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DÉCÈS, ÉVASIONS, MISES EN LIBERTÉ DANS LES DEUX ILES

SOMMAIRE. — A l'île de Ré comme à l'ile d'Oléron, pas de rr.ortalité exceptionnelle.— Jusqu'au 18 brumaire, dans les deux îles, une seule évasion a réussi. — Il faut attendre 1790 pour constater 34 mises en liberté : l'igeot. desservant d'Inglange iMoscUei ; groupe des cultivateurs du Pas-de-Calais. — A la suite du Coup d'État du 30 prairial an VI1-'18 Juin 1799, douze prêtres assermentés sont élargis. — A l'ile d'Oléron, aucune mise en liberté avant le 18 brumaire.

La déportation à l'ile de Ré n'entraîna pas, comme celle de la Guyane, une mortalité exceptionnelle. Sur les mill(? soixante-quatre détenus, du mois d'avril 1797 au mois de novembre 1799 (18 brumaire an VIII), c'est-à-dire en trente mois, il mourut quarante et un individus, dont cinq forçats, six laïques et vingt-neuf prêtres : parmi ceux-ci, vingt-trois sexagénaires, dont le cbangement subit de vie et les souffrances morales et physiques durent précipiter la fin. A l'île d'Oléron, la proportion fut un peu plus forte, puisque, sur deux cent cinquante et un déportés, onze moururent en onze mois *. Mais, ici ou là, la moyenne normale n'est pas dépassée.

Avant le 18 brumaire, les documents ne signalent pour l'île de Ré d'autre évasion heureuse que celle du lieute-

' Ile de Ré: 3, 83 "/„; lie d'Oléron: o, 37. Cf. Pièces justificatives, V et VI.

3o8 LIVRE SIXIÈME

nant de vaisseau La Haye de Siltz (19 décembre 1798)'; l'on peut en conclure que la siu'veillance était rigoureuse. A l'ile d'Oléron, Dubois de Coësbouc tenta de s'évader avec quatre autres laïques. A la marée basse, ils franchirent le rempart haut de soixante pieds, s'emparèrent d'une barque de pêcheur qu'ils traînèrent sur le sable avec une peine et un courage inouïs, et, l'ayant mise à flot, ils abordèrent à Soubise. à deux lieues de Rochefort. A l'exception d'un seul, les autres furent repris et rais pendant quinze jours au cachot, d'oîi ils furent transférés pour longtemps encore dans la chambre de discipline. Un d'eux mourut des fatigues qu'il avait éprouvées. Pour les autres déportés, il en résulta l'interdiction de la promenade sur les remparts ; cette interdiction, temporaire pour les prêtres, ne fut définitive que pour les laïques-. Pour les déportés de la Guyane, les arrêtés de déportation, une fois exécutés, ne souffraient pas de repentir : le Directoire avait eu trop de difficulté à les expédier au delà des mers, pour atfronter volontiers les périls non moins certains du retour. A l'égard des déportés de l'île de Ré et de l'île d'Oléron, placés comme ils l'étaient aux portes de la France, clémence ou justice eussent été faciles. Mais les ministres delà police avaient pour maxime de n'examiner aucune réclamation, si elle ne leur était renvoyée par le Directoire ; or, le Directoire ne se rétractait pas aisément. En 1798, il ordonna deux sursis : mais, lorsque

' .Xomiiié capitaine de frégate le 31 décembre 1814, il mourut le 4 janvier 18ï2 à Tape de soixante-deux ans. — Guillemot de Vanvrrt s'évada aussi, mais beaucoup plus tard, sous le Consulat (mars 1800?); repris au bout de trois mois, il fut interné tour à tour au bureau central, à la Force et au Temple; il obtint de retourner à Plancoët(Côtesdu-.Nord) en surveillance. — Avch. de la marine.

2 Voiiuije de cinq prêtres de Meuux, etc. p. 38. — Espivent de Pcrran sevada le 3 septembre 1800. Nommé capitaine de frégate le l" janvier 181o; mort le 29 novembre 1837.

