‹ La Thébaïde en Amérique ou Apologie la vie solitaire et contemplativeChapitre 30 sur 43 · LA MEILLEURE PART · texte numérisé non relu

LA MEILLEURE PART

"Voilà en quelques mots bien faibles et incomplets pourquoi nous respectons la haute et rare vocation des âmes contemplatives,et pourquoi il nous est impossible d'espérer que personne hors de l'Eglise partage ce respect. Mais en même temps il nous semble que dans cet exposé, s'il n'y a rien qui ait pour ceux-là une utilité visible, il n'y a rien non plus qui doive leur inspirer un sentiment plus hostile que Vouhli — et c'est tout ce que ffou8 réclamons d'eux. Oubliez-les, ces

âmes, laissez-les dans leur repos et leur silence, et ne pensez pas à elles, même pour les plaindre, car il se j)ourrait que votre pitié tombât sur les créatures de ce monde les plus dignes d'envie.

"Ceci, sans doute, paraîtra une exagération ou une énigme; et nous-mêmes, qui avons le cœur et l'esprit remplis de toutes les affections et de toutes les pensces de la terre, et qui y soujmes enchaînées par mille liens que nous ne songeons pas à rompre, nous nous étonnons souvent de cette inconcevable félicité des âmes séparées de tout ; mais nous ij croyons, et en voyant ce que peut pour le bonheur le seul amour de Dieu, même en ce monde, nous avons senti nos désirs se détacher un peu des choses visibles et s'élever vers les invisibles, qui sont, en dvfitiitive, la vraie destination de tous. Et ce n'est pas la moindre des leçons qu'on reçoit à travers ces grilles, dont on approche souvent avec effroi, mais qu'il arrive parfois de quitter avec la pensée que l'esclavage et la douleur sont du côté où nous nous trouvons, et que nous laissons de l'autre la liberté et le bonheur.

'•'■Or, le bonheur n'est pas, dans ce monde, chose si commune à posséder ou si facile à donner aux autres, qu'on ait le droit de le disputer à ceux qui le trouvent sans nuire à 'personne; il est donc bon que tout le monde sache que du fond de ce qu'on a appelé des prisons, il s'élève des chants de triomphe et d'allégresse tels qu'aucun heu de la terre n'en entend de semblables. Cela est étrange, peut-être, — mais cela est ainsi ; — et, chose plus surprenante encore, pour le monde qui croit au moins avoir le monopole de Cespril, et qui regarde comme insensés ceux: qui vivent absolument hors de lui et sans lui, c'est qu'il est sorti de ces retraites des éci-its merveilleux, qui ont manifesté à tous que V intelligence s'y développe et s\j élève autant que L'âme. La seule différence entre ceux qui cultivent ces dons au milieu du monde et ceux qui les possèdent dans le cloître, c'est que l'humilité (sans laquelle il n'existe aucune VERTU religieuse) est inséparable de ceux-ci, et s'y trouve aussi intimement unie au génie de sainte Thérèse qu'aux œuvres héroïques d'une Sœur de la Charité.

"Et maintenant, sans discuter davantage ces faits ou ce qui les produit, reconnaissons du moins avec un écrivain du dix-septième siècle (bien versé luimême dans les profonds mystères de la vie contemplative), "qu'il n'appartient

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" qu'aux insensés et aux impies de re- •' jeter comme fausses les choses élevfes " et secrètes, parce qu'elles ne leur sont " pas connues, — et de ne pas ajouter " foi aux plus honnêtes ^ens du inonde " lorsqu'ils parlent des choses de Dieu " sur ce que leur propre expérience " leur en a appris."

"Et à «*eux qui, sans accepter aucune imputation contre la vie religieuse, lui sont opposes par les principes d'un christianisfne qu'ils croient plus pur que celui-là, nous rappellerons ces paroles sorties de la bouillie divine :

"Si vois voulez être pa^/r/f/s, allez,

VENDEZ CE QUE VOUS POSSÉDEZ ET LE DONNEZ AUX PAUVRES, VOUS AUREZ UN TRÉSOR AU CIEL,

"El celles-ci :

"Quiconque aura quitté sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou sa femme, ou ses terres pour mon nom, recevra le centuple, et possédera la vie éter- NELLE.

