant leurs pères ou leurs mères décédés ; il sera dressé inventaire des meubles et fait désignation des immeubles , le tout en présence de l'agent ou adjoint municipal du lieu de la situation des biens ; et dans les communes qui forment seules une municipalité, en présence d'un membre de l'administration municipale y nommé par la dite administration.

« U9 Les pères et mères, aïeux, aïeules et autres ascendants ou ascendantes d'émigrés, sur qui frappe l'article précédent, sont:

« 27. Anne-Charlotte Dubuisson-Douzon, femme Morin, domiciliée à Feilletin, département de la Creuse. »

La comtesse d'Arfeuille par son énergie put sauver quelques débris de la fortune patrimoniale. C'était beaucoup. L'exil avait préservé son mari et ses fils de la proscription. Son frère, le comte de Douzon, paya pour eux.

A quinze ans, le 12 juin 1751, il était reçu mousquetaire du roi à la deuxième compagnie. C'était commencer de bonne heure l'apprentissage du métier de soldat. Ainsi faisaient du reste la plupart des gentilshommes ; il n'était pas rare de voir des officiers ayant à leur régiment des enfants de 12 ou 13 ans. Gilbert Giraud des Echerolles avait emmené son fils à l'armée âgé de 9 ans, qui à 12 ans avait déjà reçu une balafre à la figure, et il lui avait donné pour camarades une douzaine de cousins du même âge.

an III, qui indiquent les objets qu'on doit laisser aux femmes et aux enfants des émigrés^ sur qui on établit le séquestre ;

Arrête ce qui suit : » Extrait du registre des arrêtés et délibérations de l'administration centrale du département de V Allier ; Moulins, imp.de Joach. Burelle, imprimeur du département, in-4<^ de 16 pages.

« petite troupe pleine de courage qui se jetait harâiment A travers les périls ; tous furent d'honnêtes gens et de braves soldats. » (Voir tome P% page 133). Dès l'enfonce se formaient de cette focon à la discipline austère , aux fotigues corporelles, des oflBciers, peu savants peut-être en mathématiques et en allemand, mais aguerris, rompus aux exercices, robustes aux intempéries, enfonts de troupe dont la carrière unique était la guerre, et la récompense de 40 ans de services une croix de Saint-Louis.

Douzon fut nommé capitaine de dragons, le 8 juin 1758 ; il était lieutenant-colonel le 11 mai 1769, mestre de camp le 20 décembre 1770. D fut fait gouverneur des troupes de la ville de Moulins, le 6 mars 1774, et brigadier général de dragons, le l*'' mars 1780. Après trente ans passés au régiment, il se retira avec la croix de Saint-Louis. Ses capacités , ses services , sa position , son nom attirèrent sur lui les regards. Aux assemblées pour les états généraux, où il était fondé de pouvoirs d'Amable Rollet d'Avaux, seigneur de Gléné, future victime lui aussi de la révolution, de la marquise de Bonneval et des héritiers du comte de Fougières, il joua un rôle important. A la seconde séance, le 17 mars 1789, il fut élu secrétaire au second tour de scrutin. Au premier tour il avait eu le même nombre de voix que Henri Coiffier <*>. C'était là, selon les termes du

(1) Henri Coiffier, d'une maison qui adonné un maréchal de France, Antoine Coiffier, dit Ruzé, marquis d'Effiat, et un grand écuyer, Henri Coiffier , dit Ruzé d'Effiat , marquis de Saint-Mard fvulgo Cinq-Mars), décapité à Lyon en 1642, fils du précédent (Voir le P. Anselme, VII, 492), appartenait à la branche bourbonnaise des seigneurs de La Mothe-Mazurier, et portait : jyazur à 3 coquilles d*or, armes qui éiu xviii« siècle furent parfois, à rimitation de la branche ainée, écartelées de gueules au chevron fascé onde d'argent et d'azur

procès- verbal, une place de confiance, « puisque le secrétaire devait être en quelque manière le coopérateur de M. le président, et chargé de la rédaction de toutes les délibè-

re six pièces, accompagné de trois lionceaux d'or, comme on les voit à Moulins sur lliôtel Moret. Cette branche cadette avait pour auteur Nicolas Coiffier, châtelain de Gannat en 1550, dont le Ûls, Nicolas, seigneur de La Mothe-Mazurier, conseiller du roi, garde des sceaux au présidial de Moulins et maître des requêtes de la reine, eut de Catherine de Laplain Paul, qui succéda à son père comme garde des sceaux, le 4 janvier 1612, et fut remplacé lui-môme, 30 mai 1629, par Remy Carrel. Paul Coifûer, seigneur de La Mothe-Mazurier et de Moret, eut un fils, Jean, assesseur du roi au présidial, marié à Marie Maréchal, fille de Claude Maréchal, médecin à Cusset, dpnt vinrent dix enfants. (Il y a, conseillers au présidial à cette époque : Jean Coiffier, le 14 mars 1644, au lieu de Jean Bardot, nommé en 1623 ; Jean Coiffier, le 5 août 1645, à la place de Pierre Fougerolle, qui l'était depuis le 18 avril 1598 ; Jean- Jacques Coiffier des Nonettes, le 20 jcmvier 1683, au lieu de Jean Coiffier ; il fut remplacé, le 7 septembre 1690, par Pierre Monier ; Jean Coiffier des Nonettes, créé premier chevalier d'honneur à la création de mars 1691^ et remplacé en cette qualité, le 26 janvier 1736, par Pierre de Champfeu).

