‹ La terreur en Bourbonnais: les victimesChapitre 8 sur 17 · AVOUÉ, ASSESSEUR DU JUGE DE PAIX, A MOULINS · texte numérisé non relu

AVOUÉ, ASSESSEUR DU JUGE DE PAIX, A MOULINS

L'extrait suivant des « Procès- verbaux de l'inauguration du buste de Lepelletier, et des séances publiques des autorités constituées et de la société populaire de Moulins , tenues en présence de Fouché, de Nantes, représentant du peuple, député par la convention nationale près les déparlements du centre et de l'ouest, » montrera comment le proconsul entendait l'épuration des fonctionnaires publics. Dès la première réunion tenue, le 26 septembre 1793, « dans l'église paroissiale Notre-Dame, » il écoute .les dénonciations de la société populaire, et promet de les examiner « dans sa conscience et dans sa sagesse. :» Le lendemain « dans l'église des ci-devants minimes, appelés actuellement hospice des vieillards , » il remet l'affaire « à la discussion et à l'examen de l'assemblée. » Voici ce qui se passa dans cette séance :

a Le représentant du peuple, ne voulant prononcer qu'après s'être éclairé de nouveau et avoir pris le vœu légitime du peuple, a invité les administrateurs du département à parler les premiers et à dire, franchement et en vrais républicains, ce qu'ils avaient à reprocher aux dénoncés.

« Verd, administrateur, a paru à la tribune, où, persistant dans ce qu'il avait dit la veille, il a développé, avec l'énergie d'un caractère prononcé, tous les griefe qu'il avait

à reprocher aux dénoncés, successivement ; les applaudissements du peuple l'ont fréquemment interrompu.

« Delaire, administrateur, observant que Verd n'avait présenté que ce qui était à charge, il était convenable qu'il parlât à décharge ; il a présenté, dans le travail, dans la correspondance et dans la conduite des administrateurs, des moyens pour établir leur innocence et leur attachement sincère à la république.

« Meillet, administrateur, a été entendu dans le même sens. Les motifs qui ont déterminé l'un et l'autre, leur ont concilié quelques applaudissements.

a Les dénoncés ont encore produit quelques moyens de défense, sur lesquels le citoyen représentant, suffisamment éclairé, a prononcé ce qui suit :

« Les citoyens Dubarry, président ; Goyard, procureur général syndic, et Mathieu, administrateur du département, seront remplacés. Les citoyens Mandon et Descombes, membres du conseil, seront également remplacés.

« Les citoyens Gaulmin et Meige, administrateurs du directoire, et Merlin, secrétaire général, sont conservés dans leurs fonctions.

€ Le sort du citoyen Rousseau, secrétaire commis du procureur général syndic, est déféré pour sa révocation ou conservation à l'administration lorsqu'elle sera réorganisée.

a Le représentant du peuple s'est occupé du remplacement du procureur général syndic : il a dit qu'on lui avait proposé les citoyens Grimaud et Perrotin, et a consulté, sur l'un et sur l'autre, le vœu de l'assemblée.

c A peine les noms de ces deux républicains ont-ils été entendus, que la voix du représentant a été entièrement couverte et étouffée par les applaudissements et les bravos

répétés de tous les assistants, qui, en rendant hommage au patriotisme et à l'énergie du citoyen Grimaud, ont manifesté leur vœu de la manière la plus éclatante, et ainsi qu'ils l'avaient universellement émis, les 25 et 26 de ce mois, tant à la société populaire qu'en l'église Notre-Dame, pour que le représentant donnât la préférence au citoyen Perrotin, également connu, et par ses sacrifices de tous genres, qu'il a, si généreusement et avec tant de plaisir, faits à la patrie depuis le commencement de la révolution , et par les talents et les vertus civiques qu'il avait constamment développés dans sa place de procureur syndic du district de Moulins.

<L Sur l'observation faite au représentant du peuple, que le citoyen Perrotin n'avait point obtenu de certificat de civisme, qu'on s'était permis de provoquer pour lui, à son insu, et qu'en sa qualité de membre du tribunal du district et de fonctionnaire public élu par le peuple, il était dispensé de demander, d'après la loi, le représentant, indécis et jaloux d'éclairer sa religion, a témoigné son regret de ne pouvoir répondre encore au vœu général, qui, pour la troisième fois, appelait le citoyen Perrotin à la place de procureur général syndic , et a remis la nomination et proclamation de cette place au dimanche suivant, jour indiqué pour une fête civique.