"Et nous leur demanderons OU, dans toute la chrétienté, ces paroles auraient aujourd'hui une application, si l'Eglise catholique, par ses conseils de perfection, qui sont la règle de la vie religieuse, ne df-stinait pas un certàu nombre de ses enfanis à les réaliser?"

(P. C. Londres, le 21 îïiars, 1851.

Extrait du Propagateur Catholique.)

Puisque Madeleine vient d'être

nommée comme le 2^1'craicr modèle de

contemplatÀon et à' amour parfait, nous

citerons, sur cette grande pécheresse

et Jdroïqve pinitentc, la poétique et

touchante composition d'une jeune

plume inconnue :

"Mournful and sweet are my thoughts, for varied is my thème ; alternate in harmony thrill the chords of sadness and joy. Angels and ministers of grâce, unité your celestial strains with feeble breathings of my humble lyre. I sing the triumphs of Pénitence, Virtue, and Love.

"In far-famed Bethania dwelt the beauteous maid ; she arose a beara of light. In the raorning of her prime, no flov^^er more lovely in its embrys, in the fragrant garden of Palestine. Tresses of gold flowed down her ivory neck — waving as the ripened gift of yellow Ceres. Mary was her name ; a bright star of the sea. But alas ! this Hght was obs-

cured in the splendor of its rising — that flower WHs nipped in the bud of its loveliness, that star was dimmed in ail the glitter of its beauty, The spoiler saw her beauty and Avas grieved — he beheld her brightness and was troubled — he seduced the maid — he led her astray from the paths of virtue. Her beauty is fled— her eyes hâve lost their wonted fire — there is no peace at heart. Dark is tlie gloom of her spirit, for virtue is departed. Yet do not despair, fairest of unhappy maids, there isone tocoine who Avill stretch forlh a hand ofmercy — to heal and save you ; the Lord is his name. Lo, he is ushered in by the innocent of the désert. He cornes to save the sheep that were about to perish — he comes lo shed a ra\ of illumination over the darknessofthe earth — he comes to uniock the gâtes ofbliss. "The bruised reed he ' shall not break, neither shall he exlinguish the smoking flax." His peculiar I attributes are mercy and love — ihe aci cents of conifort are on his lips, and ail j his paths are peace. Oh ! strayed sheep ! return to the bosom of thy shepherd. î Oh! ungrateful créature ! hasten to the 1 feetofihy Lord. Oh! unhappy Prodi- ! gai ! ruï-h lo the emhraces of thy Father. i Behold a beam of grâce falls upon her j dark spirit — a tear drop of sorrovv melts ! her stony heart — the repentant maid is i full of grief — she arises in haste, ^he : seeks the l)eloved of her soûl. Spikei nardaMdsaffron,a!ul sweet cane, and cinnamon, and ail the powders of ihe per- ; fumer are treasures. But where is the î désire of her heart ; where does he, whoni her soûl loveth sojourn — v.iiere shall shehnd him lying in ihe mid-day ? Simon the leper is hcnor* d by his présence, he is invited to a feast — it is a feast of .iiercy and love. The guilly j daughter of Judah hears the happy news, she is replète with joy. She runs, she fiées, she bursts through the opposing crowd ; no shame deters her pénitent soûl — no obstacles retard ihe rapid wing of her desires. Her soûl is on fire with sorrow — her eyes are streaming with tears — her eouutenance is lit up with celestial splendor — she is at the feet of her Lord — she bathes them with her tears — she anoints them with her spices — she wipes them with her dishevelled and golden tresses. Her Father is moved — her God is full of forgiveness — the pure gold of her charity purchases the pardon of her crimes — the hps of Jesu? are dropping with the dew ofcorafort»

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are distilling the sweet honey of mercy. "Mary's sins are forgiveii her, because she loves munh." Oh! moment of liappiness and joy ! — that star again shines out with renewed brightness — that floAver again buds forth with increasing fragrance— that hair is again restored to its pristine beauty by the divine contact — that tbrm résumes its ancient grâce — those eyes are again sparkUng with delight — those paUid cheeks are again glowing in the crimson of beauty — that heart is no longer the seat of disquietude — the power of the spoiler is gone.

