DE SUIVRE LA VOIE LARGE OÙ SE PERD
LA FOULE, s'en éloignent, vont gravissant seules le vide sentier de la vertu, et s'y font une atmosphère à part, où, comme dans un sanctuaire, la paix règne avec l'amour.
"J'aime ces existences supérieures, déjà presque éthérées, qui, laissant à d'autres les plaisirs et les gloires de la terre, aspirent plus haut, et ne conçoivent, dès ce monde, que les passions des anges et les voluptés de la vertu.
"Mon âme est bien faible pour suivre leur essor ; mais je crois le comprendre : quand il n'échappe point à ma vue, j'aime du moins à le contempler, à l'admirer de la terre, comme le pâtre admire l'alouette chantant dès l'aurore, comme le chasseur admire l'aigle montant sur les Alpes, comme le voyageur admire le condor planant sur les Andes, comme l'astronome admire les constellations roulant dans l'étendue et rayonnant audessus des ténèbres qui nous enveloppent.
"Les Saints, en effet, comme l'a toujours dit le vieil Orient, sont les astres du monde : ce sont leurs vertus qui l'éclairent, leurs vertus qui le soutiennent, leurs vertus qui le sauvent. J'aime la
lumière qu'ils versent, les hautes sphères qu'ils habitent.
"Je ne sais, mais il me semble, que là le cœur, l'insatiable cœur est enfin content; que l'âme affranchie y respire et s'y développe dans toute sa puissance.
Là rien ne la comprime, rien ne l'étourdit plus ; loin de l'atteinte des bruits et des fumées de la terre, elle nage, déjà heureuse, dans le vide des illusions
AGITÉES DE LA MATIERE, et daUS le
plein des immuables realites de l'esprit."
"Le monde, dit un pieux auteur, a beau refuser de croire que les âmes retirées et fidèles aux engagemens de leur vocation, soient heureuses, son incrédulité ne change en rien la destinée de la vertu ; et tandis qu'il s'étourdit et se tourmente dans le tourbillon des inutilités et des chimères qui l'absorbent, la pure et éternelle vérité fait briller dans le sein de ces austères solitudes, toute sa magnificence et tous ses trésors ; et elle pénètre d'une joie toute céleste des cœurs étonnés eux-mêmes d'éprouver un si plein contentement."
Ducis, après avoir visité la Gi'ande Chartreuse, écrivait à un de ses amis :
"J'ai vu le désert de St-Bruno, sa fontaine, sa chapelle, la pierre où il s'agenouillait,devant ces montagnes effrayantes, sous les regards de Dieu. J'ai visité toute la maison : j'ai vu les Solitaires à la grand'messe; j'ai causé avec un des plus jeunes dans sa cellule ; tout m'a fait un plaisir profond et calme. Les agitations humaines ne montent pas là.
Ce que je n'oublierai jamais, c'est le contentement céleste qui est visiblement peint sur le visage de ces religieux.
"Le monde n'a pas d'idée de cette PAIX : c'est une autre terre, une autre nature. On la sent, on ne la définit pas cette paix qui vous gagne.
"Je vous assure, mon cher ami, que toutes ces idées de fortune, de succès, de plaisirs, tout ce tumulte de la vie, tout ce tapage qui est dans nos yeux, nos oreilles,^ notre imagination, restent à l'entrée 'de ce désert; et que notre âme nous ramène alors à la nature et à son Auteur."
Dans son Voyage à la Grande
Chartreuse, un auteur contemporain,
Dupré Deloire, après avoir décrit les
lieux habités par ces austères contem-
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platifs, se livre à quelques réflexions pieuses et philosophiques :
"C'est-ici, dit-il, que St-Bruno mit un terme à sa course; ici, il se crut assez loin du monde pour n'en être pas importuné; ici, il espéra vainement en être oublié. La tranquille majesté de o'S lieux se trouva en harmonie avec la candeur de son âme ; il se sentit la douce liberté de bien taire selon le vœu de sa conscience, de vivre heureux sans encourir LE BLAME et la FOLLE DÉRISION
des hommes ; il put dédaigner leur malice HYPOCRITE, leurs jugements iniques, leur cruelle ingratitude, leur envieux dénigrement ; il fut à Tabri de leurs perfidies, de leurs sarcasmes, de leurs vengeances ; il perdit de vue le spectacle affligeant de leurs misérables PASSIONS. Bientôt, il vit accourir auprès de lui tous ceux, qui, détrompés du monde, obéissant à une sainte horreur, purent briser des liens, trop souvent indissolubles. Il leur tendit les bras, sécha leurs larmes; et ces lieux devinrent la demeure de tous ceux pour qui la PAIX de l'ame est le premier des biens."
