SANS AVOIR DES RAISONS LÉGITIMES
empêchent, de quelle manière que ce soif, une file ou toute femme de prendre le voile ou défaire ses vœux :
"Sifuiliquoque anatheniati subjicit pos qui sanctam virginura vel aliarum mulierum volontatem veli ar-cipiendi, vel voti eraitteudi. quoquo modo, sine justâ causa, impediernit.
{Cane. Trid. sess. XXV. c. 18.)
"Longtemps auparavant, le concile de Tolède avait aussi frappé d'excommunication tous ceux qui empêcheraient une vierge ou une veuve de vivre dans la chasteté :
Si quis propositum castitatis viduae vel virginis impedierit, à sanctâ communione et à liminibus ecclesiœ extraneus habeatur.
( Cojic. Tolet. 3, c. 10. )
"Ici nous devons prévenir une erreur:
n'inftrez pas de ces paroles qu'il soit permis d'empêcher un jeune homme de suivre son attrait ; il n'en est pas ainsi. Et si les pères reunis dans les deux conciles que nous venons de citer, n'ont
parlé que des vierges, des veuves et autres femmes, c'est que celles-ci sont ordinairement plus faibles, moins libres, plus timides, et qu'ils ont pensé que les rigueurs et les menaces, dont quelquefois se servent les parents, produiraient sur leur cœur de plus tristes effets que sur celui des jeunes gens."
{La locatîon.par Emmanuel de La Croix p. 155 ch. x. ) " Les directeurs attachés an peint d'honneur, et qui, selon Ste. Thérèse, pense.'! t qu'ils serviront mieux Dieu, étnnt tenus pour discrets, aiment une dévotion approuvée, louie. qui est dans Vapplaudissenient, et qui est bien éloignée de la vie de Jcsus-Christ, qui a été Vhomme de douleurs et de contradiction, l'opprobre des hommes et Tabjection du peuple.
Les ignominies de la croix leur font peur, et ils en font peur à leurs dévotes. Le qu'ex dira-t-on tient un empire sur leurs esprits, qui s^occupeyit grandement à considérer ce que Von pense et dit d'eux. Le P. Jean de la Croix parle de certains qui, avec leurs goûts et leurs intérêts, ou parce qu'ils craignent l\ où il n'y a rien à craindre, font temporiser les âmes qui veulent quitter le monde, et y apportent tant de difficultés, et qui pis est, tâchent de les divertir de cette pensce ; et il appt-lle ces directeurs des pierres d/ achoppement à l'entrée du ciel, faisant remarquer que cela arrive en deux manières: les uns le sachant, les autres Tignorant ; encore que les uns et les autres n'en demeureront impunis ; car, puisque c'est leur office, ils sont obliges à savoir ce qu'ils font. L^s sentiments de ce grand serviteur de Dieu me donnent lieu de remarquer ici 1p peu de foi, non seulement des directeurs, mais encore le plusieurs personnes dévotes, qui, ayant des enfans, ont une grande crainte qu'ils n''embrassent la vie religieuse. J'ai quelquefois considéré avec étonnement leur aveuglement INCROYABLE, et LEUR DURETÉ
DE CŒUR POUR DiEU." — {Le règne de Dieu dans l'oraison mentale, liv. IV, ch. VIII, par Marie Boudon.)
Mais ce ne sont pas seulement des laïques qui sont appelés à la vie religieuse ; beaucoup de prêtres y sont appelés aussi, des jeunes prêtres surtout, effrayés des devoirs et des périls du sacerdoce, ou attirés par l'amour de l'étude, de la retraite et de la contemplation.
lOo
Si l'entrée au sacerdoce fermait la porte du désert et des monastères, ceux qui sont le plus dignes peut-être du sacerdoce n'accepteraient pas, à cet- f le condition, ce caractère sacré : le sacerdoce n'est pas un obstacle à la vie religieuse.
La vie religieuse étant une vie plus parfaite, à cause du triple vœu de chasteté, de pauvreté et à'obéùssayice, tout prêtre, si c'est son attrait, s'il croit par là mettre à l'abri son salut, s'il est mu par le Saint-Esprit, tout prêtre peut et doit abandonner le siècle et : embrasser la vie religieuse ou érémitique.
