LE CLERGE BELGE
SOMMAIRE. — l. Anant fniclklor. Excès commis en Belgique dans les deux premières invasions, 1792-1793 et 179i; pillages, échafauds en permanence, otages. — 30 septembre 1795, réunion de la Belgique à la France; assimilation quant au système légal. — La loi du 7 vendémiaire an IV produit sur le clergé belge le même effet que le serment de 1790 sur le clergé fiançais. La résistance part de Louvain ; le Directoire patiente. — II. Après fructidor. Le serment de haine à la royauté ajoute une difficulté aux précédentes ; refus du cardinal de Franckenberg de le prêter et de le faire prêter à son clergé : il est enlevé et déporté au delà du Rhin ; destruction des signes extérieurs du culte, suppression de l'université de Louvain, tableau des prêtres. Opposition des fidèles et du clergé. — III. Premiers arrêtés de déportation. Les chefs du clergé belge sont frappés les premiers individuellement ; puis arrêtés collectifs ; une nouvelle Vendée. — IV. Giienv des paysans. La loi de conscription militaire. Premières émeutes dans le Luxembourg ; leur caractère religieux. Le mouvement s"étend dans les Flandres. Triomphes illusoires et sans résultats définitifs des généraux français : Malines, Leuze, Hérenthals, Diiffel. — Le général Colaud ; nouveaux combats ; siège de Diest ; les insurgés l'évacuent ; bataille d'Hasselt. Colaud est révoqué, puis réintégré. Pacification. — V. Arrêtés collectifs du 4 novembre il98. Il y en a neuf, comprenant sept mille quatre cent soixante-dix-huit prêtres. — Destinées diverses des prêtres belges.
Le nombre immense des condamnations, la nature spéciale de leurs motifs, les conditions dans lesquelles elles furent prononcées, l'insurrection générale qu'elles amenèrent, donnent à la persécution religieuse en Belgique une physionomie différente de celle qu'elle eut en France même. Au lieu de confondre cet épisode dans le tableau
généi'al, il est convenable de le traiter à part, de manière que le lecteur puisse embrasser facilement l'ensemble delà politique' directoriale dans ce pays'.
Avant fructidor.
La première invasion française en Belgique (1792-1793), entreprise au nom de la liberté, n'avait apporté aux Belges que les violences et les excès de la conquête. Les fameux volontaires de 1792 s'étaient mêlés aux troupes régulières : les ravages qu'ils exercèrent, la destruction des établissements religieux, le vandalisme et le pillage furent les vrais caractères de la régénération patriotique si pompeusement annoncée. Le jacobinisme se rua sur la Belgique, et telle fut l'impudeur de ses agents que le général même de l'armée victorieuse prit en dégoût les prétendus auxiliaires qu'on lui envoyait de Paris sous le nom de commissaires.
La seconde invasion (avril- juillet 1794) aggrava les procédés de la première. « Citoyen président, » écrivait de Maubeuge au Président de la Convention l'un de ses membres, Laurent (du Bas-Rhin), député aux armées, les églises des communes évacuées par les uhlans regorgeaient de saints : ils n'ont pas recouvré plus tôt la liberté qu'ils ont voulu aller voir la Convention nationale à Paris. Je leur ai donné des ciboires, des calices, des remontrances (ostensoirs), des galons, pour faire leur route, et je les
' En outre de plusieurs cartons des Archives Nationales, j'ai eu à ma disposition, au Dépôt de la Guerre, la correspondance des généraux relative à la Guerre des paysans dont il n'existe nulle part un récit d'ensemble et quelques années de l'Annuaire ecclésiastique i.le l'Archccéché de Matines.
envoie do suite par la diligence de Maubcuge. Ils méritent de ta part un accueil d'autant plus gracieux (ju'ils sont les précurseurs de deux millions en numéraire que nous avons imposés, (lillet et moi, sur les richards de Alons, et qui demain feront leurs adieux aux rives de la Trouelle. » (8 juillet 1794.)
Aux mains de ces avides et facétieux proconsuls, la Belgique fut administrée à l'instar de la France. Le Comité de Salut public y organisa des Comités de surveillance ; l'écliafaud fut dressé et promené de ville en ville : la terreiu' belge survécut même six mois à la mort de Robespierre. D'énormes impôts (60 à 80 millions) s'appesantirent sur cette terre conquise : c'était le sextuple de ce qu'elle payait auparavant. Pour en assurer la perception, on enleva des (Hages, bourgeois, prêtres, gens de toute condition, qui furent emprisonnés;! ^laubeuge, à Avesnes, à la citadelle de Douai, à Lille, à Paris ; il y en eut cent trente-trois d'Anvers, dont vingt-huit prêtres ; quatre-vingt-deux de Bruxelles, dont douze prêtres, etc. Un grand nombre d'entr'eux resta plus de quatre mois en prison.
En février 1793, on supprima les comités de surveillance ; les otages rentrèrent ; une sorte de liberté religieuse, mais strictement réduite à l'enceinte intérieure des églises, donna quelque satisfaction à la foi des populations ; ces apparences de tolérance annon(;aienl et préparaient la réunion prochaine de la Belgique à la France. Elle fut prononcée par la Convention le .30 septembre 1793 : divisée en neuf départements qui correspondaient presque exactement à la division actuelle en provinces, la Belgique sera désormais connue sous le nom oll'iciel des Di'jjortemeiils
* La Dylf, Bruxelles, correspond au Brabant ; les Deux-Nèthes, Anvers, à la province d".\nvers ; \'Eseaut, (Jauil, à la l-'landre orien-
Pour le régime légal des cultes comme pour le reste, le décret de réunion entraînait expressément rassimilation do la Belgique à la France. En conséquence, la suppression des congrégations religieuses et la confiscation des biens du clergé, tant séculier que régulier, devinrent, comme naguère en France, le premier chapitre du programme révolutionnaire. De la violation de la propriété, on passa il celle de la foi. Il n'y avait plus de Constitution civile du clergé, par conséquent plus de serment à lui prêter ; à la place, on promulgua en Belgique la loi du 7 Vendémiaire aaIV-28 septembre 1793, qui exigeait de tout ecclésiastique exerçant le culte une déclaration de soumission à toutes les lois de la République. En France, cette loi, succédant à d'autres plus rigoiu'euses, avait paru un adoucissement au régime antérieur ; beaucoup de prêtres firent cette déclaration, les évêques eux-mêmes, du fond de leur exil, reconnurent qu'elle était licite, et, sans l'imposer, laissèrent à la conscience de chacun la liberté de prendre parti.
