A MOULINS, MAIRE ET CONSEILLER DU ROI AU PRÉSIDIAL DE MOULINS
Un jeton frappé en 1786 porte au revers, avec la légende PATRLE MVNVS, les armes de Moulins : D'argent à trois croix ancrées de sahle^ au chef d'azur chargé de trois fleurs de lys d'or, l'écu timbré d'une couronne ornée de coquilles en guise de perles , souvenir du blason des premiers sires de Bourbon, et au droit un écu carré : D'argent au chevron de gueules f accompagné de trois œillets^ tiges et feuilles de même (œillet, euillard, rébus héraldique), Fécu posé sur un cartouche et timbré d'une couronne de comte avec ces mots en légende : iaq» heulhard consr au pral maire de mouuns. C'est le jeton municipal gravé en l'honneur de Jacques Heulhard, élu maire cette année à la place de Jacques Vernin, et victime de la terreur à Lyon. • Jacques Heulhard, seigneur de Gertilly en la paroisse de Coulandon (*), était fils d'Antoine Heulhard, avocat au
(4) Prudhomme le désigne ainsi, II, 485: « Heuyllard, Jean, âgé de 50 ans, ci-devant greffier du bureau des finances de Moulins et conseiller au dit bailliage, né et domicilié à Moulins, condamné à mort conmie contre-révolutionnaire, le 11 nivôse an II — 31 décembre 1793 — par la commission révolutionnaire de Lyon. » L'arrêt l'appelle aussi « Jean, conseiller au bailliage. »
parlement et greffier en chef au bureau des finances de Moulins <^>. Sa mère était Françoise Picard du Chambon. Son oncle devait être un fils de François Heulhard-Fabrice, Marc-Antoine Heulhard-Fabrice, intendant des jardins du roi à Moulins, qui avait épousé, le 10 janvier 1752, à Moulins, Catherine Vilhardin de Montigny, fille de Jean-Jacques, écuyer, greffier en chef au bureau des finances de la généralité de Moulins, et de Gabrielle Griffet, dont il eut, le 28 décembre 1753 , un fils , nommé Jean-Baptiste (^K Un Heulhard-Fabrice, sans doute fils de Marc-Antoine, fut nommé conseiller du roi au présidial, en 1780 (3). C'est lui
(i) n fut nommé à cet office, le 29 mars 1749. Il était aussi marguiller de Saint-Pierre des Ménestreaux. U assiste, le 21 novembre 1752, 8^ mariage de sa sœur avec Jacques Imbert de Balorre. Lui-même, peut-être son fils, signe Tacte de décès dç Farchevêque de Cambrai, Léopold-Gharles de Choiseul-Stainville, décédé en l'hôtel de rintendance, à Moulins, le 11 septembre 1774, lorsqu'il se rendait à Vichy pour soigner une afifection catarrhale.
Le premier des Heulhard, qui ont été seigneurs de Certilly, fut Heulhard, époux de Suzanne de Gulant, inhumé en l'église de Saint- Pierre à Moulins, le 11 janvier 1655. Son frère, Jacques, avocat en parlement, y fut aussi enterré, le 9 novembre 1699. François Heulhard de Certilly, archidiacre de Sancerre, chanoine de Bourges, promoteur de Tofficialitè de Moulins, fut inhumé, le 20 novembre 1732, à l'hôpital général de Moulins, dont il était le bienfaiteur avec sa sœur. Voir Le château de CertUly, par M. Francisque Pérot, dans les AnncUes Bourbonnaises, II, 223.
(2) Geneviève Heulhard, fille de Pierre, sieur des Burliers, receveur des épices des offices du baiUiage de Moulins, et de Marie Deusme, fut mariée, le 22 février 1666, à Pierre de Louan, écuyer, seigneur de La Jolivette et du Plaix. — Jean-Baptiste Heulhard de Monteuil est parrain (28 décembre 1752) de Jean-Baptiste Heulhard-Fabrice, son petit neveu.
(3; Un autre Heulhard, Jean Heulhard de Certilly, Favait été en
pr(d)ablement qui fut , en 1791 y présid^fit du bureau de paix du district , maire de Moulins de 1801 à 1804 après Bougarel et avant G. Ripoud et Dominique La Gauguière, adjoints. Sous son administration, le lycée, dont l'inauguration eut lieu le 16 juin 1803, fut établi dans les bâtiments de la Visitation <^K
Inutile d'ajouter qu'il fut incarcéré. Le 24 nivôse an II (13 janvier 1794), le comité révolutionnaire faisait transférer de la maison d'arrêt des carmélites en celle de justice, avec Battelier, Barruel fils <^, Champfeu, Puymorin, Saint- Georges, Jarouflet, Marguerite Tourret, Ripoud -Lizé, Grassin, qualifié de e grand Brissotin », Noguères et Chantepie, « Fabrice, prévenu d'être agent d'émigré et contre-
1732. — En 1734, François Heulhard était notaire royal et gardenotes héréditaire à Moulins ; le 14 février, il passe le contrat du mariage de Marc de Dreuille, écuyer, seigneur de Boucherolles, avec Philiberte Vernoy de Montjoumal.
(1) La porte d'entrée, construite aux frais du préfet, porte le nom du maire : « Ex tnunificenHa domini de La Coste Messelière hujus regionis prœfecH anno i804 domino Heulhard Fabrice urbis préside. Les mêmes noms se lisent encore sur une cloche de la cathédrale de Moulins : ^ Le 7 brumaire j an XI de la république française, Napoléon Bonaparte, premier consul. J*ai été nofmmée Napoléon par Benjam^in-Eléonor'-Louis de Lacoste Messelière, préfet du département de V Allier, et Marie CoïUjls, épouse de Heulhard^Fabrice , m,aire de Moulins, et bénite par Nicolas-Amable-Florimond Roux. » Une des descendantes d'Heulhard-Fabrice épousa M. de Gomeau , juge de paix à Dornes, auteur d'un volume^ La civilisation des peuples ; sa fille, madame Moussière, est morte il y a quelques années, la dernière des Heulhard-Fabrice.
(2) Ce doit être Pierre Barruel, conseiller au présidial depuis le 28 mars 1778, succédant à son père^ Georges-Pierre, qui avait luimême remplacé, le 2 septembre 1750, Claude-Joseph Josse de La 398Qbe.
révolutionnaire » <*>. Très probablement il faisait partie de la seconde fournée de quinze personnes que le comité devait expédier à la commission temporaire de Lyon.
Jacques Heulhard de Certilly fut d'abord, le 8 janvier 1767, conseiller du roi au présidial de Moulins, au lieu de Jean Heulhard de Certilly, son oncle, nommé le 13 mars 1732, — à la place de Gilbert Trochereau, qui avait remplacé comme avocat du roi, en 1684, Jean d'Aubeil — ; puis en 1770, il succéda à son père dans sa charge de greffier en chef du bureau des finances, qu'il exerça conjointement avec celle de juge. La loi du 7 septembi^e 1790 Tarracha à son siège. Gomme dédommagement anticipé, semble-t-il, on l'avait nommé niaire de Moulins au commencement de 1786. Il succédait à Jacques Vernin, lieutenant particulier criminel assesseur, qui avait été élu en août 1780 (2).
(1) Sur la liste des émigrés du département de rAUier pour le district de Moulins, imprimée en 1798 par Boutonnet, on lit : « Heulhard- Fabrice, officier au régiment ci-devant la Couronne infanterie; dernier domicile connu, à son régiment, » à côté de (( Louis-Joseph Gapet, ci-devant Bourbon-Condé. »
Gilbert Heulhard-Fabrice avait succédé, le 24 mai 1780, comme conseiller au présidial, à Jean-Jacques Pierre de Saincy. Heulhard, sieur de La Ronde, avocat en parlement, figure sur lies deux petites cloches de Jacquemart, à Moulins, octobre 1658. François Heulhard, seigneur de Monteuil, avait pour femme Louise de Ghampfeu qui, le 3 septembre 1705, à Moulins, fut marraine avec Pierre Delisle- Mansart, architecte du roi.
(2) Jacques Vernin (Armes : Écartelé aux i et4 d'ctzur à la croix potencée d'or, cantonnée de 4 croisettes de même, et aux 2 et 3 d'argent à une feuille de chêne de sinople) avait succédé comme maire en 1780 à Bonnet Bardonnet. (Voir plus haut, page 18). La lieutenance particulière criminelle au présidial paraît avoir été héréditaire dans la famille Vernin. Pierre Vernin fut lieutenant particulier criminel, assesseur civil au présidial, le 11 avril 1726, succédant à son
« Fatal honneur , s'écrie Etienne Méplain , dans ses trèsintéressantes études sur Les jurisconsultes bourbonnais , page 187, fatal honneur , sans lequel peut-être il n'eut pas péri victime des fureurs sanguinaires qui auraient déshonoré la révolution de 1789, si le bien pouvait être rendu solidaire du mal. >
Heulhard donna l'exemple de la générosité ; trois mois avant la nuit du 4 août, il fit le sacrifice d'un privilège du maire. Tandis que les échevins et le procureur du roi en l'hôtel de ville exerçaient gratuitement leurs fonctions administratives, le maire, en vertu d'un arrêt du conseil de 1705, recevait cent cinquante livres d'honoraires ; ce seraient aujourd'hui des frais de représentation. A l'assemblée du conseil, le 18 février 1789, Heulhard renonça à cette gratification pour lui et ses successeurs , et les cent cinquante livres seront désormais déduites des charges de la ville. Avec le maire, signèrent les échevins : Pellassy, avocat, Pornotte, notaire, Garreau, bourgeois, Place, marchand, et le procureur du roi Pinturel. L'intendant Barbarat de Maziron, chevalier, seigneur de Maziron, comte de Muret et de Neuvron, approuva la décision (*>.
C'est sous son administration qu'eurent lieu la création du diocèse de Moulins et l'érection du siège épiscopal, fondation que la révolution retarda et qui n'eut lieu définitivement qu'en 1823. Le 8 avril 1789, il y eut une assem-
père, Jacques Vernin, nommé à ce siège, le 10 janvier 1682, lieutenant particulier criminel, assesseur civil, à la place de Jacques fiergier de Ghevray. Jacques succéda en cette qualité à son père, Pierre, le 20 juin 1750, et laissa la place à son fils, Pierre- Joseph Vernin, le 16 février 1780.
(1) Souvenirs de V hôtel de ville ^ par M. Henri Faure, dans les Annales Bourbonnaises^ III, 183.
blée générale des habitants de Moulins, convoquée par le procureur du roi Pinturel et présidée par Heulhard, assisté des échevins : Pellassy, Pornotte, Place et Garreau ; des anciens maires : Bardonnet de Gondailly et Faulconnier, et des conseillers de ville : Hugon de Givry, Lault, Merle, procureur du roi, Pelle de Pesselière, Legros, Libault, Houdry, Tenaille, Michel et Arnaud ; des représentants du clei^é : Ripoud l'aîné et Béraud , chanoines ; des représentants de la noblesse : le comte de Douzon et Roi de Beauregard ; du présidial : Chabot et Desbouis de Salbrune. Chaque corporation y avait des délégués : pour les médecins, Michel ; pour les drapiers, Ripoud, changeur ; pour les avocats, Tourret des Granges ; pour les notaires, Amy ; pour le bureau des finances, Noguères et Perrotin ; pour les eaux et forêts, Legros ; pour l'élection, Faye des Thébauds ; pour les épiciers, Roux ; pour les imprimeurs, Pavy ; les bourgeois, Perronin ; les apothicaires , Barbe- Busset ; pour le grenier à sel, Rousseau ; les couteliers, Pierre Grand ; les orfèvres, Saulnier, père ; les traiteurs. Desrosiers ; les aubergistes, Villard ; pour la paroisse d'Iseure, Trochereau et Faye ; pour le faubourg de la Madeleine, Sallard. C'était un reste des vieilles franchises municipales que ces délibérations d'assemblées composées des représentants de tous les corps intéressés.
Le maire dit : « Nous avons été invités à convoquer cette assemblée pour vous demander votre avis sur l'érection V> •
de l'évêché de Moulins. L'opinion générale n'a jamais été incertaine sur cet objet ; on a toujours vu avec regret qu'une ville, aussi considérable que la nôtre par son étendue et sa population, fût sous la dépendance d'un siège dans une province avec laquelle nous n'avons aucune relation, et dont nous sommes séparés par une rivière qui
souvent oppose une barrière insurmontable aux jeunes ecclésiastiques qui se destinent à entrer dans les ordres sacrés. Nous sommes encore excités^ messieurs, par un nouveau motif, c'est le désir de nous attacher plus particulièrement et de voir dans la plénitude de ses fonctions, un prélat dont nous admirons depuis longtemps le zèle et les vertus , et qui vient de nous donner , dans cet hiver rigoureux, les plus grandes marques de sa sollicitude pastorale envers les pauvres ; mais il ne nous suait pas de former des vœux au fond de notre cœur, nous devons les manifester d'une manière plus authentique et les énoncer dans le procès-verbal qui sera rédigé par M. le commissaire apostolique, délégué à cet effet.
ft En conséquence, messieurs, nous avons l'honneur de vous proposer de nous donner des pouvoirs suffisants pour comparaître au procès-verbal de l'érectioTi de l'évêché de Moulins, et de déclarer à M. le commissaire apostolique délégué que, non seulement la dite érection est avantageuse à notre ville, mais encore qu'elle est absolument nécessaire par les motifs qui seront expliqués dans la délibération, et que nous désirons avec empressement que cet établissement soit formé le plus promptemenj; qu'il sera possible. »
L'assemblée, unanimement, donna ison adhésion (^), d'autant qu'il s'agissait d'avoir poui* évêque un prélat qui s'était fait admirer et aimer à Moulins par ses largesses
(1) ff Sur quoi la matière mise en délibératioD, et sur ce ouï le procureur du roi, la dite assemblée, considérant que l'étendue et la population de cette ville et le grand nombre de sujets qu'elle ou ses environs procurent tous les ans à Tordre du clergé, rendent nécessaire Térection de Tévêché de Moulins ; que la distance de la dite ville à celle d'Autun, et la difficulté des chemins occasionnent des retards et des frais infiniment préjudiciables à ceux de ses
aux pauvres > Etienne- Jean-Bsiptiste^Louis des Gallois de La Tour, ancien conseiller au parlement d'Aix, vicaire général d^Autun au district de Moulins, et doyen du chapitre de laJeMlégiale depuis octobre 1785. Il était petit-fils de Jean-Baptiste des Gallois, sôignçiur de La Tour en Forez, successivement intendant de Poitou,- de. Pretagne et de Provence, et flte de Charles- Jean -Baptiste, vicomte de
habitants qui sont obligés de se pourvoir pour obtenir des dispenses ; que les fréquents débordements de la rivière de la Loire empêchent souvent les jeunes ecclésiastiques de la province du Bourbonnais de se rendre au ôéminaire aux époques indiquées pour les ordinations, ce qui leur fait perdre un temps précieux et les assujétit à renouveler des dépense^ quelquefois au-dessus de leurs facultés ; que ces différents motifs ont fait désirer dans tous les temps la dite érection,, et que les qualités éminentes du prélat que sa majesté a désigné pour occuper le nouveau siège épiscopal, doivent augmenter encore Tempressement des citoyens de tous les ordres pour manifester leur vœu d'une, manière authentique ; en conséquence, il a été décidé d'une voix unanime que messieurs les ofUciers municipaux ou Tun'd^'eux seraient ou demeureraient autorisés à comparaître, toutes fois et quand ils en seront requis, pardevant M. le commissaire apostolique délégué pour l'érection de révêché de Moulins ; qu tt te déclarent au procès- verbal, qui sera rédigé par mon dit sieu]"^ commissaire, que non seulement la commune acquiesce à la dite* érection , mais encore que le vœu général et unanime de tpus les citoyens de la dite ville est que les opérations préliminaires qui retardent cet utile établissement soient terminées le plus promptement qu'il sera possible.