Des dix enfants de Jean Coiffier et de Marie Maréchal, parmi lesquels cinq filles, dont deux religieuses à Cusset : 1^ Vainéy Martin, mourut à la guerre sans postérité ; 2" Paul, sieur de Lorme, fut procureur du roi au bureau des finances de Moulins, et eut de Marie de Laplain, une fille, mariée, après 1687, à M. de Saint-Aubin, et un fils, qui servit dans un régiment; 3° Jean, enseigne colonel des gardes françaises, puis chevalier d'honneur au présidial de Moulins, en 1726 ; 4« Claude, sieur des Nonettes et de Moret — sans doute le Qaude Coiffier de Moret, dont M. l'abbé Crisson , A Trevol en i682, dans les AnncUes Bourbonnaises, I, 319, et II, 159, a raconté les quereUes qui le firent enfermer à Souvigny — marié à Marie Bécas, morte sans postérité, eut de sa seconde femme, Thérèse de Culant, trois filles et cinq garçons : • Jean, mort au service ; ^ Louis-Michel de Moret, qui épousa Madeleine de La Motte d'Apremont ; « Marc- Antoine ; ' Claude, docteur de Sorbonne (1736) ; • Paul ; f Marie, reli-

rations. » De plus, l'assemblée décida à l'unanimité que le secrétaire serait de droit commissaire pour la rédaction des cahiers. Le président par ancienneté d'abord, puis par élection, était Gharry, marquis des Gouttes <^). Les autres

gieuse carmélite ; 8 Marie, ursuline à Moulins ; * et Ck)ifâer, tous vivants en 1726; 5" Nicolas, sieur du Tillou, capitaine au régiment de La Fère, époux d'Antoinette de Champfeu, dont vinrent deux filles : Marie, non mariée en 1736, une qui mourut carmélite, et deux fils : Louis Coiffier, sieur de Breuil, marié, par contrat du 30 mars 1734, à Marie-Ânne Gayault, fille de Henri et de Marie-Thérèse de La Chaste, et Jean, né et baptisé à Saint-Pierre de Moulins, le 27 août 1748.

(1) U était parent du comte de Douzon. Jeanne du Buysson, petitefille d'André et de Louise de Lingendes, avait été, en 1637, mariée à François de Charry, baron des Gouttes, dont : l» Léon, commandeur de Tordre de Malte et chef d^escadron, 1658-1678 ; 2» Charles-Emile, chevalier de Malte ; 3° Antoine, époux de Silénie Guillaud de La Motte, qui a eu Clément- François de Charry des Gouttes, comte d'Âisnay, baron de Chatelperron, Saint-Léon, Saint-Voir, capitaine de vaisseau, conmiandant des gardes-marine à Rochefort, marié à Marguerite de Saint-Germain d'Apchon, dont : • Léon, enseigne de vaisseau, reçu à Malte en 1736 ; ^ Qément-François, qui figure avec son père sur la cloche de Chatelperron, en 1738. (Voir Gorry de Chaux des Ecures.) — Le 8 messidor an III (26 juin 1795), meurt à Moulins, en son domicile, section de Paris, Àntoine-Aignan-François Charry des Gouttes, propriétaire, âgé de 42 ans. Le 19 mars 1748, est baptisé à Saint-Pierre à Moulins, né le 22 février, André-François, fils de Jean- Antoine de Charry, marquis des Gouttes, capitaine de vaisseau, chevalier de Saint-Louis, et de Charlotte- Françoise de Menou de Charnisay, mariée en 1747 ; il eut une fille Marie-Suzanne. En effet, le 18 août 1770, à Saint-Pierre de Moulins, Louis-Marguerite- Claude de Saucières, marquis de Tenance, lieutenant au régiment d'infanterie du roi, fils d'Antoine-Nicolas de Saucières, marquis de Tenance, baron de Sévigny et de Fontaine- Géry, seigneur de Fley, chevalier de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, et d'Angélique Busson de Bully, demeurant en la paroisse

commissaires nommés furent Henri Goiffier, ïracy, Là Bruyère, Legroing de Treignat, du Myrat, d'Estrée père, Chabannes et Jenzat.