Le clergé belge l'interpréta autrement. Il considéra cette loi comme la confirmation des lois antérieures, lois oppressives de la conscience et schismatiques. Les commissaires avisèrent le Directoire de l'état des esprits et ajournèrent longtemps la promulgation ; mais le gouvernement resta inflexible et maintint l'obligation absolue de la Déclaration.
C'est de Louvain, siège de la grande imiversité catholique, que partit le signal de la résistance. Le 12 avril 1797. les curés de la ville se réunirent en conférence chezSamen.
laie ; la Lyn, Bruges, à la Flandre occidentale ; Jemmapes, Mons, au Ilainaut ; Sambre-et-Meuse, Naniur, à la province de Namur; les FonHs. Luxembourg, à la province et au grand-duché de Luxembourg ; VOurthe. Liège, à la province de Liège, et la Meuse Inférieure, Maestricht, au Limbourg.
arclliprètre : à l'unanimité, ils estimôrcnf cotte loi illicite pt liiihliôrent iino déclaration conforme à laquelle aclhérèreiit les vicariats de Matines et d'Anvers. La facnlté de théologie de Louvain approuva les résolutions, à l'exception de celle où les curés annon(jaient qu'ils cesseraient momentanément les otïices divins. Une polémique s'engagea entre le commissaire du Directoire et les curés ; ceux-ci lui déclarèrent que la loi du 7 vendémiaire ne pouvait être appliquée à la lielgique qu'en vertu d'un vote exprès du Corps Législatif. A Bruxelles, à Anvers, même opposition; on emprisonna d'abord les prêtres qui avaient officié publiquement, sans avoir fait la déclaration préalable ; puis on les relâcha, mais l'exercice public du culte fut suspendu.
Devant cette opposition générale, le Directoire parut hésiter, user de tolérance; en réalité, il se réservait. De toutes les parties de la Belgique, aifluèrent au Corps législatif des pétitions demandant l'abrogation de la loi du 7 vendémiaire et de toutes les lois contraires à la liberté des cultes ; rien que de Malines, il en arriva une, signée de 17.123 personnes.
Ces manifestations, la loi du 7 fructidoran V-24aoiit 1797 teurdonna raison, mais pour quelques jours seulement : le coup d'Etat renversa toutes ces espérances et rétablit en l'aggravant le régime antérieur.
Aprè^ frurfidor.
Les griefs pour lesquels un prêtre belge pouvait donner prise à la législation fructidorienne se réduisaient à deux : Avait-il fait la déclaration exigée par la loi de vende-
miaire an IV? Avait-il prêté le serment de haine à la royauté et à l'anarchie ? Les lois de 91 , de 92 et de 93, n'étaient pas applicables àla Belgique, puisque, à cette époque, elle n'était pas réunie à la France.
La loi du 7 vendémiaire aurait pu, commentée et appliquée dans un sens libéral, triompher des scrupules du clergé; mais celle du 19 fructidor, qui prescrivait le serment de haine, ne parut comporter aucune hésitation de conscience. — <( Il ne nous est pas permis, écrivait le cardinal de Franckenberg, archevêque de Matines, de haïr ni un roi ni la royauté, sans renoncer aux principes du christianisme, moins encore de prendre Dieu à témoin d'une action qu'il nous défend rigoureusement sous des peines éternelles. )i
Il refusa donc et de prêter ce serment, et d'exhorter son clergé à le prêter. Il refusa, mais sous le bénéfice d'explications qui témoignaient d'un esprit très pacifique : « Je me flatte, écrivait-il, que vous voudrez bien faire connaître au gouvernement que ni moi, ni aucun membre de mon clergé n'aurons la moindi'e difficulté de promettre à la République, même sous serment, s'il le faut, de ne jamais coopérer ni directement ni indirectement au rétablissement de la royauté en France.... Le clergé de Belgique s'est si sagement conduit jusqu'à cette heure, en souffrant avec patience la perte de tous ses biens, qu'on n'a guère jusqu'ici trouvé de quoi faire des plaintes contre lui. »
Malgré ces assurances, malgré les témoignages de paix qu'avait donnés le clergé, au risque de provoquer les mécontentements et la révolte, le Directoire poursuivit son œuvre.
Le 9 octobre, le cardinal fut enlevé et déporté au delà du Rhin. On ordonna la destruction des signes extérieurs du culte, première mesure de persécution publique qui ne
s'accomplit pas sans peine ; dans bien des endroits, les ouvriers se refusèrent à cette besogne ou ne cédèrent qu'à la t'oi'ce ; les moins indociles exigèrent un prix considérable. — Le 26 octobre, ordre du Directoire de mettre sous séquestre les biens, maisons presbytérales et églises des cures non desservies et de celles où le culte serait exercé i)ai- des ecclésiastiques qui n'aïu'aient pas prêté le serment exigé. — Le 28, suppression de l'Université de Louvaiu que ne sauvèrent ni son glorieux passé de quatre siècles, ni l'intérêt de l'instruction publique, ni celui même de la ville: la bibliothèque, les archives, l'imprimerie, le cabinet de physique, le jardin botanique, toutes ces richesses scientiliques, confisquées par le Directoire, furent réservées à la future Kcole Centrale. — Le 8 novembre, autre mesure plus radicale : le Directoire, pour couper court aux bruits de clémence qu'on faisait circuler, prescrivit aux neuf administrations centrales de dresser des tableaux indicatifs des noms, prénoms, âge, demeure et ci-devant qualité des prêtres domiciliés dans chacun de ces départements à l'époque du 18 fructidor; de mentionner, en regai-d de chaque nom. la prestation ou la nonprestation de serment et de désigner spécialement les prêtres qui. par leur influence, auraient provo(jué ou encouragé le refus de ce serment.
