‹ La tête-noireChapitre 9 sur 13 · EN THRACE ' UO · texte numérisé non relu

EN THRACE ' UO

La vallée s'ouvrait comme un cirque im- ^^ mense, tout tapissé d'épais •^pierréj^*^'*^

de senteurs aromatiques, . gigantesque je prairie dont la seule vue rej jsait des ardeurs j 1 dévorantes des derniers marches faites sous { \ un soleil de juillet.

Une fraîcheur délicieuse montait de cette retraite.

Au milieu coulait un ruisseau mince, étroit, bordé de roseaux et murmurant sur un lit de cailloux fins- Çà et là quelques petits bouquets de bois, d'ombreuses miniatures de bosquets poussaient au hasard, et tout autour se dressait

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une même muraille naturelle, très escarpée, avec de grandes stries horizontales superposant les couches de roches de différentes couleurs. — La nudité du rocher faisait encore mieux valoir les tentations de la vallée ; par endroits cependant, la falaise surplombant la prairie, comme un torrent vert, un amas de plantes et c herbes dégringolaient, berçant sur les flancs polis de la pierre ime chevelure en désordre, que les ronces et les saxifrages prolongeaient

è iusqu'aux creuse de la vallée.

^ ^,^.. fiie sueur, la gorge en feu

' eicouverts ub .. , «ussière d'une longue route, les premiers ca\v ,iers qui débouchèrent en face de ce ravissant tableau, se lancèrent en avant avec de joyeuses acclamations : Therbe battait le ventre des chevaux.

Quelques instants plus tard, buccines, cors et trompettes en tète, toute Tarmée suivait,

I oubliant son ordre de marche et bousculant les vexillaires pour prendre plus promptement possession de ce paradis.

Nicéphorc lui-même, le blasé Byzantin, fut

séduit; se tournant vers ses comités, ses favoris débauchés et ses anciens compagnons de plaisir de Constantinople :

« — Voilà le repos I » dit-il en riant.

Il n'entendit pas la réponse d'un inconnu, couvert d'une armure blanche, qui s'écria en passant près du groupe impérial :

« — Voilà la tombe î »

Seul, le préfet de Constantinople, ce Théodore Salibaras, à qui l'empereur s^ vantait d'avoir eu le cœur endurci par Dieu comme Pharaon, levant les yeux vers l'inaccessible ceinture de montagnes, osa faire remarquer que Ton était dominé de tous côtés. Les rieurs s6 moquèrent de cet homme prudent : on n'en serait que mieux gardé et cela éviterait la peine de creuser les retranchements habituels autour du camp. Il suffirait de garder les défilés, d'y entasser les chariots à la manière barbare, sans qu'il fût même besoin de semer en avant des chausse-trapés.

Romain, duc du Thème Anatolique, le duc de Thrace et d'autres seigneurs jurèrent à

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Témpereur que jamais camp n'aurait été établi dans une meilleure position ; les Bulgares, terrifiés par leurs précédentes défaites, n'oseraient pas venir les attaquer dans un lieu où ils avaient la nourriture en abondance pour les chevaux, leurs provisions et Teau vive à discrétion.

Immédiatement, les patrices Aétius, Pierre et Sisinnius Triphylès se mirent à organiser le campement ; les uns avaient des tentes de toile ■ ou de cuir, les autres abattirent des a^rbres pour construire de grandes huttes où tenaient deux manipules, soit vingt hommes.

Bientôt rimmense cirque fut transformé.

La cavalerie, qui composait la majeure partie de Tarmée, occupa le centre, les turmarques se logeant au milieu de chaque turme ; les comtes les plus dévoués campèrent à proximité des défilés avec une tagme de trois cents cavaliers et quelques soldats armés de frondes et de flèches. Enfin, à l'endroit le plus large du ruisseau, sur une éminence, la tente impériale fut dressée, portant Tétendard du gé-

néral en chef ; la garde prétorienne et les trompettes pour les signaux se tenaient dans son voisinage.

On résolut de rester là deux jours, pour se reposer des premières fatigues, éprouvées depuis le 20 juillet, date de l'entrée des troupes sur le territoire bulgare ; nul lieu de repos ne paraissait mieux convenir que cette magnifique vallée de la Thrace avec sa ceinture de rochers à pic.

Le soir, l'armée se délassait, confiante, repue ; les chants et les rires éclataient partout : certains dansaient.