'•Mary's sins are forgiven, because she loves much."

O repentir, ô larmes, ô amour et parfums de Madeleine, qu'êtes- vous devenus ?

Comme nous l'avons déjà dit, il y a plusieurs sortes de vocation ; le repentir, aussi bien que Vinnocence, a peuplé le cloître et le désert.

"Dieu est admirable dans ses desseins; il fait réussir ses projets par des moyens qui confundent notre sagesse : Gtuelquesuns embrassent la vie religieuse par les attraits de la grâce, les autres par ses efforts; les premiers vont à Dieu par les seules impressio[is de son esprit; les disgrâces ont beaucoup de part à l'engagement des autres ; ceux-là sont des Elles choisis de Dieu depuis le sein de leur mère; les autres sont des Jonas ; ils sont jetés au port par la tempe te.^^

(Réflexions morales d'un Solitaire, par le P. Constance Milet,

Récollet, p. 310.)

La solitude reçoit donc les holocaustes de la virginité et des vœnx précoces, aussi bien que les sacrifices et les larmes expiatoires du repentir et de la consécration tardive ; elle est un berceau protecteur, une arche à'abri pour l'innocence, aussi bien qu'un refuge et un hospice pour les âmes désenchantées ou malades; les Madeleine et les Augustin y cherchent un asile sacré, aussi bien que les Antoine et les Synclétique; l'héroïsme, autant, et plus que la douleur, y pousse des âmes ardentes, expansives et mystiques, qui ne peuvent-plus, et ne veulent plus, aimer et

contempler que la Beauté jncréée î

Dites, Prophètes des temps anciens, Elie et Elisée ; dites, St-Paul, premier ermite ; St-Narcisse, Evêque de Jérusalem ; St-Bruno, père des Chartreux ; St-Silvestre, fondateur des Silvestrins; éloquent R-obert d'Arbrisselle, austère Abbé de Rancé, sublime et mélancolique Lacordaire ; et vous tous, que nous voudrions pouvoir nommer et signaler à l'admiration du monde entier; oh ! dites, vous tous, héros du cloître et de la solitude, qu'est-ce qui vous a fait passer du siècle à la vie religieuse : est-ce \?i justice ou V injustice des hommes ? Est-ce X ejicliantement ou le disenchantement du monde ? — Et en quittant le monde, parce qu'il ne pouvait vous donner ce que vous y cherchiez, avez -vous jugé pour cela votre

vocation moins BONNE ET MOINS DI- VINE ? En fuyant les hommes, parce qu'ils vous empêchaientd aimer Dieu^ étiez- vous misanthropes ?

Ecoutons là-dessus un célèbre et savant Capucin, un des plus éloquents apologistes du cloître et de la solitude ; écoutons parler le père Ives, dans son naïf et énergique langage; — on dirait Bossuet :

'■'■ Heureuses les âmes à. qui le ciel donne une cognoissance haiive pour remarquer les périls du inonde, les disgrâces qui trompent les espérances, qui changent les festins en dueil, qui précipitent les victorieux du char de triomphe dans les cachots. Heureux, qui se rendant sage par le péril des autres, prend de bonne heure possession du repos, dont le vulgaire n'a que des désirs imparfaits, et dont il n'acquiert lajouyssance qu'après de longues fatigues : Mais si ayant fait voile dans cet Océan, vous estes surpris de l'orage, et battu des vents contraires, qui vous obligent de relascher, si toutes choses vous succèdent mal, si l'avarice est punie par une notable déroute de biens ; si l'ambition est morlifite d'un refus, la vanité d'une honte publique, l'amour d'un mépris, l'amitié d'gne