« A l'effet de quoi expédition en forme de la dite dél&ération sera remise aux dits sieurs officiers qàHnibipaux ou l'un d'eux, pour eh faire tel usage qu'il appartiendra. Fait et délibéré à l'hôtel de ville, les jour et an que des autres parts. » Suivent les signatures de tous les membres présents ; en marge est écrit : « Vu la présente délibération, nous l'avons homologuée pour sortir son effet; à Moulins,* le 10 avril 1789. Foulon. de Doué, intendant de la province. »
GlomH seigneur de Chazelle, de Saint-Aubin sur Loire et de ïieàûlon , né à Paris le 11 mars Ï715 , conseiller au Dafib^ient d'Aix, maître des requêtes, président.au grand coilj^^il, intendant de Provence, premier président au. parlement d'Aix, inspecteur du commerce du Levant, président du conseil d'Afrique, en Thonneur de qui le' tiers état de Provence fit , en 1788 , frappée une médaille p. € L'abbé de La Tour, dit Alary, tenait^ comme beaucoup de gens d'église de son époque, un grand train de''maCison ; il ne méconnaissait pas pour cela les devoirs* et les obligations de son état. A l'occasion de sa rioriiinàtiori à l'évêché de Moulins, il .fit des visites officielles et générales dans toute l'étendue de la ville et des faubourgs, chez .les pauvres comme chez les riches, n'omettant aucuite niaison si petite fût-elle. On l'avait vu naguère, durant le rude hiver de cette année, visiter de même toute la ville pour recueillir les aumônes dont il s'était fait le dispensateur. Moulins
(1) Malgré ce témoignage de publique affection : « Le -tiers état de Provence à C.-J.-B. des Gallois de La Tour, intendant du pays, son ami depuis 40 ans, » le président de La Tour fut obligé de se cacher ; il se retira en Bourgogne, et trouva dans -sa terre de Saint- Aubin sur Loire, parmi ses vassaux, un sûr asile pendant les premiers temps de la révolution. Cependant' ir fut arrêté en 1793, conduit à Paris et enfermé au Luxembourg, d'où il. ne sortit que le 9 thermidor. Il mourut le 2i janvier 1802,, âgé de 87 ans. Il avait épousé, en 1748, Marie-Madeleine d*Aligre, fille du second président du parlement de Paris, morte en 1780. Sur la liste des pères d'émigrés (31 décembfô 1797), il est intîîqUê- ainsi : « Charles- Jean-Baptiste Desgalois-Latour, domicilié à Saint-Aubin, département de Saôneet-Loire. » Voir La Chenaye-Desbois, Dictionnaire^ t. Vil, p. 56.
Son fils, l'abbé de La Tour, fut aussi porté sur la liste dés émigrés. Ses meubles, vendus le 3 décembre 1792, rapportèrent à l'état 3,052 livres. \ • .. ....
pouvait donc espérer d'avoir en lui un premier tout-à-fait digne de sa mission évangélique » <*>.
Les formalités canoniques pour Térection du ndjjMKiïU siège n'étaient pas remplies qu'éclata la révolutioi^Çâiu lieu d'un diocèse de Moulins, il y eut un diocèse de rAffier. En effet, le décret du 12 juillet 1790, sur laconstitùtt^ù civile du clergé, fixa à Moulins le nouveau diocèse doçt la métropole fut Bourses, et qui, formé des démèmbremetits des diocèses d'Autun, Bourges, Glermont et Nevers, n'était autre que le département de l'Allier. Après deux évoques ^ . éphémères et intrus, le département fut, par le concofida£>»^ du 15 juillet 1801, uni au diocèse de Glermont. Ce ne, filjf-j^ ' qu'après le concordat du 15 juillet 1817 que le diocèse de^* Moulins fut érigé canoniquement par une bulle du 27 du' y même mois, et maintenu dans l'organisation des^sièges épiscopaux par la bulle du 6 octobre 1822, en qualité de suffragant de la métropole de Sens. i
Au lieu de l'intronisation de l'évêque nommé, choisi et désiré, Etienne de La Tour, on eut celle du prélat élu au scrutin public, Laurent <2). J'ignore l'avantage qu'en reti-
(1) Histoire deVétalJissenient de Vévêché de Moulins, par Alary..
(2; M. Cornillon, juge à sa façon la situation faite à Tévêque nommé de Moulins ; il n'avait encore aucun pouvoir en face de la constitution civile qui exigeait son serment pour être évêque intrus : « L'assemblée nationale, dit-il, II, 32, regarda cet évêclié comme pourvu d'un titulaire réel, bien qu'il n'y eût qu'une promesse '^ferme du roi vis-à-vis d'un de ses protégés. Par cette marque de condes-, cendance pour la parole du souverain, elle espérait sans doute que toutes les difficultés seraient applanies ; mais il n'en fut rien. Le département fit les instances les plus vives auprès de Desgalois de La Tour, pour qu'il demandât la confirmation canonique. . . Cet évêque refusa catégoriquement de fournir une réponse ferme... Impatienté, le directoire du département le mit en demeure de se prononcer, le
rèrent la ville et la religion. L'abbé de La Tour, nommé par Louis XVI à l'évéché créé le 27 avril 1788, fut obligé d'émîgrer d'abord en Angleterre, puis en Italie, où il devint aumônier de Mesdames Victoire et Adélaïde, tantes de Louis XVI. C'est lui qui fut chargé, après la restauration des Bourbons, d'aller prendre à Trieste le corps de ces princesses et de les ramener en France. Le convoi s'arrêta à Moulins, et la garde nationale monta la garde autour des cercueil^ Reposés dans l'église de Notre-Dame. L'abbé de I^ Tour revit avec bonheur cette ville où l'on se rappelait aussi son inépuisable charité. Il remit à l'abbé Amable- Florimond Roux, curé de Notre-Dame, une somme consi-
'àï décembre 1790... Des Galois de La Tour ne répondit pas ; il n*accusa même pas réception de la lettre qu'on lui avait adressée... Jusque là il avait toujours fourni des explications sur le retard apporté à sa confirmation canonique; cette fois- ci ^ il garda le silence, ce qui signifiait un refus formel de sa part d'entrer en relation atec les autorités administratives... En conséquence, le directoire convoque les électeurs pour procéder à son remplacement. » Conclusion: « Desgalois était un rebelle, en attendant qu'il devînt un traître .à son pays. » Voyez-vous ce « rebelle » et ce « traître ! » On* lui propose un marché : Jure contre ta a)nscience et je te fais évoque» — C'est trop cher ; je n'en veux pas. — Donc tu es un c rebelle. » De plus, si tu obéis à la force qui t'exile de ton pays, tu seras un'« traître » ; il est vrai que si tu restes chez toi, on fera bien de te^guillotiner comme le vicaire Chabral. (Voir plus haut, p. 51). « C'est la loi », dira M. Cornillon. Mais quelle loi que celle qui me fait parjure ou exilé, « rebelle et traître, » selon une hardie expression, e), même me guillotine ? L'historien ajoute : « Malheureusement pour les populations du Bourbonnais, cet homme était vertueux, zélé,charitable. » Voilà véritablement une phrase « malheureuse. » Les mauvais riches, les voleurs peut-être valent mieux. Il termine ainsi : Desgalois a fut nommé archevêc^ue à Bourges en 1817, et mourut en cette qualité, le 20 mars 1820. »
dérable pour les pauvres. Il fut sacré pour Tarcfadvêché de Bourges, le â6 septembre 1810 , et mourut , le âOmfln^ 1890, & rage de 70 ans.
L'érection de Tévôché à Mocdins fut l'événement le plus important qui marqua la mairie de Jacques Heulhard.
Le 19 janvier 1790, en l'église paroissiale de Contigny, près de Saint-I^ourcain, c meâsire Heulhard, écuyer, seigneur de Certilly, conseiller du roi en la sénéchaussée du Bourbonnais et siège présidial de Moulins, greffier en chef du bureau des finances dé la généralité de Moulins, et maire de la même ville, fils de feu messire Antoine Heulhard, écuyer, avocat au parlement et greffier en chef honoraire au dit bureau des finances, et de feu dame Françoise Picard Duchambon ]>, épousa, avec dispense dia consanguinité, « demoiselle PÎlile-Jeanhe-Françoise Picard Duchambon, fille majeure de feu messire Jean Picard de' Launay, écuyer, seigneur de Putey, chevalier de Saint- Louis, mestre de camp de cavalerie, ancien maréchal-deslogis des gendarmes de la garde ordinaire du roi <^>, et de feu dame Jeanne-Charlotte de Salonnyer. »
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(1) Denis-Joseph Picard de Launay fût, le 17 juillet 1732, nommé conseiller au présidial de Moulins au lieu de Nicolas-Pardoux de VUlaines nommé, en 1723, à la place de son père, Nicolas-Pardoux de Villaines.— Gaspard Picard du Chambon, époux d'Antoinette Cimetière de La BayoUedeBeaupoirier, fut, en 1793, soupçonné d'émigration. La terre de Beaupoirier en la paroisse du Breuil fut saisie. Le fermier était fondé de pouvoirs de Claudine Chantelot, veuve de Guillaume- Henri Cimetière de La BayoUe, demeurant à Pierrefltte, laquelle figure en 1797, 31 décembre, sur la liste des parents d'émigrés. Antoinette Cimetière avait épousé, en 1778, Gaspard Picard. £lle était fille de Guillaume-Henri Cimetière de La Bayôlle, écuyer, seigneur de La Chaise, Ghàteaurouk et Beaupoirier, et de Claudine de Chantelot, et avait pour sœur: l» Jeanne-Michelle-Madeleine
Les témoins étsuent : Jacques Imbert de Balorre, écuyer, seigneur de Balorre et autres lieux, conseiller du roi en la dite sénéchai;iisée de Moulins ; Antoine de Balorre, écuyer, capitaine d'infanterie, beau-frère et neveu de Tépouse ; Gaspard Picard du Chambon, chevalier^ seigneur de Putay, La Chaise et Beaupoirier, ancien gendarme ordinaire de la garde du roi, et Gaspard Jacquelot, écuyer, seigneur de
Cimetière de La Bayolle, « belle-sœur d'émigré, » dont il a été parlé t. I, p. 267, femme de Jean-Claude Bouquet de Chazeuil, et mère d'Ântoinette-Claudine Bouquet, morte à Moulins, le 17 fructidor an II (31 septembre 1794), âgée de 19 ans ; 2^ Marie-Mculeleine, déclarée émigrée sous le nom de « Beaupoirier, fenune d'Âurelle », épouse (8 septembre 1770) de Pierre-Antoine d'Aurelle des Cornais, d'abord garde de la marine à Rochefort/ puis enseigne de vaisseau jusqu'au 1() novembre 1767, des seigneurs de La Freydière, de Pisay, des Cornais, du Lac,' barons de Rochegude. Il eut de Madeleine Cimetière Jean-Simon-NâiH;isse d'Aurelle , capitaine de cavalerie, chevalier de Saint-Louis, marié, le 9 décembre 1807, avec Louise de Montmorin Saint-Hérem,*^arrière-petite-fiUe du gouverneur de Fontainebleau, dont il a relevé le nom en vertu d'une ordonnance (16 octobre 1816) de Louis XVllI. De cette alliance sont nés deux fils : Calixte d'Aurelle, capitaine d'âïiji-major en 1846, et Auguste-Henri d'Aurelle. Voir pour les différenfe branches des d'Aurelle le Nobiliaire d'Auvergne, I, p. 88. Malgté, ce qu'en dit Bouillet, p. 96, Pons d'Aurelle, de la branche de tTeçieneyre , des Cornais, fut réellement anobli en 1612, et n'était pas de la branche des Rigaud , seigneurs de Colombines, Te^ififitités aujourd'hui par la maison d'Aurelle de Paladines, dont .Ltfûis- Jean-Baptiste d'Aurelle de Paladines, né à Malzieu (Lozère^ eh. 1804, mort à Versailles en 1877, général de division en 1853,lfliinqueur à la bataille de Coulmiers (9 novembre 1870), député de l'Allier le 8 février 1871, sénateur le 8 décembre 1875 ; 3° Henriette, religieuse professe au prieuré de La Veine. Cette branche paraît éteinte.
Les Cymitière, Cymetière, Qmetière, étaient de la paroisse de Saint-Didier en Donjon, où se trouve encore le domaine de Cime-
Ghantemerle, major du corps royal du génie, chevalier de Saint-Louis, frère et beau-frère de Tépouse. Ont signé : Heulhard, Picard, Picard Duchambon, Imbert de Balorre, Jacquelot de Ghantemerle, Imbert de Balorre, Donjon,
Vilhardin de Marcellange, Joseph -Antoine de Balorre, Vialet Durye, Heulhard, Barratrie, Loiseau de Balorre, Picard de Marcellange, Loiseau d'Amon, Françoise Balorre de Chaumejean.
Quoique gentilhomme, Jacques Heulhard vota avec le tiers pour les assemblées aux états généraux ; ses fonc- i^
tière. Au xyv> siècle, on voit Reignaud Cimetière, homme d'armes
de la compagnie de Mg^r de La Guiche. Celui-ci était procureur d'office de la seigneurie de Millais ; celui-là, praticien au Donjon ; d'autres, labourei^ au domaine de Cimetière. Victor Meilheurat, à qui nous devons quelques bons renseignements sur cette partie du Bourbonnai$j trouve, en 1653, un Jean Cimetière, sieur de La Bayolle, bailli au Donjon, avocat en parlement, procureur du roi aux Basses- Marches du Bo\u*bonnais, juge des terres de M. de Chateâu-Morand, de Mp»« de Marcigny, de La Benissons-Dieu ; en 1691, Pierre, cornette dans la compagnie du marquis de La Bussière; en 1675, Barthélémy, seigneur de La Bayolle, bailli du Donjon, avocat en parlement, qui, par devant Desplaces, notaire royal , achel€t»^ 27 juillet 1683, de Jean des Gallois dé La Tour, écuyer, seigneur de Chazelle et de Dompierre,' de Lena^c et des Pontais, la terre fet seigneurie de Beaupoirier,- en là paroisse du Breuil. Il avait eu de Pierrette Symon, une fille, mariée à Claude de Chantelot; chevalier, seigneur de La Chaise, le Petlt-Beaupoirier et autres terres. Son fils fut probablement Joseph, écuyer, conseiller du roi, président trésoriet de France en la généralité de Moulins en 1738, seigneur de La Bayolle, Bournat et autres lieux. En .1750, il y a Henri Cimetière de Lft Bayolle de Beaupoirier, écuyer, trésorier de Fraince en 1761, demeurant au château de Beaupoirier. . - - . •
Une branche de cette famille bourbonnaise s'est établie à Angoulême et est représentée par M. Cimetière, fils de Cimetière, mort à Ângoulême, directeur de l'enregistrement et des domaines.
tions de maire le fiiisaient, en efifeC, raprésentant né du tiers. Il fut l'un des commissaires chargés de taire les extraits des divers cahiers de doléances pour la chatellenie de Moulins, à laquelle étaient réunies celles de Bessay, de Bellepercbe, et de Cheyagnes. Les autres commissaires de la môme chatellenie étaient quatre habitants de Moulins : Giraudet de Boudemange, (Voir plus haut, page 84), Lomet, Goyard, conseiller du roi au grenier à sel de Moulins, et Tourret qui fut aussi guillotiné à Lyon. L'assemblée particulière du tiers avait pour président le lieutenant général Jacques Grimaud, écuyer, seigneur de Panloup, La Grange, Montchevrier et Le Péage, avec Jean-François Conny de La Faye, procureur du roi, et Barret^ secrétaire.