Le serment de fructidor eut encore moins de succès en Belgique que n'en avait eu en France celui de la Constitution civile ; l'expérience même de 1791 et la révolte du patriotisme n'eurent pas moins de part au refus presque général qui l'accueillit que les scrupules de la conscience '. Le parti pris de persécution, soil contre la religion, soit contre ses prêtres, achevai! d'irriter les esprits et de les
' Ainsi, dans la D.vle, cenl-quatre asseiinenfés sur 1j80 [nvires ; tiaiis les Ueux-.N'èthes, quarante-trois sur 1070 !
mettre, si j ose dire, sur le pied de guerre. Tandis que l'administration fermait arbitrairement les églises, les fidèles se réfugiaient dans des oratoires privés ; le culte public étant interdit, un culte clandestin s'organisait. Les habitants se prêtaient à toutes les ruses qui leur permettaient de sauvegarder leurs prêtres et leur culte : une société d'amis déguisait une réunion religieuse, oîi l'on n'était admis que sur un signal convenu ; les visites domiciliaires ne pouvant se faire de nuit, on disait la messe dans les maisons avant le soleil levé ; dans le voisinage de la Hollande, on passait la frontière et certaines localités désignées où se célébrait le culte devenaient pour les Belges comme des buts de pèlerinage '.
En présence de cette disposition générale, les T.ommissairesdu Directoire considérèrent les prêtres comme en étant les auteurs ou les instigateurs. Les municipalités s'organisaient-elles avec peine ou ne s'organisaient-elles pas du tout, c'était la faute des prêtres ; avait-on insulté ou maltraité des agents, c'étaient les prêtres qui avaient excité les habitants; si les riches ne faisaient plus bâtir, on l'imputait aux prêtres, et c'était eux encore qu'on accusait si les contributions ne rentraient pas ou si les fêtes républicaines étaient célébrées avec froideur. A cette situation malencontreuse, les Commissaires n'indiquaient d'autre remède que la déportation en masse de tous les prêtres désignés au tableau (.3 janvier 1798).
' Lettre de rAdministration Centrale des Deux-\èthes. Ann.de Mulines, 1860. 88-89.
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Premiers arrêtes de déporta linn.
On comnioiira par des arrêtés iiuliviiluels motivés, coiiforniémcnt à la loi. Ainsi furent frappés, après le cardinal de Franckenberg, les prêtres qui par leur notoriété, leurs titres, leurs antécédents, étaient supposés exercer une influence contraire au gouvernement : Duvivier, ancien secrétaire de l'Archevêque ; Yan Eupen, ancien secrétaire du Congrès Belge en 1790 et qui, déjà en 1794, avait été transporté en France comme otage ; Werbroek, doyen de la cathédrale d'Anvers, qui, dès avant fructidor, avait refusé de faire la déclaration et de la faire faire à son clergé ; Laïu'ent MiUé. pléban ' de Saintc-Gudnle à Bruxelles; on l'accusa d'aBord de n'avoir pas prêté le sernKMit. quoiqu'il l'eût prêté ; alors on lui reprocha de ne l'avoir fait « qiu' |>our échapper à la peine et couvrir ses dangereuses intentions » ; ([uelques curés, ceux de Lessines. d'Ath. de (Ihièvres, etc. La plupart de ces prêtres furent seulemeni déportés dans certaines villes de France ou au delà du Hhin'.
' l'U''b:iii, i-urt'' élu ii;ir \c i'hii|pitrf. — Mille, en faveur de ijui se liriuluisit un nomlire coiisidérnhie de pélilions, ne fut. qu'emprisonné ;i .Mous. Il semble résulter de quelques pièces que sa conduite manqua de netteté. Est-ce pour ce motif ([ue les Annuaires île Mutine/: ne prononcent pa.s son nom ? Arch. Xdt. F" 7308.
- Après le r.oncordaf. Duvivier fut vicaire fiénéral et doyen du chapitre de Tournay. Tliéolofjien de Mfjr Hirn à l'assemblée des prélats de Isll, il conclut à l'incompétence de ce prétendu concile, ce qui lui valut d'èlre interné àVincennes avec sou évoque, puis mis en surveillance à Vervins jusqu'en 1814; mort à Tournai. 25 janvier 1834. quatre-vingt deux ans. — Van Eupen, envoyé d'abord en France, puis
Concurremment à ces arrêtés individuels, parurent des arrêtés collectifs. Tels prêtres sont prévenus de « souffler le feu de la discorde; d'empêcher la majeure partie des prêtres de prêter serment ; d'abuser de leur influence sur les âmes faibles pour les empêcher de recevoir les prêtres soumis ; soupçonnés même d'aller de maison en maison poiu' répandre leurs doctrines pernicieuses et augmenter le nombre de leurs crédules sectaires ' ; » ceux-là, d'avoir exorcisé une jeune fiUe : « scène ridicule, jonglerie scandaleuse, » dit l'arrêté. Supposé que cette scène fût ridicule, l'opinion publique suftisait à venger le bon sens offensé ; était-elle scandaleuse, les tribunaux de répression en auraient eu raison. Mais la déportation était devenue l'unique peine et s'appliquait atout-.
Le 2 frimaire (22 novembre), six arrêtés distincts, mais identiques dans leur texte contre les curés de Louvain. signataires de la protestation commune contre l'application de la loi de vendémiaire à la Belgique : Van Cauwenberghe, curé de Saint-Jacques ; de Bruyn, curé de Saint- Quentin, etc. Les 22 et 2.^ frimaire (t2 et la décembre), contre divers prêtres de Gand et d'Anvers, parmi lesquels : Huybrecht, curé de Saint-Bavon, « l'être le plus fanatique et celui qui a le plus contribué à soulever les esprits contre
au delà du Rhin, exerça à Julphoas les fonctions de vicaire; mort en 1804 des suites d'une maladie contagieuse qu'il avait contractée en visitant les malades. — Wei-hroecii. alla d'abord à Paris, puis au delà du Rhin ; mort à Ysselstadt, d'une maladie contagieuse, le 21 novembre 1801. Ann. de Malines.