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tromperie, que les yeux ne voyent de

tous costez que des escueils et que l'esprit ne conçoive qu'un désespoir ; au moins, rentrez en vous-niesine, et soyez instruit de la vanité des choses du monde à vos despens. —

"Ne vous jup^ez-vous pas bien infortuné d'avoir attaché vos affections à des biens qui ne peuvent aucunement les satisfaire ? Combien de pas avez-vous fait ; combien de soins, de veilles, d'inquiétudes avez-vous pris ? Combien de services et de siijections honteuses avezvous rendues, pour voir quelque effect de vos désirs ? et cependant ce que vous poursuivez disparoist comme un phantosme, quand vous estes sur le point d'en avoir la jouyssance. Hélas! si vous eussiez em[)loye la moindre partie du temps à mesnaiçer votre salut éternel, vous en auriez maintenant le repos d'esprit, et les espérances de la gloire adouciroient les aigreurs de ceste vie misérable ! Vous cognoissez par expérience que les saveurs de la terre sont trompeuses, ses joyes funestes ; que les grandeurs ravalent les âmes à des actions indignes de son excellence, et que la mort moissonnant toutes ces dclices laisse un éternel repentir de s'estre amuse à leur recherche. Ce grand appareil, ces pompes, ces nmgnificences, ne sont qu'une fumée, qu'un songe qui abuse l'imagination. Il faut que vous donniez un object plus noble à vostre arïiour.

Vous estes né pour chose plus grande; et ce serait manquer par trop de courage, de conserver encore de l'affection pour des choses qui ne vous méritent pas, et qui vous ont traicte si indignement.

"Venez- doncques, ame sainte, car c'est Jésus-Christ qui vous appelle, qui vous détache du monde par tant d'efforts, qui vous en sèvre par ses amertumes.

C'est lui qui brise vos chnisnes pour vous rendre vostre liberté, qui vous tire d'un sépulchre plein de pourriture pour vous ressusciter avec lui, et vous faire respirer un air plus doux dans un cloistre. Ne craignez pas que ces disgrâces diminuent le mérite de votre vocation. Le port reçoit également les vaisseaux, qui y sont portés par un vent ou contraire, ou favorable : l'Arche fut ouverte à la colombe, qui n'y retourna que parce qu'elle ne trouvait point de terre pour se reposer. St-Paul Hermite ne se retire dedans le désert que pour fuyr la persécution; et néanmoins Dieu rend sa solitude florissante, et le fait illustre en sainctetè et en

miracles. Ce fut la contrainte des Tyrans qui engagea les Martyrs dans les supplices, qui leur ont fait mériter les palmes et les couronnes qu'ils ont au ciel : De mesme quand ce seroit la violence d'une affliction qui vous fer oit espouser les austérités religieuses, comparées à un long martyre, ne croyez pas que les sentiments de -piété et les récompenses de la gloire en deiiennetit moindres.

"Heureuses disgrâces qui ont rendu le bien nécessaire, qui ont fait esclorre lessaincts désirs qu'une grande prospérité tenoit eslouffez, et qui ont fait entendre la voix du ciel, encores que ce soit comme aux enfants d'' Israël, avec les foudres et les ternpestes Fabius animoit ordinairement le courage de ses soldats, ou en leur faisant chanter des injures par les ennemis ou les réduisant en un e.«tat, dont ils aymoient moins souffrir l'incommodité, que de donner le combat.

Dieu fait le mesme, il époinçonne les esprits par les afflictions temporelles, pour leur donner le sentiment de l'éternité, et leur faire prendre une généreuse résolution de se défaire d'un ennemy, dont Vinsolence est insupportable. Il a différé le comble des grâces qui dévoient gagner vostre résolution jusques à ce temps.

C'est assez que vous ayez suivy l'ordre de sa providence, que vous ayez eu le courage de supporter ses espreuves, et la résolution de donner le choc à vostre ennemy, quand la voix du ciel vous en a donne le signal intérieurement.