Le tapage était tel que personne n'entendit les rumeurs vagues courant sur les hauteurs, glissant le long des crêtes montagneuses»

Les défilés non plus n'avaient pas conservé leur mutisme habituel ; mais les sentinelles, constamment distraites par les clameurs du camp et trop attentives aux amusements de.

leurs camarades, oublièrent de se préoccuper de quelques ombres indécises fuyant dans les ténèbres, de formes sombres remuant douce-

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ment. Des arbres se heurtaient comme secoués tout à coup par le vent, bien que l'atmosphère fût très calme ; des branches se brisaient sans raison et des chocs avaient lieu inopinément. Si quelque cavalier plus vigilant prêta mieux Toreille, il se figura entendre des galops de bêtes sauvages, et, à moitié endormi, abandonné sur sa selle, s'appuya plus fortement contre sa haste au long fer, sans inquiétude.

Le matin du second jour, par un temps poussiéreux et triste, on remarqua subitement que le ruisseau ne donnait plus qu'un filet d'eau ; puis le murmure argentin qui chantait si gaiement près de la tente impériale cessa tout à fait ; la source semblait tarie.

Un éclaireur, envoyé pour tâcher de découvrir la raison de ce fait anormal, essaya vainement de remonter le courant ; il chercha longtemps une issue. Le défilé par lequel se précipitait le ruisseau était bouché par un éboulement de roches et de troncs d'arbres que personne n'avait encore remarqué.

L'eau allait manquer.

Du reste, la vallée devenait inhabitable.

L'herbe si haute, si drue, n'existait plus, rasée par les chevaux, gaspillée par les soldats ; les bouquets d'arbres avaient totalement disparu, coupés et brûlés. On eût dit qu'un vol de sauterelles s'était abattu sur la vallée verdo van te.

Tout le monde était si las, si insouciant, si inhabile aux choses de la guerre, que cette journée se passa encore sans préoccupations, dans une paresse et une inaction inexplicables. Mais le lendemain, les vivres étant épuisés, le ruisseau à sec, les légions murmurèrent.

Les soldats, pour la plupart étrangers, enrôlés de force ou venus dans un espoir dé pillage et de butin facile, ne connaissaient nullement les lieux où ils se trouvaient ; il n'y avait pas plus de cinq jours qu'ils étaient entrés sur les terres bulgares, dévastant et brûlant tout, malgré l'imperfection de leur armement, L'ennemi fuyait toujours devant eux, les attirant davantage au milieu de la Thrace. Confiants dans leurs chefs, pleins

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d'inertie, ils avaient vécu là deux jours, sans souci, croyant naïvement, parce qu'ils ne voyaient rien, avoir dérobé leur marche à Tennemi et comptant le battre facilement lorsqu'ils seraient frais et dispos. — Quand ils se sentirent le ventre creux et la langue sèche, ils crièrent, indignés.

Les chefs furent d'avis de recommencer la marche en avant.

Un détachement de psilites, n'ayant qu'un casque de cuir, un bouclier rond, l'arc et les flèches, fut envoyé d'abord pour éclairer la routé. Au bout de quelques minutes ils étaient revenus, très étonnés ; la vallée se terminait sans issue visible ; aucune des gorges n'offrait de débouché, se resserrant de manière à ne pas laisser passer deux hommes de front.

Partout ils se heurtaient à des écroulements monstrueux, à des entassements de rochers, :à d'impénétrables fourrés.

Il fallait rétrograder, tourner la chaîne dé •montagne et reprendre l'étroit défilé par lequel x>n était entré.

Un ordre partit de la tente impériale. Dès que la trompette eut cessé de sonner, les premières décarckies, sous Tordre d'un centarque, s'ébranlèrent : mais, arrivées à l'endroit le plus étranglé du passage par lequel l'armée avait pénétré dans la vallée, elles se trouvèrent en présence d'un énorme abatis d'arbres, dont les racines opposaient un rempart infranchissable aux chevaux et même à l'infanterie.

Comme le centarque, un vieux soldat, avait voulu se hisser par-dessus les premières branches, une volée de flèches siffla brutalement sur la centurie, tuant son chef et renversant une dizaine de cavaliers. Le passage était gardé.

Une clameur formidable monta vers le ciel, tandis que les décarques ramenaient leurs hommes surpris, épouvantés : les Bulgares les tenaient prisonniers.

Quelques-uns très agiles, d'anciens matelots habitués aux mâts des chélandes, essayèrent d'escalader les flancs de la montagne, en s'aidant des ronces pendantes, en s 'accrochant aux

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anfractuosités. Alors, tout en haut les cimes du rocher parurent se détacher et une pluie de pierres énormes vint écraser les audacieux ; en même temps on distingua sur les hauteurs de minces silhouettes. Les soldats de Crum étaient là aussi, bloquant, comme dans une fosse gigantesque, l'armée grecque.

Puis tout disparut.

Des nuages s'amoncelèrent, pesants, orageux et un vent brûlant commença à souffler, enlevant toute vigueur, tout courage aux troupes enfermées dans la vallée.