« Le représentant du peuple a invité les administrateurs du district à s'expliquer franchement sur le compte de leurs collègues accusés. Différents administrateurs ont été successivement entendus , avec des applaudissements de l'assemblée , qui ne laissaient aucun doute sur la validité des justifications ; et sur le tout le représentant du peuple, suffisamment instruit , arrête ce qui suit :

« Les citoyens Radot, administrateur, et Dalphonse,

procureur syndic du district, ayant été reçus avec applaudissement par le peuple dans leurs moyens de justification, seront conservés dans leurs fonctions.

« Le citoyen Ripoud, suffisamment convaincu d'une correspondance suspecte et criminelle avec des citoyens de Lyon, sera remplacé. (Voir sa notice tome I®"", page 318).

m Un citoyen a proposé que les fonctionnaires publics remplacés ne fussent point dans le cas de l'arrestation. Cette motion ayant été appuyée par plusieurs autres, le représentant du peuple a dit qu'il lui avait été présenté des démissions, qu'il les avait acceptées; qu'en conséquence il n'y a aucunement lieu à arrestation.

n La séance a été terminée par les acclamations sincères du peuple : « Bravo, bravo I vive la république I vive la mon- « tagne I vive la convention nationale I mort aux tyrans ! »

Le 30, on s'occupe de combler les vides faits. « Le représentant du peuple, dit le procès^-verbal, page 34, passe au remplacement des fonctionnaires publics du département et du district , qui doivent être remplacés en exécution de son arrêté du 27. Il nomme pour président, au lieu et place de Dubarry , Grimaud , pour procureur général syndic au lieu de Goyard, Givois, procureur syndic du district de Cusset , actuellement près l'armée sous les murs de Lyon, auquel il est arrêté qu'il sera envoyé un courrier extraordinaire, aux dépens des riches, pour l'inviter à se rendre à son poste ; pour administrateur du directoire du département, au lieu de Mathieu, Braud, administrateur au directoire du district de Gérilly ; pour administrateur du conseil du département , au lieu et place des citoyens Mandon et Descombes , les citoyens Dufour, de Saint-Pourçain, et Moulin, delà commune de Saint-Gérandle-Puy ; pour procureur syndic du district de Cusset, au

lieu de Givois, nommé procureur général syndic, le citoyen Poncet, administrateur du même district.

c II laisse aux conseils de districts à remplacer les administrateurs sortant des directoires par avancement, et à celui du district de Moulins, à remplacer dans le plus bref délai son receveur. »

Le suppléant du juge de paix de Moulins, Louis Bonnet, n'était pas pour le moment compris dans cette première catégorie de suspects. S'il n'y avait eu de victimes que les personnes ici désignées ?

Louis Bonnet, fils de Jean Bonnet, procureur, et de Marie Vernoy, était né à Moulins, le 4 août 1754. Il y était procureur comme son père à l'époque de la révolution. A l'organisation des justices de paix, il fut nommé assesseur et installé en cette qualité, le 9 décembre 1790, par le conseil général de^la commune. Le 28 février 1793, le même conseil général lui refusait un certificat de civisme. Fâcheux présage: car peu de temps après, Prudhomme pouvait inscrire dans son nécrologue, t. I«% 118 : « Bonnet fils (Lc^uis), avoué, âgé de 40 ans, né et domicilié à Moulins, condamné à mort comme contre-révolutionnaire, le 11 nivôse an II (31 décembre 1793) par la commission révolutionnaire de Lyon. »

Les détenus de la Mal-Coiffée s'attendaient à tout, sans rien prévoir. Enfin un jour les charrettes sont prêtes ; des détachements nombreux de gendarmerie les escortent et une partie de la garde révolutionnaire a l'arme au bras. C'était le 15 frimaire (5 décembre.]^ Trente-deux allaient partir. Leurs amis, leurs fils, leurs épouses essaient encore d'attendrir les bourreaux. Larmes inutiles. Quelques uns exposent l'affreuse situation où ils se trouvent, leurs infirmités, leur âge, la rigueur de la saison. Le comité repoussé

toutes les pétitions par l'ordre du jour. Il fait indistinctement jeter les détenus sur les charrettes, liés deux à deux, étendus sur la paille, et Ton part.