' Juste, capucin ; Muller, professeur de philosophie, aumônier de l'hôpital à Luxembourg ; dom Malachie, religieux de la célèbre abbaye d'Orval, dont les ruines attestent encore la grandeur merveilleuse du monastère et notre stupide vandalisme (19 octobre 1797).
- Havelange, Recteur Magnifique de l'université de Louvain, Kerckofs et Vliegen, et, le 3, janvier, VanHeesewyck, de -Noot et d'autres encore, tous oratoriens de Montaigu.
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la ré[nibli((iii' : " Saiid. iiKiine de Saiiit-Picrre-lès-Gand et ciné de .Notre-Dame. " l'un des meneurs les plus dangereux des prêtres réfractaires ; » Van der Sloten. pléban et doyen du chapitre de Turnhouf : << fanatise les contrerévolutionnaires qu'il domine à plus de quinze lieues de circonférence, au point que le seul nom de Français y est en horreur : ennemi prononcé de toutes les lois républicaines et de tous ordres émanant du gouvernement français. »
Le 17 nivôse ^6 janvier 1798!. soixante prêtres des deux iNèthes avec un seul et même texte pour tous: I" insermentés : 2" « profitant de leur dangereuse influence sur les crédules habitants des campagnes, ils leur inspirent la haiiii" du gouvernement républicain et les excitent à la révolte contre ses magistrats; 3" en divers lieux, ces fanati(iues ont établi des oratoires privés dans lesquels ils rassemblent leurs sectateurs pendant la nuit atin de paralyser la surveillance des autorités constituées'. »
Le li pluviôse (2 février), vingt-neuf prêtres do l'Escaut par un seul arrêté, bien plus concis encore que les précédents : « Sont des ennemis déclarés du gouvernement républicain dont ils ont cherché à avilir les lois ; par leur doctrine fanatique et leurs principes contre-révolutionnaires, ils compromettent perpétuellement la tranquillité du département de l'Escaut-. » Enfin, le 28 pluviôse (!t) février), ti'ente-huit prêtres de la Lys : « ennemis du gouvernement français ; insermentés ; doctrines insidieuses : principes contre-révolutionnaires: compromel-
' .Mooiif, curé à Boom : Keiikenians, chapelain de ?ainte-Walbmif;p il Anver.s ; Paul Evscliens, Déniais, Van Rêver. Koelandis, Bernardins d'Anvers.
- Van Volxeni. curé d'Essclie-Sainl-Liévin. et .Michel C.op, curé de Zwvndrecht.
tent la tranquillité publique'. » On voit qne le Directoire ne variait guère la nature de ses griefs et le texte de ses arrêtés.
Une fois adopté le commode système de l'arrêté collectif, on en usa en Belgique plus largement que partout ailleurs. En France, quelque haine que les commissaires du Directoire portassent aux membres du clergé catholique, ils ne persécutaient que le prêtre, l'homme du culte ; encore fallait-ii trouver un prétexte soit dans le défaut de prestation de serment, soit dans des actes de zèle religieux qu'ils se plaisaient à châtier comme des écarts de conduite. En Belgique, dans le prêtre on poursuivait non moins le patriote que le défenseur de la foi, tant, pour les persécuteurs comme pour les populations, s'incarnaient dans ces hommes lai-eligion et la patrie! Aussi, entre tous, comment distinguer ? Tous sont coupables à double titre, comme prêtres catholiques et comme patriotes. Plus le temps s'écoule, plus les arrêtés signalent les prêtres qu'ils frappent comme « ennemis du gouvernement français » ; on a blessé ces populations dans leur foi, on va les atteindre directement dans leurs familles ; des bruits précurseurs d'une explosion prochaine commencent à se faire entendre (^t déjà l'on parle d'une nouvelle Vendée''-.
' De Bay, régent de FEcole pauvre dite de Bogaerde à Bruges ; Jacques de Nève, curédeWestcapelle; Jacques Azaert, curé d'Haringhe ; Flotteeuw, vicaire de Beveren ; Philippe-Benoit Reypliins, vicaire à Stavele, et son frère, Jean-Josepii Reyphins, vicaire à West-Vleteren ; Pliilippe du Mon, curé à Mannekensvere. — Je n'ai cité que les noms des prêtres qui seront déportés à la Guyane ; il faut ajouter le jeune Jean Neerincks, simple tonsuré, âgé de vingt-deux ans, qui fut arrêté par erreur à la place de son frère, et Michel Wagner, curé de Wincheringen (Forêts). Parmi ceux que frappaient ces arrêtés spéciaux et que je ne nomme pas, quelques-uns furent déportés à l'île de Ré ; la plupart s'échappèrent.
^ Soixante-cinq prêtres des Deux-Nèthes, quatre-vingt-deux de la Meuse-Inférieure, huit de l'Escaut, huit de Sambre-et-Meuse, sept de
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IjiierrP >/rs p/n/sajis.
Le 28 septembre 1798, hi imuiicipalité de Bruxelles en corps, accompagnée de létal-major de la place, proclama la loi de la conscription militaire et l'appel immédiat sous les drapeaux de deux cent mille conscrits de la première classe ; la môme promulgation eut lieu, avec grand apparat, dans toutes les communes. Vainement les commissaires avaient représenté cjue la Belgique n'était nullement pré-parée à subir cette innovation; vainement avaient-ils demandé que, de même qu'en Vendée et par les mêmes raisons, l'exercice de la conscription fût provisoirement suspendu dans les départements réunis : le Directoire s'obstina. Les conscrits refusèrent de se présenter; des municipalités attaquées ou faites prisonnières, des arbres de la liberté coupés, des placards répandus partout annonçaient une agitation près d'éclater. Le Directoire avait comme porté un défi à l'insurrection : l'insurrection répondit.
