‹ La terreur en Bourbonnais: les victimesChapitre 7 sur 17 · DE PARIS, MAJOR DU ROYAL-GUYENNE A MOULINS · texte numérisé non relu

DE PARIS, MAJOR DU ROYAL-GUYENNE A MOULINS

Le régiment de chevau-légers Orléanais, qui était en garnison à Phalsboui^, vint en 1788 habiter Moulins. Son colonel était Gaspard-Paulin, vicomte de Clermont- Tonnerre W. Il avait pour commandant M. de Farjonnel, et comptait, outre ce dernier et son fils qui était capitaine, plusieurs enfants du Bourbonnais comme officiers : Martial Giraud des EcheroUes, François-Xavier de Bodinat, Roy de FEcluse, mort à Moulins en 1851, Champfeu de Givreuil. Le major était Louis-Didier de Gondouin, que Prudhomme, II, 431, dit « âgé de 52 ans, major du 23« régiment de cavalerie, ex-noble, né à Paris, demeurant à Moulins, condamné à mort comme contre-révolutionnaire, le 14 nivôse an II (31 décembre 1793) par la commission révolutionnaire séante à Lyon. »

Le régiment de chevau-légers Orléanais en venant à Moulins changeait de nom et s'appelait Royal-Guyenne. Il devait changer de drapeau. Le 21 mai, eut lieu la

(1) Gaspard-Paulin, vicomte de Clermont-Tonnerre, mestre de camp en second du régiment de Champagne cavalerie, avait épousé Anne-Marie-Louise Bernard, qui mourut le 5 février 1781. H était ainsi parent par alliance du vicomte de Grassin.

bénédiction des nouveaux étendards (*). La cérémonie se fit avec la plus grande solennité, au milieu de toute la population très-sympathique au Royal-Guyenne. On suspendity suivant Tusage, les anciens aux voûtes de Téglise Notre-Dame, hommage du soldat au Dieu des armées. Trois mois après, 29 août, le Royal-Guyenne prêta, sur la place de l'hôtel de ville, le nouveau serment prescrit par le décret de l'assemblée nationale ; il jura fidélité à la nation, à la loi, au roi, et promit de ne jamais marcher contre les citoyens, sans avoir été régulièrement requis par Tautorilé militaire et par l'autorité municipale. Peu à près, le Royal-Guyenne, ci-devant chevau-légers Orléanais, devenait le 23^ régiment de chasseurs à cheval.

Royal-Guyenne était le bienvenu partout. Ses officiers étaient de toutes les réunions ; ceux qui étaient étrangers au pays étaient avec leurs camarades entrés dans la famille. Louis de Gondouin paraît surtout avoir été bien accueilli. En 1789, le 29 juin, je le trouve à Dompierre avec Pierre- François -Xavier Foulon de Doué, intendant de la province du Bourbonnais, avec Sallemard de Montfort, abbé de Septfonts ; il y assiste au baptême de Marie-Eléonore-Anne Marion, fille de Jacques Marion, aubergiste à Septfonts, qui eut pour parrain a haut et puissant seigneur, messire Gaspard-Paulin, vicomte de Clermont-Tonnerre, colonel du régiment Royal-Guyenne cavalerie ï>, et pour marraine « haute et puissante dame Marie-Anne-Eléonore de Chabrière de La Roche, comtesse de Sallemard de Mont-

(4) Alary, qui a raconté cela dans son Histoire de l'éiablissement de Vévêché de Moulins (Voir Bulletin de la société d'émulation de V Allier, IV, 81), a commis sur le régiment quelques erreurs qui se ti'ouvent rectifiées ici d'après des documents officiels.

fort », belle-sœur de l'abbé, fille de Chabrière de La Roche, comte de Charmes, ainsi que le constate Foulhouze, chanoine régulier, prieur de Saligny. Au registre signent : Gondouin, Marie-Anne Chabrière ; Sallemard de Montfort, abbé de Septfonts ; le vicomte de Clermont-Tonnerre, Foulon.

