STEEL
And, like a quivered Nymph with arrows keen, May trace huge forest, and unharboured heaths, Infamoits Jiills, and sandy perilous wilds, Where, through the sacred rays of chastity, No Savage fierce, bandit, or mountaineer, Will dare to soil her virgin purity ; Yea there, where very désolation dwells, By grots, and caverns shagged with horrid shades She may 2}ass on with unblenclied majesty, Be it not doue inirride, or in presumption. Some say, no evil thing that walks bynight In fog or fire, by lake or moorish fen, Blue meagre hag, or stubborn unlaidghost That breaks his magie chains at curfew time, No goblin, or swart fairy of the mine, Hath hurtful povjer o'cr true virginity.
Do ye believe me yet, or shall I call Antiquity from the old schools of Greece To testify the arms of chastity ?
Hence had the huntress Dian her dread bow, Pair silver-shafted q^ieen, for ever chaste, Wherewith she tam'd the brinded lioness And spotted mountain-pard, btit set at iiought Thefrivolous boit of Cvpid : god and men
Fear^d her stem froion, and she was queen o'the
[woods.
What was that snaky-headed Gorgon shield, That wise Minerva u-ore, tcnconquered virgin, Wherewith shefreezed herfoes to congealed stone, But rigid looks of chaste austerity, And noble grâce, that dashed brute violence With sudden adoration and blank av:e ?
So DEAR TO HEAVEN IS SAINTLY CHASTITY,
That, when a soûl isfoxind sincerely so,
A thousand liveried Angels lakey her,
Drivivgfar off each thing of sin and guilt ;
And in clear dream and solemn vision,
Tell her ofthings that no gross car can hear,
Till oft converse vjith heavenly habitants
Regin to cast a beam on the outward shape,
The unpolhited temj^le of the mind ;
And turns it by degrees to the sonVs essence,
Till ail be made immortal : but when lust,
By uncho.ste looks, gestures, z.nà.foul talk,
But m^ost by lewd and lavish act of sin,
Lets in défilement to the inward parts,
The soûl grows clotted by contagion,
Imbodies,- and ivihrutes, till she quite lose
The divine property of her fîrstbeing.
Such are those thick and gloomy shadows damp#
Oft seen in charnel vaults and sepulchres
Lingering, and sitting by a netv-made grave.
As loath to leave the body that it loved,
And iink'd itself by carnol sensuality
To a degenerate and degraded state.
Second brother.
Hoiv charming is divine philosophy !
Not harsh, and crabbed, as dull fools suppose. But musical as is ApoWs lute ; And a perpétuai feast of nectared sweets, Where no crude surfeit reigns. —
Après ces témoignages éclatants de l'antiquité païenne et du plus grand poète anglais, nous ne pouvons mieux faire que de citer quelques pages de Blanc Saint-Bonnet :
"Le grand moyen de s'élever à la vertu, c'est V enthousiasme.
"Mais l'enthousiasme, comment l'obtenir ? Il ne faut pas Tobtenir, Wfaut le conserver ; car vous êtes tous nés enthousiastes. Mais hélas! tous les jours, vous travaillez à éteindre en vous cette flamme sacrée. Croyez-vous que les héros, que les Saints et les poètes, tous ces rois de Veuihousiasme, soient d'une autre race que la vôtre ? L'enthousiasme naît de la double vigueur de Vâme et du corps. C'est une impulsion presque physique et spirituelle tout à la fois ; il s'allume
APOLOGIE DE LA VIE SOLITAIRE ET CONTEMPLATIVE
dans l'esprit et bouillonne dans le sang. L'enthousiasme vient de la plénitude du cœur et de V intégrité du corps. Aussi, est-il nn moyen infaillible d'être pénétré d'enthousiasme, un moyen sûr, positif, que tout homme peut de suite mettre en pratique, c'es^ la chasteté. Dans la chasteté, Vhomme sent tellement son courage grandir et ses facultés prendre une énergie inaccoutumée, qu'il ne se reconnaît plus . . , Il faut que rame, ainsi que les organes, soient enivrés de virginité, pour être embrasés d^enthousiasme.