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l'expédition en arriva à Rochefort, les deux prêtres qui en étaient l'objet étaient déjà embarqués sur la Charente. Cette corvette resta huit jours en rade et fut forcée un mois plus tard de transborder son chargement sur la Décade : on avait donc le temps do faire justice ; on n'en profita pas '. Pour les déportés de l'île de Ré et de l'île d'Oléron, la condamnation ne fut pas moins définitive ; ainsi que ceux de la Guyane, on les considéra, sauf de rares exceptions, comme retranchés à jamais de la patrie.

En 1798, aucune mise en liberté ne se produisit à l'île de Ré ; en 1799, nous en constatons trente-quatre.

Le premier déporté qui fut élargi était un sieur Pigeot, desservant d'Inglange (Moselle). Il avait été ordonné prêtre, au début du schisme, par l'évoque constitutionnel de son département. C'eût été un titre à la faveur du Directoire, si le Directoire n'avait enveloppé dans la même haine tous ceux qui, légitimement ou non, portaient le nom de prêtre et qui en exerçaient les fonctions. Le secrétaire de la mairie, qui avait recherché en mariage la sœur de Pigeot et qui avait été éconduit, voulut se venger sur le frère; il le dénonça à raison de prétendus délits auxquels l'administration supérieure prêtait volontiers l'oreille, extorqua des signatures, souleva le conseil municipal : Pigeot fut arrêté, conduit à Rochefort, inscrit pour être embarqué sur la Bayonnaise ; son état de maladie l'ayant empêché de partir, on le transféra à l'île de Ré. On fait une enquête : elle tourne à l'honneur de Pigeot ; mais l'administration municipale réitère ses plaintes, et le Directoire refuse de revenir sur son arrêté. Duval succède à Lecarlier : nouvel examen, nouvelle enquête ; les sœurs de

' lîonnery, de l'Hérault ; Davlot, du Doubs, et des prêtres des Vosges.

Pigoot viennent à Paris ; ses cousins pétitionnent ; les municipalités, les députés font de même ; dans l'enquête, les témoignages sont unanimes en faveur du déporté. Le Directoire hésite encore; enfin, sur la recommandation de Reubell, troisième rapport, et, le 10 janvier 1799, après treize mois de captivité et d'angoisses, Pigeot est mis en liberté».

Viennent ensuite ces vingt et un cvdtivateurs ou artisans du Pas-de-Calais dont nous avons déjà parlé. Des diverses prisons par lesquelles ils avaient passé, Bernard, leur doyen, avait adressé réclamations sur réclamations au Directoire et spécialement à Merlin, Merlin de Douai, Merlin leur compatriote, que ces malheureux considéraient comme leur protecteur naturel. Nous avons eu souvent à signaler son implacable dureté ; cette fois, il se prêta à un rôle de miséricorde, mais par des moyens juridiques périlleux en eux-mêmes et qui, venant de lui, devaient inspirer quelque défiance. Il renvoya les pétitions au ministre de la police en lui demandant un prompt rapport (t 3 mai 1798) ; le ministre en référa à l'administration du Pas-de-Calais. Celleci tarda à répondre. Bernard pétitionne encore, Merlin insiste. Enfin, après un long délai, l'administration centrale prit un arrêté par lequel, estimant que le tribunal avait commis un excès de pouvoir en prononçant la déportation sur un fait d'émigration qu'il lui appartenait à elle seule de constater, elle élevait le conflit. On devine la conséquence: le Directoire déclarant le conflit et ayant la faculté de renvoyer les prévenus, considérés comme émigrés, devant une Commission militaire ! Terrible doute ! Allaiton voir une répétition de l'affaire des Ndiifraf/i's de Calais pendante encore, et qui, surtout dans ce département,

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était présente à tous les esprits ? On en fut quitte pour la peur : le Directoire approuva la décision de l'administration du Pas-de-Calais, mais il ordonna ensuite la mise en liberté des vingt et un déportés (22 avril 1799).

Ils n'en devaient pas tous profiter. Au cours de l'instruction de cette interminable affaire, le pétitionnaire persévérant qui avait tant de fois réclamé pour tous, Bernard^ âgé de soixante-dix ans, était mort (2 septembre 1798) ; l'une de ses filles mourut deux mois après (9 novembre) ; Cartemont vit périr sa femme et sa fille ; deux autres succombèrent encore, une fille âgée de soixante ans et une petite fille de quatorze mois. Telle fut la rançon dont ces malheureux payèrent leur liberté'.