En ce qui regarde la vocation, les '. évêques et les prêtres n'ignorent pas i leurs droits et leurs devoirs respectifs ' et corrélatifs : tout prêtre a le droit de | monter dans l'échelle de la perfection, de passer de la vie séculière à la vie religieuse ; et c'est un noble et heu- '■■ reux devoir pour tout évéque, animé de l'esprit de Dieu, de s'en réjouir et de favoriser, tout en l'éprouvant, ce mouvement de la grâce, ce glorieux passage, cette sainte ascension sacerdotale,
'•Il ne semble pas inutile de citer ici ce que répondit Benoit XIV^ par la Balle, Ex quo di'ectus. au rar<linal Quiriiius, qui s'ttHit plaint à ce grand pontife de ce que son archidiacre était entre en religion à son insu. Benoit XIV' lui dit donc, lo. qu'il doit lui repéter ce que St. Gregoire-le-Grand repondit à Tevéque de Vi.-nne, lorsqu'il se plaignit que .son diacre Pancrace avait quitte son f glise pour devenir religieux, savoir: qu'il serait mieux que lévéque, au lieu de le trouver mauvais, exhortait son diacre n ne pas s^exposer de nouveau aux orages du siècle. \ (Grtg. ep. 35r>m. II. liv. 12 ind. v.) 2o. Benoit XJV ajoute qu'il ne peut blâmer l'archidiacre de s'être retire sans avertir le cardinal, parce que la crainte nvcrentielle et le danger d'ttre détourné de son dessein, Ten avaient empêche ; qu'un fait seinb able avait été loue par Innocent VIII. 3o. Q,ue d'aprè.-? les lois, UQ cure, ; qui se sentait porté par le Saiat-Ësprit '
à devenir religieux, pouvait le faire maigre l'évéqne par l'autorité apostolique ; que d'ailleurs St. Thomas dit (2. 2. qu. 18. art. 7.) qu'un cure n^est tenu par aucune loi à conserver toute sa vie charçe d'âmes ; St. Antonin pense de même, (par. 3. tit. 16, cap. 2. 5- 2.) Sylvius est du même avis, (2. 2.q7i. 189.) et il ajoute qu'il en p.*t ainsi, soit quM .^'asrisse d'embrasser la vie PUREMENT CONTEMPLATIVE
ou la vie mixte, parce que le m frite
DES VŒCX l'emporte SUR TOUT ÉTAT
SÉCULIER. 4o. Benoît XIV dit enfin qu'en de «elles affaires, c'est une exception vnlahle et sujîsant^, si le rierc ou le curé déclare qu'il veut embras.*er l'état religieux vonr md're f^on sihit en sûret^,
CE QUI l'emporte SUR TOUS LES SER- VICES qu'il pourrait RENDRE AUX AU- TRES, et celte exception a toute sa force, dès qu'il assure que tel est son vrai motif." (De l'importance et de la manière de connaître sa vocation, note Ire. p. 65 et 66.) Malheur, malheur à celui d'entre nous, qui, cédant à î^n autre esprit que celui de la charité, trouble, inquiète et décourage une âme portée à embrasser la vie ascétique ! — Et qui donc sommes-uous pour effrayer ainsi une âme touchée de l'esprit de Dieu, dégoûtée du monde, entraînée vers la solitude, et qui veut se mettre à l'abri des dangers du siècle ?
"C'est une chose très louable et méritoire, nous dit St. Thfmas d'Aqiiin, que d'induire et de solliciter une personne à embrasser la vie religieuse, pourvu qu'on le lasse sans employer la violence, la séduction ou la simonie."'
(qi^enion CLXXXIX, art. IX.) "Peu de temps après sa conversion, St.
Bernard parlait en public et en particulier. \ionv gTgn'ir les âmes ; l'Esprit-Saint donnait à ses discours une telle efficace qu'on ne pouvait lui résister. La chose alla si loin, que les mères cachaient ieur» enfants, les t'einnies retenaient leurs maris, les amis détournaient leurs amis, de peur qu'il ne les portât à se faire moines. Comme dans l'Eglise primitive, ceux qu'il avait rassemblés n'avaieist qu'un cœur et qu'une âme; ils demeuraient ensemble clans une maison qu'ils avaient à Chatillon."
(Rohrbacher, Hisl. Univ. de VEglise^ vol. 15, p. 91.)