"Le chaste seul est libre. Lui seul possède toute la puissance du bien, et la vertu ne lui coûte plus rien. Il trouve dans la force de son corps, dans le courage de sa volonté, et dutis l'abondance de son cœur, une vie inouie ; en lui tout déborde ; et l'amour de Dieu est presque une conséquence de sa vitalité, La chasteté nous tient dans une telle plénitude d'existence, elle nous pénètre de tant d'ardeur et d'enthousiasme, que nous somines presque toujours hors de nous-?nêmes et prêts à tout. L'homme chaste est dans un état continuel d'hîroisni'i ; les grandes et belles actions ne lui coûtent pas plus qu'à tout autre les plus simples devoirs de la vie. Cette vertu fut le secret de tous les «rrands hommes. Newton, Leibnitz et Kant moururent vierges.
^^Mais, qui pourra dire les joies de la chasteté? La chasteté conserve l'ànie dans une éternelle jeunesse. Aussi, rien n'est doux à voir comme l'homme chaste. On le reconnaît, autant à Vénergie paisible de sot» caractère qu'à l'aménité incomparable de ses mœurs et au sentiment exquis de politesse dont il entoure ses semblables. Il semble qu'il s'est formé de la nature humaine une estime si relevée que cela devient pour lui un besoin de la manifester à tous ceux qui l'entourent. Rien n'est plus gracieux que l'homme chaste ; \i\.paix de sa conscience et la suavité de son cceur se peignent à la fois dans son sourire. Si ses pensées paraissent sévères, les sentimens qui s'élèvent de ce cœur encore plein de mystère sont empreints d'une rêverie qui répand sur toutes ses idées un grand charme de poésie.
"Mais, ce qui surtout distingue l'homme chaste, c'est V enthousiasme. Bien loin du ton et des manières de ces hommes froids, en qui cette flamme entièrement éteinte annonce déjà la décrépitude du cœur, on le distingue au milieu de tous par Vardeate vivacité de ses émotions.
Son admiration pour les grandes cho»es
ne risque point d'être déconcertée par la plaisanterie ; jamais il n'a ri des sentimens élevés et des fortes convictions ; tout ce qui tient au devoir lui est sérieux, et pour lui la générosité est un devoir. Les hommes de ce siècle parlent avec complaisance de \e\xv prudence froide, de leurs calculs d'intérêt bien entendu, de leur peu de disposition à céder aux sentimens : il faut les en féliciter! Nous savons ce qu'il leur en coûte pour se réduire à cet état de castors civilisés. L'aveu des tristes conseils qu'ils arrachent à la médecine nous révélerait au besoin leur affreux secret. Aussi, j'attribue absolument à Vabsence de chasteté tout Végoisme, toute V indifférence, et ce peu d^ enthousiasme pour les grandes choses, qui dans notre siècle signalent surtout les hommes d'une certaine classe. Le vice les amoindrit tous les jours, et les ramène insensiblement aux chétives profortions oà nous trouvons leur intelligence et leur caractère. Il est impossible de se sentir longtemps entraîné vers les choses nobles et généreuses, il est impossible de brûler du feu sacré, du feu de V artiste, du héros^ de Vhomme de bien, lorsqu'on n'a pas la chasteté pour soi. En perdant la chasteté^ l'homme perd cette surabondance de vie qui le porte, ainsi que Dieu, à sortir de lui même; et il ne lui reste pli\s de vie que pour prendre soin de sa médiocre personnalité. Il se trouve bien renfermé par fores dans Végoisme; son cœur ne peut pas aller plus loin! L'incontinence amène la faiblesse, la faiblesse amène la crainte, la crainte amène l'avarice et le reste de Végoisme, qui n'est, après tout, que le rétrécissement du cœur. Or, si le comble de la joie et de Venivrement est le partage de Vamonr, le comble de la ïristesse et de la sécheresse intérieure, devient le partage de Végoisme. Pour lui, plus de tendres émotions, plus de consolations divines, plus de douceurs spirituelles : l'égoïste est l'eunuque de la cité de Dieu.
"La virginité, c'est la virilité ! La virginité remplit les artères de sang; elle gonfle Tàme de puissance. A la moindre pensée, au moindre acte, toute la vie se précipite vers le cœur ; du cœur elle s'élance au cerveau, et l'on sent dans tout son être un courage prodigieux qui vous dévore. Le vierge marche avec l'attitude d'un homme qui a Vhahitude de vaincre, et qui jouit paisiblement de sa victoire. Mais montrez-lui une belle action à faire, il tressaille comme un homme qui ne peut croire à ce bonheur inal-
APOLOGIE DE LA VIE SOLITAIRE ET CONTEafPLATIVE.
tendu; puis, il se fait dans son âme un mouvement plus impétueux que s'il s'agissait pour tout autre de se venger d'un outrage.