Un an après, le major Gondouin était au péril. Le trouble régnait partout. Les appétits ouverts et excités n'avaient pu encore se satisfaire ; les esprits alléchés par les promesses s'étonnaient de ne pas voir du coup le ciel sur la terre. Paris faisait passer son agitation dans les provinces. La disette sévissait. Au lieu de s'en prendre à l'état présent, à l'instabilité des institutions, aux craintes de l'avenir qui empêchaient les transactions et arrêtaient le commerce, on criait aux accapareurs. Tout négociant qui achetait voulait affamer le peuple. On pillait les magasins et les boulangeries. Il était défendu aux commerçants et aux mitrons d'acheter des farines ; c'était forcer les provisions à rester chez le producteur, et le producteur ne trouvant pas d'intermédiaire, les gardait dans son grenier où elles pourrissaient. On incarcérait ou Ton pendait quelques fermiers ; les autres cachaient d'auts^nt plus leurs sacs. La misère, les événements de la capitale, la propagande révolutionnaire avaient causé dans tout le Bourbonnais des émeutes. Royal -Guyenne fut appelé à rétablir l'ordre dans le département. Les Affiches de la généralitéy du 30 mai 1790, nous racontent les faits :

« Il est de notre devoir d'apprendre aux amis et aux ennemis de la révolution que, dans plusieurs paroisses, des paysans, armés et attroupés au nombre de deux cents, se sont permis d'arrêter la libre circulation des grains et d'en fixer le prix ; que la municipalité de Moulins, instruite

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Le ton et la forme même de ce document, quoique sans

signature, indiquent une pièce ofOcielIe et aussi une note imprimée à la suite, {Jar laquelle on prie MM. les curés et officiers municipaux de donner à cette nouvelle le plus de publicité possible.

C'est pour reconnaître les services rendus par le Royal- Guyenne qu'on l'invita au grand banquet de la fédération du 14 juillet 1790 <*).

La municipalité en fera les apprêts. Le conseil ne se croit pas le pouvoir d'autoriser le corps municipal à lever un rôle sur les habitants ; mais les compagnies de la garde

(1) Le 6, le maire disait au conseil municipal : « La commune de Moulins a été invitée par la municipalité de Paris à se réunir , le 14 de ce mois, avec les troupes soldées en garnison dans notre ville, pour prêter ensemble le serment d'alliance et de fédération, qui va, à pareil jour, resserrer les liens de la fraternité entre tous les citoyens de ce vaste empire. Nos habitants, témoins des fatigues qu'a supportés le régiment de Royal-Guyenne pour remettre l'ordre dans ce département, désirant augmenter encore, s'il est possible, la parfaite intelligence qui règne entre ce corps et le régiment national, nous ont communiqué leur vœu pour qu'un banquet général fût joint aux cérémonies qui auront lieu le jour de la confédération. Nous avons cru devoir prendre séparément l'opinion de toutes les compc^nies qui forment le régiment national de Moulins ; toutes ont adopté cet avis, d'une voix unanime, et nous ont pressé de nous occuper sans délai de l'exécution. Nous aurions bien désiré que la situation des finances de la ville eut permis de porter cette dépense sur les fonds communs ; mais loin de pouvoir suffire à des dépenses extraordinaires, nos revenus sont bien audessous de nos dépenses ordinaires, et nous avons été obligé de prévenir nos concitoyens de l'insuffisance de nos moyens. La totalité des habitants qui forment la garde nationale, a consenti à concourir à cette dépense ; huit des compagnies nous ont indiqué la formation d'un rôle, comme le moyen le plus simple pour fournir à cette dépense. »

nationale qui veut fraterniser avec la troupe peuvent faire volontairement entre elles une souscription pour cette dépense ; la municipalité couvrira le reste des frais avec les revenus ordinaires de la ville. Cette délibération fut approuvée par le directoire du district et le directoire du département ; le banquet fraternel eut lieu. Pourtant les troubles continuèrent. L'assemblée nationale, dans sa séance du 27 mai, s'en était occupée : elle pria le roi de défendre que le blé fût taxé et d'ordonner la punition des fauteurs de désordres <i>. Elle eut beau faire, dit Alary, p. 83, « les émeutes se renouvelèrent fréquemment pour arrêter la libre circulation des grains et leur vente à prix débattu, jusqu'à ce qu'enfin le défaut de confiance dans le régime révolutionnaire et la misère qui en fut la suite, suscitèrent en 1793 la malheureuse idée du maximum, 2> loi stupide et inique. Paris, les villes mouraient de faim ; et, pour les approvisionner, on punissait de la guillotine ceux qui vou-