Le même jour, le comité révolutionnaire expédiait à Yerd, a: ci-devant rat de cave, ayant été cassé du département pour faits de concussion », alors procureur générsd de la commission temporaire , cette horrible lettre :

çc Moulins, 15 frimaire, Tan deuxième de la république française, une et indivisible. -- Le comité central de surveillance du département de l'Allier au républicain, procureur général de la commission temporaire de surveillance républicaine établie à Commune- Affranchie. — En cédant avec plaisir à l'invitation que tu nous a faite de t'envoyer tous les fédéralistes, sectionnaires et autres ennemis du peuple qui infectent notre département, et qui ont trempé au moins indirectement dans la conspiration des Lyonnais rebelles par la joie insolente qu'ils ont manifestée à l'époque de cette rébellion et les espérances secrètes qu'ils fondoient sur sa réussite, nous avons fait partir pour Commune- Affranchie trente-deux de ces coquins qui peuvent passer, malgré tout ce qu'ils pourront dire d'astucieux, pour la quintescence et le sublimé de l'aristocratie de notre département ; nous pouvons même t'assurer que la tranquillité et la sûreté des personnes qui travaillent ici au bonheur du peuple ne seront que précaires tant que ces scélérats respireront. Fais les donc participer à l'honneur de la grande fusillade dont la conception fait l'éloge de ton imagination, si tu en es l'inventeur.

« Nous pensons avec toi que cette manière de foudroyer les ennemis du peuple est infiniment plus digne de sa toute puissance et convient mieux, pour venger en grand sa souveraineté et sa volonté outragées, que le jeu mesquin

et insuffisant de la guillotine ; ce dernier instrument sera bon pour les temps ordinaires, et peut encore être employé à punir les petits criminels obscurs.

€ Ne te jette point dans le labyrinthe des formes pour faire juger nos brigands ; prends le comité qui te les envoie pour un jury national , qui, sans aucun remords, a la conviction intime et morale de leur scélératesse profonde, de leur arîstocratie incurable, de leur bassesse, de leur égoïsme, du désir brûlant qu'ils nourrissent dans leurs âmes infernales de se venger des patriotes , s'ils avoient un moment le grapin sur eux, et enfin de leur penchant sectionnaire et fédéraliste. En révolution, la déclaration d'un tel jury, composé de sans-culottes qui ne respirent que pour la patrie et son salut, qui ne vivront qu'autant que la liberté, l'égalité et le triomphe de la montagne seront assurés et affermis sur des bases immuables, cette déclaration, disons-nous, doit suffire pour décider la commission dont tu es un membre à porter contre ces monstres la juste condamnation qu'ils méritent par leur opposition effrénée à notre glorieuse révolution. Il est temps enfin qu'il soit ouvert une initiative sur le châtiment de ceux des gens suspects qui ont le plus auda> cieusement insulté à la liberté et à l'égalité depuis quatre ans consécutifs. Eh bien ! le comité central de surveillance très républicain du département de l'Allier, qui a fait, avec sagacité et probité, sans haine et sans partialité, le triage des aristocrates virulens qui infectoient son sol depuis trop longtemps, va lui donner cette initiative; il déclare que ces monstres doivent disparaître de la terre des vivans et tous leurs biens être confisqués. Ce n'est pas que nous entendions par là disculper les autres individus arrêtés comme suspects, et leur ménager une absolution qu'ils ne

méritent pas : car la nation doit être pleinement vengée ; mais comme ils sont un peu moins dangereux, nous en demanderons en temps et lieux la déportation.

