LA DÉPORTATION A L'ILE DE RÉ ET A L'ILE D'OLÉRON
Les souffrances meurtrières d'une longue traversée ; un pays étranger où la négligence du gouvernement ajouta aux chances naturelles de mort des maladies affreuses, des funérailles multipliées : voilà le tableau que nous a offert la déportation à la Guyane, sans parler de cette séparation absolue de la mère-patrie qui constituait un inexorable exil.
La déportation dont il nous reste à parler n'a pas ces caractères sinistres ; mais elle en a d'autres. D'abord, soit en laïques, soit en prêtres, elle embrasse un nombre quatre fois plus grand d'individus. A la Guyane, les déportés jouissaient, dans le canton qui leur avait été assigné, d'une liberté relative ; à l'île de Ré comme à l'île d'Oléron, les déportés sont des prisonniers, enfermés dans une citadelle, soumis à toutes les vexations comme à toutes les gènes que comportent et la vie de prison et la vie en commun. A la Guyane, l'on garde à peine l'espoir de retourner en France ; à l'île de Ré comme à l'île d'Oléron, les déportés sont agités d'un autre tourment : ils sont aux portes de la France, et non-seulement, elles leur sont fermées, même par l'espérance, mais autour de leur île, rôde sans cesse quelque bâtiment de l'Etat, destiné à entretenir en eux une inquiétude et une anxiété continues ; leurs craintes les transportent au delà des mers et le séjour qu'ils habitent n'est pour eux que la triste et première étape d'une dépoi'tation qu'ils savent mortelle.
Il ne faut pas croire, en effet, que l'administration distinguât entre l'ile de Ré et la Guyane, réservant l'île de Ré aux moins compromis et la Guyane à ceux qu'elle estimait plus coupables : tous les déportés, de l'ile de Ré oud'ailleurs, étaient, comme ceux de Rochefort, destinés à être sans distinction transportés à la Guyane ; l'agent du Directoire, on s'en souvient, avait reçu l'ordre d'y faire construire, spécialement à Conanama, deux à trois mille karbets ou cases. L'iledeRé, comme l'ile d'Oléron, n'était doncqu'un dépôt, ajouté d'abord, plus tard substitué à celui de Rochefort, et s'il devint un lieu définitif de déportation, c'est que les croisières anglaises, en retenant nos bâtiments dans les ports, contraignirent le Directoire à renoncer à la Guyane et lui firent comme une nécessité de cette apparence de clémence.