C'est M. de Douzon qui porta au tiers et au clergé la parole au nom d'une députation de son ordre pour annoncer que la noblesse renonçait à ses prérogatives : « Messieurs, dit-il, mon ordre m'a obligé de vous déclarer qu'il entendait faire le sacrifice de tous ses droits et contribuer aux charges publiques, comme les deux autres ordres, sous la réserve qu'il se faisait néanmoins du principal manoir de chacun de ses membres, lequel ne pouvait excéder deux arpents en superficie. » A quoi le curé de Brughat, Pierre Prault, député du clergé, au nom de son ordre, répondit : a Nous avons admiré le vœu général de la noblesse et le désintéressement dont elle vous a fait part. Nous vous annonçons que nous sommes aussi prêts à faire le sacrifice de tous nos droits, et nous croyons devoir le faire sans aucune réserve. »

Le 27 mars, on élut les douze députés de la sénéchaussée de Moulins, trois pour le clergé : Pierre Tridon, curé de Rongères, forcé plus tard de se déporter ; Jean Aury,

et château de Sévigny, diocèse de Langres, épouse Marie- Léonide- Suzanne de Charry des Gouttes, fille de Jean -Antoine de Charry, marquis des Gouttes, chef d'escadron des armées navales, chevalier de Saint-Louis, seigneur-comte d'Aisnay-le-Vieil , baron du Riau, seigneur de Châlel- Perron, Soupaize, La Mothe-Jolivette, Givreuil, La Mothe-Ârchambault et autres terres, et de Charlotte-Françoise de Menou de Charnizay, dame de Ghamizay, Obeterre et Saint - Michel- des-Landes. Voir pour Charry V Armoriai de d'Hozier, reg. I, 125, qui indique Paul de Charri, écuyer, seigneur de Fourrieil, marié en 1709 à Bonne-Françoise Berthier, dont vint François dô Charri.

curé d'Hérisson, qui jura, et François-Xavier Laurent, curé d'HuillauXy évéque constitutionnel de l'Allier ; six pour le tiers : Michelon, procureur du roi à Montmarault <^> ; Berthomier de La Vilette, procureur du roi en la chatellenie de Cérilly C2) ; Lomet, avocat <8) ; Goyard, avocat, conseiller du roi au grenier à sel de Moulins (^) ; Vernin , lieutenant particulier civil et criminel au siège présidial de Moulins, ancien maire, et Lebrun, sieur de La Motte- Ressé, bourgeois de Seuillet (^), au lieu de Giraudet de

(1) Gilbert Michelon, né le 30 août 1740, à Montmarault où il est mort le 4 février 1807, fut élu par 123 yoix sur 213 votants ; plus tard, il fut membre du dûœctoire du district de Montmarault.

(2) Jean-Gilbert Berthomier de La Vilette, né à Vitray (Allier) le 19 mai 1742, fut élu par 122 voix sur 224 votants. A la fin de son mandat, il fut nommé membre du directoire du district de Cérilly.

(3) François Lomet, né le 5 octobre 1726 à Moulins où il est mort le 22 juin 1802, était avocat en parlement à Moulins ; élu par 133 voix

' sur 212 votants, il vota avec la majorité et fut nommé, le 11 floréal an VIII, conseiller général de TAllier.

Je trouve anobli, le 23 décembre 1815, « Lomet, membre du conseil général de l'Allier, » sans autre indication ; et « Lomet, adjudantcommandant, commandeur de la légion d'honneur, baron des Foucaux. » Ailleurs je lis encore, à propos de François Lomet : « Son neveu, baron de Foucaux (1759-1826 ) , fut un savant ingénieur et physicien distingué ; » et je demande : Antoine-François Lomet , l'ingénieur en question, né à Qiâteau-Thierry , était-il neveu de notre député ?

(4) Jean-Joseph Goyard, sieur du Berjoux, né à Moulins le 19 avril 1738, élu député par 124 voix sur 156 votants, fut aussi élu par le département de l'Allier, le 23 vendémiaire an IV, député au conseil des anciens, où il resta jusqu'à Tan VIII.

(5) Léon-Henri-Léonor Lebrun, sieur de La Motte et de Bellecour, bourgeois de Seuillet, né à Jaligny le 12 janvier 1734, fut élu par 58 voix sur 108 votants.