"Il est vray que c'est avec une extrême répugnance, que nous déclarons la guerre aux plaisirs qui sont alliez de nostre nature, et avec lesquels nous sommes eslevez dès le berceau : mais leur perfidie est trop noire, nostre qiierelle est trop juste; et les interests de la gloire de nostre Prince y sont par trop engagez, pour ne nous pas résoudre à ce combat.

"Les nuicts qui devancent les grandes I crises sont fort mauvaises aux malades ; j mais celles qui suivent sont d'autant plus tranquilles, que les précedens accez auront este violens- Après tant d'inquiétudes, tant de larmes, tant d'inconstances, une bonne resolution rend la paix à lame, et n'y a rien de tel que de s'y porter avec une ardeur d'esprit, semblable à celle que les Romains demandaient de leurs soldats quand ils allaient à l'attaque : Volez, et mettez toutes les voiles au vent pour vous rafraîchir au port après la lempeste ; allez avidement à la table, après avoir

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souffert si longtemps une extrême faim ; prenez le repos après le travail, et que les caresses vous soient douces après tant d'injures.

^'Retenez les mesmes passions que vous aviez; mnïs changez d^ohjec t. Que vostre amour contemple la beauté divine ; qjie vostre ambition aspire à un royaume céleste ; soyez avaricieux des grâces et des mérites, et amassez ce trésor qui ne peut périr.

"Dans le règlement d'une vie religieuse vous serez le juge de la confusion du monde, et un conseiller capable de la plus grande fortune, parce que vous aurez esprouvé la pire. Vous ne verrez plus d'attraicts, dont vous ne descouvriez les artifices ; plus de pl:iisirs, d'honneur, d'éclat, dont vous ne plaigniez les secrettes inquiétudes. Tous vos pas vous feront ressouvenir de vos playes et de vos victoires, et vous seront des ressouvenirs de rendre des actions de grâces à la puissance divine, qui vous a rendu la liberté. Le monde n'aura plus de quoy faire naistre une estincelle d'amour dans vostre cœur, après que vous luy aurez fnit tomber le fard ; il n'aura plus droict de vous demander comme sien, après vous avoir exposé à la misère : vous serez fout entier à vous, et à celuy à qui vous appartent-z par la naissance et par le rachapt. Suivez doncques vostre généreuse résolution, soldat de .Tesus Clirist, sortez de ce monde : ceste fuite est une victoire que vous emportez sur luy; c'est forcer ses gardes, rompre ses prisons, briser ses chaisiies, et e.-;cliapper des mauvais traitemens qu'il vous faisait, comme à son esclave. Achevez de rompre les liens qui vous tenoient attaché aux objects des sens, pour recevoir les caresses, et toucher les palmes qui vous attendent dans une plus heureuse condition.''^ {Les triomphes que la vie religieuse a emportez sur le monde et sur Vhérésie, ch. XII, p. 108 et suiv. par le

R. P. IvESDE Paris, Capucin.)

Après le langage bossuétique du P.

Ives, laissons parler Bossuet lui-même,

sur la nécessité de la solitude pour

parvenir à une solide conversion.

" La voix qui nous invite à la pénitence se plaît à se faire entendre dans le désert. Il faut quitter le grand monde et les compagnies ; il faut aimer la retraite, le silence et la solitude, pour écouter c^tte voix qui ue veut point être

étourdie par le bruit et par le tumulte des hommes. La première chose que Dieu fait quand il veut toucher un homme du monde, c'est de le tirer à part pour lui parler en secret.

" Et certes nous errons dans le principe si nous croyons que l'esprit de componction et de pénitence puisse subsister dans le commerce éternel du monde, auquel nous abandonnons toute notre vie.

On pénitent est un homme jîgns?/ et attentif à son âme. Un tel hornme veut être seul, veut avoir des heures particulières ; le monde Vimportune et lui est à charge.

