LE DEUXIÈME ET LE TROISIÈME CONVOI DE DÉPORTÉS
SOMMAIRE. — I. La Vaillcmle. Nouvel encombrement à Rochefort; on y compte jusqu'à 329 individus. — Embarquement du 2 août 1798; 23 galériens, 25 prêtres, un laïque et 2 femmes : total, 51. — Attaqué par les Anglais, la Porte est forcé d'amener son pavillon : les prêtres conduits en Angleterre, échappent à la déportation ; les galériens en prison, l'équipage sur les pontons. — II. La Baijoimaise : 119 déportés dont lOS prêtres ; H laïques, presque tous repris de justice. — M. Rrumauld de Beauregard. — La vie à bord ; huit déportés succombent ; l'équipage respecte le plus souvent les cérémonies du culte. — Le passage du Tropique. — 29 septembre: arrivée à Cayenne : 13 déportés débarquent; 87 sont expédiés à Conanama. — Combat glorieux de la Bayonnaise contre l'Embuscade, dans le voisinage des côtes de France. — Aucun autre bâtiment ne conduisit de déportés à la Guyane.
La Vaillante.
Lorsque la Charente eut embarqué la majeure partie des détenus de Rochefort, le Commandant des armes se préoccupa aussitôt de prévenir un nouvel encombrement. " Celte ville, écrivait-il au ministre de la marine, n'a aucune maison de détention convenable et assez sûre pour qu'ils soient surveillés comme ils devraient l'être; le long séjour de ces hommes dans un des ports principaux de la République attire une quantité d'individus qui ont
déjà favorisé l'évasion de plusieurs de ces détenus ; la garnison de celte ville tant en troupe de terre que de celle de marine est à peine suflisante pour le service journalier de l'arsenal. Ces déportés seraient infiniment plus en sûreté à l'Isle de Ré qui a une citadelle convenable et qui en contiendra un grand nombre avec sûreté. La communication ne serait pas aussi facile aux hommes qui s'intéresseraient à leur fuite et leur embarquement s'y etTectuerait avec plus de sûreté et plus de facilité qu'à Rochefort, où on est obligé de leur faire faire sept lieues pour les conduire à leur embarquement'. »
Le ministre de la marine tint compte de ces avis, et. de la fin de mai au six août, il débarqua à l'île de Ré soixantedouze individus, presque tous prêtres, originaires les uns des départements de Bretagne, les autres d'Indre-et- Loire, de l'Yonne, de la Haute-Saône et du Doubs. Mais le courant qui dirigeait vers Rochefort la plupart des déportables n'en fut pas ralenti. En mars, après le départ du premier convoi, il n'en restait que soixante à la prison Saint-Maurice; à la fin de juillet, on en compta près de cent. A l'hôpital, l'affluence était plus grande encore; le nombre des détenus dans les deux prisons atteignit bientôt trois-cent-vingt-neuf. Aux inconvénients de l'encombrement s'ajoutèrent les chaleurs de l'été : des lièvres putrides se déclarèrent. Le Directoire dut se décider, et, le 2 août 17'J8, près de cinq mois après le premier départ, les déportés reçurent tout à coup avis que deux bâtiments. In Vaillante et la Dayonnaise, étaient prêts à appareiller.
La Vaillante était la même corvette qui avait transporté à la Guyane I5arhé-Maibois et ses compagnons. Partie de Cayenne le 2 décembre t797, après avoir échappé à grand-
' Arch. (ti- ht Marine. I.etlrp du l.'iniars 1798.
peine à plusieurs bâtiments anglais qui lui donnaient la chasse dans le voisinage des côtes de France, elle vint mouiller à file d'Aix le 13 janvier 1798. En souvenir des aventures qu'elle avait courues à son retour dô Cayenne, comme en prévision de celles qui pouvaient la menacer encore, le vice-amiral Martin, dans une instruction spéciale au lieutenant La Porte, lui recommanda de mettre à la voile le soir par un vent favorable, de forcer la marche de manière à dépasser pendant la nuit la latitude de la rivière de Bordeaux et de gagner le plus rapidement possible le cap Finistère (Espagne), le prévenant qu'il serait imprudent de prolonger cette côte à vue à cause de la présence signalée de bâtiments anglais.