APOLOGIE DE LA TIE SOLITAIRE ET CONTEMPLATIVE
Dans un remarquable volume, ayant pour titre, De V iw^'portance et de la "nianure de connaître sa vocation, et imprimé à Clermoiit-Ferraud, en 1831, nous lisons les lignes suivantes, à la fin de la 7iote troisième :
" Si les besoins particuliers d'un pays invalidaient la vocation religieuse, il en résulterait qu'en tout temps il y aurait certains pays, et quelquefois très-vastes, darïs lesquels on penserait que Dieu n'aurait droit d'appeler personne à la vie religieuse, ce qui serait absurde et îout contraire aux décisions des Souverains Pontifes, qui veulent que tons les Supérieurs ecclésiastiques concourent au besoin à la 'propagation des ordres religieux, sans excepter les temps de disette de prêtres, qui a toujours existé en certaines contrées, et qui d'ailleurs souvent n'a guère d'autres remèdes
QUE l'établissement DES OrDRES RE- LIGIEUX. L' Eglise n'a jamais suppnsi et ne supposera jamais, quels que puis:^en.l être les besoins spirituels d'un pay^, que Dieu ne puisse y appeller des hommes à la pratique des conseils tvangUiques, à la vie religieuse ; ce serait mettre des bornes au domaine de Dieu, à l'efficacité de la grâce, et prescrire à la providence une MARCHE FORCÉE pour secourir les fidèles." {page 72.)
"L'état ecclésiastique est exposé à plus de périls que la vie religieuse, et n'a pas les mêmes ressources. Les pasteurs et ceux qui partagent leur sollicitude et leurs fonctions, sont obligés de vivre au milieu du monde, sans se laisser affaiblir par ses mauvais exemples, et saiis prendre aucune part à sa corruption ; ce sont des Médecins spirituels, toujours environnés d'une multitude de pestiférés, dont la vue seule est capable de donner la mort. Pour se soutenir dans une situation si lién\\euHe,il faut une vertu bien plus solide, plus enracinée, plus éminente, que pour se sanctifier dans le saint repos de la solitude, où les secours sont plus abondants, les tentations plus rares et moins redoutables; où des exercices continuels et sanctifies par l'obéissance, préviennent l'ennui, et fixent la légèreté de l'esprit humain ; où des pratiques pénibles et mortifiantes aflfaiblissent la cupidité, et rendent la victoire de la charité sur les passions plus sûre et plus facile. Une vertu faible, mais sincère, trouve dans le cloître des secours pour s'afiTermir et devenir plus pure et plus parfaite ; au milieu du
monde, elle s'éteint ou se corrompt. Tel eût été un religieux fervent, si sa piété naissante eût été mise en sûreté dans le port de la solitude, qui a vu s'évanouir peu à peu ses bons désirs, en continuant de vivre avec les enfatjs du siècle, et n'a été qu'un ecclésiastique mondain et vicieijx." (Apologie de Vétat religieux, vol. in 12. p. 127.)
Il faut donc des ordres religieux en Amérique, aussi bien qu'en Italie, en France, en Espagne, dans tous les pays catholiques ; il les faut comme ports pour les naufragés et comme arches pour les justes alarmts.
Si un clergé est affaibli ou dégénéré, s'il a perdu le goût des hautes études, l'esprit de zèle et de charité apostoliques, l'esprit d'enthousiasme et de désintéressement, il n'y a que dans la solitude, ou dans les Congrégations régulières, qu'il puisse se retremper, s'instruire et s'enflammer de nouveau ; il n'y a que là qu'il puisse RAPPRENDRE l'Evaugile.
"Ce n'est pas seulement l'histoire, (nous dit le P. Lacordaire) qui témoigne de la nécessité des Ordres religieux; il suffit de regarder autour de soi pour s'en convaincre. Q.uelles ressources possède aujourd'hui l'Eglise de France, {et à plus forte raison V Eglise des Etals-Unis), pour former les prédi<;ateurs et les docteurs dont ELLE A BESOIN? Si rare talent qu'un jeune homme ait reçu de Dieu, y a-t-il en France {et dans les Etats-Unis,) un Evéque qui puisse lui donner du tems, le temps qui est le père nourricier de tout progrès ? A peine sorti du séminaire, le besoin de sa subsistance le jette dans une paroisse, ou il détient ce qu'il peut, tourmenté par de secrets instincts de sa VRAIE vocation, incertain entre ce qu'il fait, et ce qu'il voudrait faire, jusqu'au jour, où la maturité survenue lui enseigne la résignation parfaite à la volonté de Dieu, et où il ne songe plus qu'aux bonnes œuvres qui sont en son pouvoir.
"Si, au contraire, il s'abandonne à son nttvfih, attrait peu sûr d'ailleurs, s'il sort de la vie commune, à l'instant commence pour lui une carrière hérissée de diffi' cultes. Le besoin l'oblige à se produire beaucoup trop jeune ; il n'a point de
APOLOGIE DE LA VIE SOLITAIRE ET CONTEMPLATIVE
maîtres pour le former et Yencourager.
Un revers l'abat, un succès lui fait des envieux. La mélancolie et la présomption se le renvoient l'une à l'autre, comme un enfant qui n'a point de famille, et qui tantôt se met à courir h travers les illuminations des boutiques, tantôt s'arrête triste au coin d'une rue, pour entendre si personne ne prononce son nom.