Une terreur sans nom tomba sur cette troupe indisciplinée, rassemblée à la hâte par l'imprudent Empereur qui avait trop méprisé le roi Bulgare. Quand vint le soir son armée était vaincue d'avance, en proie à une indicible épouvante.

Au jour sombre succédait une nuit ténébreuse, opaque, noire comme la poix ; de lourdes vapeurs traînées à ras de terre par d'impétueuses rafales , pénétraient par les gorges de la montagne, s'attardaient dans ce

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cirque profond et pesaient sur les légions inquiètes, achevant de les énerver. En même temps un frisson les tenait éveillées, anxieuses au milieu de cette profonde obscurité ; puis la faim se faisait sentir, et là soif.

Par groupes, les soldats des différentes manipules se réunissaient pour causer, fuyant risolement, et n'osant cependant élever la voix, avec la terreur de ces falaises qu'un geste, qu'un mot pouvait jeter sur eux.

Une même plainte s'échappait de toutes les* bouches : « Qu'allons-nous devenir ? » et ceux qui se rendaient mieux compte de l'horreur de la situation au fond de cette vallée funeste répétaient : « Nous ne pourrons sortir d'ici si Dieu ne nous envoie des ailes ! »

Des Arméniens harassés, affaiblis déjà par la privation, dormaient à plat contre terre, les lèvres sur l'umbo d'airain de leur bouclier, les doigts enfoncés dans le sol pour y trouver un peu de fraîcheur. D'autres, habitués aux mystères du désert, aux sources jaillissant du milieu des sables, le ventre dans le lit dessé-

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ché du ruisseau, attendaient, espérant voir couler Teau de nouveau, guettant son murmure argentin : rien ne venait.

Des pentarques s'entretenaient, découragés comme leurs hommes, se demandant par quel moyen leurs officiers allaient les tirer de ce mauvais pas.

Retiré sous sa tente, au milieu de sa garde spéciale, effrayé pour la première fois des suites de son imprudence, Nicéphore réfléchissait, commençant à regretter son aventureuse expédition.

En ce moment suprême lui revenaient à la mémoire les graves paroles de Théodose Studite, lui prédisant qu'il ne reviendrait pas, le conjurant de ne pas entreprendre cette guerre inutile.

Autour de lui se pressaient pleins d'angoisse, tous les chefs de l'armée, depuis les Straliges ayant rang de généraux, les commandants de Thèmes, les ministres et les patrices, jusqu'aux officiers de la cavalerie, les mérarques chefs de Turmes, les ducs, chefs de Dronges et l.es

comtes, chefs de Tagmes. Ils représentaient Ws légions massées en désordre dans les ténèbres et attendant de leur souverain le salut.

Par instants des hennissements de chevaux traversaient l'espace comme un cri d'appel, une plainte mortellement triste.

Maintenant, l'Empereur pouvait reconnaître à quelle funeste puissance il avait cédé en déclarant cette guerre. — « Je ne sais si c'est Dieu ou le Diable qui m'entraîne, disait-il avec raillerie en quittant Constantinople ; mais je cède à un pouvoir auquel je ne puis résister ! » Et ses honteux favoris, tous les libertins du palais avaient fait chorus.

La même influence néfaste Tavait poussé à rejeter deux fois la paix offerte par le roi Bulgare ; il avait préféré la facile jouissance de s'avancer presque sans résistance, brûlant les villages, les villes et même un des palais de Crum, jusqu'au moment où la mortelle vallée l'avait enveloppé de ses rocs inaccessibles.

Son propre fils, Staurace, devant tous, osa

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lui en faire le reproche cruel et mérité : Nicéphore dédaigna de Tentendre.

Le conseil tenu dans sa tente décida qu'au petit jour on tenterait de forcer le passage^ et il ordonna aux officiers réunis de tenir leurs troupes prêtes pour cette tentative désespérée.

De manipule en manipule Tordre courut en quelques instants, et chacun se mit à préparer ses armes au hasard, au toucher pour ainsi dire, car, par prudence, de peur d'attirer l'attention ou de diriger les traits de l'ennemi, on avait éteint les feux.

Les Scutates ajustaient leurs grèves de bronze, les bouclant solidement autour du tibia, revêtaient leurs corselets de fer doublés de feutre, leurs gorgerins garnis de laine foulée. Les psilites vérifiaient leurs trousses, pour voir si elles contenaient le nombre réglementaire de flèches, tendaient la corde de leurs arcs, aiguisaient des javelots, les lourds pilum, les martiobarbules au fer aigu. Tous affermissaient sur leurs têtes les cassis de

cuir à jugulaire couverte de lames de métal ou les galea de fer poli, les sortant du sac ainsi que les boucliers d^airain. Mais la majeure partie de Tinfanterie n'avait d'autres armes que des bâtons, des frondes, des épieux.

