DE LA VIRGINITÉ ET DE LA CHASTETÉ
En faisant l'éloge de la virginité, nous ne prétendons pas parler contre le mariage, qui est un sacrement ; nous ne prétendons pas en diminuer la sainteté ; nous voulons seulement faire voir la prééminence, les privilèges de la virginité sur le mariage.
Ecoutons d'abord ce que dit le Saint- Esprit par l'organe de TEglise :
"Si quelqu'un prétend que le mariage soit •préférable à la virginité ou au célibat, et qu'il ne soit pas plus parfait et plus heureux pour V homme de garder la virginité au de vivre dans le célibat, que d'entrer dans Vétat du mariage, quHl soit anathème''
Autrefois, St-Ambroise prêchait sur la virginité aux fidèles de son temps, à son auditoire habituel ; la virginité était le sujet ordinaire et préféré de ses magnifiques sermons, de ses lettres et de ses traités éloquents. — Et alors, | non seulement des milliers de vierges, I colombes mystiques^ se consacraient !
au Seigneur par un vœu solennel, en se retirant dans la solitude ; mais des milliers de vierges, courageuses martyres, se consacraient au Seigneur, en restant au milieu du monde. — Et alors, dans la seule ville d'Oxirinque, on comptait plus de vingt mille vierges, chas-
tement éprises de l'Epoux divin, et qui vivaient, dans des corps mortels, comme des anges sur la terre. Aujourd'hui, la sainte virginité, la virginité consacrée est devenue une rare exception ; une vertu incompréhensible, inadmissible ; une chose anti-sociale, contrenature ; — un mystère ou une folie !
Et c'est au protestantisme que nous devons d'avoir dépopularisé cette vertu.
Nous semblons avoir perdu le secret de la sainte virginité, comme nous avons perdu celui de ces parfums précieux dont la mystérieuse Egypte embaumait les corps, et qui communiquait l'incorruptibilité à la chair, aux tissus de pourpre, aux bandelettes de fin lin et de soie. — De même, cependant, que la foi n'est pas contre la raison, mais au dessus d'elle, la virginité n'est pas contre, mais au dessus de la nature : elle est un don de Dieu, un fruit de la grâce ; elle est le triomphe de l'esprit sur la chair, par un motif et avec un secours surnaturels.
"Les esprits et les corps, dit Bossuet, voilà les extrémités opposées ; la virginité, voilà le milieu qui participe de l'une et de l'autre : elle est une perfection des
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hommes, mais elle est aussi un écoulement de la vie des Anges."
"La virginité, dit St-Jérôme, soutient toutes les vertus, e!ie les embellit et les protège. Et St-Cyprien : la virginité est l'ornement des mœurs, la gloire de l'un et de l'autre sexe ; vénérable à ses ennemis, irréprochable à leurs yeux, lors même qu'ils l'outragent, ils ne peuvent l'accuser; c'est elle qui les force à rougir, et à se coadamner eux-mêmes."
La virginité rend l'esprit plus libre et plus propre à s'appliquer aux choses célestes, à contempler Dieu, à goûter la vérité ; elle atFranchit le cœur des affections de la créature, de ces affections toujours si pleines de trouble et d'amertume, et qui sont plutôt des supplices que des satisfactions ; elle conserve au corps la santé, la jeunesse et la beauté ; et quand nous disons la santé, nous n'entendons pas des formes athlétiques, une force physique de géant, mais nous entendons l'intégrité, la vitalité accumulée, l'exaltable et exquise sensibilité d'une c/z-air angélisée, caro angelijîca.ta, selon l'énergique expression de Tertullien.
Mais ce n'est pas par un effort ordinaire que l'on arrive à surmonter la nature corrompue, à soumettre la chair rebelle, et à s'élever à la condition des Anges, à la dignité des Esprits célestes ! Aussi, Jésus-Christ nous dit-il : ''tous ne so7it capables de cette résolution, "mais ceux-là seulement à qui il a été donné d'en haut." Non, la masse n'est pas disposée à accomplir le co7iseil de la perfection évangélique; elle observe tout au plus le précepte obligatoire, et encore elle l'observe très mal. — C'est le sort de tout ce qui n'est pas vulgaire de paraître extravagant aux yeux du vulgaire : une résolution généreuse, héroïque n'est jamais suivie par la masse ; elle va son TRAIN ordinaire; elle s'inquiète peu ou se défie des sublimes exceptions. Aussi,
on peut lui dire aujourd'hui, en parlant de la chasteté, et surtout de la chasteté virginale, ce que Jésus-Christ disait autrefois : ''comjjrenne, qui pourra comprendre P'
Qu'est-ce donc que la chasteté ? — C'est une fille du ciel, un ange de la terre, une sœur de la sagesse ; et elle peut dire comme sa sœur : '■'■f ai poussé des fleurs cVune agréable odeur, et mes fleurs sont des fruits d'abondance. Je suis la mire du pur amour, de la crainte, de la science et de V espérance sainte. Venez à moi, vous tous qui me désirez : 'mon esprit est plus doux que le miel T (Eccl. 24.) C'est en parlant de la beauté de la chasteté que le Psalmiste s'écrie : écoutez, vierges ; ouvrez les yeux et prêtez V oreille :
le Roi est épris de votre beaiité ! (Ps. 44.)