La Vaillante n'embarqua à l'île d'Aix que cinq déportés venus de Rochefort : quatre prêtres et un laïque'. L'un des prêtres était ce Deschamps, de Saintes, dont nous avons exposé plus haut (p. 219) la scandaleuse apostasie. Elle se rendit ensuite à l'ile de Ré où elle recueillit quarantesix individus. Le Directoire n'avait glissé sur la Décade . que cinq galériens ; suila Vaillante, il en logea vingt-trois, plus deux femmes, mariées à deux d'entr'eux ; il y avait vingt-cinq prêtres- et un laïque; total : cinquante et un '< déportables. » Ainsi, prêtres et galériens étaient en nombre presque égal; sur la liste officielle, aucun mot, aucun signe ne distinguait les uns des autres.
La Vaillante appareilla le 5 août. Le commandant se conforma strictement aux instructions qu'il avait reçues ; mais il rencontra l'ennemi sur la route même qui lui
• La liste Louis Petit donne Mathieu Lambert comme un laïque de Saint-Brieuc. Je n'ai pu contrôler cette indication.
- J'ai inséré la liste des prêtres embarqués sur la Vdilhmte aux Pièces jufidficatives, n" III.
avait été tracée. Le lendemain de son départ, vers 7 lunu'es du matin, un bâtiment lui courait sus ; on jeta à la mer ancres de bossoir, barils de i'arine et de salaisons et une partie des agrès; le bâtiment ennemi gagnait .toujours : à l'entrée de la nuit, on reconnut un vaisseau rasé anglais, armé de 44 canons, Vlndefatirjahle.
La Porte se mit en mesure d'accepter le combat ; la frégate anglaise éluda. Le jour venu, elle tira un coup de canon ; après quelques bordées échangées de part et d'autre, la corvette française, sans être atteinte dans ses parties vives, amena son pavillon. Il était cinq heures du malin et le combat avait été livré par 44" de latitude Nord et 6° 40' de longitude, c'est-à-dire dans le golfe de Gascogne, à la hauteur de Santander, au point même oîi le commandant des armes avait signalé le péril.
Le capitaine du vaisseau anglais passa à bord de ht Vaillante. Sir Edward Pellew (depuis, lord Exmouth) avait plus d'une fois, en Angleterre, manifesté ses sympathies pour les émigrés et les prêtres catholiques français. Ami particulier de M. Brumauld de Boauregard, c'est lui qui, en ni)o, l'avait transporté en Vendée avec ce malheureux Mathieu (îruchy dont j'ai raconté la triste tin (sup. p. 14"i). En reconnaissant la destination de la corvette, il dut s'estimer deux fois vainqueur. Il lit monter tous les passagers sur le pont, commanda brus(juement aux galériens de se séparer des prêtres ; puis, s'adressant à ces derniers, il salua de ses hommages et leurs personnes et leurs malheurs. Les hommes comj)Osant l'équipage furent envoyés sur les pontons ; la grande prison, à l'iymouth, reçut les galériens. Quant aux prêtres, la prise de la Vaillante fut pour eux le signal de la liberté. En mettant le pied sur le sol anglais, ils y trouvèrent non seulement un accueil hospitalier, mais les secours matériels que, pendant tout le
cours de la Révolution, le gouvernement de l'Angleterre et les particuliers assurèrent d'une façon si généreuse et si constante aux émigrés et au clergé français '.
La Baijniuutise.
La Batjonnaise n'emprunta son chargement de déportés qu'aux prisons de Rochefort (2 août) ; après être restée sept jours en rade, elle profita d'un moment où la flotte anglaise était occupée à surveiller les bâtiments français qui portaient des munitions aux insurgés d'Irlande, et, plus heureuse que la Vaillante, elle put gagner la haute mer, échapper à la croisière et continuer paisiblement son voyage.
Les déportés étaient au nombre de cent-dix-neuf : onze laïques et cent-huit prêtres.
Sauf deux ou trois, émigrés de condition modeste, les laïques étaient des repris de justice; parmi ceux-ci, il y avait une femme.