Les circonstances étaient difficiles pour l'administration muniéîpale. Le 28 septembre 1789, réunis au comité des sub;$istànces, les officiers municipaux adressent à leurs citoyens une proclamation pleine de sagesse et d'utiles conseils qui auraient évité bien des malheurs <^>. Cette pièce
(1) < Cionsidéntiit que la liberté, à laquelle tous les Français sont appelés par les soins du monarque qui vient d'en être nommé si justement le restaurateur, et que rassemblée nationale travaille à .établir sur les bases d*une ferme constitution, ne consiste point dans le droit de tout oser et de tout enfreindre ; qu'il importe à la société publique, au repos et à la tranquilité des citoyens, que Texécution des lois actuellement existantes soit maintenue, jusqu'à ce que de nouvelles, décrétées par l'assemblée nationcde, sanctionnées par le roi et revêtues des formalités qui seront jugées nécessaires par les représentants de la nation, aient été établies; que tout particulier qui tente de se soustraire, par l'infraction des lois établies, au paiement de la portion contributive de ses impositions, perd sa qualité de citoyen, coipmet un crinie de lèsë-patrie, rompt le pact social et ne mérite plus jde Jouir des soins et de la protection qu'il avait droit d'attendro du gouTernement ; -que tous
q«â dessme clairement la «ituatioo i€à, puisqu'ioifi fm\9ét
les ii^pôts actuellement établis doivent être perçus et leur perception faite par les préposés à leur recouvrement, sans aucun trouble ni empêchement, en conformité des décrets de l'assemblée •nationale et notamment de* celui du 17 juin dernier par lequel elle a déclaré consentir proyisoiremeat pour la nation ^e ies impôts .crt contributions continuent d*être levés de la même manière qu'ils l'ont été jusqu'à présent ; que de l'exécution de ce décret dépendent le salut et la conservation du royaume, dans un moment suctout où les besoins de la patrie exigent les plus grands sacrifices, et où uç grand nombre de citoyens, entraînés par l'énergie de leur vertu et par un sentiment de générosité si naturel aux Français, se dépouillent volontairement pour contribuer à la restauration de la chose publique ; que cependant, au mépris des lois décrétées par l'assemblée nationale et des principes avoués et défendus par les vrais pilotes, quelques particuliers sont aUés dans la province d'Auvergne faire l'acquisition d'une quantité considérable de sel, à l'effet de le vendre dans les différents endroits de la province, ce qui porte une atteinte funeste à la perception de l'impôt ; que les moyens employés par ces particuliers, pour se soustraire aux préposés de la gabelle, ont fait craindre à tous les bons citoyens, à tous les amis de la paix et du repos public, que la tranquillité, dont la province a eu le bonheur de jouir et qu'elle est intéressée à maintenir, n'en fût ébranlée ; que cette entreprise est d'autant plus blâmable, qu'elle ^ été faite dans un moment où l'assemblée nationale s'occupait du soin d'alléger l'impôt du sel et de le modifier, jusqu'à ce qu'elle eût trouvé une circonstance heureuse pour l'éteindre en entier, et qu'elle eût avisé aux moyens de le remplacer ; déclcurant que c'est un devoir indispensable et sacré pour tous les citoyens de continuer de payer les impôts existants confirmés par l'currêté de l'assemblée nationale du 17 juin dernier, invitent en conséquence toutes les communautés, tous les particuliers à ne point rendre nulle une partie des impositions par une contrebande condaninable, qui, en privant l'état de ses ressources, dans un moment où ses besoins sont pressants, ne ferait qu'augmenter la misère publique au lieu de la diminuer, qui renverserait Tordre établi et troublerait la tranquillité dont la ville
de liberté y chacun entendait la licence, et où le premier bien acquis devait être celui de ne point payer d'impôts, est signé de trois futures victimes de la révolution : Heulhardy Tourret et Lault ; de quelqu'un qui contribua à leur ruine, Perrotin, et de quelques autres qui l'échappèrent belle, Jacques Grimaud, lieutenant général <^>, Bodinat, Salvert, Giraud des Echerolles, Mioche <^>.
de Moulins et la province du Bourbonnais ont eu le bonheur de jouir, et qu'U importe à tous les citoyens de maintenir. Heulhard, Place, Grimauld, Perrotin, Tourret fils, Chabot, Clément, Giraud des Echerolles, Vialet, de Salvert, de Bodinat, Mioche, Lault, Boirot. »
(1) Jacques Grimaidd de Panloup, dit M. Comillon, lU^ 25, c se réfugia à Paris , où il se livra au commerce. Malgré les plus actives recherches on ne put le saisir. Il prenait même un malin plaisir à se moquer de ceux qui surveillaient sa piste, tantôt en protestant contre le séquestre mis sur ses biens , tantôt en leur indiquant son adresse chez Huré, restaurateur, section de la Butte aux Moulins. » Pourtant , je lis dans le registre : « Grimaud Laripe demande le motif de l'arrestation de son frère Jacques Grimaud. » Le comité de Moulins le renvoie à la municipalité qui Ta fait enfermer, 14 brumaire an III (4 novembre 1794).
(2) n y a un Mioche, notaire, qui fut membre du comité révolutionnaire de Moulins et signa la lettre du comité contre les Trente- Deux. La société populaire, peu scrupuleuse pourtant à ce moment, le chassa pour avoir rendu en assignats un dépôt d'argent reçu en numéraire. « Accusé d'avoir abusé d'un dépôt d'or et d'argent, montant d'un contrat de vente qu'il a passé, lequel dépôt il n'a pas remis au vendeur de la même main qii'il l'avait reçu », Mioche reconnaît que c'est vrai, qu'il a remboursé moitié assignats : «c c'était pour donner faveur aux assignats qui alors ne circulaient que difficilement. » (Séance de la société populaire de Moulins, page 23; 6 floréal an II, 25 avril 1794). Mais il y en a un autre ; c'est celui dont, le 21 prairial an II (9 juin 1794), parle le comité de surveillance de Moulins : « Sur les propositions d'un membre, il est arrêté qu'il sera écrit à l'accusateur public de Commune-Affranchie, et qu'il lui sera envoyé des notes relatives au nommé Mioche, ci-devant habitant de cette conunune et maintenant en arrestation en la dite commune de Commune-Affranchie, qui fut ville de Lyon. »
La crise amena un changement d'administration. « La ville de Moulins, lisons-nous dans le numéro du 28 février 1791 des Affiches de la généralité de Mouliné j dont le •rédacteur-fondateur, Rouyer, avocat, futur membre du comité révolutionnaire, tirait trois cents livres de revenus, et qui paraissaient une fois par semaine depuis 1782, la ville de Moulins^ qui peut se glorifier d'avoir été une des premières du royaume à offrir à la diette auguste (assemblée nationale) le sincère et respectueux hommage dô son dévouement inviolable et de sa ferme adhésion à tous les décrets émanés de sa sagesse et de sa toute puissance, a procédé, depuis le 14 janvier dernier, à l'organisation de sa nouvelle municipalité. Les membres qui la composent, après avoir été élus librement et volontairement, à la presque unanimité des suffrages de leurs concitoyens, ont été proclamés avec toute la pompe et la solennité possibles. » Le maire était Charles-François du Myrat, gentilhomme. Il resta deux ans à ce poste, et y revint en 1795 pour quelques mois.
Prévoyant sans doute des jours mauvais, Jacques Heulhard voulut mettre ordre à ses affaires. Pinturel, administrateur de THôtel-Dieu de Saint-Joseph, déclara, le 17 juin 1792, au conseil municipal qu'il avait reçu 2,000 livrer de M. Heulhard, remboursement d'une promesse du 13 septembre 1788. D'autres l'imitaient : car, en même temps, Pinturel annonçait de M. de Montjournal le rachat d'une rente de 67 livres créée par contrat le 16 juillet 1732 ; de Barbara, juge de paix, 3,565 livres, remboursement de deux promesses du 6 juin 1788 et du 13 septembre 1739. Il exposait en outre que par acte reçu Cantat, notaire, le 29 août 1686, Marie de La Guiche, veuve de Charles de Lévis de Ventadour, avait constitué une rente de 100 livres
par an à cet hôpital, à charge par loi de recevoir tous les ans une femme malade et nne pauvre fille de la paroisse Saint- Jean y clause devenue fort onéreuse. On ne statua pas sur le champ. La révolution s'en chargea (^\
C'est dans sa propriété de BressoUes près de Moulins , aux GamaudeSy que Jacques Heulhard de Certilly fut arrêté. La maison, qui porte la date de 1739, n'a plus été habitée depuis ; c'est comme une demeure maudite. Elle appartient aux Paroy de Lurcy, héritiers de leur mère.
(l)Les propriétés d'Heulhard, qui s'étendaient sur les communes de BressoUes, Coulandon et Saulcet, furent aliénées partiellement. On a4jugea le vignoble des Gamaudes, à BressoUes, 32,200 Uvres à François Dreux ; les bâtiments et cheptel du domaine des Bassets, 10,400 1. à Jean Talbot et Claude Salomon ; la terre de La Motte, 3,125 1. à Jean Colas ; la terre des Isles, 16,000 livres à Jean Martin et Gabriel Durand ; le pré LardiUet, 6,150 Uvres à MaUet et GuiUot; le vignoble de la Maison-Neuve, 12,000 Uvres à Jean Bouyot ; celui' des Lénards, 26,000 Uvres à Louis Biesse ; le Grand Pré, 18,000 Uvres à Jean Douet ; les bâtiments et bestiaux du domaine des Brières, à Coulandon, 15,100 Uvres à Gabriel Descombes; le Pré Neuf, 23,200 Uvres à Jean Douet ; le pré de la Cure, 10,100 livres à Descombes ; le pré des Ulcay, 5,125 Uvres à Deffontis ; le pré Clair, 6,300 livres à Descombes ; le vignoble Girardin, 12,000 livres à Urban ; le champ de la Forte -Terre , 7,000 Uvres â Descombes ; la réserve de CertiUy, 11,200 Uvres à Jean Douet ; les bâtiments du domaine de CertiUy, 14,700 Uvres au même ; le domaine de Monte- Mouche, 24,000 livres à Faure ; celui des Garsauds, ,27,000 Uvres à Douet. Delan acheta pour 5,240 Uvres de terres détachées, et Verd pour 14,000 Uvres. Sa propriété de Saulcet eut beaucoup d'acquéreurs, le principal, Gilbert Martel, en acheta pour 30,645 Uvres. » (ComiUon, IV, 213). Ses meubles furent vendus 626 Uvres. Ses héritiers pour tout cela touchèrent une indemnité de 116,741 francs 30 centimeâ.
Heulhard-Fabrice de ChampvaUer, émigré, eut lui 28,331 f. 84 c.
fille unique du malheureux maire de Moulins <^>. Il existe encore des Heulhard dans le Nivernais C^.
M. de CertUly fut mis aux Carmélites. H manquait de linge, n demanda qu'on levât les scellés apposés sur son armoire» le quatrième jour du deuxième mois de la deuxième année de la république (25 octobre 1793). La propreté étant une vertu aristocratique, le gentilhomme devait se démocratiser un peu.
Ce n'était pas assez d'avoir lé mari ; la femme, mariée seulement depuis deux ans et demi, devait bien être complice des crimes de son époux. La mesure ne fut pas particulière à Françoise Picard du Chambon. Le comité, vingt - huitième jour du premier mois (18 novembre 1793), arrêta : a Toutes les femmes des détenus seront consignées dans leur domicile respectif avec défense d'en sortir sous peine d'être gardées à vue à leurs dépens pour la première fois et de réclusion en cas de récidive. >
Le comité était en veine, ce jour -là : « aussi ne s'en tint-il pas à cette mesure, c II est de plus arrêté que les
(1) Voir pour les Paroy de Lurcy, la biographie de Paul Âubery (plus haut, page 38). — Jacques Heulhard eut une autre fille, Ânne- Gasparine-Françoise, morte le 8 frimaire an III (28 novembre 1794), âgée de 4 ans, en son domicile, à Moulins, section de la Liberté.
(2) La branche nivernaise des Heulhard est représentée par MM. Heulhard de Montigny et MM. Heulhard d'Arcy.
Par décret du 24 mars 1860, inséré au Bulletin des toù, Charles- Gilbert Heulhard, né à Lormes (Nièvre), le 10 novembre 1771, fut autorisé à ajouter à son nom patronymique celui de Montigny, et à s'appeler à l'avenir Heulhard de Montigny. Président de chambre à la cour de Bourges en 1833, officier de la légion d'honneur en 1839, député de la Nièvre en 1815 et du Cher en 1830, maire de Lormes en 1853, il est mort dans sa cent et unième année, au château de Préfontaine (Nièvre), le 15 janvier 1872, auteur de plusieurs ouvrages.
nommées Boisrenaud mère, Charry des Gouttes^ Boisrenaud-Sagonne, veuve Ducleroy, veuve La Ferronaye <^), la fille d'Hatier de Jolivette, la veuve Béraud, la veuve Givreuil, la fille de Dominique La Gauguière, la femme Dancinet <2>, Givry et sa femme, la femme d'Heulhard de Certilly , la veuve Lavenier et sa fille , la veuve Lapresle, la veuve Lamotte et sa fille , la sœur de Colas père , la veuve l'Ecluse, la demoiselle l'Ecluse, la fille Burin, la veuve Cadier et sa fille, la veuve Dreuil de Chery, la nommée Beaucaire, la femme et la belle-mère de Jeanson, la veuve Chermont et sa cousine , Victoire Charbon , Lejimbre, la veuve Charrier, la veuve Legros de La Queune, la veuve Chevallier, les demoiselles Breau Deux- Aigles des Chilleau, veuve Duvergier et ses filles, les filles Primbeau, la femme Bodinat, la veuve Langlard à Moulins et sa fille, veuve Vichi, la femme Changy, la femme Dufume, la femme Benoit, la veuve La Beaune, Polonceau, Des
(1) Je trouve cette note de Tabbé Boudant, et je la copie : « Vers cette même époque, les patriotes de l'Allier furent joués d'une façon habile par une noble douairière de notre canton, propriétaire de la belle terre de Boussac, la vicomtesse de Laferonnays, qui avait émigré en Suisse. Tous ses biens aUaient être mis sous le séquestre. Prévenue par une personne officieuse, M. de Hichemont père, elle rentra en toute hâte dans son château et put éviter la ruine de sa famille. Mémoires du général Camus, baron de Richemont, p. 77. »
(2) Sur la liste des émigrés du district de Moulins, il y a « Pierre- Gilbert Dancinais, ci-devant garde du corps, à. Moulins. » Ses propriétés à Domérat, mises aux enchères le 14 thermidor an VI, furent adjugées : un petit vignoble, 5,769 livres à Guilhomet ; le domaine du Gros avec des vignes, 20,444 à Jaladon frères ; le 24 fructidor an VIII, la réserve du Gros fut achetée 7,983 francs, par Saladon et Bravay, et une écurie à Montluçon, place de l'Etoile, 24,500 francs, par Antoine Boirot. H eut d'indemnité 237,872 francs 40.
Verdins, demoiselle Noël, seront consignées chez elles sous les mêmes peines. :ù
La cause de cette incarcération du mari et de la femme? La femme avait reçu, ou plutôt on avait envoyé à la femme, une lettre sans signature, sous enveloppe timbrée de Fribourg et portant le nom de la citoyenne Heulhard à Moulins. On juge si le cabinet noir la laissa parvenir à son adresse. Qu'y vit-il? du bleu. C'était le frère, Gaspard Picard du Ghambon, de Pierrefitte, ancien gendarme de la garde du roi , chevalier de Saint-Louis , émigré <*), qui écrivait à sa sœur. Donc, la sœur était coupable; mais son mari aussi, puisqu'il était l'époux de sa femme <2).
