CHAPITRE II
LES DÉPORTÉS DE l'iLE DE RÉ ET DE l'iLE d'oLÉRON
SOMMAIRE.— I. Nombre des déportés dans les îles de Ré et d'Oléron, à la date du 18 brumaire. — Arrêté des consuls du 8 frimaire an VIII — 29 novembre 1799 ; il ne concerne que les prêtres assermentés, mariés, ou apostats. — Après la promulgation de la Constitution, Bonaparte, plus libre, s'occupe des détenus, en demande un tableau général. — Circulaire de Eouché ; erreurs de ces tableaux officiels.— II. La promesse de fidélité; les préfets l'interprètent d'une façon honorable pourleclergé. — Mises en liberté nombreuses, évasions fréquentes sur lesquelles on parait fermer les yeux.— Circulaires contradictoires
. deFouché. — III. Discours de Bonaparte aux curés de Milan; le Te Demn à Milan, après Marengo.— Fouché supprime les exemplaires du discours qui circulent en France. — IV. Déportés de l'île d'Oléron; l'évacuation y est plus lente qu'à l'ile de Ré; celle-ci, même sous l'Empire garda toujours quelques détonus.
Au moment où éclata le coup d'État de Brumaire, il restait à l'île de Ré, sous diverses déductions, neuf cent quarante et un déportés, et, à l'ile d'Oléron, deux cent quarante, soit pour les deux îles, onze cent quatrevingt-un individus qui attendaient la fin de leurs soulTrances '. Ils étaient, ceux-ci, à la porte de la France; le gouvernement n'avait qu'un signe à faire pour les rendre à la liberté. Près d'un mois s'écoula sans qu'ils res-
' lie de IW : Embarqués sur hi Vaillante. 44; mis en liberté, 34; morts. 41 ; évadé, 1 ; Iransl'érés à l'ile d'Oléron, 3; total, 123 ù défalquer de 10G4; reste 941. — Ile d'Oléron : morts, 10; évadé. 1: donc It à déduire de 2ol ; reste 240.
sentissent le moindre etl'et de la justice du nouveau régime. Enfin, le 8 frimaire an VIII-29 novembre 1799, parut un arrêté des consuls qui rapportait les arrêtés collectifs ou individuels rendus par le Directoire contre les prêtres, en exécution de l'article 24 de la loi du 19 fructidor ; il s'appliquait aux prêtres actuellement détenus à l'île de Ré ou à l'ile d'Oléron, de même qu'à ceux qui s'étaient soustraits à la déportation.
Faveur dérisoire et injurieuse ! Voici ce qu'on avait imaginé.
On se souvient qu'en Prairial, les fructidoriens qui s'étaient tournés contre les Directeurs leur reprochaient surtout d'avoir appliqué la loi de déportation à des prêtres assermentés, apostats ou mariés, qui, par tant de sacrifices à la République, eussent mérité un tout autre sort ; en conséquence, ils demandaient l'élargissement de ces trois classes de prêtres : le Conseil des Cinq Cents vota une résolution en ce sens.
Cette résolution déjà ancienne des Cinq Cents devint l'arrêté du 8 frimaire. Il ne visait que les trois séries de prêtres indiquées plus haut ' ; encore exigeait-il de ceux qui prétendaient à en bénéficier qu'ils fournissent trois certificats : l'un, émanant de l'administration de l'île de Ré ou de l'île d'Oléron ; le second, de la municipalité de leur ancienne résidence, elle troisième, de l'administration cen-
' Voici le texte : 1° Ceux qui auraient prêté tous les serments que les lois ont prescrits aux ministres du culte et aux époques désignées par ces mêmes lois et qui ne les ont pas rétractés ; 2" Ceux qui se seraient mariés ; 3° Ceux qui n'ayant point exercé ou qui, ayant cessé d'exercer avant la loi du 7 vendémiaire an IV le ministère de leur culte sans en avoir repris l'exercice depuis cette époque, n'étaient plus assujettis à aucun serment. — On remarquera que, même après le 18 brumaire, on réclamait explicitement la prestation de tous les serments, et cela, à leurs dates. Tel avait été aussi le système de Sotin et du Directoire.
traie qui visait le préeédenl. Le déslionneur de ces prêtres ainsi constate' trois fois, ils pouvaient être mis en liberté, ou, s'ils n'étaient pas détenus, être relevés de la déportation. Une circulaire de Fouché, ministre de la police, aux administrations centrales, insista sur le rigoureux accomplissement de ces étranges conditions. Il se trouva un Zabée, un Chayrou pour oser s'en prévaloir; les autres les repoussèrent avec mépris.