"Combien mène une autre vie le jeune homme sincère qui a donne à Dieu dans un ordre religieux son cœur et son talent ! Il est pauvre, mais la pauvreté le met à l'abri de la misère. La misère est un châtiment, la pauvreté une bénédiction.
Il est soumis à une règle assez dure pour le corps, mais il acquiert en revanche xxwf' grande liberté d'esprit. Il a des maîtres qui l'ont précédé dane la carrière, et qui ne sont point ses rivaux. Il paraît à temps, lorsque sa pensée est mûrie sans avoir encore pj-rdu la surabondance de la jeunesse. Ses revers sont consolés; ses succès préservés de l'orgueil qui flétrit toute gloire. Il coule comme un fleuve qui aime ses rives, et qui n'est point inquiet de sou cours. Q,ue de fois, dans les rudes années qui viennent de s^tcouler pour nous, nous avons habité en désirées forteresses paisibles, qui ont calmé tant de passions et protégé tant de vies. Aujourd'hui que nous avons passé lâge des tempêtes, c'est moi?is à nous (ju'aux autres que iious voulons préparer un asile. N>)tre exisieiu-e e.^^t fiiite, nous avons touché le rivage :
ceux que nous laissons en (ileine mer sous des vents moins favorables que les nôtres, ceux-là comprendront nos vœux et peut-^tr^ y r'pondront.'^
Dans la vie religieuse, la régie qui
nous assujettit, nous protège ; et le
supérieur qui comuieude, est obligé
d'obéir à la même règle, qui détermine
et restreint son pouvoir, en sorte que
l'arbitraire est difficile, la révolte très
rare et très coupable.
"Comme nous dit le Solitaire Auvergnat, la volonté du supérieur n'est autre que la volonté de la règle, volonté écrite, connue, invariable, à laquelle le supérieur ne peut ri^n '7/VjM^t'r sans que l'inférieur soit en droit de lui dire .ivec un grand religieux (St. Bernard) : "vous ne pouvez
EXIGER DE MOI QUE CE QUE j'aI PRO- MIS : EN VOUS OBÉISSANT AU PRÉJUDICE DES RÈGLES, JE DEVIENDRAIS PARJURE."
Ainsi, lorsqu'il s'agira pour vous de
■■ prendre une résolution, dont dépend votre salut, usez de toute votre liberté, de tous vos droits, de tous les moyens j que la providence a mis en votre pou- : voir ; élevez-vous au dessus de toutes les suggestions de la chair, de l'amourpropre, d'une fausse et funeste sensihilitt naturelle ; — décidez-vous com-
■ me si VOUS étiez à l'heure de votre mort ! craignez d'être du nombre de ceux dont parle Louis Veuillot, cet ardent défenseur de la vérité ; de ceux
, " qui ne comprennent pas que la fuite
: '• du péché et de Voccasion du péché,
\ " est le plus méritoire des efforts, le
" plus rude et le plus glorieux des
" combats ; car combien est-il parmi
" nous de pécheurs qui veulent lutter
" contre le w\2\ pour avoir un prétexte
\ " de V embrasser et de Vétrcindre en-
" core, n'ayant ni assez de foi pour le
" fuir, ni assez d'audace pour aller à
I " lui résolument."
• (Ro?nc et Lorette, LUI.)
■ Oui, on veut avoir le plaisir de combattre, pour avoir le plaisir de succom-
' ber ; on veut s'exposer au péril et l'on I périt en s'y exposant ; attiré par une ! fleur vénéneuse, mais qui semble belle ; de loin, on s'aventure dans une prairie tremblante ; on y marche au milieu j des reptiles ; on s'y enfonce dans une ' eau stagnante et fangeuse ; et bientôt ; on disparaît sous la vase immonde»
I victime de sa témérité !
Combien d'âmes, séduites et attirées par une belle mais trompeuse apparence, entrent dans le monde, cette i prairie tremblayite et fatale, et s'y perdent sans retour en cueillant une fleur attrayante, dont elles n'expriment qu'un miel empoisonné, — le miel de la volupté perfide et mortelle. Ecoutez maintenant le solennel avertissement de l'Archevêque de Cambrai :
APOLOGIE DE LA VIE SOLITAIIIE ET CONTEMPLATIVE
"Persuadez-vous bien que personne n'a besoin de vous. On trouvera toujours sans vous des magistrats, des ministres, des militaires, etc., les compétiteurs ne manquent pas.