(1) Gaspard Picard du Ghambon, membre du directoire du district du Donjon, avait démissionné en 1791 pour aller rejoindre l'armée des princes. Ses meubles à Pierrefitte, vendus le 10 juin 1793, produisirent 20.166 livres. Ses immeubles, situés à Diou, à Pierrefitte, à Saligny, rapportèrent à la république 3,414,610 livres. Ghose singulière en l'an X, Jean- Claude Picard du Ghambon racheta pour 28,753 francs les domaines des Larmiers à Saligny, ceux du Ghambon et des Biirons à Pierrefitte, qui avaient été payés : les Larmiers, 450,800 livres par Bétin, Jémois et autres; les Barons, 400,000, et le Ghambon 600,300 par le même Bétin. Le propriétaire eût d'indemnité 139,949 francs 43 centimes. Voir M. Gornillon, II, 285.
(2) « Le cas des époux Heuilhard était plus grave [que celui de Bonnefond et de Baille, incarcérés pour une correspondance insignifiante avec deux curés, Boussacet Saunier exilés]. Une lettre timbrée de Fribourg, n'ayant que quatorze lignes et conçue en termes mystérieux, éveilla les soupçons. Mandés l'un et l'autre pour en expliquer le sens, ils déclarèrent qu'ils n'avaient aucun rapport avec les habitants de Fribourg. Gette déposition ne parut convaincre aucun des officiers municipaux présents à l'interrogatoire. Gependant, faute de preuves, on allait congédier les époux Heuilhard, quand le secrétaire de la mairie eut Tingénieuse idée de présenter cette lettre au feu. Immédiatement de magnifiques caractères rouges
A loi on fl(v8ùt encore d'autres reproches à fstire : a Heuyllard, disent les notes instructives du comité à la commission iemporaire, Heuyllard, était en correspondance avec tes émigrés, ce qui se prouve par une lettre importante^ datée dtf 15 avril 1793, dont on a pu feire percer l'écriture qu'à l'aide du feu. L'adresse sur enveloppe est timbrée Fribourg. Elle est écrite en style énigmatique , et ne laisse aucun doute sur les projets contre-révolutionnaires de cet individu. Du reste, bas valet du ci-devant intendant, déclamateur perpétuel contre l'établissement de la république, n'a jamais voulu paraître à aucune assemblée publique. Il a un beau-frère émigré, qui paraît être l'auteur de la lettre, b
Jacques Heulhard fut un de ceux qui furent exposés sur l'échafaud pour n'avoir pas payé des taxes exorbitantes. Lui était imposé à 40,000 livres et Gilbert Heulhard-Fabrice à 3,000. Il résista. Ecoutons page 4, le Tableau des crimes sur ce sujet : t Vers la fin de juin 1793 (lisez : septembre), le représentant du peuple Fouché, de Nantes,
resâortirent de cette épreuve, ce qui permit de faire la lecture de cette correspondance mystérieuse. On constata alors que les époux Heuilhard avaient fait passer de l'argent à des émigrés. Séance tenante ils furent arrêtés; on décida, en outre, de signaler aux autorités de Lyon les nommés Petella, Vial et Giraud des Echerolles, comme leur ayant servi d'intermédiaires dans cette circonstance... Toutes ces arrestations, sauf celles des familles Tourret et Heuilhard, n'auraient pas dû être maintenues, si la municipalité n'avait pas voulu inventer des conspirations : car, dans aucunes des correspondances saisies à la poste, il n'y avait de preuves palpables de complicité avec les ennemis de la révolution. » Cornillon, Le Bourbonnais sous la révolution française, III, 10. — Oui^ comme le dit l'auteur, « la municipalité avait voulu inventer des conspirations ; » voilà pourquoi les Heulhard et les Tourret furent jetés en prison et périrent.
organisa le comité révolutionnaire de Moalins. Ce fut l'époque de» atrocités en tout genre. Le comité commença par prendre un arrêté le 27 y portant qu'on s'emparerait des revenus de tous les détenus, qui seraient réduits, ainsi que leur famille, au simple nécessaire jusqu'à la paix ; et que ceux qui n'obéiraient pas aux réquisitions pécuniaires seraient déclarés suspects. Le 30, le même comité arrêta que ceux qui seraient opposans directement ou indirectement à Texécution des décrets, des arrêtés du représentant Fouché , et de ceux du comité , seraient mis sur Téchafaud pendant quatre heures <^). C'est ainsi qu'un comité s'érige en législateur, et se permet d'ajouter un article au code pénal.
« Pour se procurer le cruel plaisir de l'exécution de sa loi, le comité imposa des taxes révolutionnaires au-dessus des facultés et impossibles à réaliser. On taxa arbitrairement et sans base les citoyens supposés riches à 10, 20, 30, 50 et jusqu'à 100 mille livres. Pour en rendre le paiement plus impossible, on en exigea le quart sous quinzaine, et le surplus sous deux mois , sous peine de l'échafaud. Les arrêtés furent notifiés ; les citoyens consternés obéirent autant qu'il fut possible. On vida ses portefeuilles.
(1) « n est également arrêté que les mêmes commissaires sont autorisés à prendre les ouvriers nécessaires pour le battage et à requérir la force publique de l'armée révolutionnaire ; que tous ceux qui seront convaincus de s'être opposés directement ou indirectement à l'exécution des décrets de la convention nationale, , aux arrêtés par lui pris et à ceux que prendront le comité de surveillance et les autorités constituées, seront sur le champ, à la diligence du comité de surveillance établi par le département, punis par leur exposition pendant quatre heures sur l'échafaud, un jour de marché. » Procè9^erbaux des séances,,, tenues par Foucké^ p. 30.
< La plupart des détenus furent du nombre des imposés. Leur captivité et le séquestre de leurs revenus les privaient de toute faculté. On abusa de cette fatale position pour les traiter comme réfractaires, et leur infliger la peine de la désobéissance. Les citoyens Saincy, Balorre, Heulhard et Lavalette furent exposés par la plus rigoureuse saison sur réchafaud pendant six heures, quoique l'arrêté ne portât que quatre, avec un écriteau portant : mauvais riche qui n'a rien donné a la caisse de bienfaisance. »
Le trentième du premier mois , c'est-à-dire le lundi 21 octobre 1793, le comité de surveillance de Moulins ordonnait une visite domiciliaire dans toutes les maisons de ceux qu'on considérait comme suspects. On voit si l'arbitraire avait beau jeu.
« Le comité arrête qu'il y aura une visite nocturne dans toutes les maisons suspectes de la ville de Moulins, pendant lesquelles on exécutera les mandats d'arrêt décernés par le comité et les consignations arrêtées ; et enlèvement sera fait de toutes les argenteries et argent monnoyé et cuivre qui seront trouvés ; pendant lesquelles on vérifiera s'il n'y a pas accaparement de marchandises quelconques de première nécessité, d Ce n'étaient pas seulement les pendules qu'on enlevait, mais aussi les vivres.
Le comité ajoutait : « Il y aura onze divisions accompagnées chacune de huit hommes de la garde révolutionnaire et d'un serrurier pour cette expédition , lesquelles seront composées d'un membre du comité de surveillance et d'un membre de la commune de Moulins , ainsi qu'il suit : Simard et Bouché ; Delair et Mizon ; Delan et Renard ; Verd et Gortet ; Thierriot et Cartier ; Desmazures et Dorgival ; Malet et Delaume ; Saulnier et Chaumet ; Rouyer et Cartier le jeune ; Burelle et Batissier ; Roland
et Urban. L'heure choisie est onze heures, l'heure des bandits et du guet-à-pens. Le serrurier est prêt pour crocheter les portes. On lève la séance, et aussitôt « chaque division se met en marche pour son opération révolutionnaire et civique. » Civique est joli. Le civisme qui consiste à dévaliser les maisons, de nuit, à main armée !
« L'arrêté s'exécute , dit le Tableau des crimes. On se divise en onze bandes. Chaque bande est chargée de visiter et piller huit à dix maisons. A la tête de chaque bande un membre du comité et un officier municipal, accompagnés de serrurier et de la garde révolutionnaire, pénètrent à minuit dans la retraite des citoyens. On va dans les maisons des détenus, ainsi que chez les autres particuliers. On force les secrétaires et les armoires dont on ne trouve pas les clefs. On pille l'or et l'argent monnoyé. On enlève l'argenterie , les bijoux , les ustensiles de cuivre, et beaucoup d'autres effets, couvertures, pendules, voitures , etc. On ne donne point de reconnaissance ; on ne constate pas ce qui est emporté. On se contenta, au bout d'un mois (le premier du second mois), de déclarer, dans un procès-verbal de séance du comité, que, d'après le rapport des visites, « il s'est trouvé peu d'argenterie, peu « d'or et d'argent, peu de provisions de denrées », le tout sans calcul, ni énumération. Mandrin, en vidant les caisses de maltotiers, donnait au moins des reçus. iù
Heulhard eut de ses compatriotes de Moulins composant le comité, la note suivante pour la commission temporaire de Lyon adressée à Verd :
« Delan te remettra une lettre qui prouve qu'HeuUard , dit Certilly, était en correspondance avec un émigré ; cette lettre qui lui était adressée de Fribourg , et qui fut surprise par la vigilance des magistrats du peuple à la poste.
hii vahit son arrestation , aiDsi que celle de sa femme, à qui principalement elle parait avoir été écrite : mais toiqcmrs est-il vrai que le mari doit être, en cette occasion, regardé comme le véritable correspondant de Témigré ; ou il est au moins participe de la dite correspondance. D'ailleurs nous t'enverrons la femme, si tu l'exiges. •
Qu'était cette lettre incriminée ? Une lettre absolument inoffensivè et insignifiante. En quoi suis-je responsable de ce que peut m'écrire le preriiier venu ? En outre, adressée à la femme, comme l'a fait justement remarquer Girandet de Boudemange, page 73, c: elle ne compromet en aucun sens le mari. » Le comité lui-même en fait l'aveu ; mais il dit, avec cette brutalité stupide qui le caractérise : « Le mari doit être en cette occasion regardé comme le véritable correspondant... D'ailleurs, nous t'enverrons la femme, si tu l'exiges.
c Quelle lâche cruauté ! le mari est solidaire pour sa femme ! et quoi qu'il ne soit question que d'elle, c'est lui qui doit être égorgé ! Au pis aller, la femme le sera aussi. Que la commission dise un mot , on va la leur envoyer ! Et voilà les bêtes féroces qui gouvernaient la France I »
Le grave jurisconsulte, que ses concitoyens nommèrent juge au tribunal de cassation avant et membre du corps législatif après son courageux plaidoyer pour les trente- deux victimes de Lyon <^>, a vraiment bien tort de s'étonner.
(1) Pierre Giraudet de Boudemange, né en 1736 (Voir plus haut, page 84), procureur du roi en la maîtrise des eaux et forêts en 1775, procureur syndic de l'administration provinciale en 1780, juge de paix en 1789 à Moulins, fut élu pour 4 ans juge au tribunal de cassation en 1791. Instcdlé le 10 avril, il présida, comme doyen d'âge, la séance à laquelle il fut procédé à la répartition des magis-
Je trouve que Verd d'une part eut beaucoup de bonté de ne pas c exiger ]» la femme, et que le comité de l'autre fit preuve d'indulgence en ne l'envoyant pas à la mort. Madame Martin de Frémont et sa sœur, M"« Vernin d'Aigrepont, ne montèrent pas sur Téchafaud pour un autre motif : la mère avait risçu de son fils, busard dans l'armée des princes , une lettre où il présentait ses bommages à sa tante, et elle avait songé à lui envoyer un peu d'argent.
trats entre les différentes chambres appelées alors sections ; il fut désigné pour la première ; le !•' vendémiaire an V, il fut choisi pour Tice-président de la section criminelle, et le 15 prairial an V^ président de la section civile. A Texpiration de ses pouvoirs, il fut président du tribunal dvil de Moulins pendant sept ans ; de 1804 à 1808, il fût. membre du corps législatif. H est mort à Moulins le 28 janvier 1816. (Voir AnncUes Bourbonnaise, t. V, p. Id4). Cette note rectifie et complète les détails donnés plus haut.
Le 10 décembre 1847, est décédée à Gannat, âgée de 39 ans, Jeanne-Françoise Giraudet de Boudemange, née Gaumin.
M»« Giraudet de Boudemange est propriétaire du château de MoDtgamaud, commune de Neuvy-lès-Moulins.
PIERRE-ANTOINE JOUFFRET DE BONNEFONT
AVOCAT A XOrUNS, DÉPUTÉ A l'assemblée LÉGISLATIVE <>>.
Déjà plusieurs habitants de Moulins avaient été incarcérés comme soupçonnés de fomenter la contre -révolution : car l'Allier^ la Nièvre et le Cher, peu engagés dans le fédéralisme, n'en furent pas moins exposés à des traitements rigoureux, c Le caprice ou l'humeur d'un représentant en décidait, dit M. Wallon, Les représentants du peuple en mission ^ III, 289. Les représentants chaînés d^activer la levée des 300.000 hommes avaient été Ck)llot d'Herbois et Laplanche dans la Nièvre et le Loiret, Forestier et Faure Labrunerie dans le Cher et l'Allier, et ils ne paraissent pas y avoir trouvé grande résistance. Mais là ne se borna pas leur action : il y avait les principes du gouvernement révolutionnaire à appliquer. Dans le Cher et TAllier, Forestier et Fauvre-Labrunerie, dès le 23 mars
(1) Cette notice complétera la note vraiment trop succinte du Dictionnaire des parlementaires français, qui dit, UI, 431 : « Pierre- Antoine Jouffiret de Bonnefont, député en 179^1, né et mort à une date inconnue, procureur général syndic du département de FAllier, fut élu le 26 août 1791, le 1" sur 8, par 280 voix sur 332 votants, fl défendit le projet relatif à la cour nationale, parla en faveur de Duport et disparut de la scène politique après la session. »
1793, procédaient à des arrestations de prêtres, de nobles et de suspects ; et, le 17 avril, ils inauguraient, pour leur part, le tribunal révolutionnaire de Paris en lui envoyant un prévenu. :»
Les habitants, indignés de voir leurs concitoyens en prison, s'agitèrent. Une réunion des sections fut ordonnée pour dénoncer les suspects. « Sur six sections, nous raconte un orateur de l'assemblée générale des habitants, le 18 prairial an III (6 juin 1795), le citoyen Polonceau, de Moulins, sur six sections dont est composée cette commune, quatre votèrent à l'unanimité qu'il n'y avait dans leur sein, ni même parmi les absents, aucun individu qui parût suspect notoirement, expression essentielle, consignée dans une feuille hebdomadaire, imprimée, distribuée par ordre du directoire du département, et composée par un de ses membres , pour éclairer les citoyens sur leurs devoirs. Cependant il fut envoyé à la municipalité par une autre section, influencée sans doute, une liste de proscription, digne des Marius et des Sylla, contre une centaine de citoyens accusés d'être contre-révolutionnaires, en opinion toutefois , parce que les uns étaient de la caste des ci-devant nobles, d'autres qui avaient quelque fortune et d'autres doués de quelques talents, qu'on craignait qu'ils n'employassent à engager à résister à l'oppression. Sur cette dénonciation vague, insignifiante et dénuée de preuves, nos magistrats, que nous regardions, et que nous devions toujours regarder comme les pères de la commune, prirent une délibération pour faire incarcérer trente-un des désignés, à laquelle délibération quatre des plus sages membres du conseil eurent le bon esprit de s'opposer ; mais on les obligea à la signer malgré eux, parce qu'elle avait la majorité.
c Au9Bit6ii|M cet anrèlé fiftt o^mui» ftombr^ de citoreps coanireDt de buéboqs en maifiODS^ âe pl^ioe? eo pl«ees« pour engager chacim À ae raiiidre.<3bez un howme de Içi^ pour une pétition au département, à l'effet d'empôcber l'exécuUoo d'an arrêté aussi barbare. >
L'homme de loi était Paul-Antoine Jauffret, ^pelé aussî iouffret de BonneCtmt , avocat , que Pradhomme désire ainsi : c JouflEret (Pierre-AntoiDe), homme de loi, domicilié à Moulins, condamné à mort le 11 nivôse an II (31 décembre 1793) par la commission révolutionnaire à Lyon comme contre-révolutionnaire. »
Jouffret était un homme important à Moulins. U avait été élu procureur général syndic du département. C'est lui qui fut le fondateur de la c Société des amis de la constitution, afûliée à celle des jacobins de Paris », qui se constitua c le l^^** avril, l'an deuxième de la liberté », avec Vidalin, Lomet, Dubarry et Jouannot pour secrétaires (^>;
(1) n ne sera pas sans intérêt de connaître les noms de ceux qui disaient partie de la société au 3 avril 1791, c'est-à-dire à la création. Les voici par ordre alphabétique :
Adam, boulanger. Âsselineau-Desmazures, boui^eois. Aury, prêtre, député à rassemblée nationale.