Boudemange, non acceptant. Les trois députés suppléants furent Reignard, procureur du roi en la chatellenie de Montluçon ; Jean-Baptiste Lucas, procureur du roi au grenier à sel à Gannat C^>, et Gilbert Ruet de La Motte, avocat en parlement (S). L'ordre de la noblesse en Bourbonnais choisit au premier tour de scrutin pour la représenter aux états généraux Denis-Michel-Philibert du Buysson, comte de Douzon, seigneur de Montaigu et de Poncenat, brigadier des armées du roi, chevalier de Tordre royal de Saint-Louis, et avec lui Antoine-Louis-Claude Deistutt, comte de Tracy, seigneur de Paray-le-Frésil, colonel commandant du régiment de Penthièvre infanterie, chevalier de Saint-Louis, depuis pair de France, membre de l'institut, auteur de plusieurs ouvrages de philosophie et de grammaire <^ ; puis Henri Goiffier, baron de Breuil,

(1) Dans la brochure contemporaine, Causes et agents des révolutions en France^ à la page 15, je trouve pour le Bourbonnais les noms suivants, avec cette désignation : « X, les plus criminels ; 1, le 2« rang; x,'S^ classe; les insouciants, pusillanimes, imbéciles, n'ont aucune marque : « x Aury, curé ; X Laurent, curé ; 7 Comte de Tracy ; Hegnaud ; Michelon, procureur du roi ; Berlhomier, procureur du roi ; X Lomet, avocat ; Goyard, avocat ; 7 Lucas, procureur du roi ; Vernin, juge ; Lebrun. »

(2) Gilbert Ruet de La Motte, avocat en parlement, fut élu suppléant par 16 voix ; plus tard, il fut élu député à la législative, le 29 août 1791, par 177 voix sur 908 votants ; il mourut le 12 juillet 1792.

(3) Bardoux a écrit sur lui une notice sympathique dans le Bulletin de la société d'émulation de VAUier^ IX, 158. Ajoutons ce détail : le 5 octobre 1793, le comité révolutionnaire de Moulins Fimposa à 100,000 livres, qu'il devait verser dans les trois jours. Le 7 brumaire an II (28 octobre) , il représente qu'il est à Auteuil depuis 18 mois, « victime des aristocrates. » Il abandonne au comité le revenu de ses propriétés de l'Allier. Le comité probablement se

ancien lieutenant des vaisseaux du roi, chevalier dé Saint- Louis, qui émigra <*).

Le député suppléant fut Jean-Frédéric de Chabannes, marquis de La Palice, colonel attaché au régiment des chasseurs de Normandie, chevalier de^la société de Cincinnatus.

Douzon, voyant l'assemblée entrer dans une voie qui lui paraissait funeste, croyant que le mandat reçu de ses

contenta de cela. M. de Tracy allait être guillotiné lorsque arriva le 9 thermidor.

Sénateur en 1800, commandeur de la légion d'honneur en 1804, membre de l'institut et comte de l'empire en 1808, pair de France en 1814, il a donné son nom à une contredanse qu'il avait inventée. De son mariage avec Gilberte- Félicité -Emilie -Louise Durfort de Civrac, il a eu une fille, M™« de La Fayette, et un fils, Victor, marquis de Tracy, né à Paris en 1781, mort à Paray en 1864, colonel en 1814, député en 1822, 1827, 1830 et 18i8, ministre de la marine en 1848-1849, qui, veuf de la veuve du général Letort, épousa Sara Newon qui lui donna une fille, M""* de Mayoncoiirt, dont les deux fils ont relevé le nom de Tracy.

(1) U était né à Moulins, le 6 décembre 1735, de Louis Goiffîer, écuyer, baron de Breuil en la paroisse de Lusigny et seigneur La Faye, et d'Anne-Marie Gayault de Crue ; il avait eu pour parrain son grand-père, Henri Gayault, chevalier, seigneur de Grue, prévôt général de la sénéchaussée du Berry. Il était petit-fils de Nicolas Coiffier, sieur du Tillou, qui avait épousé, le 7 septembre 1736, Antoinette de Champfeu, fille de Jean et d'Anne Dorât, et arrièrepetit -fils de Jean Coiffier, chevalier, seigneur de Moret et des Nonettes, conseiller d'honneur en la sénéchaussée et siège présidial de Moulins, conseiller et procureur général du roi au bureau des finances de la même ville.

On trouve aussi parmi les émigrés : « Coiffier de Moret, officier de dragons, sa femme et son fils, à Moulins » ; ce Coiffier de Verseux et son fils, officiers de carabiniers, à Teneuil, district de Cérilly. »

commettants ne lui permettait pas de la suivre plus loin et ne voulant avoir sa responsabilité dans les désastres qu'il prévoyait, donna sa démission, le 25 juillet. Son collègue, Henri Coiffier, l'imita plus tard, le l®*" décembre <*>. Ils furent remplacés par les suppléants Reignard (2) et Lucas <3). n revint à Moulins ; et les habitants lui prouvèrent qu' € en désertant l'assemblée nationale :e>, selon l'expression du comité révolutionnaire, il n'avait encouru de leur part aucun blâme ; à ce moment encore on pouvait honorer la fidélité aux convictions, et Ton n'estimait pas qu'un roya-

(1) Henri Coiffier avait un neveu, Henri-Louis Coiffier de Verseux, né au château de LAfaye (Allier), le 16 novembre 1770, officier d'infanterie en 1787, qui suivit son père en émigration, rentra en France et fut nommé inspecteur général des études, et créé baron par l'empereur. Il a publié un assez grand nombre d'ouvrages.

