COMMISSIONS DIVERSES
Poitiers, Caen, Lyon, Rennes, Nîmes, le Puij. Le Marquis de Surville.
Çà et là, dans les chefs-lieux de divisions militaires, les commissions sont organisées et prononcent des condamnations. A Poitiers, vers la fin de 1797, Philbert, chevalier de la Bussière- ; à Caen, le 10 juin 1798, Leclerc, dit la Feuillade ; le 11, à Lyon, un jeune officier dont nous ignorons le nom, fusillé le même jour qu'un prêtre nommé Boutelier, qui l'aurait ramené à Dieu ; le 24, à Rennes, Lamour-Langegut, et, le même jour, à Lyon, Amable Frédéric de Ligondès, chevalier de Malte''; àNîmes, d'après M. Baragnon [Histoire de Nismes, IV, 134), plusieurs émigrés dont il ne cite ni les noms ni les dates d'exécution.
Au milieu de ces victimes obscures, se détache comme dans une auréole le nom de Joseph Etienne, marquis de
' Histoire de Toulon d'après les documents de ses archives, par D. M. J. Henry. T. U. 230 — 2 vol. in-8° Toulon, tSoo.
- Seigneur de la Salle en Gàtine; il avait servi dans les régiments provinciaux, assisté à l'Assemblée de 1789 ; émigré, il fit la campagne de 1792 à l'armée des Princes dans une compagnie à cheval du Poitou et rejoignit ensuite l'armée de Condé où il fut blessé le 13 août 1790 à Ober-Kamblach (Beauchet-Filleau, op. cit.) — Mgr Brumauld de Beauregard, qui le cite [Mémoires) raconte qu'on dut s'y reprendre à deux fois pour l'exécuter.
3 Arch. nat., F^ 3872 et 3434. — Moniteur, passim.
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Surville, rautoiir prôsumô ou tout au moins l'éditeur des |)oésies dites de ('lotilde de Surville.
Il était né en ITTiri. d'autres disent en 1760, à Vallon (Ardèehe). d'une ancienne t'aniille du Vivarais. En 1777, il était sous-lieutenant au l'éginient de Picardie ; en 1782. capitaine en second. A cette date, en vertu d'une ordonnance royale, ce régiment recevait le nom de Régiment- ('olonel-général et avait pour |)ropriétaire Louis Joseph de |{ourbon-(-ondé, qui devint plus lard le général en chef de l'émigration armée. Surville lit. dit-on. la guerre en Corse ; on dit même qu'il passa en Amérique avec Lafayette et Kochambeau.
C'est vers 1782 qu'ayant trouvé, dit-on, dans les archives de sa famille le manuscrit original des poésies de son aïeule (Uotilde, contemporaine de Charles d'Orléans, il se mit à le dcchilTrer avec l'aide d'un feudiste et en prépara la publication. 11 rimait du reste, lui aussi, pour son propre compte, et, semble-t-il. sans grand succès. Surville fut surpris dans ces occupations poétiques pai' la Révolution. En 1791, il émigra. C'est seulement en 179ti, sous le Directoire, qu'on retrouve sa trace : il est rentré en France, il est dans le Vivarais ; et, comme I' l'un des généraux de l'armée Chrétienne et Royaliste de l'Orient )>, il signe avec le comte de La Mothc une d(''c[;uation où, tout eu se dévouant au rétablissement (le la monarchie et de la religiini, o il supplie le Roi au nom de notre dévouement, de sa gloire et de nos malheurs, d'avoir égard aux cahiers de doléances qui furent déposés au pied du trône à la funeste époque de 1789 par des mandataires infidèles, factieux et prévaricateurs. ..
La Mothe fut pris et enfermé dansles prisons du l'uy, où on l'assassina (G octobre 1797). Surville accepta alors de ses amis la mission de se rendre à Blankenbourg auprès
du roi Louis XVIII et de lui demander une direction générale et des pouvoirs pour Dominique Allier. Tout en négociant l'organisation d'une lutte armée contre un gouvernement établi, Surville ne négligeait pas l'objet préféré de ses préoccupations. De juillet 1797 à octobre 1798, c'est-à-dire pendant la période la plus agitée de sa vie, il publiait dans le Journal de Lausanne quelques fragments de son aïeule, et des notices biographiques tant sur Clotilde que sur les femmes poètes depuis Héloïse. Lorsqu'il rentra en France (août 1798), il portait avec lui et ces précieuses poésies qui devaient jeter sur sa famille et sur son nom un rayon de gloire et la déclaration royale qui conférait à Dominique Allier et à lui-même les pouvoirs pour organiser dans divers départements le parti royaliste.