"Demandez-lui s'il connaît Vindépendance à celui qui tient la nature sous ses pieds ! Mais surtout demandez-lui s'il connaît le bonheur, à celui dont le sein déborde d'un amour intact ! Les émotions sillonnent son âme, son sang circule avec mille vies ; et ses organes, sans cesse abreuvés, éprouvent plus de délire à la fois à chaque battement de son cœur, que le lâche n'en a jamais perdu dans toutes ses voluptés. Où est-il celui qui cherche des émotions brûlantes, qu'il vienne ; il ne sait rien, s'il ne connaît les flammes dont perce la chasteté. Homme qui poursuis quelque passion qui puisse etancher ton désir, combien tu te trompes en féloignant de la virginité ! ! La virginité est la plus ardente des émotions. La virginité, c^est la vie élevée à sa plus haute puissance ; et sa passion, à elle, c'est Vamour du sacrifice : elle ne se laisse séduire que par la charité.
"Ah ! si vous saviez ce que c'est que la chasteté, comme vous quitteriez toutes ces pauvres passions que vous croyez si fécondes en douceur! Car, il faut bien le dire, s'il vous était possible de découvrir une passion qui vous promît de plus grandes voluptés que les vôtres, c'est à elle que vous vous adresseriez. Eh!
bien, il en est une qui ne vieillit jamais ; avec l'âge elle ne fait que prendre le temps d'embraser jusqu'aux extrémités de notre être ; puis, lorsque nous prions, ou que nous pensons à Dieu, elle frappe notre âme d'un tel torrent de feu, qu'il lui semble qu^elle va éclore à la vie éternelle. Vraiment, mon Dieu, il y a des moments où l'on ne peut penser à vous sans mourir de délices ! et quelquefois par prudence, il faut nous refuser de vous aimer autant que notre cœur le voudrait, de peur d'y succomber. Je vois bien que nous n'avons pas été faits pour posséder le bonheur dans ce monde ; car, lorsque vous nous envoyez votre joie un peu trop pure, nous sommes obhgés de vous demander grâce.
Cependant, celui à qui vous avez fait sentir combien vous êtes doux à aimer, ne veut plus que vous aimer ; il tombe dans une sorte de folie, il perd le sens de tous les autres biens, ii ne veut que vous, et rien que vous, et il vous conjure de lui retenir une partie de ces joies spirituelles, dans la crainte qu'il vienne à penser que ce soit pour elles qu'il vous aime."
Après Blanc Saint-Bonnet, écoutons Jacques Balmès sur cette angégélique vertu :
"Le catholicisme couronne d'une brillante auréole l'abstinence complète des plaisirs sensuels, la virginité. Les esprits frivoles, principalement ceux qui reçoivent les inspirations d'un cœur volupteux, ne comprendront certainement pas jusqu'à quel point le catholicisme a contribué par là à relever la femme ; mais il n'en sera pas de même des esprits solides, capables de reconnaître que tout ce qui tend à élever au plus haut degré de délicatesse le sentiment de la pudeur, tout ce qui fortifie la moralité, tout ce qui contribue à faire d'un nombre considérable d'hommes, un modèle de laplus héroïque vertu, a également pour résultat de placer la femme au-dessus de Vaimosphère des passioiis grossières. La femme cesse dès lors de se présenter aux yeux de l'homme comme un simple instrument de plaisir ; elle ne perd, elle ne voit diminuer aucun des attraits dont l'a pourvue la nature, et elle n'a plus à craindre de devenir, de triste victime du libertinage, un objet de mépris et de dégoût.
L'Eglise catholique avait connu profondément ces vérités ; aussi, tandis qu'elle veillait sur la sainteté des rapports conjugaux, tandis qu'elle créait au sein de la famille l'admirable dignité de la matrone, elle couvrait d^un voile mystérieux le visage de la vierge chrétienne; et les épouses du Seigneur étaient gardées par elle comme un dépôt dans les ombres du sanctuaire. Il était réservé à Luther, au grossier profanateur de Catherine de Bore, de méconnaître aussi sur ce point la profonde et délicate sagesse de la religion catholique. Après que le moine apostat eût mis en pièces l'auguste sceau dont la religion marquait le lit nuptial, sa main impudique venait déchirer le voile sacré des vierges consacrées au Seigneur ; il était digne de ses dures entrailles d'exciter la cupidité des princes, de les faire se précipiter sur les biens de ces vierges privées de tout appui, pour les expulser de leurs demeures. Voyez le pertubateur attiser partout le feu de la sensualité, briser toutes les barrières. — Q,ue deviendront les vierges consacrées du sceau du sanctuaire ? Semblables à de timides volées de colombes, ne tomberont-elles pas dans les pièges du libertinage ? Eh quoi ! Est-ce ainsi qu'on augmentait le respect dû au beau sexe ? Est-ce ainsi qu'on perfectionnait le sen-
APOLOGIE DE LA VIE SOLITAIRE El CONTEMPLATIVE.