Dieu se chargera bien de pourvoir l'Eglise de Prêtres, sans votre secours ; les Religieux ont chacun leur état fait pour eux memes ; votre présence ou votre absence n'y changera rien. Si vous mouriez maintenant, le monde irait son train comme de votre vivant. il est un certain nombre dhommes utiles, mais
PERSONNE n'est NECESSAIRE. PERSON- NE n'a DONC BESOIN DE VOUS, MAIS c'eST VOUS QUI AVEZ BESOIN DE CONNAÎTRE LA VOLONTÉ DE DiEU ET DE l'aCCOM-
PLiR." (Fénclon.)
^^ Quiconque, ayant mis la main à la charrue, regarde derrière soi, n^est pas propre au royaume de Dieu. (Si. Luc.
ch. 11, v.6'2.) La persévérance finale est attachée à la persévérance dans le chemin de la perfection, dans l'ctat religieux où Dieu nous appelle, dans la fidélité à NOTRE VOCATION. La grâce est-elle donc à notre dépendance pour I'accorder aux CIRCONSTANCES qu'il nous plaira ? Dieu seul en est le maître, ainsi que lui seul en est l'auteur. S'il nous a marqué une voie pour arriver à la gloire avec son secours, pouvons-nous quitter cette VOIE sans craindre de nous égarer et de nous perdre pour jamais ?
"On s'imagine qu'on pourrait faire beaucoup de bien dans le monde : illusion DE l'amour-propre, qui nous présente comme le vrai chemin celui que nous voulons suivre,ïWà\n dont le terme est un précipice. Combien de chrétiet»s ont fait cette triste expérience, et en gémissent, à l'heure qu'il est, inutilement ! — D'ailleurs quelque bien que l'on semble faire, que devi»^nt-il, si on ne pratique pas CELUI QUE Dieu attend de chacun en particulier .^ Le peu de bien que Von ï?ài dans l'ordre de la volonté divine est toujours quelque chose de considérable, et dont le Seigneur nous sait gré, iLnWew qy\e tout le bien qu'on fait parle mouvement de sa volonté propre n'est point capable de lui plaire."
{Le directeur dans les voies du salut, par le P. Pinamonti, page 76, 77.)
Ceux qui ^'imaginent être le plus nécessaires, sont ceux qui le sont le m>ains; ceux qui %' imaginent qu'ils
ne sont pas remplaçables, sont précisément ceux qui seraient le plus vite et le mieux reniplacis : quelque utiles que nous paraissions, nous ne sommes pas nécessaires, nous ne sommes pas même impoi-tants.
Ainsi, ne magnifions pas trop, dans notre aveugle a^nour-propre ou notre grande simplicité, l'importance 5ocm/e que nous pouvons avoir comme parent, ami, orateur, écrivain, administrateur, homme d'état oufac-totum bruyant :
noussommesbien peu de chose, un pur néant, dont l'absence ne laissera pas même un vide au regret ! Oui, qu'un homme éminent et célèbre meure ou s'absente, et aussitôt il est oublié et remplacé par un autre homme ; et tout va son train comme auparavant : — nul homme n'étant nécessaire, tous sont bientôt remplacés et oubliés.
On a beaucoup reproché à Chateaubriand, comme désolante et outrée, l'expression d'une des vérités les plus tristes, et qui devraient le plus contribuer à nous désenchanter des promesses du monde, des affections de la créature, et à nous conduire en foule dans le paradis de la solitude :
Voici cette vérité amère et navrante:
"Que dis-je î O vanité des vanités !
Que parlé-je de la puissance des amitiés de la terre ! voulez-vous en connaître l'c tendue ? Si un homme revenait à la lumière quelques années après sa mort, je doute qu'il fût revu avec joie par ceuxlà même qui ont donné le plus de larmes à sa mémoire : tant on forme vite d'autres liaisons, tant on prend facilement d'autres habitudes, tant l'inconstance est naturelle à l'homme, tant notre vie est peu de chose, même dans le cœur de nos amis /"
Ces paroles sont tristes, mais elles sont vraies : le monde est si froid, si égoïste, si avide de plaisirs, qu'il nous regrette bien peu et nous oublie bien vite ; les parents même, dont la dou-
APOLOGIE DE LA VIE SOLITAIRE ET CONTEMPLATIVE
leur semble devoir être éternelle et inconsolable, ne nous regrettent et pleurent 7ii si longtemps, ni si amtrement que notre cœur candide et tendre nous le fait croire : nous exagérons beaucoup la tristesse que notre absence ou notre mort doit causer aux êtres qui nous sont le plus attachés : Il existe cependant, il faut le dire, de saintes et consolantes ezcejJtions.