Un autre Coiffier, Simon Coiffier de Moret, né à Moulins, le dû mai 1764, officier de dragons, émigra en Allemagne, et fut fait en 1814, chevalier de Saint-Louis, et élu^ le 22 août 1815, député par le collège électoral de l'Allier ; la même année, il fut nommé recteur d'académie à Amiens, où il mourut en 1826. On lui doit V Histoire du Bourbonnais et une foule d'autres ouvrages. Il était cousingermain de Coiffier de Verseux, avec lequel on l'a confondu.

(2) Gaspard Reignard, né à Neuville, le 5 novembre 1752, était procureur du roi en la chatellenie de Montluçon ; élu député suppléant par 17 voix, il fut admis à siéger le 30 octobre à la place de Douzon, et obtint un congé le 24 juin 1790. Le 28 floréal an VIII, il fut nommé président du tribunal civil de Montluçon , fonctions qu'il exerça jusqu'à sa mort, le 17 septembre 1827; il avait été décoré de la légion d'honneur par Louis XVIII.

(3) Jean-Baptiste-Joseph Lucas, né à Taxat-Senat, le 19 mars 1737, mort à Paris, le 15 décembre 1800, procureur du roi au grenier à sel de Gannat , élu suppléant par 16 voix , prit souvent la parole à l'assemblée constituante ; il fut nommé par le sénat conservateur député de l'Allier au corps législatif, le 4 pluviôse an VIII, et mourut à Paris, le 25 décembre 1800.

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liste, un soldat, dût abdiquer ses sentiments parce qu'il allait plaire à d'autres de changer d'idées.

Le 14 novembre 1791, les électeurs donnèrent au député démissionnaire une nouvelle preuve de leur estime ; à la démission de Du Myrat, il eut le même nombre de voix que Lault pour la mairie ; et Lault n'acceptant pas, le comte de Douzon était maire de Moulins, s'il l'eût voulu. Voilà l'homme qu'on déclarait un peu plus tard mauvais citoyen. Maire, il eut peut-être empêché bien des violences et des crimes. Au lieu de Douzon, on eut Delan.

L'ancien constituant, l'ancien gouverneur de Moulins, s'était retiré à la campagne. On avait pris sa maison pour en faire une prison. Il habitait Ciernat, et s'y livrait aux travaux agricoles. Le 27 avril 1793, la municipalité de Ciernat lui délivrait un certificat de civisme ; et le 28, la municipalité de Saint-Gérand Le Puy. Le 30, il demande au directoire du district de Gusset la permission de continuer d'habiter sa maison de Poncenat, en la paroisse de Ciernat, « où sa présence est indispensable pour diriger les travaux qu'il a entrepris, sous la soumission qu'il fait d'y demeurer consigné sous la protection de la loi et de la surveillance des municipalités de Giernat et Saint-Gérand Le Puy, dans l'arrondissement et paroisse de laquelle il se trouve, conformément aux articles 2 et 3 de l'arrêté du département et de se présenter quand il en sera requis. » La requête était modeste : autorisation d'habiter sa demeure <*>. Que répond le district ? « Vu

(1) Le 4 thermidor an II (22 juillet 1794), on raconte au district que du Buysson-Douzon (il y a ici erreur de nom) « vend des fleurs et des pots du jardin de Poncenat, ci-devant château de la commune de Ciernat. » Le comte de Douzon était mort ; et légalement ses fleurs et ses pots de jardin appartenaient à la nation.

aussi le certificat de civisme donné au pétitionnaire par le conseil général de la commune de Ciemat, le 27 de ce mois, attesté par celle de Saint-Gérand Le Puy le 28 du dit mois, et autres pièces y jointes, le directoire arrête : attendu que le pétitionnaire est parent d'émigré , il n*y a lieu à délibérer, sauf à lui à se pourvoir au département pour faire statuer, s'il y a lieu, sur l'exception proposée. » On aurait pu, pour augmenter un peu la valeur du refus, ajouter que le pétitionnaire avait aussi des parents en prison. Dès le mois de juillet 1793, un du Buysson était détenu à Moulins ; le 27, le conseil général de la commune lui accordait de sortir quelque temps pour affaire urgente. C'était François- Amable- Charles, comte du Buysson, chevalier, seigneur des Aix, d'Ambly et du Chambon, page du roi, cornette de dragons au régiment de Chapt, blessé à l'âge de 16 ans en 1762, successivement capitaine de cavalerie et major des dragons du roi, lieutenantcolonel, chevalier de Saint-Louis ; il était fils de Pierre, comte du Buysson, seigneur des Aix, Vielfont, Montcelat, et d'Anne de Monestay de Chazeron. Il avait épousé, le 29 janvier 1781, Marie-Madeleine du Crozet de Cumignat, fille de François de Florimond, comte du Crozet, et de Louise-Charlotte de Barentin-Montchal. Sa femme fut aussi incarcérée comme lui, pendant dix-neuf mois. Elle y faillit périr. En effet, le registre du comité révolutionnaire de Moulins, au 19 ventôse an II (9 mars 1794), nous apprend ce qui suit : « La femme Dubuisson a fait une fausse couche aux carmélites, qui la met dans le plus grand danger, d On envoie des officiers de santé qui font un rapport favorable. .Et le comité « arrête qu'il lui sera permis de se faire transporter chez elle pour faire les remèdes qu'exige sa maladie. » Une fois rétablie, elle dut regagner la maison d'arrêt.