(1) « Informée, dit le procès- verbal signé par les secrétaires, H. de Jessé, de Fermon et Tabbé Colaud de La Salzette, informée par les procès-verbaux qui lui ont été envoyés par la municipalité de Montbrison, en Forez, et par celles de Montaiguet, du Donjon, et autres lieux du Bourbonnais, de différents attroupements et émeutps qui ont eu lieu les 40 et 14 dô ce mois et jours suivants, pour obtenir que le prix du grain fut taxé par les municipalités à un taux au-dessous du prix courant, et que dans les provinces du Forez et du Bourbonnais, on apporte de l'obstacle à la libre circulation des grains dans le royaume, l'assemblée persistant dans ses décrets rendus les 29 août, 48 septembre et 5 octobre derniers, relatifs à la libre circulation des grains dans le royaume, décrète que le roi sera supplié de faire défendre à toutes personnes d'exiger que le prix du grain soit taxé, à peine contre les contrevenants d'être poursuivis et punis suivant la rigueur des lois, et de faire donner des ordres pour que les auteurs et instigateurs de ces désordres soient poursuivis. »

laient leur porter des subsistances. Les résultats furent désastreux. Les blés se perdaient dans les greniers ; les bœufs s'étiolaient dans l'étable, et tout le monde avait faim. Il était extrêmement dangereux de transporter des subsistances alimentaires d'un lieu à un autre ; on était traité d'accapareur et suspect. Les révolutionnaires produisaient la disette au sein de Tabondance. Il y avait un remède, c'était de ne plus manger. Romme, du Puy-de-Dôme, en mission à Périgueux et dans les départements limitrophes, trouva cet ingénieux moyen : il ordonna aux Charentais de se serrer le ventre, et fixa la ration à 1/2 livre de pain par jour, sauf les ouvriers des fonderies et les nourrices. Les municipalités devaient veiller à ce que les citoyens fabricant leur pain eux-mêmes ne mangeassent pas « sans mesure » et se réduisissent à la portion prescrite ; elles devaient dénoncer « l'égoïste » rebelle « à cette mesure salutaire », qui l'obligeait à crever de faim.

On comprend bien que Royal-Guyenne, même devenu le 23« régiment de chasseurs, qui réprimait si vaillamment les émeutiers, ne pouvait pas plaire longtemps à ceux qui les excitaient. Le conseil général du département , 18 mai 1793, créa une nouvelle force armée, destinée à maintenir la paix dans l'intérieur de la province ; il le disait en des termes bien faits pour la pousser à la licence et exciter, semer partout le désordre, diatribe banale contre « la horde de tyrans et d'esclaves qui veulent s'abreuver de notre sang, » contre a les riches , les égoïstes » (^) ; et après cette paraphrase de la MaraeUlaisey un arrêté en dix -huit articles, qui ordonne la nouvelle levée d'hommes, ouvre un emprunt

(1) Considérant que les troubles qui ravagent les départements maritimes de l'ouest, avertissent les autres départements de se

forcé dont le montant sera spécialement employé à l'entretien de la force armée du département , à procurer des secours aux pauvres de chaque commune, et surtout aux

mettre en mesure ; que dans toutes les parties de la république, les ennemis de la révolution, d'accord avec les ennemis étrangers, méditent des projets sanguinaires ; que déjà le fer et la flamme sont dans leius mains ; que les bons citoyens sont égorgés, leurs propriétés incendiées ; qu'il est temps que tous 1^ patriotes se lèvent à la fois et qu'ils prennent la massue de la liberté pour écraser cette horde de tyrans et d'esclaves qui veulent s*Abreuver de notre sang et rétablir sur des monceaux de cadavres les débris du despotisme ; considérant que, dans ces circonstances alarmantes, il est urgent que le département de l'Allier lève dans son sein une force armée pour contenir les malveillants de l'intérieur, et porter des secours à nos malheureux frères que des brigands assassinent, et dont nous partagerions bientôt le sort, si nous ne prenions des mesures promptes et vigoureuses pour arrêter la propagation des troubles ; considérant que les fonds nécessaires pour l'entretien de cette force armée ne peuvent être pris sur le trésor public déjà épuisé par les frais énormes de la guerre étrangère et intérieure ; que l'exemple sublime donné par le département de l'Hérault doit être suivi , avec enthousiasme, par tous les autres départements ; qu'il est juste, qu'il est temps enfin que les riches, que les égoïstes paient pour conserver leurs propriétés et leurs vies ; que jusqu'à présent les patriotes seuls ont fait des sacrifices pour la révolution et que, s'ils ne peuvent être encore dispensés d'en faire, il faut au moins en alléger le poids, en demandant, en exigeant même le superflu de ces hommes qui depuis trop longtemps s'engraissent de la sueur du peuple, et qui, impassibles au milieu des besoins et des malheurs de leurs frères, semblent oublier qu'ils ont une patrie ; considérant que ces mesures imposantes , prises à la fois et d'un concert unanime dans tous les départements, vont développer, aux yeux de l'univers, les ressources inunenses et Ténergie républicaine du peuple français ; qu'elles feront trembler les despotes et leurs vils esclaves, et qu'elles seront le coup de grâce de l'aristocratie »