Le principal effort devait avoir lieu contre le défilé par lequel Farmée avait pénétré dans la vallée.

Les mieux armés des Scutates, ceux qui maniaient le plus vigoureusement le pilum et dont l'armure était la plus complète, tous les chefs de file, revêtus de cottes de mailles descendant jusqu'aux talons, cuirassés de plaques de corne parfaitement jointes ou de lames de cuir de bœuf séché, furent choisis pour former la pointe du cône destiné à forcer le passage. A couvert sous le clypeus ovale ou sous le scutum, en forme de tuile, ils pourraient porter les premiers coups, sans présenter aucun point vulnérable à l'ennemi.

Sur les ailes voltigeaient des psilites armés d'arcs et de flèches, et de chaque côté, un peu en arrière, se tenaient deux tagmes de cava-

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lerie, massées pour accentuer le mouvement, dès que le coin aurait entamé la barricade et commencé la trouée dans les rangs bulgares.

Cela avait eu lieu en silence, en faisant le moins de bruit possible. On pouvait croire cette disposition ignorée de Tennemi, chez lequel rien ne bougeait. Il n'y avait plus qu'à attendre le moment favorable.

Derrière le gros de Tarmée, les ancatores, la peau de bête rabattue sur le casque et tombant sur le dos, la buccine aux lèvres, étaient prêts à sonner la charge, dès que le signal partirait de la tente de Nicéphore.

Un peu à Técart, autour d'un feu qui brillait encore par intervalles sous les cendres, on remarquait un groupe d'une trentaine de soldats, trois manipules, auprès de leurs chevaux tout sellés et entièrement couverts comme leurs maîtres de lames de métal.

En ce moment, agenouillés en cercle, ils faisaient une prière commune, tandis qu'au centre se dressait leur étendard, planté au bout d'une haste formidable. Seul, à cheval à

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côté de cet insigne, on caralier, qui paraissait en fer de la tète aux pieds, le gardait, Tépée nne à la main ; sa taille était gigantesque, son armure blanche.

Par instants, lorsqu'un jet de flamme trouait Famas de cendres, on voyait briller une peinture sur renseigne, et les autres soldats se répétaient, avec une crainte un peu superstitieuse : € L'Icône ! llcone ! » — Mais, malgré leurs bravades impies nul n'osait rire en voyant cette image de la Vierge si bien défendue, nul ne s'avouait iconoclaste en un pareil moment.

A mesure que les ténèbres s'épaississaient, il parut aux troupes inquiètes qu'une rumeur indéfinissable courait sur les hauteurs du cercle montagneux les enserrant de toutes parts. Etait-ce la tempête ? Etaient-ce les préparatifs de Fennemi ?

Le tonnerre grondait, roulant au-dessus de la vallée et repercuté par mille échos. Les plus braves devenaient anxieux.

Vers la septième heure de la nuit, après la

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deuxième veille, que les buccinateurs n'annonçaient pas pour ne point prévenir Tennemi, un Arménien cria qu'il voyait quelque chose briller sur les hauteurs ; puis tous s'exclamèrent, faisant la même remarque, car tout autour d'eux, à travers les éboulements de roches, des points rouges couraient, des flammes partaient du sol.

Brusquement, de tous les points à la fois, rincendie s'élança, une épaisse fumée, chassée et roulée par le vent, s'abattit sur le camp grec surpris, tandis que de féroces hurlements annonçaient l'ennemi.

En même temps, à travers le rideau de flammes, les quartiers de roches s'écroulèrent sur les légions sans défenses, et par les interstices ménagés dans les barricades des défilés les traits commencèrent à voler sans interruption. D'énormes javelots, trop pesants pour la main d'un homme, des masses de pierre horizontalement projetées, ou décrivant des paraboles, prouvaient que les Bulgares, ces sauvages si méprisés, se servaient

aussi des machines de guerre alors en usage et qu'ils. avaient eu le temps de les installer pour assiéger et écraser cette armée qui prétendait les détruire.

Une confusion terrible fit tourbillonner les soldats de Nicéphore, mis en désordre par cette attaque inattendue ; les fantassins et les cavaliers éperdus se mêlaient, les chevaux écrasant les hommes; puis toujours cette masse hurlante allait se broyer au pied des inaccessibles falaises, pendant que les flèches tombant en pluie mortelle trouaient les crânes, que les rocs déracinés brisaient les poitrines.