Et un Anglais, sans doute protestant, a écrit les vers suivants dans l'album de ces heureux Solitaires :
Thus, let me live, unseen, unknown, Thus, unlamented, let me die ;
And not a stone
Tell where I lie !
(P. JONSTON.)
Nous avons prouvé suffisamment l'importance et la nécessité de ces maisons de retraite pour les âmes contemplatives. Examinons maintenant une objection que nous avons souvent entendu faire, et que l'on fera sans doute encore : comment les Ordres Contemplatifs pourront-ils s'établir? Obligés à garder la solitude, quels seront leurs moyens de subsister ? Oublie-ton combien la foi est faible aujourd'hui, la libéralité des fidèles restreinte, leurs aumônes parcimonieuses ; combien ils comprenjient peu ces ordres, et sont opposés à une vie inactive et retirée ? Le temps n'est plus des magnifiques et nombreuses offrandes de la piété !
A cette objection spécieuse, à ce langage plus mondain qu'évangélique, nous pourrions ne faire que cette réponse péremptoire : Dieu est aujourd'hui, comme autrefois, le maître de tous les cœurs et de toutes les bourses ; il les ouvre ou les ferme à son gré ; il dispose de tout, parce que tout lui appartient : comment donc laisserait-t-il dans la détresse ses créatures d'élite?
Mais nous raj)pellerons un fait historique, qui réfute cette objection :
"Tous les Saints fondateurs d'Ordres ont commencé par un entier abandon à la divine Providence, et dans une extrême PAUVRETÉ ; ils ont ainsi commencé, quoique, dans la suite des temps, leurs maisons dussent être rentées, conformément à leur institut.
"St-Etienne de Grandmont était si admirable, que non seulement il voulait que les maisons de son Ordre fussent sans revenus ; mais il les plaçait dans des lieux solitaires, pour être plus dans l'oubli des créatures, et plus dans la seule dépendance de Dieu seul.
"St-François d'Assise vivait dans un si grand dénuement de toutes les choses de la terre, qu'il avait de la peine à supporter qu'il y eût au monde une seule personne plus pauvre que lui, et qu'il le disputait en cela avec les plus mendians et les plus malheureux de la terre. St- Dominique, n'étant encore qu'Archidiacre d'Osme, entra dans un si parfait dépouillement, et un si grand abandon à la divine providence, qu'il se défit même de ses livres pour les donner aux pauvres, ne se réservant rien du tout. Devenu fondateur d'ordre, il eut le même esprit. Quelle pauvreté plus rigoureuse, quel abandon plus entier à la divine providence, que l'état où s'est trouvée la séraphique Ste-Thérèse, et ses premièreligieuses ?
"Il serait bien difficile de dire toutes les contradictions qu'à soufîértes Ste- Claire au sujet de son parfait abandon à la divine providence. Il est vrai que son procédé était une conduite bien éloignée de la sagesse des prudents, qui n'agissent QUE PAR LEURS RAISONNEMENTS,
OU EN PHILOSOPHES. Elle avait vendu tous ses biens pour les donner, et vivre dans une rigoureuse pauvreté. Les hommes y trouvaient bien à redire ; mais ce qu'ils concevaient le moins, c'é-
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tait le dessein qu'elle avait pris de faire un monastère, et d'y assembler nombre de Religieuses, et de ne se réserver rien de l'argent qu'elle avait reçu de la vente de tous ses biens, pour s'en servir pour une si bonne œuvre. Ils ne comprenaient pas ce que la Sainte voulait uniquement, c'est que ses maisons eussent pour unique fondement, pour toutes fondations et revenus, la pure providence.
"C'est pourquoi St-Pierre d'Alcantara écrivait à Ste-Tliérèse, qu'en fait de pauvreté et de parfait dénuement des choses extérieures, il fallait consulter ceux qui étaient dans la pratique de ces vertus ; car pour les autres, quoique éclairés et vertueux, ils étaient d'ailleurs peu propres à donner avis en cette matière." {U Adoration perpétuelle de la divine Providence. H. Boudon, p. 142 et suiv.)