parents des volontaires qui entreront dans cette force armée; enfin, à pourvoir aux autres besoins du département.

« Des tableaux sont demandés , à Toccasion de cet emprunt, aux conseils de district. Le 1®"^ contiendra la liste des citoyens patriotes qui ont concouru à la révolution, de leurs personnes et de leur fortune ; le 2® offrira la liste des égoïstes qui, sans avoir donné aucune preuve d'aristocratie, n'ont fait aucuns sacrifices pour la révolution, ou en ont fait au-dessous de leurs facultés ; le 3« donnera la liste de tous les individus de l'un et de l'autre sexe suspects et inciviques. Le même arrêté nomme sept commissaires , pris dans le conseil du département et qui se rendront dans les chefs-lieux de district pour accélérer la confection des tableaux et faire toutes les réquisitions relatives à cet objet. Ges commissaires sont : pour Moulins, Simon ; pour le Donjon , Meige ; pour Cusset , Gendret ; pour Gannat , Sayet ; pour Montmarault, Papon ; pour Montluçon, Gaulmin ; pour Gérilly, Vidal. » <*>

Et pourtant cette armée, si terrible et si bienfaisante, ne devait pas suffire (^). Fouché , à son passage à Moulins,

(1) L.-J. Alary, La presse périodique en Bourbonnais, dans le Bulletin de la société d'émulation de l'Allier, t. IX, page 90.

(2) On prenait, comme il est facile de le voir, tous les moyens pour se procurer des soldats. Voici une assez curieuse délibération du district de Cusset, le 18 mai 1793 : « Le directoire du district, considérant que dans une république tout citoyen est soldat ; qu'à rinstant où le cri de la patrie se fait entendre, il est obligé de marcher à son secours ; que tous les engagements particuliers disparaissent devant l'obligation que contractent en naissant tous les membres de la société de la défendre, contre les attaques de ses ennemis ; que Tenfant de Rose Beauparlant, veuve Boulanger, mérite des éloges de la part de l'administration, parce qu'il s'est

créa Farmée révolutionnaire. Le représentant du peuple, raconte le procès-verbal imprimé de la séance du 26 septembre 1793, page 6 :

« Cionsidérant qu'il faut au peuple une sauvegarde contre la malveillance et la tyrannie de ses ennemis, arrête qu'une armée révolutionnaire sera créée pour être à la disposition du comité de surveillance ; qu'elle exécutera toutes les mesures ordonnées soit pour les taxes à imposer sur les riches, soit pour tout ce qui intéresse l'ordre public. Il invitait en outre « les citoyennes à n'aimer leurs amants qu'autant qu'ils se voueront à la patrie et qu'ils

volontairement enrôlé immédiatement après l'émission du décret du 24 février ; que Ton doit bien se garder de comprimer son zélé en le forçant de payer à un maître avide le prix d'un apprentissage que le danger de la patrie a suspendu, parce qu'une telle mesure découragerait tous les défenseurs de la république et ferait gémir des parents pauvres et patriotes auxquels la convention nationale a voulu assurer des secours pendant le cours de la guerre de la liberté contre le despotisme ; qu'en ce moment où les volontaires combattent pour le peuple français, les magistrats doivent se dévouer à la défense de leiurs intérêts légitimes ; que si, sous le règne de la tyrannie, les arrêts jugeaient que l'engagement au service du ci-devant roi suspendait ou même rompait les engagements des mcdtres et des apprentis, il serait honteux pour un peuple libre de n'avoir pas la même justice pour ses défenseurs ; qu'il est instant de prendre un arrêté général qui régie le sort de ces braves gens et qui prévienne toutes les difficultés qui pourraient s'élever à cet égard ; que la convention ne pourra qu'applaudir à l'arrêté général que prendra le district du département dans cette crise révolutionnaire ; ouï le procureur-syndic, arrête, sauf approbation du département et de la convention, que l'exécution des baux ou traités d'apprentissage demeurera suspendue, et défense de poursuivre pour les termes des prix des dits baux qui n'étaient pas dus et gagnés avant l'enrôlement. » Cet arrêté fut approuvé par le département^ le 30 mai.

n'auront pas la lâcheté de se cacher pour éviter la réquisition. » <*>

, , III Brii ■■ ■ .

