‹ La ThémisChapitre 20 sur 107 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE II

fut traduit devant la coin* d'assises pour s'être livré, pendant quelques-uns de ses cours, à des digressions sur la liberté individuelle et le peu de garanties que donnait à ce point de vue la législation du Premier Empire ('); témoin encore Du Caurroy lui-même qui, un peu plus tard, vit l'administration supérieure intervenir pour arrêter ce qu'à cette époque on appelait ses « hardiesses » (^). Il ne faut pas oublier enlin que Proudhon et Touiller furent révoqués des fonctions de doyen, que l'inoffensif Traité de droit romain de Dupin fut saisi par la censure impériale, et que Touiller eut aussi maille à partir avec elle à l'occasion de son ouvrage (^). En un mot, les maîtres de l'enseignement du Droit au début du xix^ siècle n'eurent rien à envier, au point de vue de la persécution, aux philosophes et aux historiens qui illustraient la Sorbonne à la même époque ; la suspension des cours de Guizot ou de Cousin arriva même à un moment où depuis longtemps l'administration avait pris de semblables mesures contre le libéralisme des Facultés de Droit. On l'oublie trop souvent.

25. Toutes ces causes réunies ne pouvaient évidemment que gêner l'épanouissement de la science du droit.

(') Ravoux, pi'ofesseur suppléant à la Faculté de droit de Paris, occupait provisoirement, en 1819, la ctiaire de procédure civile et de législation criminelle. Ce fut dans ses derniers cours du mois de juin qu'il jugea à propos de critiquer certaines dispositions des lois existantes et de faire une série de dissertations sur la liberté individuelle et les droits de l'homme. I^'intervention du doyen Delvincourt ne parvint qu'à provoquer de plus grands troubles dans l'École et au dehors. C'est ainsi que Bavoux fut renvoyé devant la cour d'assises « pour avoir, dans ses cours, provoqué à la désobéissance aux lois ». Défendu par Persil et Dupin, ses anciens concurrents de 1810, il fut acquitté à l'unanimité et ramené en triomphe à son domicile. Mémoires de Dupin, 1855, t. I, p. 179 et suiv.

(') Esmein, Notice sur Colmet de Santerre, 1905, p. 9.

(') Éon, TouUier, p. 123 et suiv. ; Dumay, Proudhon, p. 09 et suiv.; Dupin, Manuel des étudiants en droit. Préface, 1832.

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DKUXIEMF] PARTIE

Directeurs et rédacteurs de la « Thémis ».

La brièveté de sa durée ne mit pas la Thémis à l'abri des changements de direction. C'est même un changement de direction, force, il est vrai, qui fut la cause réelle de sa disparition. Quoi qu'il en soit, on distingue dans la vie de la Thémis deux phases de durée et d'importance très inégales, séparées par la mort inopinée de Jourdan et l'interruption qui suivit dans la publication du recueil. L'œuvre de la Thémis est marquée par des traits différents dans les deux périodes ; cela tient en grande partie à ce que ses directeurs et même ses collaborateurs avaient changé dans la seconde. Il convient donc d'opposer ces deux périodes en même temps que de préciser la part qui revient à chacun dans la réalisation de l'œuvre commune.

CHAPITHi: PREMIKK

Première période de la « Thémis » (1819-1826). — Comité de rédaction : Jourdan, Blondeau, Du Gaurroy, Demante, Warnkœnig. — Rôle prépondérant et direction effective de Jourdan. — Collaborateurs divers.

26. La preinièi'e période de l'existence de la Thémh coninieiice avec sa fondation en 1819 ot s'arrête en 1826, date de la mort de Jourdan. Cette période est non seulement la plus longue, mais aussi la plus productive; huit volumes sont publiés sur les dix que comprend la Thémis. De plus, si l'on veut mesurer l'œuvre générale de la Thèjnu, étudier son caractère et ses méthodes, c'est entre les deux dates que nous venons d'indiquer qu'il faut se placer; le programme placé en tête de la revue est exécuté dans son intégralité; les diverses branches du droit font tour à tour l'objet d'examens approfondis et complètement nouveaux; les vieilles méthodes juridiques sont attaquées avec une ardeur sans égale qui va parfois jusqu'à la violence ; une lutte de tous les instants est engagée en faveur d'une réorganisation et d'un développement de l'enseignement du droit en rapport avec létat social nouveau. Nous ne craignons pas i\v soutenir que sa publication se serait-elle arrêtée à l'année 1826, la Thémis aurait laissé dans l'histoire de notre littérature juridique le même souvenir et aurait eu sur la marche de la science du droit en France la même iullueucc ; l'im-

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