Ce scandaleux arrêté, on l'aura déjà remarqué, est antérieur à la promulgation de la Constitution consulaire ; il appartient à la période où les fructidoriens qui entouraient Bonaparte prenaient leurs précautions contre le retour de ce qu'ils appelaient la superstition; où Bona])arte, forcé à la prudence, n'avait pas encore ouvertement manifesté ses sentiments. On se rappelait son rôle au 13 vendémiaire ; ses liaisons avec Robespierre le jeune, Fréron, Salicetti; ses relations avec Barras; son ardeur à préparer le 18 fructidor. Si, à ïolentino, il avait, tout en le dépouillant, traité le pape avec un certain respect; si, à Macerata, il avait prononcé quelques paroles favorables aux prêtres réfugiés, depuis, ses proclamations d'Egypte et sa complaisance pour le culte de Mahomet semblaient indiquer que, sceptique avant tout, il ne flattait les religions que poiu" les faire concourir au succès de ses vues politiques.
Lorsque la Constitution de l'an VIII fut promulguée, Bonaparte, nommé Premier Consul, sortit de la réserve qu'il s'était imposée. Le 2.3 décembre, de concert avec ses deux collègues, il fit aux Conseils ou |)lutùt aux Délégations qui en tenaient lieu la proposition « formelle et nécessaire d'autoriser le gouvernement à prononcer définitivement sur les réclamations des individus condamnés nominativement à la déportation ou à toute autre peine en vertu de lois, décrets ou actes du ('orps législatif, et de
leur restituer l'exercice des droits de citoyen quand il verra que cette mesure peut être sans inconvénients pour la tranquillité publique. » Sur l'heure, les Cinq Cents rendirent un décret conforme. Dès le 23 décembre, le Premier Consul, élargissant, ce nous semble, les termes du décret qui ne concernait que les individus condamnés nominativement en vertu d'actes législatifs, demandait au ministre de la police un état de toutes les personnes, prêtres, nobles, quelles qu'elles fussent, détenues sous quelque prétexte que ce fût; le 29, l'état des prêtres déportés des départements de l'Ouest, et, le même jour, de tous les départements. Enfin, le 30 déccmbi'e, sur une pétition collective des prêtres du Doubs, de la Ilaute-Saône et du Jura, détenus à l'île de Ré, qui réclamaient leur mise en liberté, il autorisa le ministre de la police à la leur accorder; mais, d'une part, dans le texte de la pétition, il fit intercaler d'office la phrase suivante : « Nous vous promettons d'être fidèles à la République fondée sur les trois bases de la liberté, de l'égalité et du système représentatif ■ ; » de l'autre, il écrivit confidentiellement au ministre de la police que « la mise en liberté ne devait être effectuée qu'après que le 'serment de fidélité à la Constitution aurait été signé». Sur cinquante-ti'ois pétitionnaires, vingt-huit, pris de scrupules, protestèrent en refusant la promesse et restèrent en prison.
Fouché réclama aussitôt ({"janvier 1800) de toutes les administrations centrales un tableau des prêtres de chaque département qui avaient été déportés soit en vertu des
* Les Annales philosophiques, I, 271, avaient signalé en son temps ce fait assez étrange; M. le comte Boulay (de la Meurthe) Ta vérifié aux Archives Nationales sur l'original de la pétition (AF. iv, o.) La Correspondance de Napoléon I'^'', publiée sous le second Empire, contient la pétition interpolée et la réponse, mais ne mentionne pas l'interpolation l'n» 44S61.
lois, soit par arrêtés du Directoire exécutif. Ces tableaux affluèrent au ministère de la police ; on en retrouve un grand nombre aux Archives Nationales. Mais, pour être officiels, ces documents n'en sont pas plus exacts. Dans ces documents considérables par leur étendue, on ne constate le plus souvent que l'ignorance presque absolue dans laquelle se trouvaient la grande majorité des préfets relativement à toutes ces opérations, le désordre qui régnait dans leurs bureaux, ou, pour mieux dire, la honteuse insouciance avec laquelle avaient été accomplis ces actes si nombreux d'arbitraire, comme si, le mauvais coup accompli, on s'était empressé d'en effacer les traces'.