Beaudeau, administrateur du département. Banville, architecte. Benoît, père, inspecteur des ponts et chaussées. Benoit, fils, prêtre. Berthomier, député à l'assemblée nationale. Bernard, chapelier. Boiset, bourgeois. Boirot, vice-président du département. Boirot, rainé, homme de loi. Bonnet, prêtre. Boiudier, bourgeois. Brunet, marchand. Brunet, bourgeois à Varennes. Brunet, contre-maître de la marine. Burelle, fils, greffier du juge de paix.
Gampanel, fils, négociant. Canard, prêtre de la doctrine chrétienne. Cartier, fils, apothicaire. Chabot, juge du district. Chapelle, le grenadier. Ghi^ieUe, le jeune, grenadier. Ghaput, commis au bois de la marine. Chaumet, fils, chirurgien. Chauvet, ingénieur de la
Il ^1 fut le premier président. L'article II du règlement, imprimé par Etienne Yidalin, (in-12, de 15 pages), porte que, c pour être admis il faudra être âgé au moins 4^
marine. Chenaud, bourgeois, du comité de réception, Chotard, homme de loi. Clergé, prévôt général de la maréchaussée. Ck)indion, bourgeois. CoUot, directeur des messageries, économe. Crosse, maire de Souvigny.
Dadin, curé de Brennai. Dagounin, négociant. D'Alphonse, membre du directoire du district^ des comités de réception et de rédtiction. Delan, médecin, du comité de réception. Delafaye, administrateur du département. Delarue, notaire, du comité de réception et trésorier. Deleage, lieutenant aux eaux et forêts. Deleage, commandant la garde nationale à Cérilly. Desbouis, juge du tribunal du district. Deshommes ^ apothicaire. Destut, député à rassemblée nationale. Douyet, membre du bureau du département, des comités de réception et de rédaction. Dubarry, prêtre de la doctrine chrétienne, du comité de rédaction. Duchon, membre du bureau du département. Dufraigne, munitionnaire des troupes. Dugourd, officier de la garde nationale à Villeneuve. Dupont, entrepreneur.
Estopy-Desvignet, homme de loi. Ëvezard, architecte à Bourges. Expilly, prêtre, du comité de réception.
Favier, couteUer. Faye l'aîné^ homme de loi. Faye, officier municipal, du comité de réception. Faye, docteur en médecine à Bourbon rArchambault.
Giraud, chevalier de Saint-Louis. Goyard, député à l'assemblée nationale. Gouat, marchand de fer. Gramont, directeur des canoniers de la garde nationale. Grand, vicaire de Saint-Pierre. Griveau. Gros, officier. Guinebaut.
Houdri, médecin, officier municipal, du comité de réception. Hourelle.
Jalladon, receveur des aides. Jémois, ancien gendarme. Jémois, médecin. Jémois, maire de Jaligny. Jouennault, inspecteur des fourrages. Joufiret, procureur général syndic du département de TAllier, président.
Laligand, de Bourbon-Lancy. Le Bondidier, contrôleur des aides. Lefort, maître es arts. Lebrun, député à l'assemblée nationale.
21 ans ; tout agrégé, avant de prendre séance dans l'assemblée, sera tenu, étant debout au milieu de la salle, de renouveler, entre les mains du président et de toute
Letaoq, vicaire de la cathédrale. LilMiut, homme de loi. ligné, traiteur. Unote, commis au département. Lomet, père, député à rassemblée nationale. Lomet, fils. Lougnon, chirurgien. Lucas, député à rassemblée nationale.
Mallet, procureur de la commune, du comité de réception. Marand-Coinchon , de Saint-Pourçain. HarciUat, prêtre, vicaire de Saint-Pierre. Megnin, grenadier. Mesplain, membre du directoire du département, du comité de réception. Michel, médecin. Michel, Tidné, officier de la garde nationale. Michel, le jeune, offîcier de la garde nationale. Michel, chirurgien. Michelon, député à rassemblée nationale. Michelon, membre du directoire du département. Mioche, notaire.
Noailly, prêtre, du comité de réception.
Place, négociant. Pellassy, juge du district. Perrotin, procureur syndic du district, du comité de réception. Perrot, vicaire de Saint- Pierre. Pinaud, homme de loi. Pine, curé de Saint -Gerand de Veaux. Pitout, négociant, officier municipal. Pressier, prêtre. Prost, chirurgien. Prieur, chirurgien.
Rabard, prêtre de la doctrine chrétienne, du comité de rédaction et économe. Reigner, de la paroisse de Longepré. Renaud, homme de loi. Ribière, peintre. Ripoud, Taîné, négodant. Ripoud, le jeune, receveur du district. Rousseau, homme de loi. Ruet, administrateur du département, du comité de réception.
Saulnier, marchand de fer. Saulnier, chirurgien. Senterre, contrôleur de la poste aux lettres, du comité de réception. Saint- Quentin, officier de la garde nationale. Saint-Quentin, vicaire de la cathédrale. Saint- Victor, chevalier de Saint-Louis.
Thaméat, plâtrier. Thévenet, Tsuné, négociant. Thierriot, bourgeois. Tortet, Taîné, négociant. Tortet, le jeune, négociant.
Vaillant, négociant. Vemin, député à rassemblée nationale. Verrier, receveur des aides. Vidalin, imprimeur, du comité de réception et secrétaire. Vidalin, négociant. Villefort, vicaire de la cathédrale. Vinatier, huissier.
rassemblée (les mains de l'assemblée I) le serment civique, d'être fidèle à la nation, à la loi et au roi, et de promettre, sur son honneur et avec toute la loyauté française, de ne jamais rien faire, ni rien dire de contraire à la constitutien. » Et dans le considérant qui précède, Jouffret — c'est bien lui , sans doute — explique le but de ces sociétés : « Elles ont formé comme autant de remparts à la liberté , quand les complots de ses ennemis ont entrepris de l'attaquer et rêvé l'insensé et odieux projet de la détruire. Heureuse d'habiter un climat qui ne fut et ne sera jamais sans doute deshonoré par de si criminelles tentatives, les citoyens de cette ville ne se sont pas pressés de former un semblable établissement <i) ; mais l'utilité, qui nécessaire-
(1) S'il n'y avait pas encore de société de jacobins à Moulins, il y avait au moins un « club », qui admettait « tout citoyen honnête, noble ou bourgeois, ecclésiastique ou militaire, possédant charge ou exerçant une commission principale et à résidence », en nombre indéterminé, à la condition de payer 24 livres par an ; la société n'exigeait que 12 livres et 21 ans. Les StcUuts généraux du club de Moulins, imprimés par Etienne Vidalin en 1786, avec la permission d'Heulhard, maire, et de Conny de La Faye, procureur du roi, furent arrêtés par Giraud des Echerolles, chevalier de Saint-Louis ; Goyard, avocat ; Grimaud, lieutenant général en la sénéchaussée ; Perrotin, trésorier de France, et Tourret fils, avocat, commissaires, et approuvés le 30 janvier. Nous donnons le « Tableau alphabétique de messieurs les abonnés », qui nous fournira un utile sujet de comparaison : « Abonnés fondateurs », les cinq commissaires d'abord, puis : « Arnaud, docteur en médecine et chirurgien. Benoist, inspecteur des ponts et chaussées. Bonnant de Montaret, officier. Bonnefont, avocat. Bouchot, lieutenant du premier chirurgien du roi. Chabot, conseiller au présidial. Chotard du Fraigne, avocat. Conny de La Fay, prociu-eur du roi au présidial. Conny de Thoury, écuyer. Delaire, avocat. DelargiUière, exempt des maréchaux de France. De Moret, officier de dragons. De Semur (Le baron). Desbatisse, tréso-
ment doit en être la suite, les y détermine aujourd'hui ; ce n'est pas pour montrer la vigilance, le zèle, le courage dont ils sont animés pour le maintien de l'ordre et du respect des lois... pour déconcerter des projets infîtoes, pour détruire d'horribles complots ; tout cela n'est pas à craindre parmi nous... » Quelle belle chose que l'optimisme! On sait que la société des amis de la constitution ne tarda
fier des ponts et chaussées. Paye, président à l'élection. Hautier, lieutenant des maréchaux de France. Jaladon, receveur général des aides. Jémois, docteur en médecine. lievyns, directeur des aides. Mengin, sous-ingénieur. Merle, procureur du roi en Télection. Mizon, avocat. Naudin, conmiissaire des poudres. Pelle de Pesseliére, offîder au grenier à sel. Pintiu-el, père, procureur. Pinturel, fils, avocat. Place, négociant. Préveraud de Yaumas^ écuyer. Ripoud l'aîné, négociant. Ripoud le jeune, négociant. Rousseau, avocat et procureur du roi au grenier à sel. Senterre, contrôleur des postes. Vemin, assesseur civil et criminel. Yidalin, imprimeur.
« Abonnés reçus le 31 janvier 1786. Messieurs : Allard, secrétaire à l'intendance. Baii)ara, avocat du roi au présidial. Boisrenaud, écayer. Bujon, officier à la chancellerie. Collin, trésorier des troupes. Collot, directeur des messageries. Delan, docteur en médecine. Deleage, lieutenant des eaux et forêts. Dugour, officier. Fabrice, conseiller au présidial. Fressiniat, directeur des domaines. Lenoir d'Espinasses , écuyer. Lomet, ancien bâtonnier des avocats. Marcellange, écuyer. Martinat, secrétaire du roi. Mioche, procureur. Radot, feudiste. Saulnier, conseiller du roi, notaire. Tenaille, procureur. Tiersonnier, receveur particulier des finances. Yata, receveur des traites.
« Abonnés reçus le 15 février 1786. Messieurs : Banville, entrepreneur des travaux du roi. Battelier, greffier en chef au bureau des finances. Becas des Gagères, procureur. Collas, commissaire aux saisies réelles. Dalardes (Le baron). Desmures, officier. Durin, avocat. Durye, écuyer, avocat. Moussier, conseiller au présidial. Narcy, directeur des gabelles. Piron, procureur. Préveraud, doyen du présidial. Régnier de La Chassagne, feudiste. Ripoud, feudiste, Vemin d'Aigrepont, trésorier de France.
pas à devenir la société populaire, d'où sortaient les dénonciations qui bien souvent étaient des arrêts de mort. Mais alors Jouffret n'en faisait plus partie. Avait-il pu pressentir 4'échafaud du 31 déœmbre ?
n fut aussi choisi pour présider rassemblée électorale qui allait nommer l'évêque de l'Allier. Le discours qu'il prononça en cette occasion n'indique pas précisément un fanatique, un homme entiché d'idées rétrogrades. Voici ses paroles au moment du scrutin : <!c Vous allez remplir une grande et auguste fonction ; le choix d'un évêque, d'un ^prince de l'éghse vous est Confié ; vous allez adjuger la thiare ; vous allez marquer la main qui doit porter le sceptre de la religion. C'est un droit bien glorieux dans lequel vous rentrez. Il était tems que vous en reprissiez la possession ; il vous avait été usurpé, et trop d'abus signalèrent le règne de cette usurpation ; mais les principes de l'humanité , ceux de l'ordre social ont été rappelés avec ceux de la primitive église, et la nation a repris ses pouvoirs. Vous avez choisi vos officiers municipaux ; vous avez choisi vos administrateurs ; vous avez choisi vos juges, et vos législateurs, à qui vous devez la restitution de presque tous vos droits qui étoient ravis ou méconnus ; il vous reste à nommer votre prélat. Vous avez choisi pour la patrie ; il faut maintenant choisir pour la religion.
« Le régime électif est la source du bonheur et de la plus haute prospérité pour le peuple qui en fait un bon usage. C'est servir la religion que de faire élire les pasteurs par les fidèles confiés à leurs soins ; c'est le moyen de lui donner pour appui les vertus de ses ministres ; c'est le moyen de n'avoir pour fonctionnaires publics que des ecclésiastiques recommandables par leur mérite, par leurs mœurs et par leur obéissance aux lois de l'état. Ce n'est plus
aujourd'hui la naissance, ce n'est plus la fortune, ce n'est plus la feveur qui font les titres pour parvenir à l'épiscopat ; la vertu simple et modeste y sera appelée de préférence, et si elle se trouve, comme du temps de Jésus- Christ, dans la classe laborieuse du peuple , on prendra dans cette classe, comme Jésus-Christ y prit ses apôtres. Il n'y a plus d'exception, plus de privilèges ; les droits sont égaux ; vous êtes libres, et l'usage que vous allez faire de cette liberté précieuse, prouvera à la face de Funivers combien vous étiez dignes de l'être. i>
Laurent est nommé. Jouflfret fait l'éloge de l'élu ; en effet, il avait dit : <!c Le régime électif est la source du bonheur et de la plus haute prospérité », et ses choix évidemment ne pouvaient qu'èlre excellents. De plus, il fait un parallèle enthousiaste du passé et du présent. Hier, il n'y avait qu'abus, désordres, scandales ; il n'y aura désormais qu'ordre, justice, vertus exemplaires. « La constitution civile du clergé est le véritable code de la religion. » Voici l'éden qui revient, a le règne de la raison et des vertus. » Moins de deux ans après, le procureur général syndic pouvait voir si son rêve s'était réalisé, et si c'était la raison et les vertus qui régnaient quand on le traînait à l'échafaud. « Toi , vertu , pleure si je meurs , », disait André Chénier.