timent de la pudeur et que l'on faisait progresser l'humanité ? Luther donnaitil par là une généreuse impulsion aux générations futures, de l'essor à l'esprit humain, de la vigueur et de l'éclat à !a culture et à la civilisation ? Q,uel est l'homme au cœur délicat et sensible qui pourra supporter les déclamations déhontées de Luther, surtout s'il a lu les pages des Cyprien, des Ambroise, des Jérôme, et des autres flambeaux de l'Eglise catholique, sur le sublime lionneur d^une vierge chrétienne ? Q,ui trouvera mauvais de rencontrer, dans ces siècles où la barbarie la plus féroce régnait sans frein, ces demeures solitaires où les épouses du Seigneur s'abritaient contre la corruption du monde, incessamment occupées d'élever leurs mains au ciel, pour en faire descendre sur la terre la rosée de la divine miséricorde ? Et dans les temps, dans les pays les plus civilisés, quel est donc le fâcheux contraste que l'on pourra trouver entre l'asile de la vertu la plus pure, la plus sublime, et un océan de dissipation et de libertinage ? Ces demeures étaient-elles aussi un legs funeste de l'ignorance, un monument de fanatisme, dont il était digne des coryphées de la Réforme de débarrasser la terre ? Ah ! s'il en est ainsi, protestons contre tout ce qu'il y a d'intéressant et de beau, étouffons dans notre cœur tout enthousiasme pour la vertu ; le monde est tout entier dans le cercle des sensations les p^us grossières ; que le peintre jette son pinceau, le poète sa lyre ; oublions notre grandeur et notre dignité ; plongeons-nous dans l'abrutissement, en répétant : mangeons et buvons, car nous mourrons demain!
"Non, la vraie civilisation ne pardonnera JAMAIS AU protestantisme CETTE ŒUVRE IMMORALE ET IMPIE *, la
vraie civihsation ne pourra lui pardonner d'avoir violé le sanctuaire de la pudeur et de l'innocence, d'avoir employé toutes ses forces à faire disparaître le respect pour la virginité, foulant ainsi aux pieds un dogme professé par tout le genre humain. Il n'a point respecté ce que les Grecs vénéraient dans leurs prêtresses de Cérès, les Romains dans leurs vestales, les Gaulois dans leurs druidesses, les Germains dans leurs devineresses. Il a porté l'impudeur plus loin que ne le firent jamais les peuples dissolus de l'Asie et les barbares du Nouveau Continent.
C'est certainement une honte pour l'Europe d'avoir attaqué ce qui a été respec-
té dans toutes les parties du monde, d'avoir traité de préjugé méprisable une croyance universelle du genre humain, sanctionnée d'ailleurs par le christianisme.Où a-t-on vu une irruption de Barbares comparable à ce débordement du protestantisme contre ce qu'il doit y avoir de plus inviolable parmi les hommes ? Que l'on voie, au milieu des fureurs d'une guerre, la barbarie des vainqueurs ôter tout frein à une soldatesque brutale, la déchaîner contre les demeures des vierges consacrées au Seigneur, c'est là une chose qui peut se concevoir. Mais qu'on persécute ces saintes institutions par système, qu'on excite contre elles les passions de la populace, en attaquant grossièrement ces pieux instituts dans leur origine et dans leur objet, cela est plus que brutal et inhumain. C'est une chose qu'on ne peut plus qualifier, lorsque ceux-là mêmes qui s'en rendent coupables se vantent d'être des réformateurs, des sectateurs de l'Evangile pur, et se proclament les disciples de Celui qui, dans ses sublimes conseils, a signalé la virginité comme Vune des plus belles vertus qui puissent orner la couronne du chrétien. Or, qui ignore que ce fut là une des œuvres auxquelles le protestantisme s'attacha avec le plus d'ardeur. La femme sans pudeur offrira un appât à la sensualité, mais n'attirera jamais l'âme par le mystérieux sentiment qu'on appelle l'amour. Chose remarquable ! Le désir le plus impérieux du cœur de la femme est celui de plaire; mais aussitôt qu'elle oublie la T^wàeur, elle déplaît et repousse ; ainsi, il est sagement ordonné que ce qui