Vainement, au milieu de cette nuit, dont l'horreur s'augmentait encore de la lueur d'incendie embrasant les montagnes sur une longueur de plusieurs milles, les officiers essayèrent-ils de réunir leurs troupes : tout était confondu, bouleversé, les chevaux s'étant emportés dès les premières décharges, affolés par la vue des flammes ou étouffés par la fumée.

Alors, quand le tumulte fut à son comble, que les scutates si soigneusement disposés

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eurent rompu leurs rangs, le défilé fut soudain débarrassé de ses abatis d'arbres, et Tarmée bulgare se rua dans la vallée pour achever la défaite de l'armée déjà vaincue de l'empereur.

Au lieu d'être découragés par la vue de l'ennemi, les plus vaillants, heureux d'avoir enfin des hommes en face d'eux et de ne plus être assommés à coups de pierres du haut des falaises comme des animaux malfaisants pris au piège, purent espérer une mort glorieuse et crièrent tous ensemble :

— « Victoire à la croix î »

Ce cri de guerre des batailles heureuses arrivait un peu tard ; cependant la mêlée devint formidable.

L'imprudent empereur contempla alors dans toute son étendue, dans son horreur, la grandeur de sa faute. Ses soldats mal équipés, quelques-uns sans aucune arme défensive, n'ayant qu'une fronde ou un bâton, pliaient et fuyaient en désordre : chacun pouvait remarquer ce contraste, les barbares mieux armés que lès civilisés.

Des rangs entiers étaient abattus par d'impétueuses volées de flèches, et, chaque fois, un bruit sourd vibrait dans Tair : Nicéphore reconnut le ronflement particulier aux anisocycles, ces machines d'origine byzantine :

leurs ressorts en spirale ne faisaient que se tendre et se détendre sans arrêter. — L'armée impériale, destinée à envahir rapidement le pays, n'avait voulu s'embarrasser d'aucune machine de guerre, ne supposant pas que les barbares pussent en être pourvus.

Les cris : « Victoire à la croix î » s'affaiblissaient, mourant dans cette nuit horriblement éclairée par Tincendie. Les plaintes, les murmures, les râles se croisaient ; joyeux, rouges de sang, avec des élans de loup à la curée, les Bulgares se lançaient sur les rangs désunis des scutates, moins légers que les psilites et moins prompts à fuir.

En vain la cavalerie essayait-elle par des charges furieuses et répétées de résister ; en vain les cataphr actes, confiants dans les mailles et les écailles métalliques les revêtant de la

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tête aux pieds, poussaieat-ils leurs chevaux au plus épais de l'ennemi : le nombre remportait.

Les haches fendaient les crânes dans les .

casques de fer, aussi bien que dans ceux de cuir, abattant indifféremment Tanneau de fer uni surmontant celui du simple légionnaire et Torgueilleux plumet des drongaires, des comtes, des hécatontarques.

Il y avait cependant un endroit contre lequel se brisaient tous les efforts des Bulgares ; c'était la petite éminence sur laquelle se dressait ricone. Une invincible puissance arrêtait là cette armée victorieuse partout autre part.

Poussés par leurs officiers, ils renouvelaient inutilement leurs assauts ; les trente cavaliers restaient inébranlables à leur poste sans un vide dans leurs rangs, commandés par le mystérieux gardien de l'enseigne. Les Bulgares tombaient comme frappés par la foudre avant d'avoir pu arriver jusqu'à cette ligne. — Par moments au plus fort des grondements de l'orage qui se joignait à cette bataille, une

flamme voltigeait au fer de la lance tenue par ce guerrier, semblable à un spectre ; les assaillants, terrifiés, fuyaient se racontant les uns aux autres que des êtres étranges, armés d'épées flamboyantes et soutenus par des ailes d'azur, protégeaient ces hommes. Ils allaient porter ailleurs leurs ravages.

Dans Tombre un même hurlement grandiose, continu, se prolongeait, composé des cris de tous, de la lamentation des blessés, de Tagonie farouche des mourants, de Tinsulte rageuse de ceux qui luttaient encore, sans espoir de vaincre, enragés de tuer avant de succomber.

Une pâleur douce montait peu à peu, annonçant la venue du jour. Sur le flanc des montagnes, les incendies achevaient de s'éteindre, envoyant des tourbillons de fumée puante, rongeant les arbustes, les herbes sèches et dénudant complètement les rochers. La lutte se changeait en boucherie, les soldats grecs tendant la gorge au cimeterre ou au poignard des Bulgares ; las de se défendre, ils étaient maintenant pressés de mourir. Un ruisseau

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rouge avait remplacé le gracieux cours d'eau murmurant au milieu des roseaux : partout des cadavres, des chevaux traînant leurs entrailles, des hommes crachant leur vie dans un dernier cri.