(1) L'oratorien Fouché s'inspirait ici de Legendre. Dans une Proclamation au nom du peuple français^ datée de Moulins, le 3 septembre 1793 (à Moulins, iie Timprimerie de Joachim Burelle, rue de rÉgalité, in-4o de 10 pages), « Legendre, de la Nièvre, représentant du peuple, aux corps constitués et aux citoyens du département de l'Allier, » s'écriait d'abord : ec Le peuple français debout contre ces tyrans. (Art. I^^^ du décret de la convention nationale du 23 août 1793). Dès ce moment jusqu'à celui où les ennemis auront été chassés du territoire de la république, tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des armées. Les jeunes gens iront au combat ; les hommes mariés forgeront les armes et transporteront les subsistances ; les femmes feront des tentes, des habits et serviront dans les hôpitaux ; les enfants mettront le vieux linge en charpie ; et les vieillards se feront porter sur les places publiques, pour exciter le courage des guerriers, prêcher la haine des rois et l'unité de la république. » Les chevaux de selle et de trait seront réquisitionnés. La levée sera générale ; nul ne pourra se faire remplacer ; les citoyens non mariés ou veufs sans enfants, de 18 à 25 ans, marcheront les premiers ; les fermiers et régisseurs des biens nationaux verseront en nature de grains le produit de ces biens. Puis après une longue et furibonde tirade contre « les brigands couronnés, les oppresseurs des peuples, les nobles, les commerçants accapareurs, les monopoleurs et usuriers, » le farouche jacobin s'adoucit tout-à-coup ; il s'abaisse aux « prières ; » il prend le ton douceâtre du galantin qui fait le beau ; il conjure les républicains de se lever en masse^ et, pour mieux réussir à les décider, il s'adresse aux femmes dans ce style fade et anacréontique, que Rousseau avait mis à la mode : « C'est à vous encore, mères vertueuses autant que sensibles, c'est à vous aussi, jeunes citoyennes, tendres amantes, qui composez cette partie brillante d'un sexe destiné par la nature à embellir la société et à composer le bonheur des humains, des charmes de la çéduction, des roses de l'hyménée et des fruits précieux de la fécondité ; c'est à vous qu'est remis le soin d'apprendre à ces jeunes guerriers, qui sont vos enfants, qu'il ne vous appartiennent plus lorsque la patrie les réclame;

Pour être sûr d'avoir des gaillards solides au crime et sans peur au piilage, il consulta deux commissaires par quartier, Ravenel et Maratray, Dupouy et Chambon, Bardoux et Torterat, Guipier et Mauguin , Poulet fils et Saunier, Badioux et Charbonnier. Avec de tels recruteurs, on ne pouvait avoir que l'élite de l'armée du vice. La certitude de ne pas aller combattre en Vendée et de rester tranquillement dans ses foyers, cette haute paie de trois livres par jour attirèrent les ou\Tiers peu laborieux ou sans ouvrage qui trouvaient plus commode de passer, sauf quelques gardes à monter, la journée à ne rien faire, à jouer, à boire, les nuits dans les mauvais lieux (^>.

de dire à ces jeunes guerriers qui sont vos amants ou destinés à le devenir, qu'iJs ne mériteront votre main que lorsqu'ils reviendront couverts des lauriers de la victoire et que la république sera sauvée.» (i) H. Comillon f|étrit justemeiit, III, 29, les hommes de cette troupe, « capables de servir tous les despotismes et de seconder tous les abus d'autorité, pourvu qu'ils fussent grassement payés. Composée d'éléments disparates, cette troupe manquait de deux qualités essentielles, la discipline et l'éducation militaire... Dans l'intervalle des corvées, les hommes passaient le temps dans les cabarets, à boire et à jouer, au lieu d'aller à l'exercice. Logeant en ville, ils fréquentaient presque chaque nuit les maisons de débauche. Les prostituées devinrent même à un moment si nombreuses, que le comité se vit contraint de faire incarcérer celles qui accostaient dans les rues les promeneurs paisibles. Si les gardes révolutionnaires s'étaient contentés de cette proie facUe... mais parfois ils s oubliaient jusqu'à se présenter chez les femmes honnêtes... Les officiers laissaient beaucoup à désirer sous le rapport de la moralité et de la tenue. Ils s'enivraient, et dans leur ivresse injuriaient ou frappaient les honunes... Cette garde révolutionnaire ne contribua en rien au triomphe glorieux de la nation, ne compta ni blessés, ni morts sur les champs de bataiUe ; les piUages de Moulins, du Montet et de Souvigny furent les seules campagnes où flotta son drapeau. »

