‹ La terreur sous le DirectoireChapitre 44 sur 81 · A PROPOS DE PIERRE TAUPI.N · texte numérisé non relu

A PROPOS DE PIERRE TAUPI.N

Madame Tatipin, née Ursule Tierrier, fut enterrée dans le cimetière de Tréguier ; longtenips après sa mort, on montrait la place où elle reposait. Quant à Taupin, à son retour de la Guyane, il passa d'Angleterre en France et se nièla à la prise d'armes des chouans, au commencement de l'année 18U0. Il venait de remporter un brillant avantage à Tréglamus, près de Guingamp et assistait paisiblement à la messe, lorsqu'un enfant vint l'avertir que l'ennemi approchait. Il sort, voit les soldats s'apprètant à fusiller un prêtre assermenté qu'ils accusaient do les avoir trahis. Taupin le sauve de leurs mains, puis grimpe sur un mur pour observer l'ennemi. Au moment où sa tète dépassait la crôte du nmr, il reçoit une balle et meurt. Il fut enterré dans le cimetière de Tréglamus ; jusqu'en 1830, le curé qu'il avait sauvé conduisit chaque année la procession du Jour des Morts à la tombe de Taupin. •

'Voici la complainte à laquelle j'ai fait allusion ; elle est empruntée à un recueil, qu'on me.dit très rare, de chants bretons composés pendant la Révolution.

<c Deux jours après, la lèle de madame Taupin tomba aussi sous le fer de la f^uillotine : elle mourut sans plainte, avec beaucoui» de cœur, joyeuse de donner sa vie pour la reli;;ion.

ic Elle se revèlit de ses plus beaux babils blancs, comme pour des noces; elle mit cinq fleurs à sa coilTure : elle court à la mort avec un air joyeux; la mort pour elle n'a rien d'enVayant.

(( Lorsqu'elle fut devant le juf,'e, celui-ci, lout ému, lui dit de crier : Vive la Nation! — «Montrez du ref,'n't, dil-il, abandonnez votre roi, et, sur le champ, vous serez libre d'aller où vous voudrez. •>

— « J'aime mon roi et ma religion ; jamais je ne crierai : Vive la Nation ! A mon Dieu, à mon roi, dit cette sainte femme, je serai toujours fidèle; je suis prête à mourir'. »

" Ils lui demandèrent si elle no savait pas qu'elle agissait contre la loi en recevant chez elle des brouillons, des hommes chargés de crimes, condanu^és par la nation à siirtir de leur pays.

— « Dieu, répond cette femme héroïque, mon maître et le votre, par un saint commandement, nous a ordonné d'avoir pitié des pauvres gens qui sont sans abri et de leur donner un lit pour dormir, n

— K Pensez, dit le juge, à vos petits enfants qui resteront sans appui, si vous mourez. » — « Dieu, qui les a créés, répond cette mère, si je meurs pour sa loi, les prendra sous sa garde. "■

— « Mes enfants, dit-elle, écoutez la leçon que vous donne votre mère avant de mourir : restez jusqu'à la mort fidèles à Dieu et nous nous reverrons couronnés dans lescieux. »

« Autrefois Dieu était dans les églises loué par ses enfants; son nom était honoré. Maintenant ses ministres sont condamnés à mort. Où est, mes chers compatriotes, l'homme qui ne pleurerait pas ?

" Prions donc, mes frères, qu'il plaise à Dieu de détourner de nous de si grands malheurs, de mettre sans tarder fin à la méchanceté et de remettre sa loi en honneur. »

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