C'est à cause de leur abandon à la divine providence, de cette confiance entière en Celui qui fait croître l'herbe des champs et qui revêt les fleurs de robes éclatantes, c'est parce que les heureux contemplatifs vivent aie jour le jour, sans préoccupations et sans inquiétiide, qu'ils sont appelés les Oiseaux dit ciel.
Quant aux difficultés et aux oppositions que l'on devra rencontrer, on ne doit ni s en ttonner, ni %'en inquitter : c'est le sort de toutes les œuvres saintes, et surtout de celles qui doivent exercer une grande influence et laisser une trace profonde et ineffaçable dans le cœur de l'humanité.
Ce que nous voyons de plus grand a rarement eu de grands commencements ; le grain de sénevé n'est pas tout-à-coup devenu un grand arbre, où les oiseaux puissent s'abriter et bâtir leurs nids. Rarement la nature et la grâce franchissent les abymes ou brisent les anneaux intermédiaires ; l'année a son printemps avant son été, le jour à son aurore avant le lever du soleil ; tout procède avec gradation, de progrès en progrès, allant du moins
parfait au plus parfait, jusqu'à l'achèvement, où se trouve le repos dans l'unité.
Il faut donc savoir atte^idre : l'impatience, la précipitation est la grande faiblesse de notre siècle ; une sorte de fièvre l'agite ; il semble qu'aujourd'hui on veuille tout faire mûrir en se7-rechaude ; et que l'on regarde comme irréalisable tout ce qui n'est pas réalisé à Vinstant même.
Ecoutons quelques hommes de Dieu, et ils étaient aussi, ceux-là, des hommes d'expérience et àH action :
"lo Je me moque de tous les desseins, si beaux et si saints qu'ils soient, s'ils n'ont passé par les difficultés et persécutions.
"2o Q,uand tout le monde se bande contre vous en quelque affaire, allez hardiment, c'est là où il fait bon.
"3o Ce mot (difficulté) dans les affaires de Dieu, est un mot infernal.
"4o II ne faut espérer de bon succès dans les affaires de Dieu qu'autant qu'elles ont reçu de traverses et de contradictions.
"5o Vous avez un grand repos d'esprit quand vous vous employez à une affaire qui est bonne, qui est à faire, et qui demeurera à faire, si vous ne la faites." {hes Sentences Cléricales, par Adrien- Bourdoise, prêtre de la communauté de St-Nicolas du Chardonnet.)
"O mon Dieu! que vos voies sont éloignées des voies des hommes ! O sagesse, ô prudence humaine, que devienstu ici ? Mais enfin l'esprit de mon Dieu est toujours le même ; tous ses plus grands desseins ne s'établissent que par les plus grandes croix. N'attendez jamais de grands coups de grâce où vous ne remarquerez pas des oppositions extraordinaires. Les desseins où tout le MONDE APPLAUDIT, qui ue donnent que de I'honneur ET DE l'approbation à ceux qui les entreprennent, ne marquent pas de grands effets divins. Assurez-vous QUE l'enfer NE s'ouBLiERA PAS, s'il redoute puissamment quelque chose ; croyez que le monde sera toujours
LE monde, opposé A CEUX QUI LUI EN VEULENT véritablement, UC SC SOU-
ciant que de Dieu seul."
( Les Saintes Voies de la Croix, par BouDON, Liv. IV, ch. viii)
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"L'opposition des hommes est souvent la marque et le caractère des choses qui ont I'approbation de Dieu."
{Pensées de VAbbé de la Trappe, — pensée XVIII.)
On comprendra maintenant la vérité de ce que nous dit le P. Lacordaire :
"La principale tentation des œuvres naissantes est dans leur nouveauté MÊME, dans cet obscur horizon où flottent les choses qui n'ont point encore de passé."
Mais aussi il ajoute cette réflexion consolante :
"Les premiers ouvrages des Saints ont une virgmite qui touche le cœur de Dieu; et celui, qui protège le brin d'herbe de la tempête, veille sur le berceau des grandes choses^
Et puis, Dieu se sert de ce qu'il y a de plus petit, de plus méconnu, et de plus méprisé, pour opérer silencieusement les plus grandes choses : il préserve ainsi les uns de l'orgueil, et il confond l'orgueil des autres. Oui, Dieu se plaît à déconcerter la sagesse humaine :
Humilia respicit in cœlo et in terra.