La police du Directoire avait l'œil sur lui ; elle l'avait suivi à Constance, à Lausanne ; elle signala sa rentrée en France ; elle découvrit sa retraite. A l'extrémité septentrionale du département de la Haute-Loire, dominant un paysage coupé de ravins, de torrents, de fondrières, la petite commune de Tiranges offrait alors aux émigrés, aux prêtres réfractaires , aux réquisitionnaires, de nombreux asiles qui semblaient deux fois sûrs et par la nature des lieux et par la loyauté des habitants. C'est là, au lieu dit de Gervais, chez une femme Théolayre veuve Brun, que Surville s'était rendu pour s'entendre avec ses partisans.
Le 2 septembre, à quatre heures du matin, la brigade de gendarmerie de Craponne, accompagnée d'un détachement de chasseurs, se présenta dans la commune, cerna la maison Théolayre ; au jour, le brigadier y entra, et, montant dans le grenier, il somma les individus qu'il y croyait cachés d'en sortir. Un homme parut, qui déclara s'appeler Jacques Amand Tallard et ajouta qu'il n'y
avait plus personne. Cependant , le brigadier pénétra dans la cachette; il y aperçut trois antres individus qui, sur la sommation de se rendre, déposèrent leurs armes, sortirent un à un et furent arrêtés. On fouilla le réduit; on y trouva les porte-manteaux des quatre prisonniers, un paquet de paj)iers signés de Surville (c'était la Délégation de pouvoirs à Dominique Allier et une Instruction secrète pour vous, mon clier Allier); de plus, avec des ustensiles et des matières propres à la fabrication de la fausse monnaie, divers objets pouvant sei"vir à l'exercice du culte : chasuble, aube, voile de calice, boites d'hosties'.
Celui qui était sorti le premier et qui avait déclaré s'appeler Jacques Amand ïallard fut bienl(jt reconnu n'être autre <|ue le marquis de Surville ; I)omii)i(|ue Allier se cachait sous le nom de Jean Pierre IJourlatier ; les deux autres étaient un jeune homme de dix-sept ans, nommé Robert, originaire d'Usson en Forez, et Joseph Charbonnel, de Jussac, petite commune voisine. Avec eux on arrêta leur hôtesse, la femme Théolayre, et on les conduisit tous cinq- d'abord à Saint-Pol, puis à Craponne oii ils passèrent la nuit dans la tour du château des Polignac ; le lendemain, au Puy oîi ils furent écroués à la maison d'arrêt. La capture était importante ; aussi l'administration centrale de la Haute-Loire, la municipalité du Puy et l'autorité militaire prirent-elles de concert les mesures les plus propres à défendre les prisonniers contre un coup de main de leurs partisans. Les troupes furent consignées ; on logea des soldats dans les maisons contiguës à la prison ; on mura une avenue ; (les postes furent distribués dans la ville et aux environs.
' l'rocL'S-vcrInil du briL'adier Duluiiriic. — Afch. Xut.
Autant nous avons dû, en d'autres circonstances, dénoncer la barbarie du Directoire à l'égard d'émigrés paisibles, autant, en ce qui touche Surville et ses compagnons , sommes-nous disposé à reconnaître que le Gouvernement se trouvait en état de légitime défense. Non pas que Surville eût, lui personnellement, lutté jamais à main armée ; mais il était l'un des chefs reconnus de ces soulèvements du Midi, il était l'intermédiaire officiel entre le Roi et ses sujets fidèles; spécialement en cette occasion, il intervenait comme délégué de l'autorité royale pour désigner un chef à la rébellion ; il apportait à ce chef les instructions royales. Quelque modérées qu'elles fussent ; bien qu'elles défendissent toute opération incertaine ou attentatoire à la tranquillité publique, bien qu'elles parussent avoir pour principal objet d'entretenir l'espérance dans les^cœiu-s plutôt que d'armer les bras, c'était le signal pour organiser une ligue anti-républicaine ; de là à l'insurrection, il n'y avait qu'un pas, et, dans ces régions où la rébellion n'avait jamais désarmé, ce pas n'était que trop facile à franchir.