Les frais de Tarmée révolutionnaire devaient être supportés par les riches. Le comité , appliquant les décrets du futur duc d'Otrante, dès le 5 octobre suivant, dressait cette liste a de réquisitions pécuniaires en numéraire : Etat ou liste des citoyens désignés par le comité de surveillance pour la contribution provisoire et nécessaire à la solde de Tarmée révolutionnaire et aux secours des malheureux citoyens.

Dumirat (a offert) 100,000 1.

Guillaume Ripoud, receveur 50,000

Barthélémy Gibon 70,000

Pierre Pierre de Saintcy 100,000

Imbert de Ballore 80,000

Cadier de Veauce père 100,000

Bodinat de La Motte 80,000

Dominique de La Gauguière

Farjonnel, ancien officier

Lenoir de Lespinasse 4,000

Vernin d'Aigrepon 10,000

La veuve Charapfeu de Givreuil 80,000

Meiiheurat de Marigny 10,000

Givry 20,000

Charry des Gouttes 10,000

Dubuisson (personnellement)

Idem, tuteur des mineurs. . . . Pongibaud. 30,000 Pierre-Antoine-Jacques Champfeu de Givreuil

fils 20,000

Antoine Pajot, avoué 1,000

Gilbert Vernoy de Saint-Georges

Gilbert Bodinot 50,000

Gilbert Heuillard-Fabrice. 3,000

Didier-Louis Gondoin 12,000

Pierre Legros 2,000 1,

Pierre Jaroufflet, notaire 20,000

Nicolas-Marien Hautier

Jacques Heuillard de Certilly 40,000

J.-B. Villardin de Marcelange 300,000

Charles Tourret père 1,000

Nicolas Tourret fils 6,000

André Duraont fils 10,000

Labrousse Veyrazet 50,000

Georges Ripoud aîné 30,000

Biottière de Tilly

Idem pour les petites filles appelées de Bord 100,000 Destut de Tracy 100,000

Remis à son régisseur pour lui être envoyé à Auteuil.

Dubuisson de Douzon 20,000

Grimault et sa femme 20,000

Grimault La Ripe 10,000

Maurice, imprimeur 10.000

Dévry 100,000

Dechaux d'Escures i5,000

Lebrun, constituant 10,000

La veuve Ducleroir 600

Collot, directeur des messageries 10,000

Barbara, homme de loi 25,000

L'abbé Béraud... 15,000

La veuve Rogier d'Auterive 25,000

La veuve Boisrenaud 10,000

Les frères Déluchi dit Ravine 30,000

..... Chenizot, associé de Brillantais, entrepreneur 100,000

Lavalette, secrétaire d'intendant 70,000

Jouffret-Bonnefont 6,000

Chantepy 2,000 1.

Bonnet Bardonnet de Gondailly 50,000

Pierre Noguères et sa femme 10,000

Pierre-Georges Barruei 2,000

Jean-François Conny-Lafaye et sa femme .... 100,000

La veuve Béraud et son fils .•••.. 15,000

La veuve Barbara mère , 6,000

Viallet, ancien officier 6,000

La veuve Girard, rue de l'Egalité 30,000

Giraudet Boudemange, juge de cassation 50,000

Hatier de La Jolivette 12,000

Lhuillier de Sénéval 6,000

Lomet père, homme de loi , . 10,000

Goyard 3,000

Ripoud de La Salle 10,000

Ripoud de La Bresne 30,000

Lault, cy-devant trésorier de France 10,000

..... La Bresne Beauregard , paroisse de

Chézy 6,000

Chabol, cy-devant conseiller 10,000

Montaret-Bonnant 20,000

Les filles Roger ou Berger de Salles. . . , 6,000

Collin, rue des Carmélites 6,000

Saintcibut 3,000

La veuve Ferron de La Ferronaye 30,000

La veuve Langlard et sa fille solidairement . • • 30,000

La veuve LavqKiier 4,000

La veuve Lamotte 12,000

Brossard 6,000

Dulys de Cosne 8,000

Croizier la Douaire • 6,000

Garraud 8,000

C'est signé : c Simard, Verd. »