« Notre collègue Delan te remettraFampliation d'une lettre écrite par le grand défenseur officieux de l'aristocratie, par Tourret, à l'époque où il étoit administrateur du département, à un ci-devant privilégié, dans laquelle, pour lui faire bassement sa cour, il renioit en quelque sorte sa qualité d'administrateur, et cherchoit à avilir les lois en lui marquant que celles relatives aux émigrés, qui étoient pourtant très douces à cette époque, étoient néanmoins à ses yeux très vexatoires. L'original de cette lettre, qui est déposé au département et qui prouve un délit matériel de conspiration et de trahison dans l'administration dont cet aristocrate étoit l'indigne membre, suffiroit seul pour faire tomber sa tète en supposant qu'il fallût pour ce scélérat, ainsi que pour ses fauteurs et adhérens, des preuves matérielles ; mais non, il n'en faudra pas pour une commission révolutionnaire à qui la conviction morale doit suffire.

« Delan te remettra aussi une lettre qui prouve que Heullard, dit Certilly, étoit en correspondance avec un émigré ; cette lettre, qui lui étoit adressée de Fribourg et qui fut surprise par la vigilance des magistrats du peuple à la poste, lui valut son arrestation ainsi que celle de sa femme, à qui principalement elle paroît avoir été écrite ; mais toujours est-il vrai que le mari doit être en cette occasion regardé comme le véritable correspondant de l'émigré ou qu'il a au moins participé à la dite correspondance ; d'ailleurs nous t'enverrons la femme, si tu l'exiges. Les signes rouges de cette lettre ont été découverts par le feu.

<r Delan te rémettra en outre une lettre qui établit que le

nommé Baille, aristocrate forcené, quoique de la classe des sans -culottes, étoit en correspondance avec un prêtre déporté.

«c Enfin il te remettra la pétition des gens suspects , contre lesquels le conseil général de la commune de Moulins eut le courage civique de décerner des mandats d'arrêt, contre le vœu exprimé des sections , où l'aristocratie la plus imprudente avoit évidemment dominé, en dictant à plusieurs d'elles qu'il n'y avait aucune personne suspecte dans leur sein. Cette pétition, qui est écrite de la main de Tastucieux et fayettiste Jouffret, qui en fut le rédacteur, où Ton taxe d'arbitraire et de despotique l'arrêté vigoureux du conseil général de la commune, quoiqu'il fût très-légal, et où l'on finit par conclure à la convocation des sections ; cette pétition, nous osons le dire, par laquelle ceux qui l'ont signée, ont cherché à avilir l'autorité municipale et se sont montrés si ouvertement partisans du système sectionnaire, qui fut toujours celui des aristocrates et des fédéralistes, doit suffire pour former une preuve matérielle de délit contre ceux de ces signataires que nous t'envoyons, et leur faire porter la tête sur l'échafaud.

<L Nous te prions instamment de ne point perdre ni égarer cette pièce importante, qui nous sera encore nécessaire pour opérer la condamnation de plusieurs autres ennemis qui Tout signée, et que nous solliciterons de la justice de la convention, lorsque nous aurons reçu satisfaction du premier envoi que nous t'avons fait. Pour la plus grande sûreté, tu auras l'attention de la remettre à Delan, quand tu en auras fait l'usage convenable pour la vengeance nationale.

<c Tu n'oublieras pas de distinguer un de ces signataires de cette pétition perfide. C'est l'aristocrate Chotard , Tun

des meneurs du fédéralisme qui s'est manifesté au Donjon lors de l'arrestation du trsdtre Brissot, et qui a manqué perdre ce pays dans l'opinion publique. Ce fut lui qui^ comme tu sais , fut le rédacteur d'une adresse, où le système Brissotin perçoit à jour ; nous espérons que tu auras soin de cet individu présomptueux, qui, dans sa petite colère, s'est gendarmé contre la révolution, parce qu'il n'a pu obtenir les places qu'il y avoit recherchées avec soin, et que tu nous en rendras bon compte ; la société populaire de Moulins, qui lui avoit arraché le masque du patriotisme dont il s'étoit couvert pour parvenir à ses fins ambitieuses qui ne doivent jamais entrer dans l'âme d'un vrai et loyal républicain, le chassa dans le temps de son sein comme un vil intrigant. (Voir pour Chotard, tome I«% page 363).