Nous avons vu que, dès le 30 décembre, le Premier Consul avait exigé de certains prêtres qu'il consentait à mettre en liberté une promesse de fidélité à la Constitution. Quelques jours après, un arrêté des consuls généralisa cette mesure et substitua ce nouveau serment à tous ceux qui avaient eu cours jusque-là (10 janvier 1800).
La « promesse de fidélité » devint pour les prêtres une nouvelle occasion de désaccords entr'eux et de tracasseries administratives. Les uns, considérant toutes les lois révolutionnaires qui avaient blessé la conscience catholique, spolié l'Eglise, organisé la persécution contre ses institutions et contre ses membres, ne se décidaient pas à
* Les administrations centrales et bientôt les préfets envoient tantôt plus, tantôt moins qu'on leur demande; ils évoquent la déportation de 1702 sur laquelle ils ne sont pas interrogés, et omettent celle de 1797- 1799 ; ou bien ils donnent celle-ci (c'est le plus petit nombre), mais ils indiquent les déportables plutôt que les déportés. Les listes les moins inexactes renferment encore bien des erreurs.
reconnaître une Constitution qui, loin de renier le passé, le confirmait. Les autres, et c'était l'avis de M. Emery, reprenant les arguments qu'ils avaient présentés en 1792 et en 1793 à l'occasion du serment de liberté et d'égalité et de la déclaration de soumission aux lois, estimaient que la promesse de fidélité n'entraînait ni approbation ni ratification des lois contraires à la conscience : c'était un acte de soumission passive, toute de fait, et non une adhésion doctrinale. Le Premier Consul, soit par lui-même, soit par les explications qu'il chargea ses préfets de donner, autorisa cette interprétation. De la divergence des esprits sur la conduite à tenir, naquirent deux partis que définirent les noms de fidélistes et à'antifidélistes.
La promesse de fidélité fut une entrave à la mise en liberté des déportés, mais elle ne l'arrêta pas. Un certain nombre la refusèrent; d'autres, qui l'eussent faite, n'y furent pas admis. La plupart, regardant surtout à l'intérêt des âmes, ne crurent pas engager leur conscience en donnant leur signature : l'évêque de Saint-Papoul fut de ces derniers. Deux cents environ, plutôt que de signer, préférèrent fuir et y réussirent : il semble que l'administration ferma les yeux. Le Commissaire du Directoire attribuait ces évasions fréquentes non seulement au mauvais état d'entretien des fortifications de la citadelle, mais à la faiblesse numérique comme à la complicité de la garnison, laquelle, il l'avoue lui-même, était assez tristement composée'. Mais, quelques mois plus tôt, les fortifications n'étaient pas en meilleur état ni la garnison plus honorable, et il ne se produisait pas d'évasions. On en peut conclure que, depuis, l'administration avait reçu l'ordre de ne pas surveiller avec rigueur.
3iS8 LIVRE SEPTIÈME
La majeure partie des mises en liberté eut lieu dans les premiers mois de l'année 1800. Comme ils avaient été déportés en masse, les Belges furent rapatriés de même. Pour les prêtres français, Fouché y regarda de plus près. 11 examinait les dossiers, consultait les administrations municipales, n'accordait le plus souvent que des mises en surveillance et dans des villes autres que celles où les prêtres qui en bénéficiaient avaient habité. Tandis qu'il laissait voyager de ville en ville maint ecclésiastique qui s'était évadé, il en faisait poursuivre d'autres (Quesne, du Puy-de-Dôme) qui vivaient paisiblement dans l'île en dehors de la citadelle avec le consentement tacite de l'administration locale. Ainsi, tantôt c'étaient des faveurs faciles, inespérées, tantôt des rigueurs sans motif et des précautions d'homme de police. Au mois de juin 1800, une lettre écrite par un prêtre de Savoie (Barraz) dit que, de tous les déportés de son département, il ne reste plus à la citadelle que l'abbé Gellon et lui ; il ajoute que, sur mille détenus, on n'en compte plus que cent quarante, les autres ayant obtenu des arrêtés de mise en liberté ou s'étant évadés. Ces chiffres, à notre avis, doivent être à peu près exacts, bien (juc nous n'en possédions pas la preuve officielle '.