A chaque page de l'Ecriture Sainte, nous lisons l'éloge de la pureté, de la chasteté : ''V incorruption, nous ditelle, nous fait approclter de Dieu. — Celui qui aime la pureté du cœur aura le Roi pour ami. — Heureux les cœurs purs ; car ils verront Dieu. — Ceuxcjiui ne sont pas p)urs n' entreront pas dans le royaume des deux. — Les vierges dans le ciel suivent V Agneau sans tache partout oii il va, et chantent à sa gloire un cantique nouveau.
— Oh ! quelle est belle et rayonnante de gloire la génération des homones chastes!''
Les Saints Pères ont épuisé toutes les richesses de l'éloquence et de la poésie pour louer la chasteté, pour la faire connaître et aimer des hommes et des femmes, afin qu'ils devinssent des anges ! — Mais, ô vertu divine, ô fille du ciel, tu surpasses toute éloquence, toute poésie humaine î Qui pourrait te concevoir, te comprendre, t'admirer et
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te louer comme tu mérites de l'être ? — Quel homme, quel ange, qui pourrait dire ta beauté, ta grâce, ton empire, la splendeur de la gloire qui environne ton front, comme un m^'stique diadème ? O chasteté, ta digîiité égale celle de l'ange ; tu rapproches l'homme de Dieu ; tu le rends semblable à l'éternelle et vierge Trinité : prima Trias Virgo est ! (St. Greg. îsaz.) Par toi, le corps mortel et corruptible participe de l'immortalité et de l'incorruptibilité des Esprits, la chair se spiritualise, l'homme devient un ange î Tu as dompté la nature, soumis la chair, et dédaigné le mariage ; tu nous fais aimer la vie solitaire et contemplative; et tuas compris, que la 2:)ius grande xolupti, c'est de se ^nivcr de toutes les voluptés matérielles ! — O chasteté, tu es plus blanche que la neige, plus radieuse et plus pure que la lumière des étoiles!
Rien, dans la nature, non rien, n'est assez beau pour te servir d'image, pour nous donner une idée de tou excellence : parmi toutes les vertus chrétiennes, tu es ce que paraît le lys parmi les fleurs, l'or parmi les métaux, le diamant parmi toutes les pierres précieuses ! Tu es comme la colombe, qui est humble, douce et solitaire ; comme l'aigle, qui aime les hauts lieux, et qui plane au dessus des montagnes; tu es enfin sur la terre ce qu'est l'ange dans le ciel !
O vous qui êtes vierges, ô vous qui êtes chastes, vous vivez dans le monde sans être du monde ; vous vivez dans un corps comme si vous n'en aviez pas; quoiqu'enveloppés de chair, vous êtes comme de purs esprits ; votre âme est une couche embaumée où repose le Saint-Esprit; votre âme est un ciel vivant, un Eden fleuri, un temple consacré, un tabernacle d'or, un lieu secret et mystique, fermé aux profanes,
et scellé du sceau de l'Epoux divin !
O vous qui êtes vierges, ô vous qui êtes chastes, vous êtes de la famille des anges ; vous êtes les anges de la terre, comme les anges sont les vierges du ciel 1
Sainte virginité, sainte chasteté, c'est toi qui es la source divine du véritable enthousiasme ; et l'enthousiasme est le ressort puissant de la vertu et de la science, de la sainteté et du génie. La double fleur, la double couronne de la virginité et du génie a brillé sur le front de St-Jean l'Evangéliste, de St- Grégoire de Nazianze, de St-Thomas d'Aquin et de Ste-Catherine de Sienne ; ils ont eu la plus haute intelligence, unie au cœur le plus aimant, dans le corps le plus pur î Chez l'homme vierge ou chaste, la vitalité est tout entière au cerveau et dans le cœur ; la pensée illumine son front ; l'amour embrase, dilate son cœur; tout ce qui est bon, tout ce qui est beau, tout ce qui est généreux, héroïque, sublime, c'est ce qui l'attire, l'exalte ; c'est ce qui excite, allume en lui la sainte ardeur de l'enthousiasme ; l'homme chaste est fait pour étonner le monde, qui ne le comprend pas, et pour marcher de conquête en conquête jusqu'au séjour glorieux où les anges doivent le couronner d'une brillante auréole, ornée de diamants et de pierres mystiques.