Un incident parlementaire, qui s'éleva à la suite du Coup d'Etat du 18 juin 1799 (30 prairial an VII), provoqua quelques mises en liberté. Plusieurs des députés des Cinq Cents protestèrent alors contre les arrestations arbitraires journellement ordonnées par Revellière Lépeaux et Merlin; mais, inflexibles contre les prêtres réfractaires, ils se bornaient à dénoncer les sentences qui frappaient des prêtres assermentés, mariés, ou ayant fait preuve de républicanisme. Une résolution s'ensuivit, en vertu de laquelle les prêtres de cette catégorie étaient désormais affranchis de toute poursuite, ou, s'ils subissaient déjà la déportation, recommandés à la faveur du Directoire.

Douze prêtres de l'île de Ré durent à ce vote leur liberté. C'est peu; n'en faut-il pas conclure ou que le Directoire n'exécuta cette injonction des Conseils qu'avec répugnance, ou, comme nous l'avons établi plus haut (213 et suiv.) qu'il n'y avait qu'un très petit nombre de prêtres

' Arch. Nal. F" b017. — En mars 1800, les survivants demandèrent à être relevés de la surveillance et leur radiation définitive de la liste des émicrés.

constitutionnels à qui ce triste privilège pût «"appliquer ou qui consentissent maintenant à l'accepter?

Parmi ces prêtres, il faut signaler Maltcstc et Dupuy {sitp. p. 222). Les sollicitations qui s'étaient heurtées jusque-là à la méritoire inertie des Directeurs, reprirent avec ardeur après le 30 prairial. Barras les renvoya au nouveau ministre de la police, Fouché. L'ancien proconsul, nouveau- venu au ministère, se montra très-coulanl: n'avait-il pas dans son passé et des erreurs et des crimes de même sorte ? « Je pense, écrivit-il, que le rapport en révision peut être fait sur le champ et sans renseignements autres que ceux exposés au dossier. Les nombreux témoignages des représentants du peuple, et surtout le considérant de laiTêté de déportation qui ne présente aucun fait positif, semblent des motifs déterminants à cet égard. » Que d'arrêtés qui ne contenaient '■ aucun fait positif» et dont Fouché eût pu s'autoriser poiu' procurer ou tout au moins pour favoriser des mises en liberté ! Mais l'heure n'en était pas venue encore. Planier put sortir de sa retraite ; Dupuy et Malteste-Lavergnc furent élargis le 27 juillet 1799, c'est-à-dire sept jours après l'avènement de Fouché au ministère de la police. Nommons encore Marchand, que dom Piolin signale comme ayant été « l'un des soutiens les plus énergiques de l'Kglise constitutionnelle » dans la Sarthc, et qui signait l'hilippe Marchand, républicain ; Gauzargues (Pierre), ancien curé de Saint-Leu-Taverny(Seine-el-Oise) ; il avait été secrétaire du prétendu synode qui avait nommé le vieil abbé Clément évêque de Seine-et-Oise (t3 août)'.

' Notons encore quatre prOfres belges; puis Pilel (Jaciiiiesl, curé de la Briche (Seine) ; Meslayer (Antoine), curé de Saint- .\nj;uslin-sur-nier {Charente-Inférieure); il avait été afjent de la coninuine des Mathes, alors canton de la Tremblade : Saint-tienoys, curé de Manas(Drôme), et Deval ou Delval, prêtre de la Creuse.

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En octobre 1799, Saurine, évêque constitutionnel des Landes, adressa au Directoire une réclamation en faveur de quinze prêtres constitutionnels « qui restent constamment fidèles à leurs serments de soumission aux lois, malgré les avanies qu'on leur fait et les amertumes dont on ne cesse de les abreuver' ». Mais il était bien tard pour que le Directoire s'occupât de sa pétition ; le 18 brumaire était proche.

A l'île d'Oléron, il n'y eut, avant cette date, aucune mise en liberté.

' Saurine se borne à nommer « Soucley, autrefois charlreux, en dernier lieu, curé à Villetaneuse, près Saint-Denis, et le citoyen Dubault, de Tours, et deux de ses ci-devant vicaires ». — F'' 7685.

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