La mise en liberté de ces prêtres n'entraînait pas pour eux le libre exercice du ministère. Par une circulaire du 22 avril 1800, Fouché déclarail expressément que les lois
* François Molin : Souvenirs de lu persi'culion soufferte par le clergé ilu diocèse de Mdurieime pendant la période ri'rohitionnairc de 4792 à ISQ2. ]). 227. — .1. p. l'Icury, qui force un jieu les chiirres, arrive ù jipu lires à la nii"'iiio coiiflusion {op. cit., 391.)
de 92 et de 93 étaient encore en vigueur; que la promesse elle-même n'était qu'un acte civil. Même en la faisant, le prêtre relevé de la déportation n'était pas admis de droit à exercer le culte, car « la liberté dont il jouit ne lui appartient pas ou ne lui est pas due. C'est une faveur qu'il doit à l'indulgence du gouvernement. » Livrés ainsi à l'arbitraire de la police, les prêtres étaient encoi'e soumis à la réquisition, ils voyaient célébrer les fêtes décadaires ; il n'y avait de liberté que pour les constitutionnels qui, en mars 1800, annonçaient hardiment un nouveau concile dit national pour l'année 1801.
Le Premier Consul qui, à cette époque même, veillait à la pacification des provinces de l'Ouest pour ne laisser derrière lui, à la veille d'une prochaine campagne contre l'Autriche, aucune difficulté sérieuse , approuvait-il les rigueurs de son ministre de la police ? Il faut reconnaître du moins qu'il les tolérait. L'arbitraire ne lui déplut jamais, soit qu'il l'exerçât hardiment, soit qu'il se bornât à le faire seulement sentir. Il voulait être le maître et qu'on le sût; il voulait aussi prévenir et déconcei'ter les esprits remuants , et il croyait sans doute que la politique de Fouché lui procurait cet avantage. Du reste, à l'occasion, il agissait à sa guise, sans se soucier s'il contredisait trop ouvertement les doctrines et les procédés de son ministre.
C'est ainsi que, le 5 juin 1800, à Milan, dans un discours public aux curés de la ville, il désavoua la politique irreligieuse du Directoire, et s'engagea à assurer l'exercice de la religion catholique, la considérant comme « l'ancre » de la société française ets'honorant de la favoriser. Quelques jours après, de retour dans cette même ville de Milan, le vainqueur de Marengo, enhardi par ses succès, écrivait à ses collègues les consuls : (( Aujourd'hui, malgré ce qu'en pourront dire tios athées de Paris, je vais en grande céré-
monie au Te Dcum que l'on chante à la m(?tropole de Milan. » On lit en ell'et clans le bulletin de l'armée de réserve : « Le premier Consul a été reçu à la porte par tout le clergé, conduit dans le cho'ur sur une estrade préparée à cet elîet, et cellr sur laquelle on avait coutume de recevoir les consuls et premiers 7nagistrats de l'empire d'Occident. Ce respect pour l'autel est une époque mémorable qui fera impression sur les peuples d'Italie et plus d'amis à la République. L'allégresse était partout à son comble. »
Ce serait fatiguer le lecteur que de raconter les rapides volte-faces de Fouché ; telle circulaire (16 juin 1800) dont le ton attendri, semble un écho empressé du discours de Milan ' ; le même homme traitant comme écrits séditieux les feuilles imprimées de ce discours que Bonaparte expédiait en France, comme naguère, avant fructidor, il y avait fait distribuer d'office les adresses factieuses de son armée ; les exemplaires supprimés par ordre du ministre de la police, les prêtres qui le lisaient en chaire mis en arrestation ; les préfets blâmés de leur tolérance. Il y eut des prêtres qui, sur la foi de la prétendue liberté des cultes ou de la généreuse circulaire du 16 juin, s'étaient cru le droit, exilés, de rentrer en France; cachés, de se montrer et de jouir publiquement des droits civiques : Fouché donna l'ordre de les arrêter et de les conduire aux frontières, ou, s'ils étaient infirmes, de les mettre en réclusion. Telle était la jurisprudence que, par sa circulaire du 21 août 1800, Fouché prétendait établir.