Sa mère fort âgée, Anne de Monestay de Chazeron, mariée le 8 mars 1740, fille de François, seigneur baron des Forges et de Gommentry, major au régiment de La Suze dragons, chevalier de Saint-Louis, et d'Elisabeth de Fontanges, avait été jetée en prison à Thôtel Douzon. Le 17 fructidor an II (3 septembre 1794), elle désirait voir pour affaires importantes son fils détenu aux carmélites. Refus. A leur tour, le 22, le fils et la bru sollicitent la permission de voir leur mère <ic malade à la mort. » Le comité les renvoie à la municipalité qui les a fait arrêter. Le 17 brumaire an III (7 novembre 1794), « Dubuisson demande un certificat de résidence à la maison d'arrêt des carmélites, pendant les mois d'août et septembre 1793. » Le comité le renvoie à la municipalité qui l'a fait arrêter. Toutefois il échappa à cette longue captivité. Il est mort sans enfant, le 6 septembre 1821 <^>.

(1) Des cinq enfants d'Anne de Chazeron, le second, Claude- Charles-Antoine du Buysson, page de la dauphine, capitaine au régiment de la Couronne, clievalier de Saint-Louis, puis capitaine au 45» régiment d'infanterie, se retira du service le 29 février 1792, et mourut trois ans après. Il figure sur les registres du comité de surveillance de l'Allier, au 27 frimaire an III (17 décembre 1794). Le troisième, Gabriel - Lazare , vicomte du Buysson, chevalier, seigneur de Vielfônt, avait épousé, le 25 août 1789, Gabrielle- Antoinette de La Ferté-Meun, fille d'Yves- Antoine, vicomte de La Ferté-Meun, seigneur de Pierrefitte, chevalier de Saint-Louis, ancien capitaine de grenadiers au régiment de la Sarre, major d'infanterie, et de Denise-Gabrielle de Jacquinet de FoUin, dont il eut : 1® Yves- Antoine, né le 2 novembre 1791, mort près de Moscou, le 25 septembre 1812, vélite des dragons de l'empereur ; 2" Julien-Charles- Antoine, comte du Buysson de Vielfônt et du Vernet, né le 30 août 1800, qui fut marié, le 31 mai 1824, à Marie-Anne-Amable-Pauline de Bonneval, fille de François, comte de Bonneval, et de Marie- Catherine-Henriette de Longueil, dont sont issus trois enfants :

Gabriel-Lazare du Buysson fut aussi incarcéré pour n'avoir pas voulu verser 3,000 livres ; mais le 25 nivôse an II (14 janvier 1794), il fut mis en liberté avec Gonny de La Faye, M"»« de Saint-Hermine, Irland et autres, par le représentant Noël Pointe, ancien forgeron, qui leur fit un petit discours sur la fraternité et les embrassa tous, y compris Tabbesse Saint- Menoux. Voir tome I®»", page 333.

Son quatrième frère, Gharles - François , vicomte du Buysson, seigneur de Mont- Petit, colonel à la suite des troupes de la marine, brigadier général au service des Etals-Unis, chevalier de Saint-Louis et de Cincinnatus, blessé en Amérique de 4 coups de feu, échappa à la prison, parce qu'il mourut à temps, à Moulins, le 21 mai 1786. Il avait épousé, le 27 septembre 1784, Eléonore de Faubert de Crespy, dont un fils unique, François-Amable- Charles, qui a eu sept enfants d'Adèle Duverdier, fille d'Hubert, ancien capitaine de cavalerie, et d'Adèle de Saint- Julien. Il ne reste de cette branche que les deux fils du vicomte Stanislas du Buysson des Aix et de Berthe de Givreuil, habitant Moulins.

De ces du Buysson qui furent éprouvés pendant la révolution, aucun ne le fut aussi durement que le comte de Douzon. Le 14 octobre 1793, le comité de surveillance révolutionnaire de Moulins, apprenant qu'il était en arrestation à Gusset, « prévenu d'incivisme », décide qu'il « sera

■ François-Charles, né le 22 avril 1825 ; * Antoine-Joseph-Réné, né le 19 juin 1826; « Marie-Juliette-Euphémie, née le 14 avril 1830. Voir Saint-Allais, Nobiliaire universel de France, II, 193. Il ne reste plus de cette branche que le comte François-Charles du Buysson, qui de Mathilde de Montaignac a deux fils , habitant le château du Vernet, commune de Broût-Vernet : Charles-Julien, né en 1856, époux de Berthe Joly, et Robert-François, né en 1861, non marié.

enfermé aux carmélites jusqu'à la paix. i> La paix ne vint pas assez tôt, ou plutôt la mort fut plus prompte.

