VI PRÉFACE
règne, que la différence qui se trouve entre tuer et faire mourir. » Tout justes qu'ils soient, comme ces mots sont loin de dire toute la vérité ! Tronson du Coudray, relégué et mourant à Sinnamary, n'avait pas connu les arrêts de mort prononcés par le Directoire ; Fiévée lui-même n'entendait flétrir que cette déportation qu'avait déjà caractérisée l'une de ses plus pures victimes.
Après avoir exposé dans leurs différents modes les déportations qu'ordonna le gouvernement de fructidor, l'histoire ne doit pas s'en tenir là. Il lui reste à démontrer que le Directoire multiplia les condamnations à mort, en vertu d'une législation atroce qu'il aggrava et dont il poursuivit l'applicationavec une férocité et un arbitraire inouïs. On prononçait la peine de mort, on l'exécutait dans les vingt-quatre heures, sans recours ni appel, et, comme s'il ne s'agissait que d'une contravention de police, sur un simple procès-verbal d'identité. Quel défilé de victimes, depuis le chevalier de Mesnard, que son indigence relient à Passy, jusqu'à l'aimable marquis de Surville, plus connu jusqu'ici comme poète que comme chevalier du trône et de l'autel; depuis ces prêtres, depuis ces apôtres injustement accusés d'émigration, jusqu'à ces femmes et ces vieillards dont la triste destinée provoquait l'indignation de Bonaparte! Il sera désormais acquis que le Directoire, bien qu'il s'en défende, a trempé réellement ses mains dans le sang.
Que dire de ses membres ? On peut, sous certains rapports, distinguer entre les Directeurs : on signalera