<( En voilà assez de particularisés ; nous te signalons tous les autres de notre premier envoi et notamment Labrousse- Verazet, Huguet du Lys, Barbara , Pajot, Bonnet, Hautier et Godet , comme des aristocrates audacieux , dangereux par conséquent, et comme étant très entachés du système sectionnaire, attachés d'une manière radicale à l'ancien régime qui leur valoit leurs privilèges, des jouissances exclusives et celui de vexer le pauvre peuple, qui, dans ce temps-là , étoit doux comme la brebis devant celui qui la tond.

« Base donc sur les pièces que nous t'envoyons et sur l'opinion puWique de notre département un bon jugement de condamnation contre tous ces coquins, dont les vengeances seroient insatiables s'ils avoient un jour, par une cruelle fatalité, le dessus sur nous, ou même s'il leur étoit permis de marcher d'un pas égal avec nous, qu'ils regardent comme leurs oppresseurs , en oubliant que nous ne faisons que notre devoir, et que nous serions nous-

Chesnaud, Mallet, Rolland, Desmazures, Thierriot, Rouyer, Delaire, Ant. Saulnier, Joachim Burelle. ]» <^>

Et quels étaient les signataires de ce document qu'il suffît de citer ? La Dénonciation, qui le transcrit, page 104, va nous l'apprendre, page 81 :

« Delan est cet agent de mort qui s'est chargé de porter à Lyon les pièces que nous avons analysées, et qui, trouvant les trente-deux sur sa route , insulta lâchement à leur malheur. Ce Delan est aujourd'hui devenu propriétaire de plusieurs portions des biens de ceux qu'il a fait assassiner. Dès la mort de son père, il a chassé sa mère de chez lui, et l'a traitée avec inhumanité. Il a pour s'emparer des biens de sa sœur , qui étoit atteinte d'une maladie grave , imaginé de la conduire à Paris , sous prétexte de la faire guérir, et il l'a fait mettre à Bicétre où elle est morte. Il a été enfin aumoné <2) par un arrêt du parlement. Voilà ce qu'étoit l'un des meneurs principaux du comité ; et ce ne sont pas là, comme l'on voit, des faits vagues, ainsi que ceux des Notes instructives.

« Grimaud est un prêtre. Il habitoit Clermont d'où ses scandales le firent chasser. Grand vicaire constitutionnel à Moulins, il fut chassé de même de sa place...

« Roland, aristocrate d'abord, ensuite forcené révolutionnaire. Il se jeta dans le parti de Delan. Avant la mort des Trente-Deux, il s'est hautement vanté de parvenir à avoir la maison de l'un d'entre eux ; et il a tenu parole.

(1) Cette lettre est aussi reproduite, avec les autres documents officiels relatifs aux trente-deux, p. 32 du Tableau des crimes du comité révolutionnaire de Moulins.

(2) Condamné judiciairement à payer une somme au profit des pauvres.

n Desmazures étoit comédien et sans ressources. Il s'en est fait une de la révolution, s'est introduit dans le comité, où il se piquoit de se distinguer par son insolence.

€ Thierriot étoit ecclésiastique ; il a persécuté son frère dont il avoit cherché à séduire la femme ; membre du comité révolutionnaire, des femmes prisonnières lui faisoient demander leur liberté ; il y mit pour condition qu'elles se prêteroient à sa brutale passion.

m Marcillat, encore un prêtre I En horreur aux habitans du pays où il demeuroit, il essaya de se venger de l'opinion publique en se dévouant au parti dominant et y obtenant de l'autorité. Dire qu'il fut jugé digne d'aller siéger à la commission temporaire, c'est en deux mots le définir.

« Rouyer, c'est l'auteur de la fameuse lettre ; c'est encore en dire assez ; il étoit au reste connu dès avant la révolution par ses scandales. Il avoit été au barreau ; il professoit hautement l'athéisme.

« Saulnier étoit chirurgien ; son incapacité l'a réduit à un état de misère absolu ; il se fit, comme les autres, une ressource de la révolution ; il affichoit la soif du sang ; il se distinguoit à la société populaire par ses motions forcenées.