' (t Que les temples de toutes les relipions soient désormais ouverts; que toutes les consciences soient libres ; que tous les cultes soient également respectés. . . Depuis le 18 brumaire, nous sommes devenus un peuple de frères ; les factions ont disparu, les haines sont éteintes etc. » F' 7701.
Cette doctrine, qui ne dérogeait guère à celle de fructidor, ne resta pas sans application. Dans plus d'un diocèse, l'histoire locale nous révèle vers cette date les tracasseries d'une administration difficultueuse, l'insistance avec laquelle les préfets réclamaient la déclaration de fidélité, les alertes continues des prêtres qui ne s'y étaient pas soumis, les arrestations fréquentes, les emprisonnements qui en étaient la suite, enfin les conditions clandestines dans lesquelles le Culte devait encore s'exercer.
Pour revenir à nos déportés, il semble que les élargissements furent plus lents à l'île d'Oléron qu'à l'île de Ré; ils se firent peu à peu, individuellement, et non par groupes. De décembre 1799 à la fin de janvier 1801, c'est-à-dire en quatorze mois, on peut évaluer à cent trente-neuf le nopibre des mises en liberté; vingt-cinq déportés s'évadèrent dans cette période ; treize moururent. Le 21 novembre 1800, le commissaire constate qu'il ne lui reste plus que soixante-trois détenus. A partir de janvier 1801, tout état officiel nous fait défaut; mais, le 28 juin, plusieurs prêtres de Vannes, arrêtés pour avoir refusé la promesse de fidélité, viennent débarquer à l'île d'Oléron'.
L'île de Ré ne fut complètement évacuée qu'assez tard, témoin l'abbé Jacques Pierre Fleury, de Mamers (Sarthe), l'un des derniers qui y restèrent. En 1792, déporté à
* Ai'ch. de la marine. Nous donnons ces chiffres d'après les états mensuels de situation tenus par le commissaire de fin novembre 1799 à fin janvier 1801. Quatre de ces états nous manquent. Ils devaient, d'après nos calculs, concerner 76 déportés.
Jersey, puis en Angleterre, il était rentré en France, sur l'ordre de son évèque, en juillet 1797. Détenu successivement à Rennes, à Laval, au Mans, il fut déporté à l'île de Ré. Il s'y montra l'énergique adversaire de la promesse de fidélité et manifesta sans ménagement ses méfiances contre celui qu'on appelait alors le sauveur de la France. L'àpreté de son caractère, l'impérieuse inlluence qu'il prétendait exercer sur ses confr("M'es, l'audace de ses propos, l'ardeur de sou royalisme le firent considérer par Fouché comme un personnage dangereux. Le Concordat ne lui agréa pas plus que les serments; il le repoussa et devint un des coryphées de ce qu'on appela la petite Eglise.
Il constate dans ses Mémoires qu'en janvier 1801, on comptait encore à l'île de Ré soixante-dix détenus, et, en mai 1802. cinquante. En août 1802, sur les instances du cardinal (laprara. la plupart des prêtres détenus, capituleront, suivant l'expression de Fleury, c'est-à-dire se résignèrent à faire la promesse. En 1804, la citadelle de l'île de Ré compte trente-huit prisonniers, soldats déserteurs, chouans, royalistes, émigrés rentrés, qu'y a envoyés le Consulat : Fleury est passé à l'île d'Oléron ; on lit sur le registre : « Ex-prêtre, se conduit bien, mais très dangereux : à éloigner'. » En 1809, Fleury s'y trouvait encore. Il n'y avait plus que quatre détenus à l'île de Ré et quatre à l'île d'Oléron. Sur ces huit individus, « cinq mauvais sujets, » un vieillard de Toulon, âgé de soixante-dix-neuf ans, conrlamné pour émigration, un Piémontais; le huitième était Fleury qui allait expier par une nouvelle et dure captivité à Pierre-Chàtel son intraitable hostilité contre Fouché et Bonaparte -. Le Directoire était tombé
' Jem Destiem: Lea iWinirluliona du ConsuUit cl df l'Enijure. i'ïl-i'îC. - Fleury, op. cil., 403, 43j, 448, 4o9, 471.
depuis longtemps, mais ses lois et ses procédés de gouvernement lui survivaient.
Il faut dire maintenant ce qu'il advint des déportés de la Guyane.