Pour les prêtres, certains départements qui avaient fourni des contingents nombreux à la. Décade (ceux de Bretagne, les Vosges, le Cher, etc. ) n'étaient pas représentés sur la Bayonnaise ; en revanche, la Belgique comptait encore seize déportés ; les départements de l'Est fSaône-et-Loire, Doubs, Haute-Saône, Jura. Haule-
' La Porte, échangé en janvier 1799, demanda à passer en conseil <le guerre ; on ne fît pas droit à sa requête ; il fut envoyé à Toulon. — Cet épisode a été l'occasion de graves erreurs : on trouvera à la lin du volume [Pièces Justificatives, n° III), avec la réfatation des principales, les documents officiels (liste des déportés, procès-verbal de la prise) qui m'ont servi à établir ce récit.
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Marne ), douze. Le Tarn donnait six déportés ; le Puyde-Dôme cinq ; l'Yonne, quatre. La Savoie, qui n'en avait eu aucun sur /« Décade, en avait treize cette fois. Pour le surplus, on eût dit que les victimes avaient été triées une à une à travers les départements; c'était, si j'ose dire, comme le résidu de la persécution.
Parmi ces déportés, l'un des plus considérables était .M. Brumauld de lieauregard, dont nous avons eu déjà l'occasion de parler. Inde ses frères, André Georges, chanoine et grand vicaire de l'évêque de Luçon, avait été condamné à mort par le tribunal révolutionnaire de Paris le jour même du 9 thermidor; un autre fut fusillé après l'affaire de Quiberon. Quant à lui, déporté d'abord en Angleterre, il était revenu en Yendéc en 179o et avait exercé le culte dans le département de la Vienne. 11 n'avait prêté aucun serment; il n'avait fait aucune des déclarations prescrites; les tempéraments que conseillait M. Emery répugnaient à son caractère et il les blâmait chez les autres avec autant de sévérité qu'il se les était interdits à lui-même.
L'installation et la nourriture n'étaient pas mieux entendues à bord de hi Bat/onnaise qu'à bord de la Dccadc ; ici et là, m^nie entassement dans l'entre-pont, même invasion de vermine, même biscuit dur et rongé de vers, mêmes viandes séchées et gâtées. Toutefois, l'équipage, au moins en majorité, était meilleur. Le commandant, Edmond Richer. énergique dans l'action, laissait du reste llotter la discipline en ce qui n'intéressait pas directement le service de la corvette. Le plus souvent, il se tenait à l'écart, laissant le soin des déportés à son second, M. Pottier de la Iloussaye, ([ui s'en acquittait avec bienveillance. Les officiers, les chirurgiens montraient de l'humanité et quelques-uns de la sympathie. In officier, nommé Quinet, envoya un jour de très-bon thé et une provision de su-
cre. " Je trouvai, écrit M. de Beauregard, le moyen de le remercier : il mit la main sur ses yeux et me dit en rougissant qu'il avait eu bien de la douleur de ne pouvoir mieux faire. » Un seul homme insulta ouvertement au malheur des déportés, homme impie, immoral, obscène, maudissant la religion, la République et l'ancien régime : mais, «commissaire près lesdéportés, «comme onl'appelait, n'était-il pas l'agent du Directoire ? Sa haine contre eux constituait son titre à la confiance de ses maîtres '.
Tandis que la Décade avait réussi à conduire à (Mayenne tous ses passagers sans qu'aucun succombât en route, il n'en fut pas de même à bord de la Baijonnaise. Au fur et à mesure que l'on avançait vers les latitudes méridionales, l'infection qui régnait dans l'entre-pont s'augmentant avec la chaleur, il se déclara parmi les déportés une sorte d'épidémie qui gagna jusqu'à l'équipage. Du 22 août au 4 septembre, il mourut deux matelots et huit déportés, dont un laïque-. — « Je confessai^ ouvertement mes pauvres confrères, écrit M. Brumauld de Beauregard ; je leur administrais publiquement le sacrement de l'extrémeonction, et quand ils étaient décédés, nous célébrions leurs obsèques et nous récitions près du corps les offices de l'Eglise. L'état-major toléra et respecta même cette
' Mémoires Brumauld de Beauregard. 11. 302, 308.