« Burelle. Les excès de tout genre l'avoient jeté dans l'indigence ; il n'avoit pas même de crédit au cabaret ; et en 1793 encore les boulangers lui refusoient du pain. Il s'est remarié après avoir fait périr sa première femme de douleur, et il a annoncé dans son contrat avec la seconde une fortune considérable. Il s'étoit, en effet, dans le comité révolutionnaire, fait un patrimoine par ses rapines.

a Verd étoit un ancien employé dans les gabelles. Il eut un procès criminel comme concussionnaire. Il a mérité par

ses fureurs sanguinaires d'être nommé procureur général de la commission temporaire. Un trait suffira pour le peindre : le député barbare, que nous avons désigné. Ta chassé de la commission et l'a accusé en face à la convention d'avoir volé.

Mioche étoit notaire ; il a été accusé d'avoir rendu en assignats un dépôt qu'il avoit reçu en louis ; ce trait est vil sans doute, et il est clair que Mioche avoit vendu les louis et gardé à son profit la différence que de mauvais citoyens lui avoient payée ; mais voici un vol plus caractérisé encore et plus infâme. Dans un moment où il y avoit disette absolue à Moulins, il parvint à soustraire des casernes plusieurs sacs de farine, se procurant ainsi de très beau pain, tandis que le reste des citoyens n'en mangeoit que d'avoine; il fut accusé; il avoua tout; il fut chassé de la société populaire ; mais il étoit en même temps membre du comité révolutionnaire ; le moyen qu'il fût condamné I d

On a remarqué la mention que Bonnet obtint du comité révolutionnaire de Moulins : e: Nous te signalons tous les autres de notre premier envoi , et notamment Labrousse- Verazet, Huguet du Lys, Barbara, Pajot, Bonnet, Hautier et Godet, comme des aristocrates audacieux, dangereux par conséquent, et comme étant très entachés du système sectionnaire, attachés d'une manière radicale à l'ancien régime... d

Le 19 octobre 1793, il avait été porté le 28® sur la liste des 40 suspects dressée par Burelle, Delan, Mioche et Thierriot, comme « notoirement suspect d'aristocratie, n'ayant pu obtenir un certificat de civisme, et prévenu par ses relations avec les ennemis de la république. »

C'est d'après cela que Louis Bonnet fut décapité, le 31

décembre. La vente de ses meubles , le 29 prairial, produisit 781 livres.

Et quand Vemerey, envoyé en mission après le 9 thermidor, épura les fonctionnaires à la séance du 2 prairial an II, tenue « dans le temple consacré à l'Être Suprême » <^>, il n'osa pas destituer tous les scélérats compromis par

(1) « Liste des autorités constituées de la commune de Moulins, épurées par Vemerey, représentant du peuple dans les départements de la Creuse et de l'Allier :

Département: Reigneaud. Forissier. Renaud. Desruelles. Verd. Dufour. Louvrier. Foumeau-Crebert, de MonUuçon. Merlin, secrétaire général.

Directoire du district : Delaire, agent national. Brault, substitut de Fagent.

Administrateurs : Lomet. Boullard. Reignier.

Adjoints : Brunet-Latour. Papon-Lameigné.

Conseil du district : Terrant, président. Taillefer. Boutry. Coujard. Tortet, père. Saulnier- Desmerles. Saulnier, fils, orfèvre. Turlin, américain. Boirot, fils, secrétaire. Crosse, receveur.

Municipalité : Delan, maire. Desmazures. Bouchot. Mison, jardinier. Delaume. Pitout, ex-avoué. Girard, fils. Moitié. Pacaud, entrepreneur. Bougarel, notaire. BureUe, apothicaire. Tortet, tanneur. Rolland, agent national. Dufour, le jeune, ex-avoué, substitut de Tagent.

Notables : Bichon, marchand, officier public. Chaumet, idem.. Thibaud, idem. Morand, aubergiste. Bernard, père. Cartier, fils, apothicaire. Brunet, marchand. Benoist, ingénieur. Muiront. Dupont, entrepreneur. Coste, marchand. Arnaud. Torterat, chamoiseur. Torterat, fils, marchand de bois. Ravenel. Boiset. Maine, imprimeur. Dufour, artiste. Boulard, marchand de bois. Moreau, cadet. Perrot, jardinier. Chambon, faïencier. Pornotte, notaire. Marinier, secrétaire greffier. Robin et Garraud, substituts.