« L'attente publique n'a pas été trompée, » s'écriait Jouffret, le 15 février, avant la messe solennelle d'actions de grâce. « Le succès du choix confirme l'excellence des moyens. M. Laurent, curé d'Hulliaux, a réuni les suffrages : il est proclamé évêque du département de l'Allier. Content d'édifier une petite paroisse, il n'aspiroit pas à gouverner un diocèse. Sans ambition , sans désirs des grandeurs et des richesses, mais doué de toutes les qualités qui carac-
térisent un bon prêtre > joignant à la connaissance des principes de la plus saine morale, la pratique des maximes du code évangélique, il sera pour nous un prélat citoyen, un consolateur, un ami, un frère. Elevé sur le siège épiscopal par votre confiance, par votre estime, par votre amour, il vivra parmi vous ; il célébrera devant vous les saints mystères au milieu de son clergé; il vous enseignera par ses leçons et non moins par son exemple les préceptes de notre religion ; il élèvera, sous ses yeux et sous les vôtres, de jeunes clercs , l'espérance de l'église ; il visitera les fidèles sur lesquels il a fait serment de veiller ; il visitera les campagnes étonnées de voir leur évêque, et au bienfait de sa présence il ajoutera des avis, des consolations et Tadministration du sacrement qu'il a seul le droit de conférer. Voilà ce que vous désiriez depuis longtemps ; voilà les vœux qui avoient été formés par nos pères ; voilà ce qui avoit été vainement ordonné par les conciles ; eh bien ! vous allez en jouir. »
Et ici une petite déclamation, une douce amplification de rhétorique sur les avantages de la constitution civile, sur les abus de l'ancien régime ecclésiastique, le luxe extravagant des évoques, les richesses démesurées des abbés, qui avaient des vingt, des trente, des cinquante mille livres, « huit cents fermes », — tous? et c'est peutêtre beaucoup que 800 fermes ! — tandis que les vicaires perpétuels étaient à la portion congrue (^>. Heureusement
(1) La constitution civile du clergé est le véritable code de la religion : elle rappelle les vrais principes de la primitive église qui étoient dans l'oubli. Et, en effet, n'ëtoit-ce pas un scandale que de voir les évêchés, les abbayes, tous les gros bénéfices sollicités et obtenus par tous les moyens, que Tintrigue des courtisans avoit
tout va changer : « Quelle différence ! à ce régime désastreux va succéder la simplicité des premiers temps, la juste division du territoire, l'observation de la loi de la résidence, l'élection populaire, le milieu entre une scandaleuse opulence et une humiliante pauvreté ; en un mot le règne de
coutume de mettre en usage ? d'entendre donner aux successeurs des apôtres de Jésus-C3irist, des noms enfantés par Torgueil, et qui substituoient la domination à la charitable fraternité ? de voir des évoques totalement étrangers à leurs diocèses, ne vivre qu'à la cour, dans les plaisirs, dans la mollesse, dans l'opulence et, dans le faste des grandeurs, s'y abandonner à de tels excès que les revenus les plus immenses, ces revenus sacrés qui auroient dû retourner aux pauvres dont ils étoient la substance, n'étoient presque jamais suffisants pour les empêcher de mourir insolvables ? de voir des bénéficiers oisifs, affaissés sous le poids de la multitude des bénéfices, avoir jusqu'à huit cents fermes, tandis que les pasteurs utiles, les seuls ministres en exercice de la religion, étoient réduits à une portion congrue ? de voir des évêchés et des paroisses, si considérables que le service en étoit impossible à un seul, tandis que d'autres n'avoient presque point de fonctions à remplir ? de voir commercer les choses les plus saintes, vendre l'administration des sacremens et tant d'autres abus?... »
Jouflfret parlait d'or ; et il avait raison en bien des points. Certainement il y avait de grandes réformes à faire. Les vices de la commonde sautaient aux yeux, qui permettait au roi de donner des évêchés, des cures, des abbayes, à des poètes pour prix de leurs vers, à des protestants, à des femmes ; qui accordait au curé primitif le droit de percevoir les revenus de la paroisse où il ne mettait jamais les pieds, ne laissant au vicaire perpétuel qu'une maigre portion congrue, ou à l'abbé de laisser ses moines plaider contre lui pour en obtenir un morceau de pain, pendant qu'il vivait luxueusement à la cour. Aujourd'hui , il n'y a plus de commende ; les évêques ont vu singulièrement diminuer leurs revenus ; mais les desservants n'ont pas, proportion gardée, plus que les congruistes, qui eux au moins étaient sûrs que le traitement ne leur serait pas supprimé.
la raison et des vertus. Et comment est-il possible que l'erreur ou la malveillance ait osé calomnier une aussi belle constitution? crier que la foi est en danger?... que les droits de la religion sont attaqués?... L'évoque que vous venez d'élire aura bientôt calmé les inquiétudes de ceux que les clameurs auroient pu alarmer ; il vous fera connaître au contraire que jamais les droits de la religion ne furent mieux connus^ plus respectés et plus utilement ordonnés. 11 vous dira que « bien loin de prendre aucune alarme « sur le dépôt sacré de la foi et la manière de le trans- « mettre aux siècles à venir, il faut se livrer à une joie « sans mélange pour cet heureux changement de disci- « pline extérieure ; il vous dira qu'il faut vous méfier des « insinuations trompeuses de ceux qui veulent perpétuer « des abus dont ils profitoient, de plaindre et de ramener a à la vérité ceux que l'habitude d'un mal, môme doulou- « reusement senti, rend trop difficiles aux remèdes. Il vous « dira de rendre la confiance à ceux qui sont découragés a par l'expérience de tant de conciles qui ont tenté sans « succès les réformes que nous exécutons. Il vous dira € que, pour lui, c'est avec le sentiment de la plus intime « conviction qu'il publie hautement la sagesse, l'excel- « lence de la nouvelle constitution du clergé ; qu'après « avoir longtemps gémi avec tous les bons catholiques « sur tant de maux , il ne cessera de bénir avec eux la « révolution miraculeuse qui y apporte un remède efficace « et durable, que nous demandions au ciel et dont nous « n'osions concevoir l'espérance ; que trop longtemps té- « moins d'un régime abusif, arbitraire, insensé, il nous « sera doux de vieillir en voyant renaître autour de nous « le zèle, l'ordre, la modestie ; l'éclat des vertus remplacer « celui des richesses ; les maximes apostoliques mises en
« pratique ; le bien de la société , la réforme des mœurs ; € la confiance et Tamour des peuples pour leurs pasteurs « en devenir le fruit et la récompense. » Quelle idylle ! L'âge d*or va renaître. Jouffret le premier en saura quelque chose bientôt.
Et cet évoque tant vanté , quelle figure va-t-il faire ! quelle conduite tenir 1 Que l'on compare les évêques d'ins- ' titution apostolique, nommés <l par tous les moyens que l'intrigue des courtisans avoit coutume de mettre en usage y»f avec ces évêques, élus du peuple, choisis sans brigue, sans flatterie, par les électeurs athés, protestants, quelquefois catholiques, ces prélats «c ne vivant qu'à la cour, dans les plaisirs, dans la mollesse 2> avec ces pontifes démocrates, pauvres mais honnêtes, sans morgue et sans nom , sortis des rangs infimes du clergé et de la nation. Il nous semble que les premiers, nourris « dans l'opulence et dans le faste des grandeurs » lorsqu'ils furent chassés de la patrie et réduits à la pauvreté, surent porter leur souffrance et leur misère avec une dignité qui frappèrent d'admiration les étrangers. Quel est le plus estimable, Des Gallois de La Tour, aimé de chacun, vénéré de tous, quittant son pays, ses parents, une position brillante pour l'exil, l'indigence, ou bien ce Laurent, jureur, bientôt renégat, célébrant la messe avec une pique pour crosse et un bonnet phrygien pour mitre, et son successeur, ce Butaud, « le goulayou, l'évêque de bois », comme l'appelaient peu respectueusement ses ouailles ?
C'était au président de l'assemblée électorale de notifier à l'assemblée constituante le nom du nouveau prélat. Jouffret signe donc l'adresse suivante : « Nous venons d'exécuter vos décrets sur la constitution civile du clergé ; nous l'avons fait avec le zèle que nous inspire votre res-
pect pour cette constitution, et la satisfaction que fait naître l'exécution des lois bienfaisantes. Nous croyons nous être pénétrés de son véritable esprit, puisque nous avons décerné Tépiscopat de ce département à la piété modeste et sincère et aux vertus civiques éprouvées dans le sein de votre assemblée. Ainsi les élections populaires, en ramenant parmi nous les usages et la discipline du premier âge de notre religion, commencent déjà à en reproduire les heureux effets. Ainsi dans l'exécution de chacun de vos décrets, nous devons apprendre à mieux apprécier encore la sagesse qui les dicta ; en vous rendant compte de l'élection d'un évêque, nous nous félicitons de pouvoir ajouter que la loi du serment ordonné aux fonctionnaires ecclésiastiques n'a éprouvé de refus, dans notre département, que de la part d'un très petit nombre de fonctionnaires, et que l'élection de notre évêque s'est faite avec le concours de plusieurs curés, membres de l'assemblée électorale. »
Laurent, en apprenant son élévation à la dignité épiscopale, écrit, le 19 février 1791, au procureur général syndic du département cette lettre qui fut imprimée : € Monsieur, si je considérois l'épiscopat comme devant être dans tous les temps la récompense des talens et des vertus, j'opposerois une résistance aussi respectueuse qu'invincible , pour repousser loin de moi un honneur dont je suis si peu digne. Mais à une époque où il s'agit de donner le premier mouvement à un nouvel ordre de choses, de faire goûter l'excellente et primitive constitution de l'église, d'appaiser des troubles , d'adoucir des privations , de ramener par une patience à toute épreuve des frères égarés, ce seroit s'abuser étrangement de ne pas voir que cet emploi subUme, loin d'offrir quelques avantages à
celui qui en est pourvu j exige de lui le sacrifice le plus entier de son repos , de ses ressources, de sa santé , de sa vie. Dans des temps plus heureux il sera le prix de services rendus ; aujourd'hui c'est une tâche infiniment pénible imposée à celui qui n'a pas encore signalé son zèle^ ni payé son tribut à la chose publique. Je ne me dissimule pas combien , dans les circonstances présentes , il étoit important de faire un meilleur choix. Mais autant je me défie de ma propre foiblesse, autant j'ai de confiance aux lumières, à l'expérience, à la vertu de coopérateurs immédiats dont je suis dans l'heureuse nécessité de m'environner, et dont j'espère que le choix scrupuleux m'honorera aux yeux du peuple, qui, à tout autre égard , m'a prodigué son suffrage avec trop d'indulgence. Tels sont, monsieur, les sentimens avec lesquels j'entrerai dans la carrière que m'ouvrent le désir impérieux d'un peuple religieux et libre, et l'oubli nécessaire de tous mes intérêts personnels. Prêt à braver les efforts des ennemis de la religion ou de la tranquillité publique, je serai toujours également disposé à céder, pour le bien de l'église ou de l'état, une place que je n'accepte que par obéissance à la voix de la patrie. L'extrême simplicité de mes goûts, de mes habitudes , donnera des regrets amers à tous les momens (sic) qui m'entoureront d'un éclat emprunté; mais je ne perds pas l'espérance de rentrer un jour dans l'obscurité, de laquelle me fait sortir aujourd'hui mon respect pour la volonté de mes concitoyens, exprimée par l'organe de leurs électeurs. » Et il signe : <c Laurent, curé d'Huillaux, nommé évêque du diocèse de l'Allier. »
Cet évêque, ainsi pompeusement annoncé, finit assez tristement. Retiré à Clermont-Ferrand, après avoir renoncé au culte, il y mourut et on lui rendit les honneurs
funèbrôs dus à la dignité d'évèque qu'il avait usurpée , puis abdiquée.
La popularité de JoufFret était grande, qu'il devait non pas à sa fortune, il ne possédait qu'une modeste maison, rue de l'Aiguille, à Moulins, que Claude Dupont acheta 2,975 livres — et qui valut plus tard 981 francs 75 d'indemnité à ses héritiers — mais à son caractère, mais à ses talents. Il était le plus en vue pour les élections qui se préparaient. L'assemblée constituante, dans un accès de désintéressement un peu naïf, avait décidé qu'aucun de ses membres ne pourrait être membre de l'assemblée législative ; c'était priver la France d'une foule d'hommes éclairés, qui avaient déjà commencé leur éducation politique, et dont un grand nombre avaient montré d'éminentes qualités. Mirabeau n'aurait pas pu siéger à la législative. On permit à tous de siéger à la convention. Aussi ne nous étonnons pas que cette seconde assemblée ait été si inférieure à la première. Un pays n'a pas toujours une élite de citoyens de rechange.
Les assemblées primaires, composées, on le sait, de tout citoyen actif, c'est-à-dire âgé de 25 ans et payant un impôt équivalant à trois journées de travail — c'était déjà la représentation du nombre, opposée à la représentation des intérêts — eurent lieu le 19 juin 1791. Moulins nomma 62 délégués, Montluçon 65, Montmarault 50, Gérilly 48, Cusset 80, Gannat 75 et Le DdYijon 41. Ces 421 électeurs se réunirent au chef-lieu du département, le 25 août. Parmi eux il n'y avait qu'une dizaine de gentilshommes : Desrohne de La Motte, Deschamps de Verneix, Girard du Rozet, Marien de Viry, Ripoud de LaBresne, d'Escrots <^), qui
(1) François-Bernard d'Escrots, comte d'Escrots d'Estrée, seigneur du Pin, du Péage de Molinet, du Péage de Thiel, etc., était d*une
avaient donné des gages à la révolution, et aussi quelques ecclésiastiques : Dubarry, Griimaud, Fougerolles, Gerle,
ancienne famille d'épée en Bourgogne , dont le nom primitif, Pelletier, a disparu en 1584 pour ne laisser que celui d'Escrots , terre dans la paroisse de Saint-Eugène, près de Montcenis. Saint- Allais en a donné deux fois la généalogie, t. II, 178, et XIX, 369. François appartenait à la branche d*Estrée, qui se fixa en Bourbonnais dans la personne de son chef, Jean d'Escrots, comte d'Estrée, mort en 1678 et enterré dans Féglise de Digoin. Il était petit-fils de Jacques d'Escrots et de Gabrielle-Marguerite Duclos de TEstoille, et fils de Jean-Charles d'Escrots, maréchal de camp, et de Marie-Jacqueline Mochot de Montbelliard, et naquit le 22 janvier 1734 à Saint-Didier en Donjon. Capitaine , lieutenant-colonel et colonel en second du régiment d'infanterie du roi, brigadier, maréchal de camp en 1781, commandeur de Saint-Louis en 1786, il fut élu le 30 août 1791 et fit partie du comité militaire, n est mort en 1797 , laissant de son mariage (1»^ septembre 1757) avec Anne de Feydeau, fille de Gabriel de Feydeau, seigneur de Chapeau et du Péage de Thiel, et de Marie-Anne de Dreuille : 1° François-Jacques, né en 1758, capitaine en 1784, chevalier de Saint-Louis en 1791, émigré, qui épousa : d'abord, le 28 octobre 1785, Jeanne-Françoise de Déranger, fille du comte de Bompré ; puis, le 6 juillet 1791, Agathe-Geneviève de VUlaines, de laquelle est issue Antoinette-Laurence d'Escrots d'Estrée, née en 1792, mariée à Marie- Octavien Picard du Chambon, né en 1789, chef de bataillon, capitaine d'infanterie dans le 4» régiment de la garde royale, chevalier de Saint-Louis et de la légion d'honneur, 4« fils de Picard du Chambon, capitaine de cavalerie, et petit-fils de Jean Picard de Launay, chevalier de Saint-Louis, maréchal-deslogis de la garde du roi, maréchal de camp de cavalerie, lequel Jean était frère de Gaspard Picard des Guyong, sdde-major des gendarmes de la garde du roi avec rang de colonel. (Pour les Picard voir l'article Heulhard, p. 173, 183). 2° Claude-Antoine d'Escrots, comte d'Estrée, lieutenant au régiment du roi, émigré avec son frère aîné François-Jacques ; il servit aussi dans l'armée de Condé ; rentré en France, il s'est fixé en Bretagne par son mariage en 1802 avec Marie- Rosalie Juchaud de La Moricière, dont il a eu deux enfants : Victor et Agathe, madame Mauvis de Yillars.
ancien curé de Chouvigny, vicaire épiscopal, Laurent, neveu de TéVêque, etc. ; c'était peu, eu égard au nombre de ceux qui avaient juré ; on se déliait déjà des jureurs.