Un de nos amis, dans une effusion intime, nous disait un jour, avec une impressive tristesse et une touchante humilité : '' je ne suis rien ;
For I am as a weed
Flung fromthe rock on ocean's foam, to sail Where'er the surge may sweep, the tempest's (breath prevail !
(Byron.)
"Je ne suis rien qu'un grain de pous- *' sière perdu dans l'immensité de la " création : — que je vive, que jemeu- " re, cela est indifférent : le monde ne " sera ni plus heureux, ni moins mal- " heureux. — Pourquoi donc n'irais-je •• pas dans la solitude !"
Autrefois, lorsque l'on parlait aux anachorètes savants du bien qu'il ne faisaient pas, de l'utile emploi qu'ils pourraient faire de leur science et de leurs talents, du besoin que l'on avait d'eux dans le monde, — ils répondaient tranquillement: '' Dieu, qui nous a conduits dans le disert, saura bien nous suppléer dans le monde : ayez confiance en lui, et laissez-nous dans 7iotre solitude y
Suivons donc notre vocation, sans nous arrêter aux objections des uns, au blâme des autres, et aux obstacles que nous rencontrons en nous-mêmes.
"Le monde, {nous dit Ste. Thtr-se) est si plein de dis-irilim, qu'il trouve de I'excès et de la témérité dans tout ce qu'on veut entreprendre pour Dieu; et Von ne se souvient presque pas des faveurs extraordinaires qu'il a faites ^mx. Saints
et aux Saintes qui ont tout abandonné POUR l'aller servir dans LES DÉ- SERTS."
"Il se rencontre dans la solitude, {dit la mcme sainte^) moins d'occasions d'offenser Dieu, quoiqu'il y en ait toujours quelques unes, puisque les démons y sont et nous aussi : cette raison me paraîtrait encore plus forte pour nous faire désirer d'être sépares du commun des créatures, que celle du plaisir de recevoir de Dieu des consolations et des faveurs."
Et nous, nous ajouterons que si l'action du démon semble plus violente et terrible dans la solitude, c'est parce qu'elle est moins divisée, plus directe ; car là, c'est un combat singulier. Dans les villes, au milieu du monrte, nous avons à combattre le démon, nous-mêmes, et tous les autres ; nous sommes tentés intérieurement et extérieurement, par le cœur, par l'esprit, par tous les sens, eipar tous les pores, en quelque sorte ; nous sentons moins la tentation parceque nous y cédons toujours un peu, à notre insu : — Il est donc certain que dans le désert 710US avons moins d'ennemis et moins de tentations.
Qu'est-ce donc qui nous empêche aujourd'hui d'embrasser la vie érémitique? — C'est notre attachement à Vopi?iio?i du mo?idc, notre manque de confiance en Dieu, notre peu d'amour, notre égoïsme et notre lâcheté : — nous 710S071S plus tout abandonner pour Dieu, — qui a tout promis cependant à celui qui se déposséderait de tout pour le posséder seul 1 — Voyez l'oiseau du ciel, considérez le lys des champs ; l'oiseau n'amasse pas, le lys ne file pas ; et cependant le Père céleste nourrit l'un et vêt l'autre avec une admirable et touchante providence : — n'aura-t-il pas dans le désert le même soin de vous, ô homme, sa créature d'élite ? L'homme n'est-il pas plus que l'oiseau et le lys; et Dieu, qui
APOLOGIE DE LA VIE SOLITAIRE ET CONTEMPLATIVE
a tant de soin de ceux-là, délaisserat-il, sans vêtement et sans nourriture, l'anachorète qui aura tout quitté pour le trouver et l'aimer dans la solitude ?
Parce que la vie anachoré tique n'a pas encore existé dans la Thébaide OCCIDENTALE, parcc qu'il n'y a pas eu de Solitaires jusqu'à présent en Amérique, parce que ces ■plantes mystiques n'ont pas encore fleuri sous le ciel rayonnant de notre belle patrie ; parce que cette Terre Nouvelle, chantée par Chateaubriand, rêvée par Fénélon et Lacordaire, et contemplée de loin avec désir par tout cœur ardent et enthousiaste, par toute âme qui est lasse d'agitation et d'incertitude, et qui soupire après le repos et l'isolement dans un désert sauvage ; parce que l'Occident américain n'a pas encore produit ces fruits célestes du christianisme, est-ce une raison pour croire qu'il n'en produira jamais, qu'il n'en produira pas bientôt ? — La vie anacliorétique, rialisée tant de fois et en tant de lieux divers, pourquoi serait-elle irréalisable ici et par nous ?