Le ministre de la justice, immédiatement consulté sur la qualification à donner à la poursuite, hésita d'abord et parut disposé à envelopper les quatre prisonniers dans une accusation de rébellion et de fabrication de fausse monnaie : tout en se vengeant de ses adversaires, le Directoire ne dédaignait pas de les déshonorer. Cependant, on n'appliqua cette double imputation qu'à trois d'entre eux. Allier, Charbonnel et Robert : quant à Surville, bien qu'on l'eût trouvé avec eux, dans le même lieu, sous les mêmes apparences de culpabilité , il sembla téméraire d'accuser de faux monnayage l'envoyé officiel du roi Louis XVIIL La loi offrait d'ailleurs
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pour le frapper un moyen des plus sûrs : émigré rentré, il était justiciable d'une Comçiission militaire qui, comme nous le savons, n'avait qu'à constater le fait de l'émigration du prévenu et son identité. En conséquence, l'administration centrale de la Haute-Loire releva sur la liste générale des émigrés et sur la liste départementale de l'Ardèche le nom de Surville, et envoya ces extraits au général Colomb qui commandait la subdivision du Puy ; quant à l'identité de la personne, puisque Surville persistait à cacher son nom, il fallait la démontrer : à cet ertel, des témoins ayant connu Surville seraient appelés de l'Ardèche.
Quarante-cinq jours s'écoulèrent dans ces correspondances entre le ministre de la justice et l'administration centrale et dans cette instruction préparatoire. Surville était si bien considéré comme le personnage principal que la poursuite ajournait Allier et ses deux compagnons, se réservant de les frapper après que Surville aurait été jugé.
Le 26 vendémiaire an YII - 17 octobre 1798, il comparut devant la Commission militaire du Puy ; elle siégeait dans l'une des salles du Palais de Justice. Jusqu'au seuil du prétoire. Surville ne quitta pas son nom d'emprunt, quelque transparent qu'il fût pour ses accusateurs: mais, lorsque les témoins venus de Viviers eurent afiirmé son identité, le temps de la prudence étant passé, il proclama hautement et son nom et la mission dont il avait été chargé. Cette allocution de Surville fut sa défense. Après délibération, la commission, se bornant à constater et le fait de l'émigration et l'identité du prévenu, prononça à l'unanimité contre lui la peine de mort. — « La voix publique t'apprendra, écrivait -il le soir à sa femme, que mon sang - froid et mon courage ont répondu
parfaitement aux preuves que j'en ai données de tout temps. Je me suis montré digne d'avoir combattu sous les drapeaux de l'honneur pendant ma trop courte carrière, et je laisse au moins un bel exemple à suivre aux compagnons de mon infortune et de ma captivité. »
Le lendemain, à onze heures du matin, le marquis de Surville fut extrait de sa prison. Il s'était fait raser et poudrer. La figure ouverte et souriante, il saluait dans le trajet les personnes qu'il connaissait. Il n'avait pas d'habit et portait la culotte courte ; de son gilet s'échappait un jabot en dentelles, les manchettes de sa chemise s'allongeaient sur ses mains. Tel nous l'a représenté marchant au supplice un témoin oculaire. Il arriva ainsi sur l'esplanade Saint-Laurent, alors .place de la Fraternité. On dit, sans que le procès-verbal le mentionne, que, quelques instants avant de mourir, Surville put s'entretenir avec le curé constitutionnel, la persécution qui s'attachait aux insermentés n'ayant permis à aucun de ces derniers de parvenir jusqu'à lui (18 octobre 1798).