Une vierge est reine; elle est reine, parce qu'elle se commande à elle-même, parce qu'elle commande à la nature, à la chair, aux hommes; elle est reine parce qu'elle est l'épouse de Jésus-Christ, le Roi des rois ; elle est admirée des hommes et des anges, sur la terre et dans le ciel : Ah î ne prononcez jamais le nom d'une vierge, sans penser à un ange, sans penser à Dieu 1
L'homme chaste est comme enivré
et exalté par la surabondance de vie qui abreuve son cœur et circule dans ses veines; il sent brûler en lui-même le feu sacré de l'amour divin ; son cœur généreux ne s'éveille et ne bat que pour les grandes choses ; il est fait pour la lutte et la victoire ; il a l'attitude et la démarche d'un homme habitué à vaincre les autres, parce qu'il est habitué à se vaincre lui-même : — Et lui aussi, il est roi! Ah! ne prononcez jamais le nom d'un homme chaste, sans penser à un ange, sans penser à Dieu !
Mais c'est le prêtre surtout, le prêtre de la loi nouvelle, de la loi de perfection évangélique, c'est le prêtre qui est chaste 1 II touche chaque jour les vases sacrés, il monte à l'autel, il tient dans ses mains le Roi des vierges, il le reçoit dans son sein, il s'unit à lui, il se transforme en lui : — Ah! c'est le prêtre surtout qui est chaste, et divinement chaste î
O chasteté, austère et ravissante vertu, tu es le sel mystique, la myrrhe odoriférante, tu es le baume précieux, de suave et céleste odeur, le baume de vertu divine, qui communique l'incorruptibilité au corps! Tues la robe éclatante de fin lin, sans tache et sans couture ; tu es le manteau royal et magnifique, aux franges d'or ; tu es le vêtement de lumière et de gloire dont l'âme triomphante enveloppe et pare le corps, spiritualisé par elle, et comme elle devenu incorruptible!
La raison, l'Ecriture Sainte, la tradition, l'Eglise, l'histoire universelle, tout nous dit, ô chasteté, que tu as toujours été regardée par les hommes comme une vertu divine : partout et toujours on t'a confié le sacerdoce, accordé le don de prophétie, et réservé la science des choses cachées ; partout et toujours,
on a cru que tu avais une communication plus intime avec la divinité, et un plus grand pouvoir pour l'implorer et la fléchir. Autrefois, les sacrificateurs, les prêtresses, les sybilles, les vestales étaient vierges ou chastes. Mais, quels que soient l'excellence, les privilèges et le pouvoir que le paganisme ait reconnus et admirés en toi, ô chasteté, ce n'est que dans le Christianisme que tu as atteint toute ta perfection, et que tu es devenue une vertu surnaturelle, angélique, divine. — C'est que la chasteté du chrétien n'est pas une vertu de tempérament ou de philosophie, une vertu de raison ou de nécessité, qui consiste à s'abstenir des plaisirs de la chair, parce qu'ils blessent la pudeur, parce qu'ils empêchent l'esprit de se livrer avec liberté à la contemplation tranquille de la vérité ; non, le chrétien, qui est chaste, est animé de motifs plus élevés ; s'il est chaste, c'est pour plaire à Dieu ; c'est pour se rapprocher de lui, s'unir à lui plus intimement ; oui, c'est par amour, et par excès d'amour, qu'il fait le sacrifice de sa chair et de son cœur, et qu'il est saint de corps et d'esprit.
Aussi, dès ce monde, Dieu récompense au centuple ce sacrifice héroïque de l'homme ; dès ce monde, il l'enivre de joie et de paix ; il lui dit tous ses secrets ; il lui parle cœur à cœur, dans la solitude. O St-Jean, Ste-Catherine de Sienne, Ste-Thérèse, vous l'avez éprouvé ; vous savez quel fleuve de lumière et de voluptés célestes inonde un cœur vierge et consacré ; un cœur qui ne s'est ravi à toutes les créatures que pour se donner tout entier au seul créateur ! Vous savez que ce cœur est vraiment un ciel sur la terre, puisque Dieu y habite, puisqu'il y repose avec délice ; que ce cœur a un avant-goût
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de la béatitude éternelle, puisqu'il voit Dieu, puisqu'il le possède et jouit de lui avec une sainte familiarité ; vous le savez ; — car vous l'avez appris dans l'extase de l'amour '
Nous avons dit que l'Antiquité païenne, malgré ses fables et ses erreurs, avait compris, admiré, et honoré d'un culte spécial la virginité et la chasteté; nous rapporterons quelques faits a l'appui de cette assertion.