" Si nous demandons à TertuUien ce qu'il craint pour nous dans le monde:

TOUT, nous repondra ce grand homme, jusqu'à l'air, qui est infecté par tant de mauvais discours, par tant de maximes anti-chrétiennes : Ipsumque aerem ....

scelestis vocibus constupratum. ( De spect. n. 27. )

" Ne vous étonnez donc pas si je dis que le premier instinct que ressent un homme touché de Dieu, est celui de se séquestrer du grand monde. La même voix qui nous appelle à la pénitence, nous appelle aussi au disert, c'est-à-dire au silence, à la solitude et à la retraite. Ecoutez ce saint pénitent : "je suis, dit- " 77, ddvenu semblable au pélican des dé-' " serts et au hibou des lieux solitaires et " ruinés : fai passé la nuit en leillant, et •' je me trauie comm" un passereau tout " seul sur k toit d'une mai: on."" Au lieu de cet air toujours complaisant que le monde nous inspire, l'esprit de pénitence nous met dans le cœur je ne sais quoi de rude et de sauvage. Ce n'est plus cet !■ hoinme doux et galant qui liait toutes les ^ parties ; ce n'est pitis cette femme commode et complaisjinte, trop adroite médiatrice (.'t amie trop officieuse, qui facilitïtit ces secrètes correspondances : ce ne sont plus ces expédients, ces ouvertures, ces facilités : on apprend un autre langage ; on apprend à dire : non ! à dire : je ne puis plus ! à payer le monde de négatives sèches et vigoureuses! On ne veut plus vivre comme les autres ni avec les autres ; on ne veut plus s^appi'ocher ; on ne veut plus plaire ; ON SE déplaît a soi-même !....

"Au reste, ne croyez pas que je vous fasse ici des discours en Vair, ni que je vous prêche des regrets et des solitudes imaginaires. Toutes les histoires ecclésiastiques sont pleines de saints pénitents, qu'une douleur immense de leurs péchés a poussés dans les déserts les plus reculés ; qui ne pouvant plus sup-

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porter le monde, dont ils avaient suivi les attraits trompeurs, ont été enfin remplir les déserts de leurs pieux gémissements. Ils ne pouvaietit se consoler d'avoir violé leur baptême, profané le corps de Jésus-Christ, outragé l'esprit de grâce, foulé aux pieds son sang précieux dont ils avaient été rachetés, crucifié leur Sauveur encore une fois. Ils reprochaient à leur âme, épouse infidèle, blanchie au sang de l'agneau, qu'au railieu des bienfaits de son époux, dans le lit même de son époux, elle s'était abandonnée à .son ennemi. Ils versaient des ruisseaux de larmes. Ils ne pouvaient supporter le monde qui les avait abusés, ni ses fêtes, ni 8es vanités, ni sdu triomphe qui détruit le règne de Dieu. Ils allaient chercher des lieux solitaires pour dormer un cours plus libre à leur douleur. Je n'' ajoute rien à l'histoire: il

semblait qu'ils prenaient plaisir à ne voir phn que des objets qui eussent quelque chose (.Vnffreux et de sauiage, et qui leur fussent comme une image de l'effroyable désolation où leurs péchés les avaient réduits.

"Q,uels exemples nous proposez-vous?

(me dira-t-on peut-être.) Voulez-vous déserter le monde ? Il ne faut plus espérer DE PAREILS EFFETS DE LA PÉNI- TENCE EN NOS JOURS ! St. Jean-Baptiste en personne pourrait prêcher encore une fois; il ne nous persuaderait pas c?e quitter le monde pour aller pleurer nos péchés dans quelque coin inconnu^ daris quelque vallée déserte. Notre salut ne

NOUS EST pas assez CHER, NOUS NE METTONS PAS NOTRE AME A UN SI HAUT PRIX ; ELLE NE NOUS EST PAS ASSEZ PRÉCIEUSE, quoiqu'elle AIT COUTE LE MÊME SANG.... UnE AME SINCÈREMENT TOUCHÉE, MÉDITE CONTRE SOI-MEME DES CHOSES EXTRÊMES !