Ainsi mourait, à l'âge de trente-huit ans, le marquis de Surville. Il ne mourait pas tout entier. A la fin de 1801, un officier de marine émigré, littérateur érudit et délicat, Vanderbourg, qui, àDiisseldorf, en 1794, avait eu connaissance de quelques fragments des poésies de Clotilde, demandait à la veuve du condamné communication des manuscrits de son mari et sollicitait l'honneur de les publier. Ces manuscrits, madame de Surville ne les avait pas encore et ne savait à qui les réclamer. Enfin, dans le cours de 1802. madame de ChabanoUe, de Retournac, chez qui le marquis de Surville avait logé en dernier lieu avant d'aller rejoindre Dominique Allier, envoya à la veuve ces précieux manuscrits. Publiées à Paris en 1803, ces poésies rencontrèrent un succès éclatant et durable ; à peine si l'on
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se soin iiMil du royalisto, rlc rômigré, do la victime du Direcloiro : le pot'lo a survécu à l'homme politique.
Dominique Allier, Charbonnel (de Jussac) et le jeune Robert étaient restés dans les prisons du Puy. Le jour mèni(^ de l'exécution de Surville, le directeur du jury de l'arrondissenïent d'Yssingeaux les renvoya devant le conseil de guerre de la 19'= division militaire siégeant à Lyon. Le 20 octobre, à neuf heures du soir, sous une escorte imposante, ils quittèrent le Puy. Ils comparurent le 14 novembre devant le conseil de guerre, turent tous trois condamnés à mort ; à cause du décadi, on ne les exécuta que le surlendemain (16 novembre). Ils gardèrent jusqu'au dernier moment inie ferme contenance et leur ilernier cri fut celui de : Vive le Roi ' !
COMMISSIONS riK hordkaux i:t dk peiipu.xan.
Bordes. — Cirrulairc dit yninistrc de la police (/('■ncrale. Les naufracjès de Calais.
Jusqu'ici nous avons vu les Commissions militaires obéir, toutes avec discipline, quelques-unes avec un zèle empressé, à la loi du 19 fructidor. Celles de Hordeaux et de Perpignan nous réservent un autre spectacle ; elles se
' Àrch.yiit. F" 7489 et BR'S^ n° 440. C'est à l'aide de ces deux dossiers que j"ai composé tout ce qui concerne le marquis de Surville. (In trouvera auxPicce!ijustific(ilhes{n"i) le texte du jugement (inédill de la Commission militaire du Puy ; il en résulte que Surville l'ut condamné comme émigré rentré, et millement pour vut de diHriaices. comme font dit Barbier, Brunet, Quérard et Sainte-Beuve. I.e surplus du dossier établit aussi : 1° que Surville fut fusillé au Puy, et non à Montpellier (Brunet), ou à la Flèche, suivant Nodier qui prétend y avoir entretenu Surville la veille de sa mort ; 2° que l'exécution eut lieu le
rejettent ruiie à l'autre le prévenu et chacune d'elles paraît jalouse de ne pas l'envoyer à la mort. Son nom est obscur, mais c'est le dernier nom de laïque que nous rencontrons parmi les condamnés, et, après les jugements sommaires que nous avons déroulés, il n'est pas sans intérêt de suivre dans ses péripéties la longue quoique impuissante lutte que vont soutenir les juges eux-mêmes contre une législation qui semble révolter leur conscience. Jean-André-Guillaume Bordes, né à Toulouse, destiné de bonne heure à l'Eglise, avait été tonsuré et pourvu d'une chapellenie qu'il abandonna en 1785. Enfant, on l'appelait l'abbé ; le nom lui en demeura, même après qu'il eut résigné le bénéfice. Il était resté à Toulouse jusqu'en septembre 1793 ; à cette date, il émigra: à la suite de Thermidor, il rentra. Après le 18 fructidor, Bordes, qui avait été inscrit sur la fatale liste d'émigration, songea, mais trop tard, à retourner en exil: le 2.o décembre 1797 (le délai était depuis longtemps expiré), il vint à Bordeaux pour s'embarquer. Il y fut arrêté et traduit devant la Commission militaire. Celle-ci affecta de trouver les preuves d'émigration insuffisantes et l'identité incertaine, et renvoya Bordes devant l'administration centrale de son département d'origine, la Haute-Garonne (10 février 1798). A Toulouse, on trouva facilement des preuves : Bordes fut promptement renvoyé devant la Commission de Perpignan, siège de ladivisionmilitaire (6 mars 1798). Mais cette Commission s'avisant que Bordes devait être jugé dans la
18 octobre et non le 2 ou le '6 du même mois (Andéol Vincent et Antonin Macé). Vanderboury, qu'on oublie de consulter, est plus exact. — La femme Théola^'re, chez qui Surville et ses compagnons avaient été arrêtés, comparut devant le tribunal criminel du Puy le 21 avril 1799 : elle fut acquittée. — Dans la Revue de la Révolution (juillet lS8o), J'ai publié sur le marquis de Surdlle un article où j'ai inséré les pièces originales, la plupart inédites, qui établissent le récit qu'on vient de lire.