blesse le plus vivement son cœur sera le châtiment de sa faute. C'est pourquoi, tout ce qui contribue à relever dans les femmes ce sentiment délicat de la pudeur les relève elles-mêmes, les embellit, leur assure un plus grand ascendant sur le cœur des hommes, et leur marque une place plus distinguée dans l'ordre social. Ces vérités ne furent pas comprises du protestantisme, lorsqu'il condamna la virginité. Sans doute, cette vertu n'est pas une condition nécessaire pour la pudeur ; mais elle en est le beau idéal et le type de perfection ; et certainement on ne pouvait faire disparaître ce modèle, en nier la beauté, en condamner Vimitation comme nuisible, sans porter une grave atteinte à la pudeur elle-même, qui, continuellement en lutte contre la passion la plus puissante du cœur humain, ne .se conserve que difficilement dans sa pureté, si elle
APOLOGIE DE LA VIE SOLITAIRE ET CONTEMPLATIVE
Ti'est accompagnée des précautions les plus
exquises
"Dans le monde physique, tout est disposé avec nombre, poids et mesure; les lois de l'univers montrent, pour ainsi dire, un calcul infini, une géométrie infinie ; mais gardons-nous de nous imaginer que nous pouvons tout exprimer par nos signes mesquins, et réduire tout à nos étroites combinaisons ; gardonsnous surtout de la prétention insensée d'assimiler trop le monde moral au monde physique, d'appliquer sans distinction au premier ce qui est uniquement propre à l'autre, et de bouleverser par notre orgueil la mystérieuse harmonie de l'univers. L'homme n'est pas né seulement pour procréer; ce n'est pas une simple roue attachée en son lieu pour fonctionner dans la grande machine de l'univers. C'est un être à l'image et à la ressemblance de Dieu, un être qui a sa destinée propre, destinée supérieure à celle de tout ce qui l'environne sur la terre. Ne rabaissez point sa hauteur, ne courbez pas son front vers le sol, en lui inspirant uniquement des pensées terrestres; ne comprimez pas son cœur, en le privant de sentimens vertueux et élevés, en ne lui laissant d'autre goût que celui des jouissances matérielles.''''
Ayant cité le témoignage d'un plii- Josoplie-poète et celui d'un philosophethéologien, nous citerons encore celui d'un médecin déiste, Virey :
"Par la chasteté, toute l'organisation est affermie; notre âme conserve le feu sacré de la pudeur, comme celui de Vesta ; un ardent enthousiasme pour les mâles pensées, comme pour des actions vives, étincelantes : tant que nous préferons l'honneur à l'utilité, en faisant taire les ignobles intérêts devant l'amour de la gloire, alors elle brille de l'éclat de la jeunesse ; jusque sous les glaces de l'âge, elle cultive l'énergie vitale ; elle est riche d'espérance, et se flatte, dans l'avenir même, d'affections romanesques.
Tels sont particulièrement les caractères qui ont conservé Vinnocence dans leurs amours. Leurs longues années ne sont point désormais dépouillées de verdure et de fraîcheur ; une sève abondante circule encore dans l'économie, malgré leurs vieux jours ; ils tiennent de la nature iramortelle.
"Considérez, au contraire, ces hommes que le monde appelle souvent sages et expérimenté^^, parce qu'ils ne voient plus la
société que dans sa dégradation, ou dépouillée de toutes ses qualités honorables et généreuses. C'est là, dit-on, le positif et la réalité ; ils placent avant tout le gain et r argent. Calculant froidement et le bien et le mal, ils savent au juste ce que rapportent le crime et la vertu. Ils se plient parfaitement aux temps, aux circonstances ; ils ne sourient qu'à la puissance matérielle des jouissances et de la fortune. Indifférents à tout comme les vieillards, ils n'éprouvent plus qu'avec tiédeur et dégoût toute volupté qui ne rapporte aucun profit direct; pesant tout au poids de Vor, ils marchandent le cœur humain et l'innocence, comme si la vertu était à prix, tant les sordides intérêts se sont incrustés dans ces entrailles énervées et abâtardies.