Ce fut sans doute par un reste de pudeur qu'on ne Tincarcéra pas dans son propre hôtel, devenu 'maison de détention , pius tard propriété de Hatier de La Jolivette. On avait pris la maison ; il était juste de prendre le propriétaire. Pendant que la chapelle des minimes devenait tribunal du district, puis hospice des vieillards, et celle des augustins, salle de danse, l'hôtel Saintcy, aujourd'hui la préfecture, la demeure de M. du Buysson, la tour du palais des ducs de Bourbon , la chapelle des carmélites , celle des clarisses étaient changés en prison, outre la Mal- Coiffée qui regorgeait de détenus et les Casernes ; c'étaient donc cinq prisons qu'on avait ouvertes depuis l'an I®*" de la liberté. L'hôtel Douzon fut réservé aux femmes ; aux carmélites il y eut les deux sexes. Quand l'échafaud eut diminué le nombre des détenus, le 9 prairial (28 mai 1794), on décida qu'on réunirait en un seul local les prisonniers des carmélites et de Douzon ; puis, le 22 thermidor suivant, 9 août, que les carmélites seraient pour les hommes seuls, laïques et prêtres. Saint- Joseph garda les prêtres que leur âge exemptait de la déportation, non des tortures de l'incarcération. Les Sainte-Glaire n'eurent que des ecclé* siastiques destinés aux pontons de l'Ile d'Aix.

Le comte de Douzon partit de Moulins, le 5 décembre, avec les autres sur une charrette. Ceux qui le conduisaient à la guillotine se prélassaient dans ses voitures. Le comité le notait ainsi : « Douzon, ci-devant comte, ex-constituant, ayant déserté l'assemblée nationale lors de la réunion des trois ordres ; retiré et mécontent dans son district, où il a été reconnu suspect, mais trop tard. » Il monta sur l'échafaud le 31 décembre, comme le constate l'acte suivant

extrait des minutes de la commission révolutionnaire de Lyon :

« Ce jourd'hui, 11 nivôse, l'an II de la république française, une et indivisible, nous, Jean-François Bréchet, secrétaire-greffier de la commission révolutionnaire établie à Commune- Affranchie par les représentants du peuple, en vertu du jugement rendu par la commission révolutionnaire en date de ce jour, et accompagné des citoyens Louis Parenthou, Louis Dubois, officiers municipaux, nous sommes transportés sur la place de la Liberté, à une heure après midi, pour assister à l'exécution qui a été faite sur la dite place par l'exécuteur des mandemens de justice, qui a sur le champ guillotiné :

a Imbert Ballore, Gilbert Baudinot, Pierre Legros, Joseph Lavalette, Jean Heuyllard, Didier-Louis Gondouins, Nicolas Tourret, Claude -Nicolas Tourret, Jean-Claude Chotard, Jean Labrousse dit Verazet, Pierre- Antoine Jouffret, Pierre-Nicolas Baille, André Dumont, Jean-Marie Viry, Jean Lault, Denis-Michel-Philibert Dubuisson, Louis Barbara, Gaspard Fradel, Louis Bernard, Antoine Pajot, Louis Bonnet fils , Jean Rogier d'Hautrive , Hameau- Gaspard Renaud dit Lagrelay, Jean - Baptiste Huguet- Dulys, Joseph Faucompré dit Gaudet, Nicolas -Marian Hautier, Jean-Nicolas Brossard, Claude Girard dit Saint- Gérand, Jacques Pierre dit Saincy, Julien Bonnand, Joseph Chevarier, Claude RoUat.

« Après laquelle exécution nous nous sommes retirés, à une heure vingt-cinq minutes de relevée, après avoir rédigé le dit procès -verbal. Fait et clos à Commune - Affranchie , les jour et an que dessus ; et ont, les citoyens Parenthou et Dubois, signé avec nous. Signé sur la minute : Parenthou, officier public et municipal , Dubois, officier municipal, et Bréchet. »

Avec Douzon périssaient son fils naturel, André Dumont, et Antoine Pajot, fils de Fun de ses métayers. Deux roturiers pour un gentilhomme. Qui donc croyait que les nobles seuls avaient péri en 1793 ?

Il n'était pas encore mort que le district de Cusset, 4 nivôse (24 décembre), enjoignait aux régisseurs de ses biens, en même temps à ceux de Dupuy-Lajarousse, Girard de Saint-Gérand, Grassin et Chauvigny de Saint-Alyre, de rendre compte de leur régie dans le plus bref délai au receveur de Fenregistrement de Puy-Redan.