Pourquoi paraît-elle donc si difficile, si impraticable de nos jours ? — Pourquoi est-elle si méconnue, si méprisée, et regardée comme une folie ? — C'est que la foi n'est plus ce qu'elle était, et l'amour divin est presque éteint dans les cœurs ! L'Orient a eu ses grottes, ses cellules, ses monastères, son peuple de cénobites, ses innombrables anachorètes, ses angéliques solitaires : — l'Occident aura les siens! — Non, non.
Dieu n'a pas fait de si hautes montagnes, de si belles forêts, des déserts si vastes, tant de lacs semés d'îles, une terre si riche et si féconde,il n'a pas fait l'Amérique sauvage pour être habitée seulement par des animaux et des hom- ■mes tout onatériels : ici, comme ail-
leurs, Dieu suscitera des Paul, des Antoine et des Hilarion ! — L'Amérique aura ses ordres religieux, nouveaux ou renouvelts; — ses fondateurs ou ses réformateurs î
Faisons une supposition : il y a là quelques hommes ; ce ne sont pas des saints, si vous le voulez, mais ils ont le cUsir sincire de le devenir ; et pour cela, ils veulent prendre tous les moyens qui peuvent le plus sûrement les conduire à ce but. Ils se réunissent donc un jour, ils s'agenouillent devant un crucifix, et prient ensemble pour invoquer les lumières d'en haut, afin de ne rien faire ^^ar un mouvement purement naturel : en se relevant de là, ils se disent avec crainte et tremblement, avec une pieuse anxiété : "il ne fait pas bon d'être ici ; nous sommes exposés sur une mer orageuse ; nous sommes environnés d'écueils ; notre barque, à chaque instant, est sur le point de se briser contre les rochers ; de tristes naufrages, d'imminents dangers nous avertissent de gagner le port et de nous mettre à l'abri des tempêtes qui nous menacent ; — partons, sans plus de retard ; quittons la ville, et fuyons dans le désert ; obéissons à l'attrait qui nous sollicite si puissamment ; craignons qu'en résistant aujourd'hui à la grâce, demain la nature seule n'agisse en nous et nous rende infidèles à notre vocation." — Et voilà que ces hommes, unis par une ardente charitt et un tgal désir de leur salut, quittent la ville avec joie, comme une prison, et s'enfuient en hâte pour aller s'établir dans le désert. Arrivés dans le lieu désiré, ils se bâtissent des cellules et un oratoire ; et ils s'écrient, dans leur sainte allégresse : c'est ici le lieu de notre repos; nous y demeurerons, parce que nous l'avons chmsif"
APOLOGIE DE LA VIE SOLITAIRE ET CONTEMPLATIVE
Nous le demandons, quoi donc de si étrange, de si téniéraire dans cette conduite ? N'est-ce pas là ce qu'on appelle embrasser la vie solitaire ? Si vous en doutez, feuilletez les saintes biographies ; parcourez les vies des Solitaires de l'Orient et de l'Occident. N'est-ce pas ce qu'ont fait Bruno et ses compagnons ? N'est-ce pas ainsi que se sont formés les corps religieux et établis presque tous les monastères?
"Presque toujours les Saints sont devenus fondateurs d'ordres sans l'avoir PRÉVU : réfugiés dans la solitude, où ils n'avaient 'prétendu entraîner personne, le parfum de leurs vertus leur attirait des disciples, qui allaient les chercher dans leur retraite et se placer sous leur conduite ; c'est ce qui arriva à St-Beuoît, à St-Bruno etc." — (M. Henrion, Histoire des Ordres religieux, p. 6 et 7.)
Et qui pourra, et qui voudra empêcher quelques hommes de faire aujourd'hui, par amour pour Dieu, ce que des milliers d'hommes ont fait autrefois et dans tous les temps 1 Nous le demandons, au nom des prophètes et des enfants des prophètes ; au nom de Jean-Baptiste et de Jésus-Christ ; au nom de l'Evanoile et de l'Eglise universelle ; au nom de tous les saints solitaires de l'Orient et de l'Occident?
Nous le dé mandons, au nom du Dieu tout puissant qui a comblé les déserts de bénédictions, et qui en a fait le théâtre des plus éclatants miracles : — qui leur contestera ce droit, et peutêtre cette obligation pour eux, s'ils veulent se sauver ? Certes, ce n'est pas le Souverain-Pontife : Un Pape autrefois, St-Pierre Célestin, a abdiqué la tiare pour retourner dans son désert d'où on l'avait arraché! Ce ne sont pas les Evéques : combien d'évéques ont déposé la crosse et la mitre pesantes, pour s'enfuir et se cacher dans la solitude ! Ce ne sont pas les prêtres, non plus : combien, parmi
eux, gémissent sous le poids dn fardeau qu'on appelle charge cVàmes, et qui tournent leurs regards inquiets vers ces saintes retraites où l'on retrempe sou âme dans la prière et la méditation! Enfin, ce ne sont pas les bons chrétiens, les pieux fidèles, les laïques fervents : combien d'entre eux se disent chaque jour, au milieu du tumulte et des dangers du monde : oh ! s'il y avait une Thébaïde, non loin d'ici ; si nous savions où trouver des cellules, un lieu de sécurité ; si nous pouvions nous ensevelir dans un désert inconnu ! Oh ! si nous pouvions être délivrés du monde et des affaires !