(Ps. 112) Quœ sttdta su7it mundi elegît Deus, ut confundat sapientes ; et infirma onundi elegit Deus, ut confundat fortia ; et ignobilia mundÀ, et contemjjtihilia elegit Deus, et ea qua non simt, ut ea quœ sunt destrueret :
Ut non glorietur omnis caro in conspectu ejus. (I. ad Cor. 1, 27 et 29.)
"Dieu quelquefois, dit St-Grégoire,sur la fin de son Pastoral, prend plaisir à laisser un grand nombre d'imperfections dans une âme, qu'il a d'ailleurs enrichie de quelques dons précieux, afin que, se voyant encore imparfaite au milieu de quelques vertus éclatantes, elle en conçoive un très vif regret, et prenne de là un sujet continuel de sliumilier devant Dieu.''
"•St-Augustin, au livre de la Nature et de la Grâce, enseigne que les hommes les plus saints ont toujours en eux des choses qu'ils doivent expier par leurs larmes, et avec cela ils ne laissent pas d'être saints, parce qu'ils sont toujours dans un dessein véritable et une sincère affection de faire- tout ce qui est nécessaire pour arril'f'r à unr haute sainteté. Ce sentiment
de ce père de l'Eglise nous donne lieu de remarquer qu'il y a des Saints qui ne laissent pas de commettre beaucoup de fautes, et quelquefois même davantage que d'autres personnes qui ri ont qu'une vertu fort médiocre; et qu'ainsi il ne faut pas précisément mesurer la sainteté des âmes par là ; mais cependant il y a bien de la diflfv rence entre ces âmes ; car les unes, quoiqu'elles aient plusieurs défauts, n'en ont aucun volontaire, et elles aimeraient mieux mourir que de commettre la moindre imperfection avec une entière advertance, et elles sont dans un dessein véritable, comme parle St- Augustin, de faire toutes choses pour arriver à une haute sainteté, pratiquant des vertus héroïques et admirables ; et les autres, quoique plus exemptes de fautes, sont bien éloignées de la vigueur de V amour de celles-ci. C'est à quoi les directeurs c?o/7;eîi^ prendre garde.'' (Le Règne de Dieu dans V Oraison mentale, par Bou- DON. p. 258, Liv. 2, ch. 7.)
"Il faut remarquer ici l'erreur de quelques-uns qui approuvent bien la contemplation ; mais, à leur avis, il faut que les personnes à qui Dieu la donne, aient
DES CHOSES BIEN EXTRAORDINAIRES; en
sorte que, quand ils n'y voient rien de particulier, ils ont de la peine à se persuader qu'elles possèdent en vérité ce don de Dieu. Cependant l'on doit savoir qu'il n'est pas nécessaire que tous les Saints fassent éclat : il y en a dont l'honneur est au dedans, aussi bien que la fille du roi dont parle le psalmiste, dont les vertus sont d'autant plus saintes qu'elles sont cachées, et ne sont aperçues que de très peu de personnes par une lujnière divine spéciale.''' (Règne de Dieu etc. Liv. 3, ch. 2.)
Ne croyons pas que la contemplation soit un obstacle à l'action, que la vie contemplative soit incompatible avec la vie active ; car la vie des Apôtres, et celle de tous les hommes apostoliques, était, tour à tour, une vie très active et une vie hautement contemplative. Cette vie mixte est aussi la vie d'un grand nombre de saints Religieux. On peut être alternativement, Marie ou Marthe ; la colombe solitaire et gémissante, ou l'aigle prêt au combat, à la fatigue et à tous les sacrifices. Combien de Souverains Pontifes, d'Ar-
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chevêqnes et d'Evêques, combien de saints prêtres et d'apostoliques missionnaires, ont été thés àufond des déserts, arrachés des demeures tranquilles et solitaires de la contemplation ; combien y est-on allé chercher, pour les élever malgré eux aux plus hautes dignités, depuis ces premiers Pères de l'Eglise, jusqu'à St-Pierre Célestin, solitaire de Mouron, et Grégoire XVI, camaldule : du repos contemplatif le plus profond, ils ont passé tout-à-coup à l'action la plus grande et la plus compliquée ; de colombe ou d'agneau, ils ont dû se faire aigle ou lion, pour terrasser le vice et confondre l'hérésie : c'est que la solitude est l'école de la vraie science ; c'est l'arène sacrée où l'on se forme aux luttes de la vie publique et agitée; où l'on se prépare aux difficultés et aux soucis de l'administration, aux périls et aux séductions d'un monde cupide et sensuel ; c'est que la Solitude est le lieu où le jeune athlète est nourri de moelle, frotté d'huile sainte, et exercé dans les plus rudes combats de l'esprit contre la chair, dans l'abnégation de sa volonté propre, dans la mortification de toutes ses passions spirituelles et corporelles : en sortant de là, il emporte avec lui cet esprit d'indépendance qui ne craint pas de dire la vérité, ce courage qui ose attaquer le vice, et ce désintéressement qui ne cherche que la seule gloire de Dieu!