"Certes, nous n'ignorons pas combien le siècle, dans sa décrépitude, appelle romanesques et ridicules les héroïques sentiments, la magnanimité du jeune âge. Hi^u]- \e franchise, ni cette naïve fraîcheur dHmaginaiion, ni cette pudeur, cette virginité de rame, n'éclatent en eux désormais. N'est-ce pas déjà revêtir, avant le temps, toutes les livrées de la caducité, de ces âges de dégoût, de mécontentement, d'aversion pour les plus saintes affections qui puissent enchanter la vie ? Comment cette âme défaillante soutiendra-t-eUe longtemps et avec énergie une organisation délabrée, quoique jeune encore, mais gangrenée par les jouissances? Semblable à ces arbres encore verts, dont l'intérieur du tronc est pourri, qui ne tardent pas à se couronner de branches mortes et desséchées, ainsi Vhomme corrompu étale en vain les décorations de son corps, ou plutôt sa parure extérieure ; c'est un brillant sépulcre qui ne renferme qu'un cadavre.
"Oh ! que l'homme pourrait subsister sain et heureux, pendant de longues années, s'il savait épargner sur son corps pour agrandir son âme I II resterait toujours jeune, par la pensée du moins ; il descendrait, immortel d'espérance, dans la tombe, après avoir dignement rempli sa destinée et honoré sa carrière sur la terre.
Minerve se couvre de son égide contre les traits de l'amour, disent les philosophes et les poètes. Les Muses sont aussi chastes. La plupart des hommes de génie sont peu portés aux voluptés ; au contraire les individus les moins intelligents s'adonnent à la luxure : ainsi à mesure que les cerveaux se rétrécissent la rohipfé s'agrandit.'"
APOLOGIE DE LA VIE SOLITAIRE ET CONTEMPLATIVE
"J'ai déjà vu, dans ma vie, dit le P. Lacordaire, bien des jeunes gens ; et je vous le déclare, je n ai jamais rencontré de tendresse de cœur dans un jeune homme débauché ; je n'ai jamais rencontré à'âmes aimantes que les âmes qui ignoraient le mal ou qui luttaient contre Lui.''''
Arrivons maintenant à la chasteté du Prêtre, et c'est Michelet que nous ferons parler ; Michelet qui, dans ces derniers temps, a essayé en vain de détruire, par des attaques passionnées, le magnifique et sincère témoignage qu'il avait rendu au célibat, à la chasteté du Prêtre :
"Certes, ce n'est pas moi, dit-il, qui parlerai contre le mariage ; cette vie a aussi sa sainteté. Toutefois, ce virginal hymen du 'prêtre et de V Eglise, n'est-il pas quelque peu troublé par un hymen moins pur ? Se souviendra-t-il du peuple qu'il a adopté selon l'esprit, celui à qui la nature donne des enfants selon la chair? La paternité mystique tiendra-telle contre l'autre ? Le Prêtre saurait se priver pour donner aux pauvres, mais il ne pourra priver ses enfants ! Et quand il résisterait, quand le Prêtre vaincrait le pèrt, quand il accomplirait toutes les œuvres du sacerdoce, je craindrais encore qu'il n'en conservât pas l'esprit.
Non, il y a dans le plus saint mariage, il y a dans la femme et dans la famille, quelque chose d'énervant, qui brise le fer et fléchit l'acier. Le plus fertne cœur y perd quelque chose de soi. Le Prêtre était plus qu'un homme ; marié, ce n'est plus qu'un homme... Et cette poésie de la solitude, ces mâles voluptés de V abstinence, cette plénitude de charité et de vie, où Tàme chrétienne embrasse Dieu et le monde, ne croyez pas qu'elle puisse subsister entière au lit conjugal... Et que deviennent ces méditations solitaires où Vârne se retrempe devant un crucifix, les rêves mystérieux et les sublimes orages où combattent en nous Dieu et l'homme? C'était fait du christianisme, si V Eglise, amollie et prosaisée dans le mariage, se matérialisait dans les soins de la famille. Dès-lors, plus de force intérieure ni d'élan vers le ciel. Jamais un£ église à Prêtres mariés n'aurait enfanté les prodiges de l'art RELIGIEUX, ni Vâme de Si-Bernard, de St- Vincent-de-Paul ou d'un St-François de Sales, ni le génie de St-Thomas, ni tous CES ORDRES RELIGIEUX, ni les savauts et profonds Bénédictins. A de tels hommes