Les poètes et les philosophes du paganisme n'ont pu s'aftVanchir tout-àfait de cet impérissable instinct de pudeur qui nous est naturel, et ils ont été les défenseurs constants et les chantres sublimes de la chasteté et de la virginité. Dans le 1er livre des métamorphoses d'Ovide, Daphiié demande à son père la liberté de demeurer vierge aussi, puisque Jupiter avait accordé cette même grâce à Diane. Elle obtint sa demande, et se voyant vivement poursuivie, elle obtint encore de perdre la beauté, qui était un si grand obstacle à l'accomplissement de son vœu.
La garde de la virginité était une excellente manière d'honorer la chaste Diane,
The silver-shafted queen, for ever chaste ;
(MiLTON.)
et elle vengeait très-sévèrement tout acte contraire à cette vertu.
Pallas, à qui les poètes donnent le nom et la majesté de la Sagesse, est vierge aussi. Les sacrifices et les fêtes de Cérès se célébraient avec une solennité extraordinaire ; et pour y assister, toutes les feiwiiies étaient obligées à neuf jours de continence.
Callisto et Attis payèrent la peine de leur faute, ni Diane ni Cybèle n'ayant pu souffrir qu'on eût violé la virginité qui leur était promise. C'est pour garder le temple de Cybèle que la
chasteté avait été prescrite à Attis.
Les principales purifications se prenaient de la déesse Vesta, qui était vierge et qui était servie par les vierges Vestales.
Le temple de celle que l'on appelait à Rome la Bonne Déesse éXjoSX inaccessible aux ho'în^nes, et ce fut une vierge qui en fit la dédicace. Les Vestales étaient obligées de garder une inviolable virginité, parce que Vesta, fille d'Ops, était demeurée vierge ; ou plutôt, parce que c'était le Feu Eternel que l'on appelait du nom de Vesta, et que pour garder et entretenir ce feu il fallait des ministres trts-purs, des vierges.
Il est évident, d'après ces exemples, que la chasteté et la virginité étaient en vénération parmi les idolâtres, qu'elles avaient icne liaison étroite avec le sacerdoce, surtout avec celui de Vesta, ou du Feu Eternel, qui était le symbole le plus parfait de la divinité véritable. Cet usage pouvait venir de la lumière naturelle de la raison, qui faisait connaître aux payens mêmes, que la pureté du corps et le dégagement du mariage et de tous ses embarras étaient des dispositions trés-convenables au sacerdoce, et trïs-agréables à Dieu ; — ou plutôt de la Providence divine, qui voulait semer dans le paganisme même des connaissances et des commencemens de vertu qui disposassent insensiblement les esprits à recevoir la pureté de la doctrine évangélique.
Lucien, dans les dialogues des dieux, fait avouer à Cupidon, que ses traits n'ont aucun pouvoir sur Minerve, parce qu'elle est toujours fière et armée ; ni sur les Muses, parce qu'elles sont toujours occupées de V idéal ; ni sur Diane, parce qu'elle est dotninée par l'amour de la chasse, des bois et de la
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solitude. La Sagesse et la Chasteté sont sœurs. La chasteté est l'ornement, la splendeur de la sagesse. Ceux-là sont frères des Muses vierges qui conservent une perpétuelle virginité. Le plus grand remède à la volupté et le moyen le plus puissant pour conserver la chasteté, c'est l'étude de la sagesse et des lettres, c'est surtout la pratique de la religion et l'amour de la solitude. Voilà ce que pensait l'antiquité païenne.
Voyons maintenant l'opinion du plus grand poète dissident, l'auteur du P«radis 'perdu, le Dante de l'Angleterre.
Les vers que nous citons sont tirés de la pièce intitulée, Cotnus :
Elder brother.
My sister is not so defenceless left As you imagine ; she lias a hidden strength Which you remembernot.
Second brotJier.
What hidden strength, Unless the strength of Heaven, if you mean that ?
Elder brother.
1 mean that too, but yet a hidden strength, Which, if Heaven ga,ve it, may be termedher own: ' Tis c](,astity, my brother, chastity ; She that has that, is clad ik complète