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division où il avait été arrêté, se déclara incompétente (lo mars), d"où résulta, le 3 mai, un nouvel arrêté de l'administration de la Haute-Garonne (jui ordonnait de ramener le prévenu à Bordeaux poiu' y être jugé par la (Commission militaire siégeant dans cette ville. A Bordeaux, on se montra moins pressé qu'à Toulouse ; Bordes resta en prison, et, de six mois, on ne parut songer à lui.
Pendant ce temps-là, trois ministres s'étaient succédé à la police ' : un quatrième, Duval (novembre 1798). frappé des variations de la jurisprudence en matière d'émigration, publia une circulaire « destinée à accélérer et à rendre uniforme la marche des administrations ». Dans sa pensée, il visait certaines commissions qui , indignées du rôle qu'on leur imposait, ou saisies par l'innocence des prévenus traduits devant elles, ou bien, c'est peut-être l'hypothèse la plus juste, insuffisamment instruites des limites de leur compétence, s'étaient risquées à prononcer la mise en liberté de quelques prévenus ou à ne prononcer que la peine de la déportation'-. « La loi, disait le ministre, ne parle que d'une seule espèce de peine (la mort), en cas d'infraction de ban de la part des émigrés. » Ainsi, après une année d'application de cette loi barbare, le Directoire et son ministre ne trouvaient rien de plus nécessaire et de plus urgent que de la confirmer-'.
' .\près Soliii. Doiiili'au, puis Lecailior. — liifrn. !.. 1\ . i-li. i.
- Montpellier : Daudé (Jean-François-Xavier); Viilalou (.lean). né à Ninies ; Ni'mes : Baudillé-Sénéchon (Henri-Josepli) et Louis-Luc Sénéchon, dit Bourni>sac, de la commune de Noves ; Pliilihert (Etieiine\ dit la Flamme: Chabas (Pierre-Josepti) ; etc. — Areh. yal. F' 4374.
•* Dans cette même circulaire (§ m), le ministre demandait aux administrations centrales de lui faire parvenir, dans le délai de deux décades, le relevé sommaire des jugements rendus depuis le 18 fructidoranV par les Commissions militaires créées dans leur département. Nous n'avons trouvé que l'état envoyé par le général Quantin. [Sujirà,
Le ministre qui avait pressé à Paris la condamnation du comte Pilliot de Coligny manifesta contre Bordes le même acharnement. Il demande un rapport et reconnaît aisément que la commission de Bordeaux s'est dérobée à sa tâche. Ordre à l'administration centrale de la Gironde (J.^ novembre) de hâter la constitution d'une Commission. Le général, craignant d'empiéter sur les attributions du Directoire qui s'est réservé l'examen des cas d'émigration, s'excuse, écrit au ministre, surseoit. Enfin, le 28 janvier 1799, sur une letti^e impérativedu ministre, la Commission est constituée ; elle fait comparaître le prévenu. Elle se demande d'abord si Bordes aîné, abbé de Toulouse, est bien le même que Bordes Jean-André-Guillaume, puis si l'inscription de son nom sans accompagnement de prénoms, sans indication de sa profession, ou de la date de son absence, n'est pas une infraction grave à la loi du 3 brumaire. Cette dernière question la préocupe si fort que, le 1" mars, elle suspend sa séance pour demander une solution à l'administration centrale.
Vains détours, vains efforts ! La Commission dut se résigner à prononcer la condamnation ; après quatorze mois d'angoisses, cet émigré que ne recommandaient à la sévérité des lois ni son nom, ni ses actes, ni son importance personnelle, fut fusillé le 2 mars 1799'.