Cependant, qui que vous soyez, prêtre ou laïque, ne suivez jamais l'attrait d'une vocation extraordinaire ; ne vous en allez jamais dans les solitudes écartées, avant d'avoir demandé et reçu la bénédiction de votre évêque, de l'ange du diocèse : n'y allez pas sans avoir accompli ce devoir et cet acte d'amour fihal ; car sans cela, Dieu ne bénira pas votre fuite et ne fera pas fleurir votre solitude. Ne craignez pas : allez avec confiance auprès de votre évêque ; cette bénédiction, il ne vous la refusera pas : il connaît le monde, il connaît les avantages de la retraite; il a hérité de l'esprit des Basile, des Chrysostôme et des Ambroise; allez à lui; il vous comprendra et vous bénira, comme St-Hugnes, en vous indiquant lui-même une solitude inaccessible, un lieu de repos et de sécurité, un port contre les orages du siècle. Oui, c'est à l'évêque qu'il appartient d'examiner la vocation des «'^•mzYes, des reclus^ de tous les ascètes en général ; c'est à lui de leur donner une règle ou d'approuver celle qu'ils auront choisie ou composée.
On peut voir, dans les Vies des Saints par Godescard, quelle a été.
dans tous les temps, la conduite des évêques envers les ermites. — On peut lire aussi ce qu'en dit Benoît XIV :
De Canojiiz, Sajictor. lïb. 3. cap. 35. w. 15. — De Syriodo diœcesaiià, lïb. 6, cajp. 3. n. 6. — Et la dissertation, de ascetis, que M. Antonelli a insérée dans son édition des œuvres de St-Jacques de Nisibe, depuis la page 107 jusqu'à la page 202.
'•Autrefois le nombre des ascètes était très-considérable. Ils avaient un rang distingué dans l'Eglise ; ils étaient placés entre le clergé et le peuple. Parmi les ascètes, il y en avait qui menaient une v'w purement contemiiatice ; d'antres s'appliquaient aux travaux du ministère ecclésiastique et à l'mstruetion du peuple. Tous ceux qui avaient embrassé la vie ascétique vaquaient d'une manière spéciale aux exercices de la prière et de la mortification; ils renonçaient aux affaires du monde pour vivre dans la retraite. soit aux environs des cilles, soit dans les villes mêmes. ^^ (Godescard.)
Les ascètes sont des âmes d'élite que l'évêqae doit chérir, encourager et soutenir dans la voie étroite et glorieuse de X amour cnicijié ; ce sont les âmes qui réclament le plus ses soins, ses lumières et sa protection.
"Les âmes, qui valent mieux que toute la terre et toute sa parure, les âmes tant
chéries de Dieu sont remises aux mains de VEvtque. C'est lui qui a la charge de leur servir le banquet hospitalier, de rassasier ces nobles faméliques, d'étancher leur soif Dieu se fie à lui du soin de la glorification de sa créature d'élite. La création reçoit d'en haut immédiatement sa robe, ses aliments, sa lumière; mais pas une âme ne sera vêtue de beauté, nourrie de vérité, éclairée du flambeau invisible, que VEvêque ne se soit mis à son service."
(Lettre pastorale de Mgr VEvêque de Tulle, à V occasion de son arrivée dans son diocèse, p. 15 et 16.
J. B. Léonard.) Ainsi, quelque fort que soit l'instinct qui vous pousse au désert, quelque par et ardent que soit votre amour pour Dieu, quelque vive que soit la foi qui vous anime et vous excite, ne faites rien de vous-mêmes, sans conseil et sans direction ; — ne faites rien sans l'approbation et la coopératon épiscopales : nul n'évite ou n'enfreint i'}npunhneyit la hiérarchie,rordre établi dans l'Eglise ; nul n'échappe à cet ordre sans tomber dans le désordre et encourir la peine du désordre, s'il n'est ramené bientôt par l'esprit de repentir et de soumission à l'autorité légitime et ordonnée de Dieu pour la discipline de TEolise et le salut des âmes.