Au milieu de la cohue victorieuse des soldats de Crum, il n'y avait plus que deux groupes de combattants, celui du cavalier défenseur de ricone, et au centre de la vallée celui de l'Empereur et de ses officiers : c'était l'effort suprême et désespéré.

Un à un les Comités de Nicéphore, les soldats de sa garde, les grands dignitaires de sa cour tombaient. Enfin, un Bulgare armé d'une lance au bout de laquelle flottait un filet la jeta sur le souverain grec, et celui-ci fut abattu de son cheval. Tous ceux qui l'entouraient se laissèrent alors massacrer presque sans résistance. Seul le jeune Staurace, percé de coups, perdant son sang par plusieurs blessures, parvint à rejoindre les cavaliers de ricone, qui lui ouvrirent leurs rangs.

Le porteur de l'étendard, voué à la Vierge,

rassembla rapidement ses hommes, jeta son cri de guerre : « Victoire à Tlcone !» et se lança à travers l'armée bulgare stupéfaite.

Ce fut une sanglante trouée que semblait conduire cette image byzantine, peinte sur l'enseigne de bois. Rien ne résista à cette avalanche humaine, à ces cavaliers comme lancés par une catapulte. Les barbares, n'essayant même pas de les arrêter, s'écartaient devant eux, croyant voir de chaque côté du chef d3 la troupe deux anges, ailes déployées, le coiduisant.

Ils disparurent par le défilé fatal où les cadavres s'entassaient, et le soir même arrivèrent à Hadrianopolis ne ramenant de tous les che s de l'armée grecque que le fils de Nicéphore, le jeune Staurace presque mourant.

Les Bulgares reconnurent l'Empereur aux aigles de ses chaussures et à son paludamentum de général en chef. jVutour de lui gisaient tous ses plus braves officiers, les patrices Aétius, Pierre, Sisinnius Triphylès, Théodore Salibaras, préfet de Constantinople, Romain

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^^'' duc du Thème Anatolique, le duc de Thrace, '''j les- seigneurs, les ministres, les favoris, la fleur de la jeunesse, les forces de l'Empire, ''^'* dont Constantinople tout entière devait porter le deuil, gardant longtemps le douloureux souvenir de la catastrophe arrivée dans la nuit du 25 juillet 811.

Crum, le roi barbare, fît couper la tête de Nicéphore, et désormais le crâne de Tavare eriipereur grec, entouré d'un cercle d'argent, sefvit de coupe de festin au féroce Bulgare.

îfit

LA FIN d'un César byzantin

Neuf années ont passé.

Staurace, fils de Nicéphore, n'est plus ; Michel Rhangabé, la Curopalate, Tun des rares souverains honnêtes de Constantinople a quitté la pourpre pour la robe de moine et vit comme un saint sous le nom d'Athanase : depuis 814 Tempereur est le farouche Léon V, un Arménien qui semble avoir hérité de Léon III et de Constantin V leur haine iconoclaste.

Cela lui sera fatal comme à bien d'autres : la mesure est comble et Dieu a compté ses jours.

Deux jours avant les fêtes de Noël, Tan 820, Anthémius, le concierge du palais impérial,

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un ancien soldat, se préparait à fermer les battants d'airain de la porte de Chalcé, lorsqu'un inconnu de haute stature, complètement enveloppé d'un large manteau brun, le visage voilé, lui posa la main sur Fépaule.

« — Anthémius, es-tu toujours fidèle? »

Le concierge reconnut vaguement cette voix et pâlit.

« — Qui es-tu? » balbutia-t-il.

« Je siiis ton ancien chef; je suis celui que Dieu envoie, comme un signe de sa colère, quand sa patience est lasse et que le crime a suffisamment triomphé. »

Le vieux légionnaire avait fait un pas en arrière, profondément troublé ; sa tète s'inclina :

« — Parle. »

« — «■ Souviens-toi de l'Icône ! »

<( — C'est vrai : tu m'as sauvé la vie et je t'appartiens. Fais de moi ce que tu voudras. »

— « De graves événements vont se passer; tu me cacheras ici et ne parleras de ma présence à personne. »

— « Pas même à Tempereur, me fit-il donner la torture ! »

— « Surtout pas à lui : c'est pour Léon TArménien que je suis à Gonstantinople. »

— « Que vas-tu faire ? »

— tt Dieu a disposé des jours du tyran. »

Lazare entra dans la chambre d'Anthé-

mius, qui lui indiqua, derrière une tenture, un réduit d'où il pourrait voir, sans être vu lui-même, tout ce qui se passerait dans la pièce.

Le lendemain, veille de Noël, sur un ordre direct de Tempereur, les esclaves noirs allumaient la fournaise des bains du palais.