Comité de surveillance: Simard. Thierriot. Rouyer. Chesnaud. Saulnier, officier de santé. Burelle, imprimeur. Laporte, aubergiste. Vidalin, fils. Cartier, architecte. Piozet. Cognet. Courand, secrétaire.

Tribunal de district : Desbouis-Salbrune, président. Piron, juge.

les assassinats de Lyon ; Simard^Thierrioty Rouyer, Burelle, Ghesnaud , Saulnier restèrent. Delan fut nommé maire de Moulins. C'était une honte. Cependant il y avait une notable amélioration. Et la foule, qui avait applaudi Fouché prêchant le pillage , le vol et l'assassinat, battit des mains aux paroles modérées de son successeur recommandant la justice, l'obéissance à la loi, la paix, la concorde, l'union : « Citoyens , voulez-vous être heureux ? voulez-vous être libres ? Respectez l'empire de la loi ; honorez vos magistrats. La loi est la sauve-garde des personnes et des propriétés. Oui, la terreur a dû être quelques instants à l'ordre du

jour Mais aujourd'hui, l'aristocratie pleure dans le

secret la mort des factions ; aujourd'hui la liberté française est constituée, la vertu et la probité sont à l'ordre du jour. Que la vertu, la timidité, la faiblesse trouvent un appui

dans les magistrats du peuple Citoyens, restez unis

comme des amis et des frères ; ne formez qu'un faisceau ;

Burelle, père, juge. Pinot, juge. Clément, juge. Mallet, commissaire national. Artigaud, greffier.

Suppléant: Durye, père. Dufour le jeune, ex-avoué. libaud. Lacaille, ex-avoué.

Tribunal criminel du département: Meillet, président. Sayet, accusateur public. Boussac, greffier.

Juges de paix, canton d'est: Mison, juge de paix. Lavauvre, greffier.

Canton de l'ouest : Parchot-Villemouse, juge de paix. Vîllefort, greffier. Burand, greffier de la police correctionnelle.

Tribunal de commerce: Torterat, président. Place, marchand, juge. Gouat-de-Ragon, juge. Michel, marchand, juge. Gihal, marchand, juge.

Suppléans : Saulnier, marchand de fer. Moreau, Taîné. Brunet, niarchand. BeUn, marchand. Durand, greffier.

Bureau de conciliation : Foumier-Descorat, président. Vemin. Martin, neveu. Bétin, père. Boiron, ex-avoué. Goyard. »

déposez toutes vos haines , vos passions au pied de l'arbre de la liberté; vouez une haine éternelle aux despotistes, aux aristocrates, aux intrigans .... i» Et là-dessus , l'assemblée décide qu'on demandera à la convention c un décret qui permette à ce législateur de rester à Moulins jusqu'après la récolte », et que son discours sera imprimé pour être envoyé à la convention, au comité de salut public, aux jacobins à Paris et à toutes les communes du département. Et voilà comment Joachim Burelle fit du tout une plaquette de onze pages avec la devise : « Liberté, égalité, fraternité, ou la mort. »

Louis Bonnet eut un frère, qui était religieux bernardin, Pierre Bonnet. Le 19 frimaire an III (9 décembre 1794), il demanda l'expédition du mandat d'arrêt décerné contre le malheureux Lyonnais. Le comité révolutionnaire la lui accorda. C'est lui qui, le 26 brumaire an II (16 novembre 1793), « âgé de 45 ans, ci-devant religieux bernardin, actuellement desservant de l'hôpital Saint-Gilles, "» avec Gervais Berrut, François Saint-Quentin, vicaires épiscopaux, et Jean-Marie Nielh, renonça à ses fonctions sacerdotales et envoya au comité de surveillance ses lettres de prêtrise. Il n'avait pas imité la fermeté de son confrère, dont parle l'acte mortuaire du 2 prairial an II (21 mai 1794) : « Laurent-Hubert Guenebaud, administrateur de l'hospice national des républicains » (Saint-Gilles) , déclare que le citoyen Mauroy, ci-devant bernardin, âgé de 66 ans, natif de Reims en Champagne, est mort aujourd'hui à l'hospice. »

JACQUES HEULHARD DE CERTILLY,

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