Jouffret fut nommé président de l'assemblée ; les opérations durèrent six jours. Il fut élu le premier, par 280 voix sur 332 votants, contre 60 à Chabot, qui passait pour royaliste et qui échoua grâce à une manifestation contre lui d'une députation d'officiers municipaux et de membres du directoire, venus à l'assemblée sous prétexte de saluer le président ; Douyet <*), le deuxième, par 226 voix contre 130 à Forestier ; Hennequin, troisième, par 248 voix contre 406 à Forestier (2) ; Ruet, quatrième, par 177 voix contre
Les meubles des d'Escrots d'Estrée furent vendus aux Milets, commune de Saint-Didier, le 6 mars 1793, 7,115 livres ; 903 livres, le 22 fructidor an II ; 2,318 livres, le 22 brumaire an III ; les 1«% 2 et 3 frimaire, 17,047 livres.
Les immeubles situés à Theneuil, Le Pin, Chassenard , Molinet et Saint-Léger des Bruyères produisirent pour Theneuil 195,200 ; pour Le Pin 154,400 ; les domaines de La Merlière et de La Vrelaudière, pré, étang, la tuilerie des Milets et la locaterie Moreau à Saint- Léger, 70,200 livres; pour 1^ domaines de La Motte, des Buttes, les locateries Gourlier et Parent à Saint-Didier, 956,000 livres ; pour la terre d'Estrée, à Molinet, comprenant les domaines de La Cour, de Thibaud, du Péage, des Lochets, de Champouret, Parisien, le pré de la Grande Prairie, la réserve du Péage, 67,348 livres. Total général 1,468,533 livres. Pour ce million et demi de biens les d'Escrots reçurent une indemnité de 208,929 fr. 23.
(1) Etienne Douyet, né au Veurdre, le 27 juillet 1764, propriétaire, administrateur du département de l'Allier en 1790, haut juré le 24 germinal an VU.
(2} Joseph Hennequin, né à Gannat le 10 avril 1748, fils de Claude- Gilbert Hennequin, avocat en parlement, et de Jeanne Colin, fut d'abord, 26 juillet 1775, trésorier au bureau des finances de Riom, puis, la charge supprimée, devint avocat à Gannat, fut élu maire en
123 à Gaulmin ; Gaulmin, cinquième, par 156 sur 303 (i) ; Boisrot fils, sixième, par 151 voix contre 138 à Saint- Quentin <^ ; enfin d'Escrots d'Estrée, par 225 voix.
1789, puis le 15 février 1791 juge suppléant au tribunal de cassation, puis député par 248 voix sur 358 votants. Arrêté comme suspect, il échappa néanmoins au bourreau, grâce à un ami inconnu. Souspréfet de Gannat le 18 germinal an YIII, élu par le sénat, le 17 février 1807, puis député au corps législatif, le 6 janvier 1813. Rallié aux Bourbons, il fut, en 1814, fait chevalier de la légion d'honneur, et en 1819, vice-président du corps électoral du département de rAllier ; il est mort à Gannat, le 31 octobre 1837. On a de lui quelques ouvrages , des traductions de livres anglais , du Cimetière de Gray, de l'Ârioste, des églogues de Virgile. Voir dans le Bulletin de la société d'émulation, t. V, p. 416, Notice biographique sur M. Joseph Hennequin, par M. Meilheurat, de Gannat, ancien député.
L'auteur raconte que, le 10 août, lorsque le roi fut forcé de chercher lin asile au sein de l'assemblée nationale, Hennequin eut l'honneur d'avoir un entretien avec Marie-Antoinette. Son banc était au-dessous de la tribune qu'occupait la famille royale. La malheureuse reine, « agitée par la pensée des scènes d'horreur auxquelles elle venait d'assister, indignée des odieuses accusations qui frappaient sa famille, laissa échapper de ses mains le mouchoir avec lequel elle voilait ses larmes et son désespoir. Hennequin s'empressa de le lui rendre. L'infortunée, environnée d'ennemis et de lâches qui l'abandonnaient, devina un cœur dévoué et sympathique dans cette action si simple, qui n'était qu'un fait de courtoisie de la part d'un homme bien élevé. Rassurée par la noble et loyale figure de M. Hennequin, elle lui ouvrit son cœur, lui fit part de ses tourments et de son désespoir ; il chercha à la rassurer et fit tous ses efforts pour lui donner des espérances que lui-même, hélas ! ne partageait pas. Cet entretien n'échappa point aux ennemis implacables de la reine ; le soir même, Hennequin était gardé à vue par des gendarmes. »
(1) Gilbert-François Gaulmin, médecin à Montmarault, maire de ce chef-lieu de canton.
(2) Le Dictionnaire des parlementaires le désigne ainsi : Jacques, baron Boisrot de La Cour, né à Montluçon le 22 février 4758, élu
Les suppléants furent Bontoux , par 120 voix ; De Favière^ par 135 ; et Gaspard Saint-Quentin, par 100. Aucun, députés titulaires ou députés suppléants, ne se distingua beaucoup à la législative ; c'était la médiocrité la plus remarquable , sauf Hennequin , qui fut un homme distingué à Gannat , d'Escrots d'Estrée, qui rendit quelques services dans le comité militaire.
JoufTret, qui avait un certain talent, prit deux fois la parole à l'assemblée ; la première fois, le 3 janvier 1792, dans la discussion sur la formation de la haute cour na-
juge au tribunal du district de MonUuQon, le 19 novembre 1790, procureur de la commune de Montlugon, maire de Jenzat, administrateur du district de Gannat, élu le 30 août à rassemblée législative par 151 voix sur 299 votants, membre de Tadministration centrale du département de TÂllier le 12 fructidor an V, puis président de cette administration , juge au tribunal civil de Gannat ; sous la restauration, il fut maire de Saint-Didier et lieutenant de louveterie; auteur d'un Traité sur l'art de chasser (1808).
Nous pouvons ajouter quelques détails d'après M. des Gozis (Annales y VI, 95/ : Jacques Boirot ou Boisrot, écuyer, seigneur de La Cour, était fils de Joseph Boirot, écuyer, seigneur de Gemoix et de La Cour de Domérat, lieutenant général de police de MonUuçon, châtelain d'Huriel, et de Marie- Anne Graillot de Givrette ; avocat en parlement, il fut nommé en 1786 receveur au grenier à sel de MontluQon, en 1789 agent national de la commune de Montiuçon. En l'an II, il fut juge au tribunal de Gannat jusque vers l'an X. Il fut créé baron de l'empire comme membre du collège électoral et du conseil général, le 25 février 1813, et fut confirmé par lettres patentes du 13 mars 1815. Marié d'abord, vers 1786, à Marie-Ursule Petit, morie la même année, puis, le 4 ventôse an II (22 février 1794), à Marie Dubreuil de La Brosse, morte le 5 fructidor an II, fille de Vincent Dubreuil , chevalier, seigneur de La Brosse et des Places, ancien capitaine de cavalerie, et de Catherine Bouvel de La Bussière, sans enfants de l'une ni de l'autre, il est mort, le 10 mars 1832, au château de Mescliers, commune de Saint-Pourçain.
tionale ; l'assemblée lui donna raison <^). Dans la seconde, séance du 5 juin 1792, il défendit Duport , ministre de la
(1) c Plusieurs membres ont attaqué le premier article du projet du comité qui autorise la haute cour nationale à connaître des accusations subséquentes. Ils y ont cru voir une permanence dangereuse ; mais aujourd'hui que les droits de l'homme et du citoyen sont reconnus et consacrés, j'ai trop bonne opinion du patriotisme des fonctionnaires publics pour soupçonner qu'ils pourront se travestir de juges en criminels. D'ailleurs, cette objection, qui n'est pas considérable en elle-même, disparaîtra quand on considérera les avantages de la haute cour nationale jugeant plusieurs accusations. U pourrait arriver des circonstances critiques, comme celle où nous nous trouvons, où le corps législatif rendrait plusieurs décrets d'accusation. Alors s'il fallait former autant de hautes cours nationales pour les juger, le tribunal de cassation ne pourrait fournir assez de juges ; il en résulterait des lenteurs et des dangers de la part de cette multiplicité de tribunaux. Je pense au contraire qu'il vaut beaucoup mieux laisser à la même haute cour nationale le soin de terminer les instructions qu'elle aura commencées. La haute cour nationale n'est point un tribunal du corps législatif, mais de la nation entière. Relativement à la répétition des fonctions de hauts jurés, il est clair, d'après la loi du 15 mai, que celui qui aura une fois rempli ces fonctions sera exempt de les remplir encore. La difficulté n'est donc pas dans l'application de la loi, mais seulement dans la question de savoir si vous pouvez déroger, aujourd'hui que l'expérience vous éclaire, à une loi qui n'est point constitutionnelle et dont l'exécution aurait des inconvénients. Voici en conséquence les dispositions que je propose de substituer à celles du comité : 1° lorsqu'une haute cour nationale aura été convoquée et formée en vertu d'un décret du corps législatif, toutes les autres accusations y seront portées sans qu'il soit besoin de procéder à une nouvelle convocation ; 2» les noms des hauts jurés, qui auront rempli une fois ces fonctions, ne seront point rayés de la liste, mais ils concourront à la composition des autres juges , l'assemblée dérogeant par cet article à la loi du 15 mai. » Moniteur universel du 4 janvier 1792, page 15.
justice, inculpé d'abus de pouvoir par Merlin de Thionville (*). Après avoir entendu contradictoirement Delaunay, défenseur du projet de décret du comité de législation, l'assemblée déclara, presque à l'unanimité, qu'il n'y avait pas lieu d'accuser Duport <3).
Son mandat expiré, JoufTret revint à Moulins. Avait-il perdu quelques unes de ses illusions ? Sans doute. Nous le voyons au moins résister avec énergie à l'illégalité. Mais la pétition qu'il rédigea pour réclamer l'élargissement des suspects, lui fut funeste. Elle avait réuni en peu de temps soixante-douze signatures. On crut le nombre suffisant ; on l'envoya. Beaucoup d'autres citoyens avertis accoururent pour y mettre leurs noms. C'était trop tard. Ils se rendirent au département. « Trois citoyens , recommandables par leurs lumières, leur probité et leur patriotisme, firent des discours, quoique improvisés, fortement pensés et marqués au coin de la plus saine raison. Le président.
(1) Le Moniteur du 6 juin donne ce résumé de son discours : « n a été présenté un nouveau grief contre M. Duport, relativement à Terreur qui s'était glissée dans la liste de jurés du département du Bas-Rhin. A la réception de cette liste, le département écrivit à M. Duport qu'il fallait substituer à un juré le nom d'un autre citoyen. M. Duport se fit représenter la minute de la liste et consulta le comité des décrets. Il vit qu'il n'y avait point d'erreur. Il le répondit au département. Quelques temps après, la haute cour nationale écrit qu'il y a effectivement erreur. Le comité des décrets s'est empressé de la corriger. A cet égard il n'y a rien à reprocher à M. Duport. Je crois donc, d'après ce que vous a dit M. Quatremère, qu'on peut fermer la discussion et déclarer qu'il n'y a pas lieu à accusation contre l'ex-ministre de la justice. »
(2) c Cette intervention hardie devait coûter l'existence à Jouffiret, un an et demi plus tard, » dit M. Gornillon, II, 56. En ce temps la vie d'un homme tenait à peu de chose.
qui 8*était efforcé comme eux à démontrer Tinjustice de l'arrêté, leur répondit qu'on l'avait envoyé au district pour avoir son avis, conformément aux lois. Tout ce qu'il put obtenir fut qu'il serait renvoyé à la municipalité avec les observations, et que, pour attendre sa réponse, le directoire resterait en permanence. En effet, il y resta jusqu'à 3 heures après minuit. »
Cette pétition était ainsi conçue : c Les citoyens soussignés ont recours à votre autorité et à votre justice, relativement & un arrêté de la municipalité de cette ville, qui, contre le vœu de la presque totalité des citoyens , a ordonné l'arrestation d'un grand nombre d'entre eux qui avoient le suffrage unanime de leurs sections, et qui les avoient aussi réunis dans les autres, excepté dans une seule ; par conséquent la loi du 2 de ce mois a été violée, puisqu'eUe ne porte que contre les personnes notoirement suspectes ; l'arrêté dégénère donc en un acte arbitraire et despotique. Nous demandons que les sections soient à l'instant convoquées, et cependant qu'il soit sursis à l'exécution de l'arrêté de la municipalité. Signé : Arnaud, Pageot, Battelier, Labrousse-Verrazet, Jouffret, Ripoud-Lassale, Imbert-Ballore, Baudinat, Gondouin, Jacson, Devauce, Laut, Ghampy, Huguet Dulys, Collas, Heulhard, Fabrice, Bonnand, Bardonnet, Baruel fils, Becat, Autin, Authier, Mioche, Brunet, Legros, Courtin, Lafeucas, Farjonnel, Roi, Puy-Morin, Desmarets, Molle, Perrin-Dulac,Thoulmy- Tripol, Bataillon, Du Frêne, Boiron fils, Breton, Burelle, Butaud, Barbara, Gony-Touri, Burelle, Baruel père, Dominique Lagaudière, Vialet, Charles Dubuisson, Dubuisson- Vielfond, Granger, Laripe, Colin, Gilbert Baudinat, Saulnier, notaire, Dérestre, Chotard, Argillet, Cony-Lafaye, Dupont, Vernoi-Saint-Georges, Meunier, Ravet, Noguière,
Bél^le, FoUin^ Boisset^ Salvert, Lemoine, Champfeu, Delarue. "»
Le directoire du département renvoya la pièce au directoire du district pour avoir l'avis de la municipalité.
La municipalité répondit : « Les citoyens composant le conseil de la commune, convoqués au lieu ordinaire de ses séances, vu la pétition présentée par plusieurs citoyens soussignés, et d'autre part vu le renvoi du département et du district, a arrêté à l'unanimité qu'ils persistoient dans leur délibération du matin 18 juin (tendante à mettre en arrestation les trente-deux citoyens désignés, etc.) ; signé: Delan, maire; Cartier, officier municipal, premier adjoint; Grimault d'Asnière, Pitoux, Burelle fils, Chaumette, Renard, Boucher, Tortet, Thibault, Morand, Mison, !Bardioux, Corte, Brunet, Laurept, Cartier fils, Bâtissier, Gémois, Roland, procureur de la commune. »
Le district fut du même avis : « Vu, dit-il, la présente pétition tendante à ce que les sections soient convoquées, et sursis à l'exécution de l'arrêté de la municipalité ; attendu que la loi du 2 juin présent mois porte que les autorités constituées seront tenues de faire saisir et mettre en état d'arrestation toutes les personnes notoirement suspectes d'aristocratie et d'incivisme ; attendu que cette même loi ne demande pas pour la notoriété la convocation des sections; que, dès lors, le conseil général de la commune, étant une autorité constituée, a droit de faire saisir et mettre en arrestation les personnes qui lui sont notoirement suspectes, etc. ; estimons qu'il n'y a pas lieu à la convocation demandée, non plus qu'au sursis. Fait en séance publique du directoire du district de Moulins, le 19 juin 1793, an deuxième de la r^ublique; signé : Desruelles, Radot, vice-président, Lomet, Simard, Renault, Dalphonse, procureur syndic, et Boirot, secrétaire, d
Enfin le conseil général accepta les &its accomplis, lui aussi : « Vu la pétition, Taddition à icelle jointe, les observations de la municipalité et l'avis du directoire du district, le conseil, après avoir entendu le procureur général syndic , arrête qu'il n'y a lieu de délibérer sur lesdites pétition et addition dont il s'agit, etc. Fait en séance publique à Moulins, le 19 juin 1793, l'an deuxième de la république française. Par les administrateurs, signé : J.-G. Reignault, vice-président et Merlin, secrétaire. »
Le jour même, les trente -deux furent incarcérés. « D'après des mesures si rigoureuses, continue Polonceau, page 23, toutes cruelles et injustes qu'elles étaient, quel citoyen aurait osé élever sa voix ? Il fallait sans doute savoir s'exposer aux mêmes peines, et peut-être à la mort, dans cette circonstance périlleuse pour chacun ; mais à quoi aurait servi le sacrifice d'un ou de quelques individus isolés ? Il aurait fallu pouvoir assembler les sections ; mais c'était précisément parce qu'on avait voté pour leur assemblée, toutes les fois que l'intérêt général l'exigerait, qu'on voulut les interdire dans la crainte qu'elles ne servissent de contre-poids à l'autorité arbitraire. Un silence absolu fut donc nécessité, et tous les bons citoyens furent contraints de gémir intérieurement, étant dans l'impossibilité de soustraire leurs frères à l'oppression. En est-ce assez pour ne pas les taxer de pusillanimité. » Peut-être.