A moitié nus en face du brasier qu'ils alimentaient sans cesse, ils irritaient la flamme à coups de barre de fer, entassant le bois sec pour chauffer au. rouge vif les parois de la brique.

Cet ordre leur avait été transmis par le chef des Icanates, ils semblaient se douter que quelque drame sinistre, une" exécution sans doute, devait avoir lieu dans ces souterrains qu'embrasait la seule lueur du four.

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Immobiles, ils attendaient tandis que la gueule de la fournaise lançait sur leur peau noire un reflet d'incendie et que le grondement des flammes augmentait d'intensité.

Quand la neuvième heure du jour sonna, le brasier était rouge blanc ; les chauffeurs harassés, essuyaient les gouttes de sueur perlant sur leur visage. Dans le tepidarium, aux étuves la chaleur devenait effrayante.

Un lugubre cortège s'avançait entre la double colonnade de l'une des cours du palais ; entre deux rangs d'Icanates, le sabre nu au poing, le casque en tête et la cuirasse au dos, un homme seulement vêtu d'une robe de bure, les mains liées derrière les reins, marchait pieds nus, lançant autour de lui des regards de bête fauve prise au piège. Cotait un des anciens camarades de l'Empereur, son lieutenant Michel le Bègue, condamné pour crime de haute trahison à être brûlé vif dans la fournaise chaufl*ée depuis le matin.

On allait atteindre les premières marches de l'escalier conduisant aux souterrains du

Palais ; le condamné grinça des dents, n' pérant plus, se sentant perdu. Tournant la tôte il pouvait apercevoir causant avec ses officiers et jouissant d'avance du supplice de son ennemi, Léon V qui se préparait à assister en personne à l'exécution.

Soudain une des portes du vestibule s'ouvrit; une femme la tête couverte d'un long voile brodé, vint se jeter aux pieds du souverain :

« — Arrêtez, prince ! — s'écria-t-elle. Arrêtez ! Vous recevrez demain le cor[)s et le sang du Sauveur; vous y préparez-vous par un spectacle si inhumain ? Respectez ce saint jour. Si Michel est coupable, je ne demande pas de grâce : différez sa punition et que les cris d'un misérable ne soient pas l'affreux prélude de nos cantiques de joie ! »

Léon réprima un geste de mauvaise humeur et releva la princesse qui embrassait ses genoux, pendant que Michel dissimulant sa joie, essayait de conserver un visage calme : comptant sur ses amis en train de conspirer, il espérait tout d'un délai.

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L'empereur, qui devait en effet communier le lendemain selon la coutume observée par ses prédécesseurs, se laissait toucher. OnTentendait même répondre à mi-voix à l'impératrice :

« — Je fais ce que vous voulez. Vous ne songez qu'au salut de mon âme, mais vous exposez ma vie : peut-être ce scrupule serat-il funeste à vous et à vos enfants. »

Puis il ordonna au Chef des Icanates de faire mettre les fers au prisonnier et de le confier à la garde du concierge du palais, dont la fidélité lui était assurée : sa chambre, une cellule toute en pierre lui paraissait le cachot le plus sûr et le plus ignoré. — L'exécution était remise après les fêtes de Noël.

Mais la clémence n'était pas habituelle à ce prince d'un caractère dur et impitoyable, qui croyait avoir trop de raisons de se défier de son ancien ami ; il l'avait fait enfermer là pour pouvoir le surveiller lui-même.

Pendant la nuit, tourmenté de la pensée que Michel vivait encore, il se leva pour véri-

fier par lui-même si l'on faisait bonne garde et si sa vengeance ne lui échapperait pas. Glissant à travers les ténèbres, traversant plusieurs chambres où ses pas éveillaient de furtifs échos, l'empereur arriva sans avoir été aperçu jusqu'à la chambre du concierge Anthémius ; il poussa la porte et entra doucement, le visage caché par un pan de son vêtement.

Une lampe d'argile brûlait sur une table éclairant à peine d'une lueur triste et vacillante la petite pièce. La première chose que vit Léon fut le concierge dormant par terre et Michel le Bègue couché dans son lit, le visage calme, la respiration régulière comme un homme délivré de toute inquiétude, sûr de son lendemain.

Le prince, agité par un funeste pressentiment, leva le bras avec un geste de colère, et son manteau retomba, laissant voir pendant un instant ses traits crispés par la fureur ; puis il sortit avec précaution, l'œil menaçant, la lèvre tremblante, se promettant de ne pas

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attendre davantage, de faire exécuter ce coupable audacieux et de punir le concierge aussi peu vigilant.