Les condamnations à mort de Pilliot de Coligny et de liordes (janvier et mars 1799) furent les seules d'émigrés laïques qui suivirent la circulaire ministérielle. Loin d'en tenir compte, les Commissions militaires parurent disposées à la combattre. L'opinion publique commençait-elle à se soulever ? Sentait-on que les trois directeurs, Merlin, Revellière et Reubell, ne marchaient plus d'accord avec le Corps
" Arch. Nal. F' 7384.
Légiî^lalifel (jue ces dissidences allaient bientôt amener leur chute? Quoi ([u'il en soit, le vent tourne à la clémence. La commission de la Rochelle ; les commissions de Nîmes et de Montpellier ; celles de Toulon et de Marseille qui avaient montré tant de zèle à exécuter la loi à la lettre, se donnent licence d'examiner les circonstances de l'émigration et prononcent la mise en liberté des prévenus traduits devant elles. Par contre, les administrations centrales accusent d'excès de pouvoir les Commissions militaires et revendiquent la connaissance de ces afTaires. De là, conflit d'attributions ; le ministre de la justice annule les jugements des Commissions militaires et restitue aux administrations centrales le droit de prononcer sur les réclamations des prévenus. Ceux-ci restaient en prison. Tel était l'usage : au casde condamnation, on exécutait la sentence dans les vingt-quatre heures; au cas d'acquittement, on ne mettait pas l'accusé en liberté. La prison, du moins, c'était la vie sauve : promenés de la Commission militaire à l'administration centrale, les prévenus gagnaient du temps, et gardaient l'espérance de voir le jour où le Directoire serait renversé et où son atroce législation tomberait avec lui '.
C'est ainsi que furent comme ballottés pendant toute la durée du Directoire les naufrarjh de Calais. Tallien. nommé rapporteur, pressentant les intentions des directeurs, traîna en longueur, garda les papiers, brûla, dit-on.
* Voici les noms de ceux qui profitèrenl de ces arrêtés de conflit : 1° yimes : Dalzon, grand-père ; Dauprat (Firmin) ; Bonnefov (Jean- Pascal) ; Bellier (Pierre"! ; 2° L<i Ilocheltr : Palais-Pichon, dit l.agard I l'rançois-Xavier) ; 3° Monlpetlier : Froment (Malliieu) : 4° T'Hilon : Calamand (Joseph) ; o" Marseille: Brocliery (Josepli), de Uoquevaire ; Hro(iuier i Jean-Baptiste-Pierre). — Ces arriHés sont principalement do juin, juillet et août 1700; ils portent la signature de l.anibrechts, ministre de la justice, puis celle de C.ambacérés qui lui succéda, avec celle de Siéyes, président du Directoire. — Arch. ?iut. F^ 4374.
certaines pièces nouvelles, authentiques ou non, et partit pour l'Egypte avec Bonaparte sans avoir fait son rapport. En juillet 1798, nouvelle commission ; en octobre, nouveau message du Directoire pour presser la solution ; en janvier 1799, rapport, discussion à la suite de laquelle on demande un nouveau rapport. On l'attendit trois mois et demi : il concluait à ce que ces naufragés fussent jugés par une Commission militaire comme émigrés rentrés.
De toutes parts, s'élevèrent des protestations : Lally- ToUendal, Burke, Mallet du Pan, Camille Jordan, Richer- Sérizy dénoncèrent à l'opinion cette violation de tous les droits. Sur ces entrefaites, le coup d'Etat du 30 prairial ôta du Directoire les plus violents ennemis des Naufragés; et, lorsque la résolution des Cinq-Cents fut déférée aux Anciens, ceux-ci, après une longue discussion, où les avis les plus contraires se firent entendre (27 thermidor, 3, 6, 7, 8, 9 et H fructidor), eurent l'honneur de la repousser (28 août 1799).
Décision souveraine, mais qui, suivant l'usage, ne termina rien : les nouveaux Directeurs, Siéyes, Moulin, Roger- Ducos et Goliier n'étaient pas animés de plus de justice que Merlin, Reubell et Revellière. Ils n'acceptèrent pas le vote des Anciens et adressèrent immédiament (septembre 1799) un nouveau message aux Conseils.