Le premier incident se produisit dans le département des Forêts, à Wolmerdange, où deux cents conscrits battirent la campagne et jetèrent à l'eau l'arbre de la liberté. Le 17 octobre, rassemblements à Ecliternach et à Remich, à l'extrémité orientale du département ; cinquante jeunes gens armés de gros bâtons crient : Vive le Roi ! et ne veulent pas partir. A Luxembourg, les conscrits partent en chantant, on les trouve mieux disposés que leurs parents: mais, tandis que le commissaire s'en réjouit, qu'il
la Djle, dix des Ui'UX-.Nèthes, vinjjt et un de Sanibre-et-Meuse i juillet et août 1798).
annonce encore que dix-sept conscrits de Baschange viennent d'arriver musique en tête et arborant un drapeau tricolore, le même jour (24 octobre), il se résigne à confesser que les conscrits sur lesquels il comptait ne sont pas venus ; que les hussards ont refusé de marcher ; que les agents municipaux se sont absentés et que les conscrits ont déclaré qu'ils ne s'en iraient que par la force.
Pendant qu'on envoie des troupes à Echternach, on apprend que quinze cents révoltés sont venus en trois colonnes sur Saint-Vith (Ourthe), qu'ils ont lié et garrotté le commissaire ; mêmes nouvelles du commissaire de Reuland et d'autres. « Ils brûlent les archives, scient l'arbre de la liberté, dressent une croix à la place et font chanter une grand'messe aux prêtres non assermentés. » Les voici à Malmédy, au nombre de trois mille ; les gendarmes ont dû se retirer (28 octobre). Deux jours plus tard, on les signale à Stavelot. Bientôt, la partie wallonne des Forêts se trouve entamée par l'insurrection : à Neufchâteau, le 31 octobre, le peuple est convoqué à l'église pour y célébrer l'office des morts ; en sortant, on parcourt les rues en criant : Vive l'Empereur! on pille les archives municipales, et on jette les registres dans la boue ; l'agent municipal et le président refusent d'intei'venir. Le i" novembre, le département des Forêts est agité par l'insurrection à toutes ses extrémités : Luxembourg, Arlon, Grevenmacher, Echternach et Neufchâteau sont mis en état de siège. Quant aux révoltés, ils se battent pour une cause sainte, ils en portent les marques : « Oui, citoyens, écrit le capitaine de gendarmerie Sales, c'est un crucifix à la main et un saint suaire sur la poitrine que les rebelles se font égorger par nos troupes ; près de rendre le dernier soupir, ils baisent cent fois cette image de la superstition, voilà toute la frénésie qu'ils (les prêtres)
sont capables d'inspirer à leurs prosélytes. » (Lettre du 1'" novembre 1798.)
Dans les Flandres, le niouvenient n'est ni moins ardent ai moins unanime. Dans la Lys. aux environs de Courtrai et d'Ypres , dans l'Escaut, vers Renaix et Audenarde, au sud, et dans le pays de Waes, au nord, où elle se relie avec les révoltés des deux Nèthes ; vers Enghien, au nord du départi'ment de Jemmapes et remontant par liai vers Bruxelles ; la partie orientale de la Dyle se rattachant pai' Louvain et Tirlemont. Aerscliol, Diest, aux insurgés de la Meuse-Inférieure; enfin, Malines, centre d'action d'oii rayonnent les luttes sur Boom, Lierre, Capelle, pour se répandre dans la Campine par Herenthals et Turnhout : tel est le vaste champ de l'insurrection.
Les forces françaises d'occupation étaient partagées en deux divisions; la vingt-cinquième qui avait son siège à Luxembourg, sous le commandement du général Micas: la vingt -quatrième à Bruxelles, sous celui du général Béguignot. Chaque département avait à son chef- lieu une subdivision : dans la vingt- quatrième, les généraux de brigade Bonnard et Dulaurent; dans la vingt- cinquième, les généraux Morand, Chabert (celui que nous avons vu à Marseille), Jardon, Pamphile-Lacroix. Ces deux divisions comportaient ensemble un effectif de huit à neuf mille hommes ; mais la plupart de ces soldats passaient pour être âgés, fatigués, infirmes, peu propres à un service actif: c'étaient des garnisons de forteresse plutôt que des troupes de campagne '. Il est vrai qu'en outre des troupes de ligne, on pouvait compter sur les brigades de gendarmerie, bien peu nombreuses, et, dans certaines parties du pays, trop
' Lettre du niinislre de la puerre au minisire des finances, du 24 septembre 1798; lettre du commissaire de la Meuse-Inférieure, du 13 octobre. — Dépôt de la guerre.
ignorantes de la langue et des usages, mais, comme toujours, troupe d'élite et qui mérita pendant cette campagne les éloges de tous les généraux qui l'employèrent.
Cette guerre ne saurait se prêter à une narration méthodique. Ce fut une série de combats, d'escarmouches, de coups de main ; il n'y eut ni une bataille proprement dite ni surtout un plan de campagne. Mais elle est marquée de deux caractères : l'un, et nous regrettons de le dire, de cruauté chez les vainqueurs, qui firent souvent fusiller les vaincus après la lutte; l'autre, de combats en apparence décisifs et qui pourtant ne terminaient rien.
Dès son premier rapport, par une illusion familièi-e aux généraux dans les guerres de ce genre, le géiuh-al Béguignot déclare que les rebelles de l'Escaut sont « entièrement saumis ; » il leur a tué près de trois cents hommes ; une Commission militaire est attachée à l'armée pour juger les prisonniers. Il annonce en même temps un combat acharné à Tête de Flandres, en face d'AnA-ers, et au fortLillo, sur l'Escaut. Le 25 octobre, il se porte sur Waelhem; à peine est-il sorti de Matines que les insurgés y entrent, coupent l'arbre de la liberté, s'emparent de plusieurs pièces de canon, de caissons et de munitions. Le général revient sur ses pas, surprend les insurgés : « Mes braves frères d'armes se sont comportés en Français; je ne puis vous dii'e combien de rebelles ont mordu la poussière. Je ne connais encore qu'un républicain tué.» Cependant, le lendemain, à Malines, une Commission militaire condamna à être fusillés quarante et un des révoltés pris les armes à la main. Le même sort échut à quarante-deux autres faits prisonniers aux environs d'Anvers.