I^ 9 février 1794 (21 pluviôse an II) , le directoire du district de Cusset nommait pour vendre ses meubles et effets mobiliers, ainsi que ceux de Claude Girard de Saint- Gérand, Gilbert de Grassin et Raymond, curé de Périgny, les citoyens Burelle fils et Forestier père, demeurant en la commune de Puy-Redan.

[ Une lettre des membres du comité révolutionnaire de Chalier à Lyon, du 19 prairial (7 juin 1794), au comité de surveillance de Moulins, invite les collègues de FAUier à arrêter « le nommé Vidalin, de Commune- Affranchie, •associé de Buisson, d Quel est ce Vidalin? Ce n'est pas assurément le Vidalin, membre du comité révolutionnaire de FAUier, ni Vidalin, imprimeur à Moulins et député de FAUier à la convention, qui ne sont qu'un même personnage ; et son complice n'a rien de commun avec Douzon :

« Nous vous invitons à faire mettre de suite en état d'arrestation le nommé Vidalin, de Commune- Affranchie, associé de Buisson, prévenu de conspiration dans la rébellion lyonnaise. Nous comptons sur votre activité à exécuter cette mesure ; vous le ferez traduire de suite par devant notre comité par la gendarmerie. Satisfaites aux désirs pressants que des sans-culottes ont toujours eus de faire punir de grands coupables. Signé : Simard, président. Charpentier, secrétaire, Bassard fils et autres.

€ Le comité, considérant qu'il est de la plus haute importance de punir les coupables de conspiration, arrête que sur le champ il sera décerné un mandat d'arrêt contre le dit Yidalin qui sera conduit de brigade en brigade par devant le dit comité du canton de Chalier à Commune- Affranchie. » Les recherches ne furent pas longues. Le 21 prairial (9 juin 4794), on écrit qu'on a arrêté Yidalin, négociant, et qu'on va le leur envoyer. J'ignore la suite. Mais je vois condamnés à mort, le 20 pluviôse, par la commission révolutionnaire de Lyon, Louis Buisson, rentier , officier municipal provisoire à Lyon , et Etienne- Gustave Buisson, architecte, né et domicilié à Lyon. ]

Le comte de Douzon, dernier représentant de la branche aînée du Bourbonnais, était le membre le plus richement possessionné de la famiUe. Ses immenses propriétés, qui englobaient des paroisses entières, lui rapportaient en 1787, d'après son livre de recettes, dont le double est à Moulins, aux archives départementales, série £, trois cent dix-huit mille livres de revenus annuels. Tous ses biens et châteaux séquestrés furent vendus nationalement, et sa famille n'en eut pas un maravédis. En effet, Douzon, fils unique, avait eu cinq sœurs, dont trois religieuses et mortes en 1789. L'aînée avait épousé, en 1753, Joseph Collin de Gévaudan ; la dernière, en 1772, avait épousé son cousin, Yves Morin, comte d'Arfeuille. Or voulant rester céhbataire, après avoir obtenu le consentement de madame de (gévaudan , à laquelle il donna 250,000 livres de dédommagement pour sa renonciation à sa succession, et n'ayant pu rien obtenir de madame d'ÂrteuilIe, il fit, le 8 septembre 1789, un testament, par lequel il deshéritait madame d'Arfeuille, mentionnait le désistement de madame de (îévaudan et l'indemnité reçue, puis instituait pour

son héritier universel, son cousin, Gabriel -Lazare du Buysson des Aix, époux d* Antoinette- Jacquette-Gabrielle de Laferté-Meun, troisième fils de Pierre du Buysson des Aix, commandant au régiment de Lessonnette, et d'Anne- Charlotte de Monestay-Ghazeron. Lorsque fut voté le milliard pour indemniser les détenteurs de biens nationaux qui devaient rendre ces biens aux familles dépouillées par la révolution, un grand nombre d'ayant droit, voyant qu'ils ne tireraient pas grand profit de cette manière d'agir , firent si bien que le décret fut rapporté et qu'il fut décidé que le milliard serait distribué seulement aux enfants et petits-enfants des pères spoliés. Voilà pourquoi le comte Julien-Charles du Buysson du Vernet , époux de Marie- Anne-Amable-Pauline de Bonneval, héritier par son père, ci-dessus, du comte de Douzon, a été déclaré, comme parent trop éloigné, non recevable des 175,000 francs alloués sur le milliard ; par le premier décret il serait rentré dans des propriétés, qui rapportent aujourd'hui plus de trois millions de revenus. Les petits enfants de mesdames de Gévaudan et d'Arfeuille ayant été évincés en vertu du testament du comte de Douzon et n'étant que des petits neveux, « que sont devenus ces 175,000 francs? » demande M. le comte François du Buysson, qui nous fournit ces renseignements.

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