Les hommes de la solitude et du repes deviennent donc, en temps et lieu, des hommes d'action par excellence, des hommes puissants en œuvres et en paroles :
"C'est de l'esprit d'oraison que les saints tiraient toutes leurs lumières, toute leur force ; c'était là le principe de toutes ces bénédictions que le ciel répandait par eux sur le monde, et le
moyen qu'ils employaient pour communiquer à leurs âmes une pureté vraiment angelique. "Cet esprit, dit St-Jean Damascène, est nourri par la retraite, qu'on peut en quelque sorte regarder comme la mère de la pureté. Cette merveilleuse transformation de nos âmes, que produit la prière, vient de ce que Dieu y manifeste sa gloire dans le secret de nos cœurs. En effet, quand, affranchis du tumulte et des distractions du monde, nous donnons toute notre attention à notre intérieur, et que nous nous connaissons tels que nous sommes, nous devenons alors capables de voir clairement le royaume de Dieu établi en nous par la charité et par les désirs brûlants qui consument toute la rouille des affections terrestres : car le royaume du ciel, ou plutôt le maître des cieux, est au-dedans de nous, ainsi que Jésus- Christ nous l'assure." (Vie de St-Gal,
GODESCARD
"Les personnes d'oraison sont plus recueilhes dans les conversations, y parlent davantage de Dieu, du mépris du monde, de l'amour de la croix ; elles sont plus mortifiées, plus dégagées du point d'honneur, des respects humains, de l'attache aux choses du siècle, plus dans l'amour de la pauvreté et de la douleur ; on les voit plus désintéressées, ne regardant et ne cherchant que Vintértt de Dieu : ces choses sans doute donne un poids admirable aux prédicateurs et missionnaires. Les lumières infuses qu'ils reçoivent sont bien autres que tout ce que l'étude des lettres et toutes les sciences humaines peuvent donner; et comme ils goûtent les vérités chrétiennes d'une tout autre manière que ceux qui ne sont pas favorisés de ces grâces, et instruits si immédiatement de Dieu, elles ont dans leur bouche des effets extraordinaires.
L'esprit de Dieu qui est en eux touche efficacement les cœurs... Oh ! quelles missions faisaieîit les St-François d'Assise, les St-François Xavier et les St- Dominique, qui étaient de très grands contemplatifs." {Le Règne de Dieu <^c.
Liv III, ch. II.)
When one, who holds communion with the skies, Has fiU'd his urn, wher e those pîirewatersrise. And once more mingles with tis meaner things^ 'Tis c'en as if an angel shook his wings.