« Les insurgés battus de toutes parts sont en pleine déroute, » écrit encore, le 25 octobre, le général en chef. Cependant, à Bruxelles, régnait une grande inquiétude;
le payeur et le receveur avaient fait leui's préparatifs de départ ; des bruits de combats venaient du pays de Waes, de la Canipine, d'Enghien. de Hal, d'Ypres même ; les fonctionnaires de Louvain s'étaient repliés sur Bruxelles; les luttes se multipliaient dans le voisinage immédiat d'Anvers, puis autour de Boom, de Lierre et de (juniplicli (nuit du 2o au 27 octobre); enlîn, signe que la situation s'aggravait malgré toutes les victoires, le pont de Waelliem était rompu, les troupes françaises se retranchaient d'un côté, les séditieux de l'autre ; les communications avec Anvers n'existaient plus depuis deux jours et le général Béguignol fortifiait Malines. Cependant, des renforts de troupes arrivèrent soit du Nord et du Pas-de-Calais, soit de la Moselle et de la Meuse, soit de la Hollande, et surprirent les insurgés sur leurs derrières. C'est ainsi que deux détachements, l'un venant de Tournai, l'autre de Mons, se rencontrèrent le 27 octobre à Enghien et battirent le pays ; une coloime, venant de la Hollande , après avoir passé par Turnhoul d'où les révoltés s'enfuirent à son approche, se rendit à Hérenthals où ils avaient réuni im grand nombre de leurs forces. .Ils étaient, dit-on, trois mille, leur résistance fut opiniâtre ; ils se retranchaient dans les maisons, liraient par les fenêtres. Six cents d'entre eux restèrent sur le terrain ; la moitié de le ville fut brûlée. (cCeci servira d'exemple.» écrivait Béguignot.
Ces fusillades ordonnées à Matines, à Anvers et à Bruxelles ; la ruine d'Hérenthals ; à Leuze, tous les révoltés périssant par le fer ou le feu ; à Duffel, tous ceux qui avaient pris refuge dans le château impitoyablement massacrés ' : c'étaient des représailles bien sanglantes contre un ennemi sur lequel on se plaisait si souvent à
* Ces faits ressorteiit explicitement des correspondances insérées au Moniteur et des rapports du général Béguignot lui-même.
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écrire que la victoire était facile et ne coûtait pas un soldat. Soit que le général Béguignot ne parût pas à la hauteur de sa tâche, soit qu'on trouvât qu'il l'accomplissait avec plus de barbarie que de succès, tout en le maintenant dans ses fonctions, on le plaça le 1" novembre, sous les ordres du général Colaud, qui concentra entre ses mains le commandement des 24= et 2rî= divisions militaires.
La guerre n'en fut ni moins continue ni moins acharnée : à Boom, à Willebroek, les paysans résistèrent avec opiniâtreté ; Capelle, sur le canal de Bruxelles à l'Escaut, fut presque entièrement incendiée ; Lierre, prise et reprise quatre fois, resta au pouvoir des Français ; enfin les rebelles furent expulsés du Sas-de-Gand, d'Hulst, d'Axel et de toute l'île de Cadsand qu'ils avaient occupée.
Le 2 novembre, quinze cents hommes de toutes armes se portèrent de Grammont sur Ninovo et en chassèrent les rebelles ; le 4, la colonne poursuivit sa route sur Saint-Amand où se produisit une grande résistance ; les maisons furent cernées et leurs défenseurs passés au fil de l'épée. Le 5, augmentée de renforts, elle s'avança par Bornhem et mit le feu à la ville pour en chasser les « brigands » qui, ayant perdu quatre cents hommes dans ces diverses rencontres, se retirèrent à Tirlemont et Hérenthals, dans la Campine. La Dyle se trouvant tranquille, le général Colaud y leva l'état de siège, spécialement à Bruxelles et dans les communes où ne s'était produit aucun commencement d'insurrection (14 novembre).
A peine l'état de siège est-il levé dans la Dyle qu'à l'extrémité orientale du département, les k brigands » qu'on disait en déroute et perdus dans la Campine, feignent de se rabattre sur Louvain, puis se jettent dans la ville de
Diest (13 novembre). Ils t'taient trois à quatre mille, bien armés et dans un certain ordre militaire. La garnison sortit, mais ne put empêcher les assaillants d'y pénétrer. On projeta de les y cerner : de Bruxelles, de Louvain, de Tirlemont, de Mayence, les colonnes arrivent et se concentrent sous les murs de Diest : " aucun individu ne peut s'en échapper. » Cependant, ces gens si rigoureusement enveloppés purent jeter un pont sur la Demer et s'évader de la ville. Béguignot prétend qu'ils perdirent cinq cents hommes dans l'évacuation ; d'après des rapports civils, cette évacuation se fit si pacifiquement, que le général Chabert, commandant de la Meuse-Inférieure, fut destitué et passa plus tard en conseil de guerre, sous prévention d'avoir favorisé ou tout au moins de n'avoir pas empêché cette évasion'. Les républicains rentrèrent dans Diest. levèrent des contributions, prirent des otages qu'ils expédièrent à Bruxelles, arrêtèrent près de cent cinquante prêtres. << Les colonnes mobiles, ajoute le rapport, se sont portées sur diiïérents points de la Campine afin d'y atteindre les révoltés dans les nouveaux postes qu'ils se sont choisis '. »
Malgré le désordre de l'évacuation et l'ardeur avec laquelle ils étaient poursuivis, les l'évoltés purent s'emparer d'Hasselt et osèrent même envoyer à Louvain au général Jardon deux trompettes avec un cartel d'échange de prisonniers.
C'était le o décembre 1798. Le général les attaqua à dix heures du matin ; le combat dura avec « un acliarnement sans exemple >■ justju'à (|ualre heures de l'après-
' 11 reconnaît aussi que le séjour des « brigands » à Diest « n'a été niaïqué par aucun excès soit envers les habitants soit envers les fonctionnaires ou les prisonniers français ; l'arbre de la liberté est même resté intact. " Le général Chabert fut acquitté.
midi, où les républicains entrèrent dans la place. Le massacre commença alors et dura jusqu'à dix heiu-es du soir. Le terrain, sur une étendue de trois lieues entre Tirlemont. Saint-ïrond et Tongres, était jonché de morts et de mourants. Tout d'abord, on en évalua le nombre à deux mille ; .lardon, plus modéré, parle de sept à huit cents. Il y eut beaucoup de prisonniers. Les Français prirent le trésor des révoltés, leur artillerie, leurs bagages. Cette victoire fut annoncée le soir même à Bruxelles à son de trompe et à la lueur des torches. Le général Micas adressa au générai Jardon ses félicitations sur le ton le plus enthousiaste.