- 22 Août, Pliilippe-Benoit Reyphins, vicaire de Stavele (Belgique) ; 23, Charles Marcé, curé de Saint-Prival: d'Allier (Haute-Loire); 26, Pierre-.\lexis Traynier, curéde Saint-Sornin, canton du Guà (Charente- Inférieure), qui avait prêté les serments et qui les rétracta avant de mourir; 27, dans la même nuit, Buchet (Antoine-Léopold), ex-curéde Dampierre(Haufe-Saône), d'un coup de sang, etMontils (Ignace) du diocèse de Castres, d'une Irop forte dose d'éraétique que lui donna un jeune chirurgien; 29, Joseph Baugey, laïque ; 3 septembre, Benoit Chevalier, chanoine de Charabéry ; enfin, le 4, Pierre Alanion, chanoine de (^ahors qui, en 1793, avait été déporté à Blaye, puis sur un vaisseau. — Arch. de la marine. — C'est par erreur que l'abbé Carron {Confesseurs de la foi, IV, 273, 27o,) fait mourir Alanion à Cayenne,
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praliquf, iin |ioinl rin'uii contrc-maitro vint, im j'Mir fiu'un prrlro (Hait dôcédr , nie dcmandor l'heuro des ohsèqiios, pour commander pour cette lieure-là les matelots chargés de mettre les morts à la mer. » Un matelot mourut : l'un des quartiers-maîtres dit à M. de lîeauregard : » Ne dircz-vous pas aussi des prières? — Certainement, car il est mort catholique. » 11 s'était on elTet confessé avant de mourir. Un autre matelot ayant refusé le ministère d'un prêtre, ses camarades s'abstinrent de demander pour lui les prières d'usage'.
Ces morts répétées, frappant indifféremment déportés et matelots, eurent pour résultat que le commandant de la corvette, dans l'intérêt même de son équipage, délivra les déportés de l'obligation de rester dans l'entre-pont et les autorisa à monter sur le pont soit de jour, soit de nuit. Dans ce mélange forcé avec l'équipage, les prêtres rencontrèrent tantêit de nouvelles épreuves, tantê)t des consolations presque inattendues. Les matelots s'avisaient de chanter la messe de Dumont, par dérision, disent les uns ; i> pour montrer leurs belles voix, » dit, trop charitablement peut-être, M. de Beauregard ; ils ajoutaient parfois des chants ou des danses obscènes. Cependant les prêtres fidèles, se groupant sur le vaisseau, comme ils avaient fait àRochefort, autour du grand-vicaire de l'évêquede Luçon. continuaient leur pieux usage de réciter tout haut et ensemble leurs prières et le bréviaire. Ils se livraient à ces pratiques jusque sur le pont ; pendant ce temps-là, le maître charpentier et ses adjoints se découvraient et gardaient le silence '-. Lorsqu'on passa la ligne, les matelots ne voulurent pas faire grâce aux (léporti"'s de la cérémonie traditionnelle du baptême. M. Hrumauld de
• Op. cil. ;Jo:i.
-' II. 2y;i.
Beauregard, qui avait payé de sa bourse pour que ses compagnons en fussent dispensés, ne put de sa personne s'y dérober; on raconte qu'à la suite de ce bain forcée « il alla changer de vêtements, revint sécher ceux qu'il avait quittés et ne parut jamais plus calme ni plus tranquille '. »
Enfin, le 29 septembre, après cinquante jours de traversée, la corvette mouilla dans les eaux deCayenne. L'aspect des maisons en amphithéâtre, d'un rivage verdoyant, de côtes parées d'une végétation gigantesque apporta un peu de soulagement aux malheureux passagers; l'air de terre semblait aussi bien doux à ces poitrines fatiguées d'aspirer les âpres exhalaisons de la mer. Cependant, leur supplice n'était pas fini; ils dui'ent attendre encore sept jours à bord avant de débarquer.
Bien triste débarquement ! Il commença le 6 octobre à cinq heures du soir. Ciaq prêtres, les plus malades, furent descendus à terre et déposés à l'hospice. Trois jours après (9 octobre), on débarqua dix-hiiit prêtres et la femme Miquelon, la seule femme qui ait été déportée à la Guyane. Il restait à bord de la corvette quatre-vingt-sept individus. Le commissaire de la Marine alla les reconnaître, mais il n'en laissa débarquer que treize à Cayenne; il lit passer les autres (soixante-quatorze) sur la goélette la Déj)éche à destination de Conanama.