( Bossu ET, sur la véritable conversion. ) Au milieu des désordres actuels, aujoud'hui que la corruption est presque générale, le repentir sincère si rare, la mortification si redoutée, — qui oserait dire que les grandes expiations, que les 'pénitences extraordinaires ne sont plus aussi nécessaires qu'autrefois ? Qui oserait s'écrier encore, comme jadis les païens : à quoi bon des solitaires ? —

"A quoi bon des moines et des religieuses?''— C'est-à-dire, à quoi bon le pro-

grès moral ? à quoi bon se rapprocher de l'état primitif de l'humanité glorieuse et pwre, de l'état futur de l'humanité impeccable et sauvée ? à quoi bon rendre son éclat à l'image de Dieu ternie par la chute origifielle ? à quoi bon des prières pour nous tous ? à quoi bon l'exemple qui peut détacher les âmes des tromperies de la terre, les solliciter vers le ciel et les remettre à Dieu ?

"Passe pour les martyrs !" — Mais le martyr n'est pas moins ici que sur le chevalet : le corps souffre également, et Tâme rayonne à travers le nuage opaque que la douleur déchire et disperse. Sacrifice des biens, des jouissances, des affections de la vie, tout y est : la durée seule diffère.

"Passe pour des apôtres, pour des prédicateurs de l'évangile !" — L'exemple n'est-il pas /eo^Zî^i- grawi des prédicateurs ? Il a de plus invincibles entraîneuïents que la parole ! Il fallait de ces chrétiens excellens pour apprendre aux habitués de la corruption antique que les obligations ordinaires de la vie chrétienne étaient loin d'être impossibles puisqu'au delà même du devoir indispensable, des hommes enibrassaient avec amour les rigueurs de la perfection. Spectacle étrange dans l'atmosphère païenne, sous le règne de l'orgueil et de la dégradation, que ces anachorètes et ces ùerges merveilleuses survenues tout-àcoup ! — Q,uelle surprise ! quelle inquiétude ! quelle gè\\e\ quel ébranlement !

quelle admiration ! quel entraînement !

C'était un modèle continu, une réalisation constante des prtceptes évangéliques: c'était comme un fond solide sur lequel le christianisme avait jeté l'ancre et qui l'empêchait de dériver aux courans de l'esprit subtil. On savait toujours oii retrouver le Christ agissant: il était

AU DÉSERT, A l'aBRI DES VARIATIONS,

et transmis par la continuité des exemples.

'•Il fallait bien que l'univers reconnût dans l'exercice héroïque de toutes les verîus quelque chose de divin. Ces grandes choses ne restèrent point un spectacle stérile. On comprit le prodige des vices dv-truits, des passions éteintes, des faiblesses vaincues, des volontés chancelantes et infirjnes devenues soudain inébranlables et fortes ; des intelligetjces insouciantes et ténébreuses, éclairées tout-à-coup et passionnées pour la vérité.

( Le livre des Saints^ N. V. d'Esgny.) On doit comprendre, d'après tout ce

APOLOCtIE de la VIB SOLITAIRE ET CONTEMPLATIVE.

qui précède, et V im2Jorta7ice de la vocation, et les avantages i?icontestables de la vie religieuse, de la retraite et de la solitude, comme moyens de conversion et de salut ; on doit comprendre, par conséquent, les devoirs des supérieurs, des parents, des amis, de tous les fidèles en général, lorsqu'il s'asit de la vocation de Tun d'eux, et j surtout de la vocation à la vie reli- ] gieuse. \

"Rieii n'est plus opposé à IVsprit de | la religion, plus contraire au bien des fa- ' milies et de la société, que la contrainte i qu'exercent trop souvent des parents imprudents sur leurs enfans pour leur faire embrasser un état auquel ils ne se sentent pas appelés.

"Les parents doivent à leurs enfans les conseils de leur expérience et de leur sagesse, pour les aider à choisir un état de vie convenable à leur condition ; mais il ne leur est pas permis de méconnaître, dans des penchants nobles, impérieux, raisonnables, l'indication des desseins particuliers de la providence, qui gourerne toutes choses.'" ( Godescard.)

"Ecoutez TEsprit-Saint s'exprimant par la voix de l'Eglise. Réunie en concile dans la ville de Trente, elle a frappé de tous ses anathènies ceux ou celles qui,

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