Emprisonnés d'abord à Calais, puis à Saint-Omer, les naufragés avaient été, le 18 juillet 1797, transférés à Lille. Acquittés deux fois, couverts de la protection et du Corps législatif et du Tribunal suprême, moins ils étaient reconnus coupables devant les lois, plus on les traitait avec une barbarie croissante. A Lille, on les enferma dans la maison de force dite des Bons Fils. Une cellule voûtée de huit pieds de long sur six de large avec une botte de paille, du pain et de l'eau, point de lumière, nulle cor-
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respondancc, le secret : tel fut le sort de ces malheureux. On trouva ce régime encore trop doux. En janvier 1799, ils furent extraits de cette prison et conduits à la Tour de pierre, où ils étaient m^'lés aux criminels. L'opinion publique informée s'émut ; alors on les relégua dans les casemates de la citadelle, où l'himiidité et la vermine s'ajoutèrent aux riguein's d'une discipline encore plus sévère.
A la tin de septembre 1799, ordre fiit donné de les transférer au château de Ham. Ils ne partirent que dans le courant de novembre, enchaînés deux à deux sur des charrettes ; le général Pille veillait sur eux : ce nom dit tout. Un jour, le duc de Choiseul, l'un des prisonniers, réussit à faire jeter au dehors un billet qui, adressé à la duchesse de Choiseul, sa tante, parvint rapidement à destination. Le coup d'Etat du 18 brumaire venait d'avoir lieu : Siéyes et Roger-Ducos avaient échangé le titre de directeurs contre celui de consuls ; on réalité, ils n'étaient plus que les dociles collègues de Bonaparte, (^cst à lui que le billet de Choiseul est remis. Il s'indigne comme à Toulon; par ses ordres, Fouché fait visiter les prisonniers, et, presque aussitôt, un arrêté des Consuls, au bas duquel on lit les signatures de Siéyes et de Roger-Ducos, déclara « qu'il est hors du droit des nations policées de profiter dr /'accident d'un naufrage pour livrer même au juste rourrou.r des lois des malheureux échappés aux flots. » (8 décembre 1799) Après une détention (|ui avait duré quatre ans et un mois, et au cours de la(juelle, sur cinquante-trois déli'iius. di\-se|)t avaient succombé, les survivants quittèl'ont le château de Ilam le 17 décembre 1799 et furent reconduits à la frontière '.
' Hiflnirr iH jirnrrii ilrx XnufnKjrs 'Y'' Cillais, par M. le duc de Choiseul ; 182i, iii-S". — Le 13 décembre 1821, M. le duc de Choiseul
Quinze ans plus tard, l'auteur de cette scandaleuse et persistante iniquité, Merlin, devenu comte de l'Empire et procureur-général à la Cour de Cassation, était compris par la loi du 24 juillet i815 parmi les trente-huit personnages politiques exceptés de l'amnistie et exilés comme régicides. Il se retira à Bruxelles; mais, le 17 décembre, sur les instances des puissances alliées, le roi des Pays-Bas lui intima l'ordre de sortir de ses Etats. Il demanda asile à l'Angleterre ; le Cabinet de Saint-James, se rappelant sans doute avec quel dédain le Directoire avait renvoyé son plénipotentiaire lors du naufrage des émigrés, refusa d'admettre sur son sol l'ancien ministre de ce gouvernement. Merlin sollicita le comte de Ilardenberg, qui ne lui répondit pas. Il dut se résigner à partir pour l'Amérique ; il s'embarqua avec le général Eugène Merlin, son fils. A peine en mer, une tempête survint; à son tour, Merlin fit naufrage, une chaloupe le recueillit et déposa à Flessingue le persécuteur des naufragés deCalais. Comme eux, alors, il invoqua le droit de la nature et des gens. On ne lui opposa pas ses propres doctrines ; on ne le jeta pas en prison, on ne le traîna pas de tribunal en tribunal : Merlin obtint la permission de résider librement à Harlem, puis à Amsterdam et à Bruxelles, et il y vécut tranquille, à l'abri de la loi qui le frappait.
obtint de la Cour des Pairs qu'on ne mit pas en accusation le général Eugène Merlin, fils de l'ancien directeur; ce fut sa vengeance.