Cette protestation courageuse devint une cause de proscription pour douze de ceux qui l'avaient signée. Mais elle fut surtout un grief contre celui qui avait rédigé la pièce. Le comité révolutionnaire de Moulins ne manqua pas de l'indiquer à Verd. Delan, lui mande-t-il le 5 décembre 1793, « Delan te remettra la pétition des gens suspects. Cette pétition , qui est écrite de la main de l'astucieux et fayettiste
Joufifret, qui en fut le rédacteur. . . doit suffire pour former une preuve matérielle de délit contre ceux de ces signataires que nous t'envoyons et leur faire porter la tète sur Féchafaud. » (Voir la lettre entière ci-dessus, page 152). Le jugement signala aussi cette pièce : « Considérant, dit- • il... 3« une pétition contre-révolutionnaire présentée par ces individus aux administrateurs de ce département... » et en fit un crime aux trente-deux prévenus , bien que douze seulement y eussent apposé leur nom, et que le droit de pétition fût inscrit dans la constitution.
Les notes envoyées à Lyon désignaient en outre « Jouffret, député à la législative, auteur de la rédaction de la pétition des gens suspects, contre lesquels le conseil général de la commune avait décerné des mandats d'arrêt, laquelle fait partie des pièces jointes au présent mémoire, » comme « partisan de Lafayette, ayant voté dans les sept appels contre les intérêts du peuple, partisan chaud du système sectionnaire, et conseil des aristocrates, dont il avait eu l'impudence de s'entourer en arrivant de la législature. »
Joufifret devait être suspect. Dans les révolutions les girondins sont toujours victimes des montagnards. Les modérés ont tort. Le 28 brumaire an II (12 novembre 1793) les vingt-quatre membres de la commission temporaire de Lyon, présidée par Gaillard, et dont Verd était secrétaire, prennent un arrêté pour se faire expédier à Lyon les gens soupçonnés d'avoir fait des vœux en faveur de cette ville soulevée, et qui avaient pu témoigner quelque sympathie pour les girondins vaincus. « Rouillon, juge de paix de la justice populaire, est admis à la séance avec le commandant de la garde nationale du Puy-de-Dôme. Le premier expose que l'on vient d'amener dans les prisons de Ville-
Aflfranchie tous les administrateurs ffidéralistes do d^par* tement de Dôme» et qu'on a oublié d*y comprendre les trcHs plus coupables, qui, à leur r^our de Paris, après les journées des 31 mai, l^^^et 2 juin derniers, ont fiiit au Puyde-Dôme le récit le plus effrayant et le plus fiaiux de la stuation de la convention nationale. D demande à être * autorisé à aller lui-même dans ce département £aûre arrêta ces contre-révolutionnaires, à raison de ses connaissances locales et de sa presque certitude qu'ils ne pourront échapper à sa surveillance. Il est arrêté qu'il est autorisé par la commission à se rendre, dans le plus bref délai, au département du Puy-de-Dôme, pour y £adre les dites arrestations, comme tenantes au fil de la conspiration des Lyonnais ; qu^ cet effet U pourra requérir toute force armée qui lui sera nécessaire, et faire apposer tout séquestre sur les biens meubles et immeubles des prévenus. La mesure prise contre les fédéralistes du Puy-de-Dôme revenus de Paris après les journées des 3! mai, 1«' et 2 juin, sera paiement exercée contre ceux qui, à la même époque, ont voulu fédéraliser le département de l'Allier à leur retour de Paris, ou de telle autre manière. A cet effet, le directoire, ensemble le comité de surveiUance du département de l'Allier, seront requis de faire traduire dans les prisons de Yille- AfiDrandiie tous les coupables qu'ils connaissent, et d'en donner avis à la commission temporaire de surveillance, avec des notes sur les opinions plus ou moins fédéralistes des prévenus. Fait en commission, à Yille-Afifranchie, le 22 brumaire, an II. Gaillard, président. Verd, secrétaire, b
Le 18 novembre, le comité révolutionnaire de Moulins prenait connaissance de cet arrêté, c Le directoire du département Mt passer un arrêté de la commission temporaire de surveillance républicaine à Commune-Affranchie
(cy deyant Lyon) qui invite les autorités constituées à faire traduire dans les prisons de Yille-Afiranchie toutes les personnes qui seront prévenues d'avoir voulu fédéraliser le département de l'Allier, et surtout œux qui, revenus de Paris dans le courant de juin dernier, ont &it des rapports infidèles sur les journées célèbres des 31 mai, 2 et 3 juin, débitant que la convention nationale n'était pas libre, et que les décrets qu'elle avait rendus après cette époque lui avaient été arrachés par la terreur et même par la force. 1 Le comité décide qu'il sera écrit sans délai aux différents comités de surveillance établis dans le chef>lieu de chaque district pour leur demander : i^ la liste des personnes suspectes, détenues et consignées, ou jouissant encore de la liberté dans leur arrondissement ; ^ un état de la taxe faite ou projetée sur les riches.
Jean Mandon, curé marié de Saint-Gérand le Puy, part le premier, accusé d'avoir 9. provoqué au fédéralisme par ses propos inciviques. » Il fut acquitté. Guillaume Ripoud, banquier à Moulins, vint après, coupable d'avoir échangé quelques lettres de commerce avec son frère, négociant à Lyon ; il avait deux fils au service de la république. Il fut exécuté, le 29 pluviôse an II (17 février 1794), un mois et demi après les 32. (Voir tome P% page 318). Au troisième coup , le comité envoya les trente - deux à l'abattoir. Il en aurait bien envoyé d'autres. Le 18 pluviôse (6 février 1794), la commission temporaire de Commune-Affranchie écrivait encore au comité de Moulins de € faire arrêter le citoyen Desfoi^es qui a obtenu un congé de la direction des vivres pour aller à Moulins, dénoncé pour être un grand complice des rebelles. ]» On ne se lassait pas de proscription. Les femmes des condamnés étaient, elles aussi, incarcérées. Le i^^ mai 1794 (12 floréal an II), le
comité décide qu'on pourra accorder quelques jours de liberté pour affaires ou maladie aux détenues qui suivent : « Bardonnet, mère ; Puymorin, femme ; Marcellange, femme ; La Dulys , Legimbre , la veuve Charmont , la veuve Barbara , la veuve Jouffret <*> , Faijonnel, femme Dancinet , la veuve Lavalette, la veuve Bodinot , la Bodinat , la veuve Bonnant, la veuve Hautier, la femme Lhuilier , la veuve Balorre, Colin, femme, Viallet, femme; Givreuil, mère ; les femmeset filles Vernoy, Dominiciue La Gauguière, fille ; la veuve Lécluse, la veuve Legros, d'Hauterive, mère. i> Eh bien ! tant d'excès ne révoltèrent même pas les habitants de rAllier. Même après la chute de Robespierre, ils n'osèrent bouger. La terreur avait été si forte que leur âme courbée, comprimée, affaissée, ne pouvait plus se relever. Quelques voix courageuses s'élevèrent. Efforts inutiles. Bruit sans écho. Boisset vint, rassura, consola, fortifia. On s'agita, on promit, on essaya même d'agir. Lui parti, tout retomba dans la stupeur et dans Tinertie. Guillerault en prairial fut obligé de les gourmander. Ils avaient décidé qu'on dénoncerait à la convention les auteurs de leurs maux : t Et cependant qu'avez-vous Êdt? Rien. Et quoique au milieu de vous il n'y ait pas un seul homme d'honneur qui n'ait moralement souffert des maux incalculables pendant la mission désastreuse de Fouché, quoiqu'il n'y ait pas un qui n'ait à regretter son parent ou son ami, sa liberté et sa fortune, aucun n'a eu le civicjue cou-
(1) Sur Tadresse des veuves» fils et parents des trente-deux, en- \<oyô6 à la municipalité de Lyon, le 13 prairial an lO (!•' juin 1795), ligure « T>ùlkiaidat« veuTe Jouflâret. «Voir la pièceà l'article BONN AND. Le ât pluviôse an II, c la Teuve Jouffiret demande au comité de surveillance à étra déconsignée. » On passe à Tordre du jour.
rage de s'en plaindre auprès des commissaires, citoyens. Et vous demandez vengeance, et vous vous plaignez des lenteurs qu'entraînent les formes de la justice I »
Baronnat, employé des subsistances militaires à Moulins, fut encore , à la même séance du 18 prairial (6 juin 1795), plus énergique : « Qu'attendre donc de l'apathie de plusieurs d'entre vous ? Citoyens de Moulins, ne serez- vous donc jamais ardents que pour le mal ? Ne penserez-vous donc jamais sérieusement à votre propre félicité?... Peutêtre craignent-ils le retour de la terreur, ces hommes lâches et timides ; mais qu'ils apprennent que les jacobins ne furent forts que de votre faiblesse... »
Il y eut pourtant enquête, plainte portée, poursuites. A la séance du 16 thermidor an III (3 août 1795), un secrétaire, d'après le Moniteury donne lecture de la lettre suivante : c Les citoyens de la commune de Afoulins, chef-lieu du département de VAllier^ à la convention nationale. Les membres de la grande famille que composent tous les citoyens ont perdu leurs pères, leurs parents, leurs amis envoyés au supplice par des tribunaux de sang, des commissions militaires, temporaires, et livrés aux bourreaux, sans avoir eu la liberté de se défendre ; leurs assassins sont dans les prisons. Nous avons supporté les lenteurs indispensables d'une longue procédure; nous touchions au moment où le jugement définitif allait atteindre les véritables auteurs du crime. Eh bien I votre décret du 5 thermidor nous ôte l'espoir de voir terminer de longtemps une affaire où il s'agit de la seule consolation qui reste à des malheureux opprimés, la vengeance que leur doivent les lois.
« Notre respect pour ces lois est au-dessus des horreurs que nous avons éprouvées ; mais n'est-il pas à craindre
que notre patience ne s'épuise, et que la tranquillité publique ne soit encore compromise? Tous les citoyens sont-ils autant que nous pénétrés de l'étendue de leurs devoirs? Qu'est-ce qu'une commission de douze membres pour servir de jury d'accusation à tous les détenus de la république? Après le déni de justice, l'injure que les citoyens supportent avec le plus d'impatience est un retard inutile. Jugerez-vous avec plus d'impartialité que ces citoyens ? N'avez-vous pas comme nous souffert dans vos personnes et vos familles, dans la république entière? Votre intégrité est-elle plus que la nôtre à l'épreuve des instances pressantes de la beauté en pleurs ? Pourquoi une commission militaire prise dans votre sein? Nous craignons jusqu'au nom de commission, dont on a si souvent abusé sous le régime arbitraire que nous avons détruit. Chargés déjà de nous donner des lois, de faire marcher le gouvernement, pourquoi cumuler sur vos têtes tous les pouvoirs? Vous avez la constitution à finir, les finances à rétablir, le commerce à revivifier, les émigrés vomis sur nos côtes à repousser, enfin la paix à nous donner. D'aussi grands intérêts doivent occuper tous vos instants ; laissez à la justice ordinaire, aux tribunaux établis, le soin de discerner les coupables. Craignez-vous que, dans les lieux où les crimes ont été commis, le cri impérieux des passions et l'indignation générale n'étouffent la voix de la justice ? La loi de septembre 1791 n'y a-t-elle pas suffisamment pourvu, en donnant aux accusés le choix des tribunaux circonvoisins pour y être traduits ?
« Représentants, en obéissant aux lois, en respectant vos décrets, nous porterons nos réclamations à la convention nationale toutes les fois qu'elle nous paraîtra dévier des principes qu'elle a solennellement proclamés. Nous
demandons le rapport du décret rendu le 5 thermidor, qui ordonne qu'il sera crée dans le sein de la convention nationale une commission de douze membres chargés de décider du sort des citoyens mis en arrestation ; et qu'il soit pris des mesures promptes et efficaces pour accélérer leur jugement, mettre en liberté les innocents et punir les coupables. » Vains efforts. Plusieurs voix crièrent : € L'ordre du jour » ; et l'ordre du jour fut voté. Puis le jour où la convention se sépara, le 4 brumaire an IV (26 octobre 1795), elle renouvela un décret d'amnistie générale en faveur de tous les individus poursuivis, détenus, mis en jugement pour crimes ou délits politiques.
Et il s'est trouvé, il se trouve encore des gens pour vanter ce grand acte de générosité, cette sage mesure d'apaisement. On oublie que son amnistie ne s'appliquait qu'aux auteurs des délits et des crimes commis en son nom ou avec sa complicité. Elle ne fut indulgente qu'aux scélérats et miséricordieuse qu'à ses partisans. A la fin, comme au commencement de sa carrière, elle fut impitoyable pour ses adversaires, girondins, royalistes ou jacobins. En se retirant, consciente de ses forfaits, redoutant la justice, craignant des représailles, après s'être amnistiée elle-même, elle décidait , pour plus de sûreté , que les deux tiers de ses membres feraient de droit partie des conseils qui l'allaient remplacer; et pour les cinq directeurs auxquels elle confiait le pouvoir exécutif, elle avait soin de ne choisir que des régicides. L'assemblée constituante, qui n'avait pas les mêmes frayeurs, avait exclu ses membres de la législative ; la convention, elle, prenait ses précautions. En même temps elle exceptait de cette amnistie, si large pour ses complices, les insurgés du 13 vendémiaire, les prêtres déportés^ les faussaires d'assignats et les émigrés.
Le refus d*an serment contraire à sa conscience était un crime irrémissible, plus grand certainementque l'assassinat de trente-deux citoyens : c'est qu'au fond de toutes ces agitations politiques il n'y a presque jamais que la question religieuse.
En outre, à son avant-dernière séance, la convention décrétait que les parents et alliés des individus inscrits sur les listes d'émigrés, seraient exclus de toutes fonctions publiques ; et annulant les arrêtés de ses comités et de ses représentants en foveur des assermentés, elle rappelait les lois draconniennes de 1792 et 1793, et en ordonnait l'exécution dans les 24 heures : on se mit donc à réemprisonner les prêtres qu'on avait relâchés.
Ce sont sans doute ces exceptions , et ce redoublement de rigueurs qui ont inspiré cette phrase véritablement étonnante d'un historien de la révolution en Bourbonnais : c Les prêtres réfractaires, ceux qui avaient fomenté la guerre civile dans les départements , et les parents des victimes de la terreur devinrent, à la fin de son règne [de la convention], l'objet de toute sa sollicitude. Elle amnistia donc les uns, restitua aux autres les biens de leurs ascendants », qu'elle n'avait pu vendre (t. IV, p. vi). Touchante € sollicitude * en effet : la peine de mort maintenue contre les ecclésiastiques insermentés qu'elle pourrait saisir sur le territoire français I Qu'aurait-elle fait de plus , si ces proscrits n'avaient pas été « l'objet de toute sa sollicitude ? »
JEAN LAULT