‹ La tête coupée Ernest BillaudelChapitre 7 sur 9 · ÉLIE · texte numérisé non relu

ÉLIE

Voici la réponse d’Alexis Gormatin :

« Mon cher Elie, je t’ai toujours dit que ta nature généreuse dépassait perpétuellement le but et que ton ima-

gination étouffe ta raison. Tu m’as fait beaucoup de peine. Je ne veux pourtant pas te gronder,’ car il ne convient pas que je reçoive ainsi l’honneur que tu nous veux faire, tu croirais que je ne suis pas homme à comprendre ton dévoûment.

» Mais l’alliance pour laquelle tu viens de commettre une insigne et compromettante folie est impossible. Je te répondrai ce que je réponds à ma sœur et à une autre personne dont j’ai reçu quelques lignes bien dures. Je passe ma thèse de doctorat dans trois jours. C’est là un gagnepain que je ne puis négliger, moins que jamais dans les circonstances présentes. Le quatrième jour, c’est-à-dire dimanche, je serai à Abbeville. J’emmène ma sœur à Ailly.

» Mon bon Elie, je n’en serai pas moins pour la vie ton ami le plus cher et le plus dévoué. Dis un mot, j’accourrai. Ma fortune, mon sang, tout cela t’appartient, Mais je te supplie de respecter mieux ma pauvre Marie. Ton mariage avec elle est impossible. Tes parents s’y opposent, moi aussi. Tu l’oublieras et plus tard tu diras que nous étions d’honnêtes gens qui n’avons point abusé du bien qu’on nous a fait.

» On te dira peut-être que mon père était un affreux républicain, pendant que ton aïeul mourait sur l’échafaud. Cela ne m’inquiète guères, car tu aimes trop la liberté, toi ; ton âme est trop large pour les exclusions et trop généreuse pour les proscriptions, quelles qu’elles puissent être, surtout, Elie, lorsque c’est un mort qu’on proscrit dans la personne d’une pauvre fille.

» Adieu, Elie, ma décision est irrévocable. Je suis chef

Diq

de famille ici. Tu connais assez la force de mon caractère pour savoir que je ne changerai pas d’avis.

» Adieu donc encore. Je t’embrasse avec toute l’effusion, toute l’amitié des anciens jours et si je refuse de faire de toi mon frère, crois bien que c’est avec un cœur navré.

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