A son retour en France, la Bayonnaiseini plus heureuse que la Décade. Le 14 décembre 1798, après une navigation sans aventures, elle se trouvait à trente-cinq ou quarante lieues de terre, lorsqu'elle fut aperçue, chassée et bientôt gagnée de vitesse par la frégate anglaise l'Embuscade. On jeta à la mer les ancres de bossoir, le canot : l'ennemi gardait ses avantages. Il fallut se préparer au combat. On se
' Lettre de l'abbé Courtol, citée par M. Sauzay.
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caniiniia de pari c»t daiitro dopuis oiizo heures du niatiu jusque une heure de l'après-midi. A ce moment, l'Anglais cessa son feu [)our se nietlre eu travers de la corvette et le combat continua à petite portée de fusil. En face de ces forces supérieiu'es. au lieu do se rendre comme avaient fait 1(1 Viii liait ti- et lu Di-caflc. le commandant Richerpaya d'audace, et. proiitant de l'avantage du vent, il lança son bàtimeut contre l'anglais ; dans le choc, celui-ci perd son mal d'artimon, ht Bdijoniialse brise son màt de beaupré. Séparé de la frégate par le contre-coup, Richer lâche dans le travers de l'ennemi quatre coups de canon qui balayent la batterie et mettent trente à quarante hommes hors de combat. Les Français se jettent à l'abordage. Il était trois heures et demie. En moins d'une demi-heure, la frégate anglaise amena son pavillon. Son capitaine était gravement blessé, tous les officiers tués ou blessés de même que soixante-dix à ([uatre-vingts hommes d'équipage. Sur la corvette française, il y avait un nombre à peu |)rès égal de tués et de blessés : le commandant Richer avait reçu plusieurs blessures. L' Ëmbiiscade fut expédiée à l'île d'Aix; /« Ra yonnaisp r^nir». ?m port, deux heures après, démâtée de tous mâts.
Il arrivait trop souvent à nos marins de rencontrer une iuihinc lout opposée pour que le Directoire ne s'empressât pas (le donner à ce fait d'armes un grand retentissement. Il nomma immédiatement le lieutenant Richer, capitaine de vaisseau ; il éleva au grade d'aspirant de deuxième classe un mousse qui s'était distingué dans le combat: l'adminis- Iration reçut l'ordre de faire le plus rapidement possible à l'équipage la distribution de la prise. En ces occasions, il était alloué .H 700 fiancs par canon: l' Embuscade étant armée de 40 canons, c'était 118 000 francs à distribuer. L'état-major fui unanime à accorder une part de prise à
LA DÉPORTATIOiN ECCLÉSIASTIQUE A LA GUYANE 297
un sieur Lerch, chef de bataillon, qui, bien que simple passager, « s'était comporté de la manière la plus courageuse et la plus active ». Le Commandant des armes de Rochefort reçut l'ordre de rassembler chez lui les officiers de la marine et de leur lire le récit du combat. Un dessin représentant l'action fut distribué dans les ports et le Bulletin décadaire, en publia un récit destiné à être lu dans les assemblées du décadi et dans les écoles primaires ' . Après la Bayomiaise, aucun autre bâtiment ne conduisit de déportés à la Guyane.
' Un tableau, exposé au salon de 1801, el qui avait pour auteur un peintre de marines ti'ès-obscur, Crépin, fut recueilli par le roi I.ouis- Philippe et placé au Musée de Versailles (n" 1437). — Richer devint en avril 1801 chef militaire de la marine et des mouvements du port à Alexandrie et préfet maritime de cette ville ; le b février 1804, chevalier de la Légion d'honneur; le 14 août de la même année, officier ; le 18 août 1814, Louis XVIII le nomma chevalier de l'ordre royal el militaire de Sainl.-Louis; du 16 décembre 1814 au 31 décembre 181.5. il vécut à la Martinique en non-activité, et fut admis à la retraite le l'"'' janvier 1816. — Tous les détails de ce chapitre sont empruntés aux documents officiels des Archives de la marine.