de cette manufacture pour être plus souvent dans son pays, y veiller à ses intérêts et y surveiller les aristocrates (*>. S'il remplit bien ces deux occupations, il n'en fut pas de même de sa mission officielle. Plus d'un an après sa création, la fondefrie de canons située aux Chartreux, aujourd'hui grand séminaire, n'avait encore rien produit. Aussi, le 10 septembre 1793 — Voir le Moniteur du 12 — Carnot fait prononcer la destitution des administrateurs de la manufacture d'armes de Moulins, qui, « depuis 18 mois n'ont encore fourni aucune arme à la république. »

Fouché essaya de la faire revivre. A la séance du 26 septembre 1793, « tenue dans l'église paroissiale Notre- Dame, Tan deuxième de la république française, une et indivisible, et le premier de la constitution populaire », le représentant du peuple, raconte le procès-verbal , page 8,

« Les dits officiers, contrôleurs, réviseurs, garde -magasin et portier jouiront d'ailleurs du logement attribué à leur grade ou emplois respectifs dans les autres manufactures d'armes, ainsi que des autres avantages qui leur ont été accordés par les lois antérieures. »

(1) Pierre-Jacques Forestier, né à Vichy, le 30 juillet 1739, de Jean-Baptiste Forestier et d'Antoinette Desbrest, mort en Suisse, à Genève, le 31 mai 1823, avocat, devint en 1791 procureur-syndic du district de Cusset , et fut élu député de l'Allier à la convention où il vota la mort de Louis XVI dans les 24 heures. Il fut envoyé en mission dans la Nièvre et dans l'Allier pour surveiller la fabrique d'armes de Moulins, rechercher les complices de Chaumette et d'Hébert, plus tard dans les Hautes-Pyrénées.

Voir Pierre-Jacques Forestier (Vichy, imp. Bougarel, 1887, in-S", 96 pages), par M. J. Cornilfon, essai maladroit de réhabilitation d'un scélérat , et La terreur dans VA Hier, Un conventionnel Pierre- Jacques Forestier (Moulins, imp. Ducroux, 1888, in-8o, 23 pages), réponse au précédent.

ce a exposé qu'il avait visité dans la matinée la manufacture d'armes de cette ville, et qu'il avait vu, avec beaucoup de mécontentement, l'espèce de pénurie de toutes les matières de première nécessité, dans laquelle l'entrepreneur l'avait laissée. Il est entré dans plusieurs détails sur cette matière importante, et sur les causes de cette lenteur dans la fabrication par cet entrepreneur ; il en a jeté tout le blâme sur sa cupidité , son insouciance et sa coalition avec les ennemis de la république. Il a développé tous les avantages de cette manufacture , et pour la république en ce qu'elle était placée au centre, dans un local où tout abondait pour en faciliter les travaux, et pour la ville de Moulins ; et se résumant sur le tout , après avoir dit qu'il fallait que l'entrepreneur optât entre remplir strictement et diligemment les conditions de son marché, ou porter sa tête sur l'échafaud ; après avoir jugé par les improbations du peuple contre l'entrepreneur, et par ses applaudissements sur rintérêt qu'il voulait y prendre, pour le forcer à remplir son marché, il a arrêté, au désir unanime de l'assemblée :

« 1"* Que les autorités constituées sont chargées et requises, sous leur responsabilité, de surveiller la manufacture d'armes de cette ville, et l'exécution des engagements pris par l'entrepreneur; comme aussi, dans le cas où il ne travaillerait pas, au désir du dit marché, à le faire mettre en état d'arrestation, à le traduire au tribunal criminel, comme un traître à la patrie, et à faire établir à ses dépens et dans le plus bref délai, les usines qui sont nécessaires ;

«c ^ Que l'entrepreneur de la manufacture sera tenu de pourvoir aux subsistances de ses ouvriers, et que si, à défaut de s'être conformé au présent arrêté, les ouvriers manquent de subsistances et quittent les ateliers, il en sera

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