DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE I
cours de la Faculté de droit de Paris et aussi les cours particuliers ouverts par son compatriote, le futur procureur g-énéral Dupin ('). Inscrit comme avocat à la Cour
(") Dupin fit longtemps des cours particuliers. Ortolan nous a transmis la liste de ses élèves [Notice sur Dupin, 18.38, p. 232). Dupin fut ainsi amené plusieurs fois à se glorifier d'avoir été le maître d'un élève tel que Jourdan. Il écrivait notamment dans la Gazette des Tribunaux du 10 mars 1836 : « En France, la haute science de la législation romaine n'a plus d'école. La cause n'en est pas difficile à indiquer. La codification de notre législation nationale a tourné vers elle tous les esprits... Toutefois, nous ne sommes pas restés complètement ignorants des textes nouvellement découverts. Un homme d'avenir, enlevé prématurément à la science, Jourdan, mon compatriote (il fut aussi mon élève^, a le premier contribué puissamment à nous initier à leur connaissance. C'était lui qui nous servait de lien entre l'Italie et l'Allemagne; c'est sous son influence que les Institutes de Gains et les Fragments du Vatican ont été publiés en France. Mais il est mort avant que ces textes n'eussent été explorés par lui, et il est vrai de dire que, jusqu'à présent, ils ne l'ont pas été chez nous. On en a faussé au lieu d'utiliser l'application. Ce n'est pas par l'amalgame de leurs dispositions avec celles de la législation de Justinien, sans distinction historique ni des temps, ni des lieux, et dans un esprit étroit d'antinomie et de dénigrement qu'on peut les faire fructifier, ni même les comprendre ». Cette appréciation de l'œuvre de Jourdan attira à Dupin une réponse acerbe de Du Caurroy, qui se sentit visé personnellement et vit dans cette dissertation un nouveau mouvement d'humeur du candidat de 1810 envers la Faculté (voir plus loin). Il n'en est pas moins vrai que l'appréciation de Dupin renfermait une idée profondément juste. Comme nous le montrerons avec plus de développements, les coUaborateuis de Jourdan ne continuèrent pas vraiment son œuvre après sa mort. Demante tourna de plus en plus exclusivement ses efforts vers l'interprétation exégétique du Code civil; quant à Blondeau et Du Caurroy, ils entrèrent en rivalité et mirent leur honneur à assurer le succès de commentaires des Institutes de Justinien et de recueils de textes élémentaires; cela est surtout exact de Du Caurroy. Seul, Warnkœnig essaya de poursuivre non seulement à l'étranger, mais aussi en France dans la Revue Fivlix et la Hevue Wolou-ski, l'œuvre de la Thémis. Cela dit, il convient dès maintenant d'établir que si Jourdan fut l'élève de Dupin, ce n'est pas de lui qu'il tenait les conceptions qui firent la fortune de la Thémis. Bien loin
d'appel de Paris le 27 décembre 1812, il fut reçu docteur eu droit le 31 août 1813. A partir de ce mouient, Jourdan
de là; Dupin en rt;.sUi loiiqleiiiiis, tjii matière historique notamment, à des lliéories vieillies et se mit ainsi en contradiction (lagrante avec Jourdan. Aussi Du Cauri'oy pouvait-il écrire à Dupin, en réponse à sa polémique sur l'œuvre de Jourdan : « Je ne parle ici que parce que vous avez imaginé d'accaparer notre collaborateur, notre ami, sa mémoire et ses travaux pour nous les opposer. Vous revendiquez Jourdan comme compatriote et comme élève. Je veux avec vous qu il ait suivi quelque temps vos cours particuliers; mais il n'a point adopté vos idées, vos principes; il n'a rien tiansinis à la Thémis. Jourdan a pris, en 1810, en écrivant l'histoire d'un concours dont vous étiez juge, une direction dans laquelle le suivit, quelques années plus tard, un autre compatriote, Milletot, qui avait fait son droit sous votre direction. .Milletot et Jourdan ont répudié hautement le système des définitions dogmatiques, le système de Heineccius auquel vous êtes resté fidèle. I.e premier a consigné dans la Thcmis (t. III, n" TK) une profession de foi explicite; quant au second, les preuves sont multiples; toutefois, je les exposerai ici en comparant votre doctrine à la sienne (suit une comparaison entre les doctrines consignées par Dupin, professeur, dans son Manuel de l'étudiant en droit, pp. 31, 64 et 70, et celles exposées par Jourdan, élève, notamment dans la Thémis, t. II, pp. 283 et 284). Que pensez-vous d'un tel disciple, Monsieur? Vous exaltez Heineccius, et Jourdan lui dit anathème ; vous imitez les mathématiciens, les géomètres, en d'autres termes, vous traitez la science du droit comme une science exacte; Joui'dan la classe au nombre des sciences morales; le contraste est frappant ». I.ettre de Du Caurroy à Dupin aîné. Revue de législation et de jurisprudence, t. III, p. 450 s. Dupin prisait, en effet, si peu du vivant de Jourdan les conceptions de celui-ci, qu'il avait été jusqu'à écrire : « Il existe une petite secte qui s'efforce d'introduire le germanisme en France;... ces piétentions sont «'gaiement opposées à notre bon goiit, à noire génie national, à l'esprit comme aux besoins de l'époque où nous vivons ». Hii^sertalion sur la vie et les outrages de Pothler, p. Lxxvi. Aussi Du Caurroy pouvait-il ri'pondrf' aux prétentions [)osti'rieurts de Dupin : « La [xUite secte dont il s'agit se composait des auteurs de la Tliémis. Leur crime était spi'cialement celui de Jourdan... il correspondait avec l'-VIlemagne... Le germanisme de Jourdan était son crime, c'était le notre. Aujourd'hui notre collaborateur ne fait ombrage, ne fait obstacle à personne, et son germa-