(COWPER
Disons donc, en terminant ce chapitre important, disons, avec l'auteur des Fifty Reasons :
APOLOGIE DE LA VIE SOLITAIRE ET CONTEMPLATIVE
"Who can abstain adrairing, among the Roman catholics, so raany persons, who might live easy in the world, by reason oftheir plentiful estâtes, and ail the conveniences tîiat are used to wait upon illustrions famiiies;not only young gentlemen and gentlewomen, but raany others, descended of barons, counts, marquisses, and princes : 1 say, to see thèse trample on ail delights and pleasures of the world, and with such cheerful hearts, to press through a thousand obstacles, and ininiure tiiemselves in austère and poor clrnsters, and this upon no other motive than the love of God, and the securing of their sahation ? — "
Eh bien ! le feu sacré brûle encore, l'esprit de sacrifice n'est pas éteint et ne s'éteindra jamais au sein de l'Eglise immortelle ; il y aura encore, comme il y a toujours eu, des hommes d'amour et des femmes séraphiques : oui, de tous temps, les grandes âmes se sont rencontrées, comprises et associées par des vœux, pour aimer Dieu et travailler à sa gloire ; un sexe ne l'a pas cédé à l'autre en générosité : St-François d'Assise suscite Ste-Claire ; l'esprit de St-Domiuique donne naissance à Ste- Catherine de Sienne ; Ste-Thérèse s'empare de St-Jean de la Croix et lui imprime son caractère d'énergie, d'entreprise et d'action ; toujours et partout, l'enthousiasme a excité l'enthousiasme, l'héroïsme a enfanté l'héroïsme, et l'homme et la femme ont fondu ensemble leurs cœurs, uni leurs volontés, et combiné leurs efforts, pour vaincre les obstacles, opérer le bien, et produire au sein des masses une révolution salutaire. Or, en voyant aujourd'hui le besoin qu'en a la société, il ne faut pas en douter, des hommes et des femmes, marqués du sceau divin, animés d'un immense et inviricible amour, et créés pour l'époque, des héros sortiront tout armés des entrailles déchirées de cette société en travail d'enfantement. Il y aura encore, com-
me autrefois, une secrète intelligence, une mystique attraction, une irrésistible sympathie entre les âmes d'élite ; elles auront un esprit et un langage à part ; elles sortiront de la voie large et suivront des routes inconnues ; comme ces fleuves qui disparaissent sous terre, et communiquent à l'océan par des voies mystérieuses, elles arriveront à leur but par les moyens les plus contraires à la sagesse et à la prudence humaines ; elles déconcerteront l'esprit de calcul et de froide réflexion, l'esprit d'égoïsme et d'expérience ; — et même elles seront d'abord regardées et traitées comme tout-à-fait insenstes par les sages du siècle et les habiles du monde.
"Les architectes qui élevèrent les surprenants monuments des siècles que nous appelons barbares, n'ont certainement été ni aussi érudits, ni aussi cultivés que ceux de notre époque ; et cependant, qui aurait le courage de commencer seulement ce qu'ils ont achevé ?
c'est là une exacte figure de ce qui arrive dans Vordre social et politique. Rappelons-nous QUE LES GRANDES PENSÉES NAISSENT PLUTÔT DE l'iNTUITION QUE
DU RAISONNEMENT ', daus la pratique, la réussite dépend plutôt de l'inestimable qualité appelée tact que dhme réflexion éclairée." (J. Balmès. vol. 2, p. 98.)
Une âme qui a été trempée dans les eaux de l'amour divin ne se laisse pas intimider ou déconcerter par la plaisanterie ou les menaces ; elle ne risque pas d'être séduite par les promesses flatteuses ; elle n'est pas à la merci d'un bo?î mot ou d'une épigramme ; elle est au-dessus de tout.
Un homme de Dieu, un homme inspiré, ne connaît ni difficultés, ni obstacles ; il marche avec confiance et fermeté, à travers toutes les épreuves, guidé par un instinct divin qui l'entraîne dans la voie ouverte devant lui :
He holds no parley with unmanly fears ; Where duty bids, he confidently steer.s,
APOLOGIE DB LA VIS BOLITAIRB ET CONTEMPLATIVE
Faces a thousand dangers at her call,
And trusting in his God, surmounts them ail.
(COWPER
"When most reviVd, although \vefeels the smart, It wakes to nobler deeds tJie wounded Jieart.
(Crabbe.)
C'est lui qui peut dire :
I hâve been hurri'd on by a strong mipidse, Like to a bark, that sciids hefore the storm. (Scott.)
Et c'est lui encore qui dit sans
The breath of heav'n WM5i swellthe sail, Or ail the toil is lost.
(CoWPER.)
Ayant l'amour divin pour boussole infaillible, c'est lui surtout qui ose dire avec une tranquille assurance :
Though the strained mast should quiver as a reed, And the rent canvass flutt'ring strew the gale, Still Tïiust 1 on I
(Byron.)
Il reconnaît qu'il n'est rien sans Dieu, qu'il n'est qu'un instrument de Dieu ; il est donc fort, il est ferme et inébranlable, parce qu'il est humble :
Upon humility his virtues grow, And towW so high, because sojix'd below. (Crabbe.)
Si on le blesse, avec malice ou par inadvertance, comme par l'incision faite à l'arbre oriental, il s'exhale de cette blessure un baume suave, un céleste parfum :
VirHie bruis' d exhales a purer breath,
Sighs fragance forth, and triumphs over death. (Phillips.) The good are better made by ill, And odours crusJi'd are sweeter still.