Mais, non plus que les autres, cette déroute ne fut définitive. Les révoltés se retirèrent par la route de Saint- Trond, se jetant les uns du côté de Louvain, les autres du côté de Tirlemont. Les troupes françaises, marchant au hasard et négligeant de se faire éclairer par les gens du pays, suivaient avec peine les traces des révoltés. Le 12 décembre, un détachement parti d'Anvers les rencontra et les battit à Yilknivort {sic) ; « il les extermina, dit le rapport, et continue de poursuivre le reste. » Cette naïveté, échappée au général Colaud, exprime bien le caractère de cette guerre, toujoiu-s finie, toujovu's recommençant. On levait l'état de siège, et Louvain, Bruxelles, Anvers et d'autres villes étaient signalées comme ayant besoin d'être contenues par la force armée. — << Envoyez copie de ce rapport au ministre de la guerre, écrit Reubell impatienté, pour qu'il donne des ordres si précis qu'on n'entende plus parler des Deux-Nèthes et de la Campine. En vérité, on dirait qu'on n'en veut pas finir. »
Reubell n'était pas seul à se plaindre. Les administrations centrales faisaient de même, signalant tantôt le défaut de troupes, tantôt les excès dont elles déshonoraient leur passage, la hardiesse des « brigands », la propagation
de la révolte'. Le 10 décembre, (lolaiid fut brusquement destitué, avec ordre de se rendre immédiatement à l'armée de Mayence. Mais, (juatre jours après, sur d'autres informations, il fut rétabli dans ses fonctions.
Il signala sa rentrée par une proclamation où il annonça que le Directoire, par arrêté du 7 décembre, promettait l'oubli du passé si. avant le 30 courant, les conscrits pouvaient justifier qu'ils eussent exécuté la loi ; il finissait par une exhortation bienveillante aux familles. Colaud fil colporter cette proclamation, non pas par les agences municipales dont il avait appris à se défier, mais par des officiers qui y ajoutaient verbalement les explications convenables, entre autres que la première classe seulement était appelée et non les cinq à la fois ; en somme, ils rencontrèrent un accueil favorable, et, dès le 2.'> décembre, tlolaud put dans un rapport d'ensemble constater une situation meilleure. A la fin de janvier 1799, il expose que (I le calme et la tranquillité régnent dans les neuf départements réunis ; que les impositions rentrent avec une activité étonnante ; que les receveurs ne suffisent pas à l'empressement des contribuables... La gendarmerie profite du passage des colonnes mobiles pour les différentes arrestations... Les Forêts et l'Ourthe sont complètement pacifiées'. »
' Letlie lie Basseuge, Coniniissaire, de l'Ourthe. — Lettre du général Colaud i'6 décembre) ordonnant l'arrestation et l'emprisonnement de tous les officiers et sous-officiers du détachement de la 48" demibrigade, qui a pillé dans un village en sortant de Lierre, et annonçant qu'il provoquera leur deslifution auprès du ministre de la guerre.
— D('2iot de la (jiicrrc.
- Dépnt (le la guerre : Correspondance des généraux. — Béguignot, sénateur, comte de l'Empire, mourut à Paris le 30 septembre 1808.—
— Colaud, sénateur et comte de l'Empire ; en 1814, pair de France et chevalier de Saint-Louis ; mourut à Paris le 3 décembre 1819. — Chabert, baron de l'Empire, mourut à Grenoble vers la lin du gouver-
Restaient les prêtres, à qui radmiiiistratioii militaire ne pardonnait pas plus que l'autorité civile. Pendant ces trois mois de guerre, le Directoire s'était pourvu d'armes terribles : c'est ce qu'il nous reste à exposer.
Arrêtés collectif!) du 4 novembre 1198.
Bien avant que l'insurrection n'éclatât, plusieurs commissaires du Directoire en Belgique avaient réclamé la déportation en masse des prêtres insermentés. « La mesure que vous proposez, avait répondu le ministre de la police, c'était alors Lecarlier, est trop générale pour pouvoir être juste. » (Juin 1798.) Dès les premiers jours de la révolte, généraux et commissaires se montrèrent d'accord à l'imputer aux prêtres et demandèrent à Schérer, ministre de la guerre, d'intervenir auprès du Directoire pour obtenir leur déportation. Cette fois, ils réussirent; le même Lecarlier, qui avait repoussé quelques mois auparavant cette monstrueuse proscription, signala ses derniers jours au ministère de la police en préparant la rédaction du décret, et il ne quitta le ministère que pour aller en Belgique, en qualité de Commissaire du Directoire, veiller à l'exécution de ces arrêtés sans précédents.
Il y en avait neuf, autant que de départements, tous uniformes ; à la suite, se trouvait une liste qui, sans choix.
nement de Juillet, à près de quatre-vingt-dix ans. — Morand, nommé baron en 1808, fut tué le 2 avril 181.3 à Lunebourg, et Jardon, le 23 mars 1807, à Guimaraens (Portugal). — Micas, chevalier de Saint- Louis en 1814, mourut le 7 mai 1823.
