DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE I
pulsion que la Thémis se proposait de donner aux études juridiques était donnée à la mort de Jourdan, la voie à suivre était tracée. La seconde période de Foxistence du recueil n'a rien ajouté, nous le verrous, à sa célébrité.
Cette remarque a d'autant plus d'importance que, pendant la première période, la Thémis est une revue vraiment française, dirigée et inspirée presque exclusivement par des jurisconsultes français. Peu après sa fondation, un Comité de rédaction de cinq membres est institué et placé à sa tête ; il était composé de deux des fondateurs : Jourdan et Blondeau, auxquels étaient joints Déniante, Du Caurroy et Warnkœnig-. Mais, en réalité, le véritable directeur était Jourdan ; c'était lui qui menait l'œuvre et inspirait même aux divers collaborateurs du recueil les meilleurs travaux dont ils l'ont enrichi et dont certains firent tant de bruit. Du Caurroy, qui fut l'un des collaborateurs les plus fidèles et les plus assidus de Jourdan, en fournit un témoignage autorisé, c Je vous ai parlé d'impulsion, écrivait-il, au lendemain de sa mort. C'est le mot qui caractérise exactement l'influence de Jourdan sur ses amis, sur ses collaborateurs : il avait apprécié la capacité spéciale de chacun; il connaissait le genre de travail qui devait plus particulièrement réussir à lun et à l'autre ; il en fournissait la matière. Certain de la fécondité du germe, il le laissait ensuite fermenter et mûrir. Les articles iju'il nous a ainsi commandés pour la Thémis sont, ©n général, ceux ({ui ont produit le plus de sensation. Je crois le voir encore entrant chez moi avec un volume ouvert : « Frisez, me dit-il, et donnez-nous votre avis ». C'était le (juarante ([uatrième chapitre de Gibhoji; une autre fois, ce fut M. TouUier, son sixième volume et ses ayants cause; car Jourdan ne s'arrêtait qu'aux sommités et, s'il a combattu M. Villemain, c'est pour n'être pas
obligé do descendre h tous ceux qui, sans connaître la langue du droit, croient entendre les classiques et entre autres Cicéron » ('). Ainsi donc, c'est en définitive à Jourdan que nous sommes redevables de la célèbre controverse sur les ayants cause entre Touiller et Du Gaurroy.
27. Celte circonstance nous amène à essayer de faire revivre le directeur de la Thémis et de déterminer avec précision la part qui revient dans le succès de l'entreprise aux membres du Comité de rédaction et aux collaborateurs occasionnels du recueil. Cette recherche n'est pas sans intérêt, car les caractères les plus opposés se pressaient au bureau de la rédaction de la revue et cherchaient réciproquement à faire prévaloir leurs vues. Seul, l'ascendant que Jourdan exerçait sur eux put les maintenir unis et diriger leurs eiibrts vers un but commun ; la suite le démontra d'une façon péremptoire.
Jourdan, Directeur de la « Thémis ».
28. Notre intention n'est pas de nous borner à cette place à faire ressortir le rôle de Jourdan dans l'élaboration de la Thémis et les doctrines ({u'il professa au cours de sa publication. Au surplus, ce rôle ressort déjà de ce ({ue nous avons dit de l'histoire de la Thémia, il achèvera de se dégager de ce qu'il nous reste à en dire, et quant à ses docti'ines, elles constituent les doctrines mêmes de la Théoiis; on les trouvera donc j)lus lf>in amplement dévelo[)pées. Nous voulons surnjut, à celtr place, l'aire revivrii la personnalité si caractéi'isée de Jounl.-m, rendre à ce
(') Notice nécrologique sur .lourdan. Thcinis, l. VIII, l'"' part., p. 156.