A peine l'empereur avait-il quitté la chambre que Lazare, soulevant la tenture derrière laquelle le concierge l'avait. si à propos caché, alla frapper sur Tépaule du condamné :

« — Michel î Michel î éveille-toi. Ton ennemi est venu constater si rapproche de la mort t'avait affaibli ; il court faire hâter ton supplice, car il t'a vu dormir tranquille. Tu es perdu. »

« — Non, riposta Michel, car tu auras le temps de prévenir mes amis. Le jour de Noël se passera sans danger pour moi, et le lendemain, avant le jour, le tyran aura vécu. »

Anthémius, terrifié à la pensée d'avoir été surpris par son souverain, dormant au lieu de veiller sur le prisonnier, les écoutait, anxieux.

« — Je suis des vôtres, dit-il, car Léon V ne me pardonnerait pas de l'avoir si mal servi. »

— « Tu sers Dieu et ses desseins ! » — murmura Lazare.

Le lendemain de Noël, à la dixième heure de la nuit, la porte d'ivoire, ouverte par Anthémius, laissait pénétrer un à un dans la Chapelle du palais les clercs venant chanter matines. Tous passèrent devant le concierge, certains lui glissant, sans être remarqués de leurs camarades, un mot à Toreille ; parmi ' i ceux-là un d'une taille gigantesque.

Sous la robe noire de quelques-uns, on eût pu remarquer des gonflements inusités, des angles rudes, des pointes aiguës, comme s'ils eussent caché des* armes ; mais l'obscurité était profonde, et lorsque Léon V, beau chanteur, très assidu à cette cérémonie matinale, entra à son tour dans la Chapelle, il ne remarqua rien d'extraordinaire.

Passionné pour les hymnes et les psaumes, malgré sa dureté, il réglait lui-même le chant du chœur. Ce matin-là, tout préoccupé d'une nouvelle hymne, il oublia d'examiner ceux qui l'entouraient; il ne vit pas que les plus

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rapprochés de lui avaient baissé davantage le capuchon sur leur figure et qu'ils dissimulaient leurs mains sous les longs plis de leur robe.

Tout à coup, au moment où l'empereur commençait à entonner les premières notes du chant, un mouvement se fit parmi les clercs ; des poignards, des cimeterres et des épées jetèrent leur éclair dans la pénombre de la salle, et, dominant la mélodie large du chant religieux, grondèrent dans la grande sonorité des voûtes les cris de :

« Mort au tyran ! Mort au tyran ! »

D'abord il y eut méprise. Les conjurés s'étaient précipités dans les ténèbres sur un homme qu'ils prirent pour l'empereur ; celuici, plus amoureux de la vie que désireux de sauver son prince, rabattit vivement son capuchon et montra la tête chauve du doyen du clergé.

Reconnaissant son erreur, la troupe furieuse se rua sur un autre homme qui, monté sur l'autel, venait d'en saisir la croix et se défeh-

dait avec, parant tous les coups à Taîde de cette arme improvisée.

A sa force et à son courage tous devinèrent Léon V TArménién ; mais personne ne prit sa défense.

— «Persécuteur des images, cria une voix, Dieu t'a condamné ; la croix touchée par tes mains impies a perdu sa vertu : moi, je combats au nom de la Vierge. »

Se dressant de toute sa hauteur, Lazare montra llcone qui lui avait servi d'étendard sur le champ de bataille, où avait péri Nicéphore ; puis il leva son cimeterre et se rapprocha du prince.

Léon V, dont les forces commençaient à s'aCFaiblir, céda à un mouvement superstitieux et trembla à la vue de ce redoutable adversaire :

— « Grâce, demanda-t-il. Grâce au nom du Dieu adoré sur cet autel. »

Mais Lazare répondit :

— « Ce n'est pas le moment des grâces :

c'est celui des vengeances 1 — Souviens-toi de tes victimes et meurs î »

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D'un coup terrible il abattit en même temps Tépaule du prince et un bras de la croix.

Dès lors, l'empereur fut perdu ; tous s'acharnèrent sur le misérable renversé au pied de Tautel. On trancha la tête au cadavre percé de coups et les meurtriers traînèrent au cirque la dépouille sanglante de celui qui avait régné six ans sur Tempire grec.

A midi, Michel le Bègue, assis sur le trône impérial, la pourpre aux épaules et la couronne en tête, faisait rompre à coups de marteau les chaînes qu'il avait encore aux pieds et aux bras ; puis il se dirigeait en grande pompe vers Sainte-Sophie, selon le cérémonial habituel.

L'œuvre de justice et.de représailles accomplie, Lazare avait disparu. — Son rôle se bornait à se montrer ainsi de temps en temps à travers Teffrayante histoire de cette époque sanglante, comme un témoin, un justicier ou un vengeur.

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