sans distinction, comprenait tons les prêtres inscrits an tableau de chaque ilépartenicnt. C'est une pièce historique qnnn pareil acte ; aussi en reproduisons-nons le texte intégral. Le voici :
(t Le Directoire Exécutif, après avoir entendu le rapport du ministre de la police générale, et vu les pièces à Tappui. desquelles il résulte que les prêtres et moines des départements réunis qui ne se sont point soumis à la loi du 7 vendémiaire an IV sur la police des cultes et n'ont pas prêté le serment exigé par celle du 19 fructidor an V, sont les plus cruels ennemis de la France, qu'ils ont constamment entravé l'action du gouvernement, avili les institutions républicaines et occasionné des troubles, aigri les passions, propagé le fanatisme, répandu des libelles incendiaires et dévoué les fonctionnaires publics aux poignards des assassins, tenu des oratoires privés, présidé des conciliabules et organisé l'insurrection générale qui vient d'éclater dans ces contrées ;
« Considérant que, fidèles au système anti(ivi(|ue qu'ils ont embrassé dès le commencement de la Révolution, ils n'ont cessé d'abuser de leur influence pour égarer le peuple et l'exciter à toutes sortes d'excès ; considérant que leur coupable coalition avec les ennemis extérieurs de l'Etat est d'autant plus dangereuse et répréhensible dans les circonstances actuelles qu'elle a évidemment pour objet d'allumer la guerre civile et d'empêcher l'exécution des lois républicaines ;
<< Considérant enfin que la tranquillité publique ne (Mourra jamais renaître ni se consolider dans les départements réunis tant qu'ils seront soumis à rinfluence de ces êti-es pervers ;
« Arrête, en vertu de l'art. "24 de la loi du 19 fructidor :
.\rt. 1"'
" Seront arrêtés et déportés hors du territoire de la République les prêtres du département ici le nom), ci-après nommés (suit la liste).
LA PERSÉCUTIOiN RELIGIEUSE 249
Art. 2.
" Le ministre de la police générale est chargé de 1" exécution du présent décret qui ne sera pas imprimé '. »
Armés de cet arrêté, les agents du Directoire n'avaient plus d'enquêtes à faire, de renseignements à recueillir, de preuves ni de justifications à rechercher : toute une classe de citoyens était présumée coupable, chaque individu qui en faisait partie était susceptible d'arrestation. Huit mille prêtres environ - se trouvèrent sous le coup de cette menace officielle : pour eux désormais, plus de sécurité, plus de droits civiques ; ils ne pouvaient pas même être innocents ; tous étaient suspects !
Cette mise hors la loi en masse du clergé belge eut pour première conséquence d'en jeter la majeure partie par delà les frontières à l'abri de la persécution ; ce fut comme une émigration générale analogue à celle qui, en France, avait suivi les décrets d'août 1792. Quant à ceux qui restèrent, ils durent se cacher ; mais, en restant
' F^ 7391. La minute est écrite d'un seul trait, sauf la ligue que nous avons fait imprimer en italiques, et en place de laquelle on avait écrit d'abord : « tant qu'il }• existera des prêtres insermentés ». — Ces arrêtés sont signés de Revellière-Lépeaux. (14 brum. an Vil)
-Ce nombre se répartit ainsi: Dyle, 1301; Deux-Nèthes, 1111; Escaut, 642 ; Lys, 8o6 ; Jemmapes, 882 ; Sambre-et-Meuse, 884 ; Forêts, 417 ; Ourthe, 142 ; Meuse-Inférieure : 1043. Total : 7478. — Ces chiffres résultent des tableaux dressés en l'an VIII par les administrations centrales {Arch. Nat., F' 7701); pour les Deux->'èthes, l'arrêté que reproduisent les Annuaires de Malines porte 1978 noms ; dans le tableau de l'an VIII, il n'y en a que 1111 ; pour l'Ourthe, 142 est le chiffre des prêtres relevés de la déportation en l'an VIII ; est-ce celui des déportables ? Je ne l'ailirme pas. Si, au total de 7478 prêtres visés par l'arrêté du 14 brumaire, on en ajoute o8o visés par des arrêtés antérieurs, et 162 environ par des arrêtés postérieurs, on arrive à un total général de 8223. Mais ce chiffre n'est pas rigoureux, il y a beaucoup de doubles emplois.
au milieu (li>s iMijnilations. en partageant leurs dangers cl leurs souIVrancos. ils n'en acquirent ([ue plus d'inthience. Il y en eut même que leur j)alriotisme, des circonstances impérieuses auxquelles il est diflicile de se dérober et la nécessité de leur défense personnelle associèrent ou mêlèrent tout au moins à l'insurrection . Si l'on en croit les rapports de quelques généraux, plusieurs fois on trouva des prêtres, soit parmi les morts des champs de bataille, soit parmi les prisonniers ; quand les révoltés arrivaient dans une ville, leur premier acte était de faire chanter une messe solennelle ; la retraite d'Hasselt « avait eu pour précurseur une absolution générale que quatre coquins sacerdotaux leurs {sic) avaient donnée sur la place de cette malheureuse commune'. » Dans son rapport du 25 novembre, le général Béguignot écrivait : " On a remarqué à la tète de chaque colonne de brigands une fourmilière de prêtres, le crucifix à la main, qtii prêchaient au nom d'un Dieu de paix regorgement des citoyens. » Mais cette allégation, ornée d'antithèses, perd un peu de son poids, si l'on observe que c'est à un journal soudoyé par le Directoire, /r Rrdac/eiir, que le général Béguignot envoyait d'office cette phrase à effet-.
Enfin, à cêité de ceux qui, s'obstinantà rester dans leur patrie, n'écha|>pèrent à leurs jiersécuteiu's qu'an prix d'un régime continu d'alertes, de menaces et de dangers, combien d'autres, moins heureux, subirent la prison en France et en Belgique même ^, ou vinrent grossir les rangs des déportés et des victimes ! Aucune province de France ne
* Lettre du chef d'escadron, Maupoint, coinniandaiU par intérim la dix-septième division de gendarmerie nationale. — Dépôt de laduerre.
- Moniteur du 9 frimaire an VII (29 novembre 1798).
^ .V Gand, au couvent des Alexiens, 4 ; à lîrufjes, i:t ; à .Malines, 13 ; il Anver.s, 4 ; à Naniiir, (i : à Nivelli', 2 ; dans diverses villes de France, 12. — Ann. de Mutinea.
fut aussi durement éprouvée ; nulle part, les Commissaires du Directoire ne se jetèrent sur le clergé catholique avec une violence et un acharnement aussi fanatiques. Mais, à partir de ce moment, l'histoire du clergé belge se confond avec celle du clergé français et il ne nous est plus permis ni de l'en séparer ni même de l'en distinguer.